vendredi 31 août 2012

Place aux Foins


C'était place aux Foins dans mon rêve
La libraire me montrait un manuscrit illisible
Je n'ai pas baissé les yeux, il n'y avait plus aucun ailleurs
- Ni à travers la fenêtre ni du côté des bibelots -
J'ai vu la naissance des seins et leur albâtre
Je n'ai pas baissé les yeux
Tant ils doivent ressembler à ceux de l'amour
J'étais si près d'Elle, si près de sa robe bleue
C'était à Saint-Pétersbourg où je n'ai jamais été

Jalel El Gharbi

samedi 25 août 2012

Des salafistes encore !

En 1810 déjà, Mohamed Ibn Abdelwaheb - fondateur de l'hérésie wahabite- écrivit une lettre arrogante à Hammouda Pacha, bey de Tunis. Le Bey transmit la lettre aux savants de la Zeitouna. Ils y eut deux réponses : un ouvrage de Cheikh Temimi, aujourd'hui introuvable à Tunis !!! dont je traduirais le titre ainsi : De la grâce divine dans la réfutation des dévoiements wahabites.
Il y eut également une lettre magistrale, celle de Abu Al Fadhel Kacem Mahjoub.
La lettre du wahabite et celle du savant tunisien se trouvent dans l'ouvrage du grand historien tunisien Ibn Abi Dhiaf (1804-1874). Le commentaire donné par l'historien est magistral.
Le tout est sur dailymotion. Prenez le temps d'apprécier.
http://www.dailymotion.com/video/xlvcv5_yyyyy-yyyyy-yyyy-yyy-yyyyy-yyyyyyy_webcam

En lisant le Décaméron

"Faites que je puisse me vanter, dans l'autre monde, d'avoir été aimé dans celui-ci de la plus belle femme qui soit sortie des mains de la nature."

mercredi 22 août 2012

La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis


La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis est le tout nouveau roman de Francis Dannemark "Une histoire d'amour, d'amitié et de cinéma en 500 pages" aux éditions Robert Laffont. 
Sortie en librairie : demain
Voici un extrait de ce roman :
Chapitre 3 

Comment Archibald l’a sauvée


  Jean-François arriva un peu avant sept heures. Il avait enfilé des bottes de caoutchouc pour faire le quart d’heure à pied qui séparait son appartement de la maison et s’en débarrassa dans le hall d’entrée. En compagnie de Max, qui avait fini de préparer la table pour le dîner, il alla se poser dans un des divans du salon. Il avait été aménagé pour qu’une dizaine de personnes, en se serrant un peu, puissent ne rien perdre des images défilant sur l’écran de belle taille que Jean-François avait installé dans un coin de la pièce. Max n’avait pas tiré les rideaux. Il regardait tomber la neige avant de reporter son regard vers les flammes qui dansaient dans la cheminée. Jean-François lui dit qu’il devrait songer à faire un trou dans son pull à hauteur du coude droit.
  – Ah bon ? Ça porte bonheur ?
  – Peut-être, oui. Mais surtout, ça irait parfaitement avec le trou que tu as déjà au coude gauche…
  Max ne se donna pas la peine de vérifier. Jean-François avait raison ; d’ailleurs, lui avoua-t-il, Judith lui avait fait la remarque la veille.
  – Je sais que tu ne reçois plus de nouveaux patients, dit Jean-François, et que les rares que tu vois encore te connaissent et ne vont pas se formaliser, n’empêche, tu devrais faire un peu attention.
  Max acquiesça d’un mouvement de la tête.
  – C’est curieux que tu dises ça aujourd’hui, ajouta-t-il avec un demi-sourire. J’ai reçu quelqu’un de nouveau cet après-midi.
  – Grande nouvelle. Comment cela se fait-il ?
  – Je n’ai pas eu vraiment le choix. C’est un service qu’on m’a demandé. L’ami de l’amie du collègue… 

