mercredi 11 novembre 2009

La romancière arabe la plus lue أحلام مستغانمي


Ahlem Mosteghanemi

Comment expliquer que les romans de Ahlem Mosteghanemi soient aujourd’hui des best sellers qui se vendent mieux que les œuvres d’un Najib Mahfoudh ? La première femme écrivain d’expression arabe en Algérie est « un soleil algérien qui éclaire la littérature arabe » selon le mot du président Ben Bella. Son premier roman Mémoires de la chair en est à sa vingtième réédition et il s’est vendu à plus de 140 000 exemplaires. Elle est aussi connue à Alger, à Tunis, à Beyrouth ou à Damas. Les romans de Mosteghanemi sont riches en résonances poétiques. Passager d’un lit connaît la même fortune que Désordre des sens. Cette trilogie est hantée par l’histoire de son père qui est aussi celle de l’Algérie. Mohamed Chérif a participé aux manifestations du 8 mai 1945. Lors de ces événements, il a perdu tous ses frères et arrêté, il ne fut libéré qu’en 1947. Traqué par la police coloniale d’une manière qui le rendait inactif, il opta pour la Tunisie. La famille s’installe alors à Menzel Témime, où Mohamed Chérif enseigne et milite au sein du Néo Destour. Dans les romans de Mosteghanemi, maintes références sont faites au soutien exemplaire apporté par la Tunisie au FLN. Page de l’histoire qui laissait espérer l’avènement d’un Maghreb uni. Avec l’indépendance de l’Algérie, la famille de Mohamed Chérif s’établit à Alger. Il y occupe des postes politiques de premier plan jusqu’au jour où, épuisé par les conflits fraternels pour le pouvoir, il est atteint d’une dépression très grave. Interné, il choisit le silence et meurt pour être enterré le 1er novembre 1992, date anniversaire du déclenchement de la révolution algérienne.
Le vécu du père alimente les romans de Mosteghanemi autant que l’histoire de la mort de Kateb Yacine : le 28 octobre mourrait à Grenoble le grand écrivain, le 29 octobre mourrait son cousin à Marseille. Kateb + Kateb = Mektoub titrait un journal algérien. Deux cercueils sont rapatriés sur le même vol. A l’aéroport de Marignane, raconte Ben Amar Mediane, Nedjma, l’amour de Kateb Yacine, vient se recueillir sur celui qui l’a toute sa vie aimée et qui a fait d’elle une figure capitale de la littérature maghrébine. Le motif du personnage sorti de l’œuvre et venant se pencher sur le cadavre de son auteur est un thème obsessionnel chez Moustganmi. L’œuvre de cette romancière entrée en littérature par des recueils publiés à Alger se nourrit aussi de poésie, de lectures, de références picturales, d’anecdotes historiques qui toutes concourent à prouver qu’être romancier a comme préalable une érudition, sinon une culture à toute épreuve. J’aime ces passages où la romancière délaisse le fil du récit pour évoquer des peintres, des photographes, des passages de tel ou tel roman… Elle s’adonne à l’envi à la citation et au vertige de l’autocitation. Le tout dans une approche qui insinue que l’art est éternel. Même le silence des artistes, des écrivains est répercuté ici. Je pense à ces passages où elle évoque Malek Haddad, ce martyr de la langue arabe. (avec l’indépendance, Haddad avait décidé de ne plus écrire dans une langue autre que la sienne. Et il n’a plus rien écrit). Ce n’est pas un hasard si Mosteghanemi dédie son premier roman au constantinois Malek Haddad.
Mais il y a, me semble-t-il, une autre raison au succès inégalée de la romancière. Cela tient à la qualité de sa langue. Voici une langue fluide, élégante, belle jusqu’au tournis et si cristalline. Et poétique. Elle rappelle en cela l’écriture d’un Tayeb Salah.
La phrase de Mosteghanemi lui importe beaucoup. Mieux encore : ce que la romancière restaure, c’est son passé, certes, mais c’est surtout la langue arabe. Elle réussit en arabe ce que Kateb Yacine avait réussi en français. Cela me fait plaisir que le renouveau de la langue arabe vienne aussi d’Algérie, plus précisément de Constantine, si proche de Tunis. Comme une revanche sur les erreurs de l’histoire.
Un bel hommage lui a été rendu par Jahed Al Khazen dans le prestigieux Al Hayat : « si j’avais eu à choisir, je n’aurais rien lu et aurais passé mon temps à attendre un nouveau roman de Ahlem Mostghanmi. ». En attendant, on peut la lire, la relire.

12 commentaires:

ferrrrr a dit…

Elle est célèbre cette dame bien maquillée, mais de là à dire qu'elle est écrivain... Bien que, quelques pages/paragraphes/ de son oeuvre sont tout de même acceptables... elle cultive le bon profil dans le bon milieu

ART.ticuler a dit…

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brigitte giraud a dit…

Bien, pas bien... Littérature ou non.... Je ne connais pas et je vais acheter et la lire. De toute façon, la regard d'un écrivain arabe sur la guerre d'indépendance m'intéresse terriblement. Elle doit bien petre traduite en français, ben forcément ! belle journée à toi Jalel !

La petite librairie des champs a dit…

Est-elle traduite?
Pouvez-nous donner les références?
Amicalement,
SD

Jalel El Gharbi a dit…

@ SD, Ahlem Mousteghanami : Mémoires de la chair. Albin Michel. Collection : Les Grandes traductions.
Amicalement

helenablue a dit…

Beau regard, bleu et présent, je sais ce n'est pas le sujet, mais comme une sorte d'adéquation entre le cristallin de l'écriture que vous évoquez Jalel et celui de l'image offerte ici...

Bien envie de la lire à l'écoute de vos mots.
Amitiés.
Hélèna

Jalel El Gharbi a dit…

@ Ferr et @ ART.ticulier : Je ne suis pas très porté sur la polémique. Mais je vous dirais combien je suis surpris par vos réactions. Cela me surprend d'autant plus que cela vient précisément de vous deux.

giulio a dit…

Barbara Cartland (Dieu ait son âme qui flotte sur un petit nuage pink)et Marie Ndiaye (Goncourt ou pas full à côté de la plaque)...
j'aime presque toutes les femmes... écrivaines contemporaines, y compris Joanne Kathleen Rowling, qui a enchanté mon côté éternel gamin, comme naguère Marc Twayn, Walter Scott, Colette, Shéhérazade, George Sand et Conan Doyle.
Il n'y a pas de rapport, bien sûr et ce n'est pas parce que ça et là ça rapporte fric et célébrité qu'il faut froncer le nez.
Bon, pour revenir à nos moutons, après avoir lu la demie-douzaine de livres en attente sur mon guéridon y destiné (y compris la batarde d'Istambul d'Élif Shafak), je ne manquerai pas de me lancer à la découverte d'Ahlem Mosteghanemi.

giulio a dit…

Sorry. Après "Barbara Cartland... et Marie Ndiaye, je devais écrire:

"mises à part".

Voilà ce que c'est de former des phrases trop longues!

Anonyme a dit…
Ce message a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…
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Adel a dit…

Chez elle tout est mensonge: par exemple son regard bleu sur la photo, ce sont des verres de contact. Ceci indique son alienation.
Sa vie est dominée par la lâcheté: elle a quitté le Liban pour Paris chaque fois qu'il était risqué d'y vivre. De même pour l'Algerie.
Pour être un créateur, il faut être sincère.
Le reste n'est que marketing.
Notre époque est dominée par le mensonge. Il faut donc faire attention.