  La phrase fut interrompue par la sonnerie qui annonçait une arrivée. Jean-François se leva pour aller ouvrir. Max l’entendit qui commentait la météo avec Marie-Louise. Elle avait soixante-quatorze ans et elle était ravie  d’être la doyenne du club. Quatre ans plus tôt, elle avait perdu son mari, terrassé par un infarctus alors qu’il faisait sa séance quotidienne de course à pied dans les allées du parc. Kinésithérapeute, il s’était très tôt spécialisé avec passion dans le domaine sportif. Marie-Louise, infirmière de formation, était devenue son assistante et avait assuré son secrétariat. Arrivé à l’âge de la retraite, il était resté très actif, partageant son temps entre quelques clubs de sport qui réclamaient ses conseils. Marie-Louise s’était dit que mourir en pleine course, près de ces arbres qu’il aimait tant, et sans avoir à connaître la moindre déchéance physique, était la plus belle sortie pour lui. Mais cette certitude, partagée par ses deux fils, ses deux filles et ses nombreux petits-enfants, ne l’avait pas protégée entièrement du chagrin. Certains soirs, à l’improviste, il faisait de la ronde et dynamique Marie-Louise une femme à qui la mélancolie tenait compagnie d’un peu trop près. Jean-François, qui habitait un appartement à deux pas du sien, la connaissait depuis longtemps. Il avait consulté son mari plusieurs fois après s’être fait mal en jouant au tennis et il était au courant de son décès. S’étant mis à bavarder dans la file d’attente de la boucherie qu’ils fréquentaient tous les deux, Jean-François et Marie-Louise avaient poursuivi en prenant un thé au Pain Quotidien. Marie-Louise lui avait confié presque à l’oreille, fort gênée mais très amusée aussi, qu’elle n’avait jamais vraiment aimé le monde du sport.
  – Vous n’imaginez pas l’odeur, lui avait-elle dit. Même les femmes. Même les enfants. Sauf les Asiatiques, je me suis toujours demandé pourquoi.
  – La nourriture, sans doute, avait suggéré Jean-François. 

  Ça ne l’avait pas empêchée d’adorer son mari mais elle se souvenait parfois qu’elle rêvait, jeune, de passer ses soirées au cinéma, de courir les expos… Jean-François, touché par cette femme que le chagrin n’avait pas privée d’humour mais qui semblait avoir besoin d’un peu d’aide, lui avait dit qu’il n’était jamais trop tard et qu’il serait ravi de lui faire découvrir à l’occasion quelques perles de sa collection de films. 

  Il n’avait pas tardé à l’appeler et avait aussi invité Max, qui avait tendance à se renfermer. Un quart d’heure de marche ne ferait pas de mal à sa jambe qui avait besoin d’exercice et un vieux film lui rappellerait l’époque où, adolescents, ils ne rataient pour ainsi dire jamais la diffusion, sur l’une ou l’autre chaîne de télévision, de classiques ou de raretés du cinéma. Ils étaient à bonne école : le père de Jean-François nourrissait une passion quasi exclusive pour le cinéma et se réjouissait de la partager avec son fils et le meilleur ami de celui-ci. 

  Ce soir-là, Jean-François proposa de découvrir un film de 1934 qu’il venait de recevoir des États-Unis, Thirty-Day Princess, dont le scénario avait été écrit par Preston Sturges et qui permettait de voir Cary Grant avant The Awful Truth, avant Bringing up Baby et Holiday, bref, avant que se précise et se fixe le personnage qu’il allait incarner avec une classe légendaire pendant près de trente ans. Jean-François demanda à Max et à Marie-Louise s’ils connaissaient sa réponse célèbre à un journaliste qui lui avait fait remarquer qu’il était un modèle unanimement reconnu : « C’est vrai, tout le monde voudrait être Cary Grant. Même moi. »
  À la fin du film, sans qu’ils le sachent, Jean-François, Max et Marie-Louise venaient de vivre, au milieu de l’année 2006, la première séance du ciné-club. Il faudrait deux années et un certain nombre de séances improvisées avant que la chose devienne réelle et régulière, mais le premier pas était fait. 
  Et Archibald Alexander Leach, mieux connu sous le nom de Cary Grant, avait conquis le cœur de Marie-Louise. Certes, elle l’avait déjà vu dans quelques films – elle se souvenait de Charade (avec Audrey Hepburn qu’elle trouvait si ravissante) et de La mort aux trousses – mais ce furent ce jour-là, grâce à laPrincesse par intérim, non des retrouvailles mais une authentique rencontre, avec ce qu’il faut de candeur et d’émerveillement. Comme le fit remarquer Max par la suite, Cary Grant avait sauvé Marie-Louise, qui, au lieu de tourner en rond, se mit à la recherche, avec l’aide précieuse de Jean-François, de tous ses films et de tous les livres parlant de lui. Peu requis par sa fille qui, ayant hérité de son goût pour la langue anglaise et pour le cinéma, faisait des études de traductrice avec l’intention de devenir sous-titreuse de films, et paisible dans son travail de professeur et de responsable du département d’anglais d’une école de traduction et d’interprétariat, Jean-François avait été heureux d’offrir un peu de temps et d’attention à sa voisine. 

  Suite à son divorce, deux ans plutôt, d’avec sa seconde épouse – une comédienne dont il avait été incroyablement amoureux mais à qui il avait renoncé à expliquer que ni la beauté ni le talent ne résistent longtemps à l’action combinée de l’alcool et des tranquillisants –, Jean-François avait traversé discrètement mais très douloureusement plusieurs mois de crise. Il s’en était sorti en donnant un deuxième souffle à sa passion pour le cinéma, grandement aidé en cela par le développement d’Internet. Les plates-formes anglaise et américaine d’Amazon lui avaient permis de découvrir de nombreux marchands qui possédaient des trésors et de mettre la main, à des prix très légers, sur des films et des livres jusque-là introuvables. 
  Alors que d’autres attendent l’amour, Jean-François attendait le facteur. Les commandes mettaient parfois trois ou quatre jours à lui parvenir, parfois un mois ou davantage. Mais elles arrivaient et Jean-François regardait le soir même quelques extraits du film déposé dans sa boîte aux lettres par l’homme ou la dame des postes, avant de le ranger dans la série des films à découvrir ou à revoir d’urgence, à côté du Lieutenant souriant de Lubitsch, ou un peu plus tard, entre le David Copperfield de George Cukor et la version restaurée des Grandes Espérances de David Lean. 

  L’opération Cary Grant occupa bientôt une large part des loisirs de Marie-Louise. Ayant découvert qu’une partie non négligeable de l’abondante filmographie de son idole n’était pas disponible avec des sous-titres français, elle décida de prendre des cours d’anglais. Jean-François lui recommanda une femme qui n’était pas enseignante mais qui était authentiquement Anglaise et qui accepterait peut-être de l’aider. Elle s’appelait Kate. Jean-François l’invita un soir pour qu’elles fassent connaissance. Il invita aussi Max, qu’elle avait consulté à deux ou trois reprises à l’époque où elle avait commencé à changer de vie et avec qui elle était restée en contact. Jean-François avait-il dit à Max qu’il avait eu une brève aventure avec Kate, qu’il avait rencontrée chez lui lors d’une soirée ? Oui, il s’en souvenait, ils en avaient parlé : Max n’avait pas été étonné par ce qu’il lui avait révélé, à savoir qu’il y avait une deuxième Kate qui, dans l’intimité, pouvait se mettre soudain à sourire, d’un sourire incroyable qui la transfigurait totalement et qui faisait d’elle, pour quelques instants fugaces, une femme d’une beauté fascinante, avant qu’elle redevienne une grande Anglaise mince et pâle aux cheveux clairs, perdue dans ses pensées et dans un pull toujours trop large.
  Ce soir-là, en regardant The Bishop’s Wife – dans lequel Cary Grant était aussi séduisant qu’énigmatique en ange envoyé sur terre pour prêter main-forte à David Niven, évêque anglican qui préférait les plans d’une cathédrale aux charmes de son épouse –, Marie-Louise trouva un professeur d’anglais qui allait devenir une amie. Et le futur ciné-club compta un quatrième membre. 

dimanche 19 août 2012

La Grèce n'est pas morte !


Non, la Grèce n’est pas morte !




par  Jean-Claude Villain, écrivain
Il y a quelques semaines, en large titre de pleine page d’un grand quotidien français, on pouvait lire cet avis de décès stupéfiant : « La Grèce est morte ». Déjà énoncé en 1956 par Cornélius Castoriadis, le thème de la mort de la Grèce est aujourd’hui repris par de nombreux intellectuels et notamment par un écrivain grec contemporain majeur : Dimitris Dimitriadis. Tel constat, aussi absolument désespéré, n’est pas un des
Île de Lefkade ; falaise d'où Sappho s'est jetée il y a 2600 ans. (Photo JCV)
moindres signes du désarroi politique, matériel et moral qui a envahi ce pays. Faut-il pour autant l’accepter fatalement, enregistrer cette nouvelle sans plus de doute ni d’examen ? Partant pour plusieurs semaines en Grèce continentale et insulaire, la parcourant du sud au nord, d’est en ouest, je m’attendais à constater tristement l’incroyable fin de ce pays et du mythe qu’il porte, à assister en témoin à son enterrement, et en vieil ami à prendre ma part du deuil.
Certes dans les villes, à Athènes surtout, la misère matérielle et morale est immédiatement perceptible, et pas seulement parce que de nombreux migrants, dont beaucoup d’enfants, y errent et mendient : des signes sont là, irréfutables, qui témoignent de la réalité pesante de la crise, de son étendue et de sa profondeur. Celle-ci n’est plus la matière abstraite d’une phraséologie redondante ayant envahi les médias et les cerveaux occidentaux, car sur place cela se voit, se sent, se dit : les Grecs en majorité, vivent plus mal, inquiets et pessimistes.
Pourtant, au-delà du constat des causes qui ont depuis des décennies affaibli la Grèce (clientélisme et corruption des deux principaux partis politiques alternativement au pouvoir, affaissement des vertus populaires traditionnelles, emprise d’un libéralisme aux méthodes sauvagement prédatrices, inefficience de certains services publics, féodalités économiques persistantes, chômage croissant, exil des jeunes), je voudrais ouvrir une brèche d’espoir en rappelant les incomparables forces résiduelles dont dispose ce pays, aptes à stimuler une vision moins désespérée de son présent et de son avenir. Car c’est avant tout d’un espoir mobilisateur dont ce pays a besoin afin de se libérer des pronostics et des pressions qui l’accablent. Au creux même de la dépression, il lui faut mobiliser une foi en lui-même, en son identité singulière, les leçons de son histoire et la vitalité de ses racines, par là susciter un élan apte à répondre, comme René Char a pu le suggérer en des temps également dramatiques, « à chaque effondrement des preuves (…) par une salve d’avenir ».
Comme dans la plupart des pays du monde, les villes grecques concentrent la majorité de la population nationale et tendent à faire oublier « l’autre Grèce » qui ne perçoit ni ne vit la crise de la même façon. Il suffit de s’éloigner des villes, de parcourir les très nombreuses portions sauvages des milliers de kilomètres du littoral grec, préservé, contrairement à d’autres côtes méditerranéennes, de l’inflation anarchique d’immeubles qui les ont définitivement défigurées et dépoétisées, de parcourir les campagnes couvertes d’oliviers, d’arbres fruitiers, de vignes, où s’épandent troupeaux de chèvres et ruchers, de s’attarder dans les villages dont la silhouette évolue lentement, pour retrouver un art de vivre peu perturbé par la crise, sachant entretenir et promouvoir des réflexes de production, d’autonomie et de solidarité. Celui-ci permet une bénéfique mise à distance, à la fois psychologique et concrète, de la problématique de crise qui obsède les populations européennes. Il peut paraître naïf d’opposer ainsi la relative quiétude du monde campagnard et insulaire grec, protégé par sa perpétuation des modes de vie traditionnels, au mal-vivre croissant des citadins, plus directement exposés, de vanter les atouts d’un environnement naturel et d’une forme de vie qualitativement axée sur la jouissance de biens premiers, essentiels, par opposition à l’enfoncement de populations entières dans la solitude, la misère et le désespoir. Mais en Grèce cette opposition est moins simpliste et moins grande qu’il n’y paraît car malgré le caractère tentaculaire de la mégalopole athénienne et de sa banlieue sud-ouest industrielle, malgré les villes de diverses tailles du pays, le citadin grec est rarement coupé du pays profond qui lui sert de véritable base de ressources, psychologiques et matérielles, affectives et poétiques. Beaucoup de citadins grecs disposent en effet, à la campagne ou sur une île, d’une maison –souvent de famille- d’où eux-mêmes et sinon des proches rapportent et partagent olives, huile, légumes, fruits, confitures, miel, fromages, pain, vin, ouzo, raki. Ces denrées garantissent bien plus qu’une part savoureuse de la subsistance alimentaire : un lien affectif et traditionnel apte à nourrir la force mentale, affective et poétique par laquelle nombre de Grecs semblent mieux résister à l’angoisse et la disette générées par la crise que ne le laissent imaginer les informations accessibles en France. La solidarité familiale traditionnelle, maintenue très forte, contribue sur les plans matériel, psychologique et affectif, à cette résistance. Ainsi, à partager quelques semaines la vie de ce peuple, ce qui ressort est la perpétuation de ses atouts psychologiques et culturels essentiels par lesquels, sans tomber dans des clichés de propagande touristique, un certain art de vivre reste bien vivant, et par là salvateur. Les terrasses des cafés et les tavernes sont majoritairement fréquentées par des Grecs qui, affichant cette tranquille lenteur qui subsiste malgré tout, continuent à aimer plus que d’autres, le partage d’un verre ou d’un plat à l’air et au soleil, à tirer des chaises dans la rue pour une conversation. De ce pays riche de vastes espaces sauvages dont la beauté stupéfiante reste inchangée il faut donc –et de beaucoup- corriger la lecture, essentiellement médiatique, qu’inspire la seule référence urbaine, (c’est-à-dire concentrationnaire) et prendre en compte le lien racinaire entretenu par chaque Grec avec des modes de vie séculaires où dans des territoires à faible densité humaine mais aux richesses naturelles intactes, il entretient un rapport mythique à l’espace et au temps. Ceci n’est malheureusement ni apparent dans les reportages télévisés, ni valorisé par les clientélismes politiques, lesquels semblent plutôt s’acharner à favoriser par la répétition de la peur de l’avenir, un populisme réactionnel tenté par les extrêmes.
Non seulement riche d’une géographie et d’une sociologie singulières ce pays mythique est également porté par une histoire qui l’irrigue encore, même si parfois elle lui pèse et que, dans l’espoir de se régénérer, il est tenté de la brader. Sans remonter exagérément le temps, ce fut au XIX° siècle la révolte contre l’occupation ottomane et l’indépendance retrouvée. Au XX° siècle la successive résistance au nazisme qui amena la guerre civile, puis à la dictature des colonels. Mais les déterminations de l’histoire moderne ne sauraient éclipser l’influence encore vivante de la période antique. Plutôt que de la liquider une bonne fois pour toute comme le suggère Christos Chryssopoulos dans son roman La destruction du Parthénon, (et avant lui Yorgos Makris) par la métaphore symbolique de la pulvérisation de l’Acropole qui coiffe de façon écrasante la cité-capitale et par là tout le pays, il convient au contraire de prendre en compte le bénéfice psychologique que confère, encore aujourd’hui à la population, la conscience d’être héritière d’un passé prestigieux nourri des génies qui ont hissé ce pays au rang d’une des plus vieilles et des plus hautes civilisations. Cela se remarque de nombreuses façons dans la vie nationale et contribue au sentiment d’unicité, d’unité et de dignité du peuple. Des noms des rues aux prénoms des gens, des mentions abondantes des dieux et des personnages de la mythologie à l’évocation des récits et légendes, joués ou chantés, au théâtre, en musique, en chansons, c’est dans la vie quotidienne de tous les Grecs que s’entretient cette référence, continuée et magnifiée, aux périodes de l’histoire du pays pourvoyeuses d’une grande part de l’honneur –sinon de l’orgueil- national. En cela la Grèce sait –et implicitement le rappelle à tous- qu’elle est certainement le pays le plus originel, et peut-être le plus référenciellement rassembleur de la culture européenne, qu’elle est donc incontournable pour poursuivre la construction politique, économique et culturelle de l’Europe.
Mise à mal par un système économique et bancaire qui l’a dépassée, et sans cependant pouvoir s’exempter de ses propres maux intérieurs, politiques surtout, qui l’ont gravement fragilisée, la Grèce n’est pas seulement le parent pauvre et problématique de l’Union européenne, la brebis galeuse de la zone euro. Elle reste à la fois un pays exceptionnel dont les ressources historiques, géographiques, culturelles, humaines, mythologiques et poétiques sont utiles à tous les Européens, et un peuple, certes aujourd’hui inquiet et tourmenté, stigmatisé quoique victime, mais vaillant et capable de s’arc-bouter une nouvelle fois contre un sort contraire ; un pays qui sait instinctivement qu’il possède les richesses inviolées de sa géographie, de son histoire, de sa singularité anthropologique, et qui en tire sa force latente, capable de résistance et de rebond. Décidément non la Grèce n’a pas à précipiter sa mort, à s’offrir en victime sacrificielle d’une communauté étrangère cherchant à garantir sa survie en faisant d’elle un bouc-émissaire, n’a pas à se renier, ni à céder aux tendances suicidaires auxquelles la porterait la dépression qui l’affecte, à tout feindre d’arranger par sa disparition oblative. Plutôt que de jouer les pleureuses du cortège funèbre, l’œuvre la plus urgente des intellectuels grecs est de revitaliser les forces souterraines intactes du pays qui a besoin d’eux comme d’un chœur moderne, vigile et lancinant. Non la Grèce n’est pas morte, ne peut pas mourir. Et si aujourd’hui l’Europe paraît la soutenir de ses perfusions, c’est en réalité, au plus profond, l’Europe qui a vitalement, et pour toujours, besoin d’elle.
Jean-Claude Villain,
Ecrivain

vendredi 17 août 2012

jeudi 16 août 2012

Poesia Traduzione di Pina Isopo

Gli capita anche di curare lo scorbuto
che punisce i marinai per essere andati così lontano
dagli alberi di limone, dalle piante di ribes nero e dagli olivelli spinosi
Però non ha fatto niente per questo corpo che perde colpi                        
Gli capita perfino di misurare gli abissi
e di calcolare quanto tempo mette un’arancia
a cadere da Venere in una mano affamata                                              
eppure non ha misurato la profondità del supplizio
Capita all’amore di prevedere tutto
ma non ha fatto anticipazioni su una sola delle mie parole
Jalel El Gharbi traduzione di Pina Isopo

mardi 14 août 2012

Poème

Il lui arrive même de soigner le scorbut
Qui punit les marins d’être allés si loin
Des citronniers, des cassis et des argousiers
Or il n’a rien fait pour ce corps qui s’essouffle
Il lui arrive même de mesurer les abysses
Et de calculer combien de temps met une orange
Pour tomber de Vénus dans une main affamée
Cependant il n’a pas mesuré la profondeur du supplice
Il arrive à l’amour de tout prévoir
Pourtant il n’a pas anticipé sur un seul de mes mots

Jalel El Gharbi

samedi 11 août 2012

Lettre ouverte à l'ambassadeur d'Algérie


Monsieur l'Ambassadeur,
Mercredi 8 août, la gendarmerie algérienne a abattu un contrebandier tunisien. Ce n'est pas la première fois que les forces de votre pays recourent aux armes pour des infractions qui, vous en convenez, ne valent pas une vie humaine. Je me permets de vous rappeler que le 19 octobre, une frégate de la marine algérienne a  tué un pêcheur tunisien à quelques encablures des eaux territoriales tunisiennes. 
Je tiens à exprimer mon indignation et ma colère de voir des hommes tués pour une bouchée de pain. Naïvement, j'ai toujours pensé que ces armes, acquises au prix de grands sacrifices du peuple algérien, serviraient le cas échéant à la défense du Maghreb. J'ai dû donc déchanter. Force est de constater que ces armes ne servent qu'à de piètres prouesses. 
Comme il y a lieu de craindre que le silence des autorités tunisiennes, soucieuses de préserver les relations entre nos pays, n'incite les forces algériennes à la récidive, j'ai estimé de mon devoir de citoyen tunisien d'exhorter les autorités algériennes à faire plus de cas des sentiments fraternels que voue le peuple algérien à  la Tunisie, à faire plus de cas de la vie humaine et à faire preuve de plus de retenue et de bon sens. En effet, il serait bien plus profitable pour l'Algérie et pour la région de montrer la même fermeté face aux terroristes et aux trafiquants de drogue qui pullulent dans le sud algérien mettant en péril la stabilité et l'indépendance de toute la région.
A ma connaissance, aucune instance algérienne - même pas votre ambassade - n'a estimé nécessaire d'exprimer ses condoléances ou ses regrets. Cela pourrait être interprété comme signe d'une hostilité qui n'a pas lieu d'être.
Avec l'expression de mes sentiments, les meilleurs. 

vendredi 10 août 2012

mardi 7 août 2012

Poème d'Edouardo Galhos




 l’UNITÉ INDIVISIBLE
  
Être où l’on est
actif sans s’agiter sans y penser     
détaché du besoin de devenir
exister pour se sentir vivre à tout instant
prêt à mourir pour continuer à vivre.

Sentir l’herbe au ras des pieds dans nos forêts d’enfant
du sable dans nos orteils traversant nos déserts
égaler le fleuve qui court rêveur de l’océan
esprit de l’air un éclair constant à longueur du temps.

Roucoule de la colombe sur la branche de l’olivier
huée de la mouette jusqu’où elle doit aller
demeurant le soupir d’un désir dans l’acuité du cri
écho qui arrive et repart sans savoir où il va
rayonnante est l’évocation qui se répercute à l’infini
éloignement délicat de soi pour se rejoindre plus tard
arbitre de son destin et consentant sans y être forcé
comprendre sans questionner et accepter sans effort
être où l’on est et où l’on a été depuis toujours peut-être
serein ancré et solide au sommet de la montagne altière.

Lâcher prise étant sûr que tôt ou tard on possédera
sans tenir à quoi qu’on fasse pour changer quoi que soit
s’étirer vers le haut humer à pleins poumons l’air
du commencement à la fin rien ne s’arrête de bouger
l’équilibre instable est source d’une appétence
la clameur est la flamme d’une vérité absolue           
briguer son honneur dès lors qu’on risque de le perdre.


Toute place est étroite dans un lit abandonné
la douleur de la solitude n’est que passagère
fantasque est la fantaisie d’un rêveur au réveil
arriver éveillé à l’aube d’un lendemain
regagner une dernière fois la forêt où tout est élevé
rentrer dans la cité comme pour un dernier jugement
chercher l’allure d’une verticalité nécessaire. 


Dans le silence d’une prière les désirs se sont logés
s’acheminer droit pour arriver où nos pas nous l’autorisent
vivre en toute liberté deviendra un jour réalité
conscient de ce que l’on est sans violences exigées
le don de la modestie est la plus grande richesse
tout être est un arbre enraciné fixé par ses racines
se tenant droit sans retenir seulement pour le plaisir
la fragilité pressentie est une apparence exquise
une force universelle nous pousse à poursuivre
loyaux à nos aïeux nous serons leur reflet
être ce qu’on doit être jusqu’à la fin de nos jours
léger mais résolu sans cesser de le mériter
demeurer  immuable au gré des vents et marées
finir de bon cœur pour se rendre où l’on doit aller
rien ne sert de se féliciter pour se sentir bien ou mal.


Le souffle se tient régulier entre la terre et le ciel
l’âme s’instille au long de la colonne vertébrale.





Eduardo GALHOS- 14.02.2012

lundi 6 août 2012

Ceux qui ne supportent ni Beethoven ni Schiller passent encore à l'action

Un salafiste a agressé hier Cheikh Abdelfatah Mourou à Kairouan.
L'agresseur serait un criminel qui a profité de la grâce accordée par Moncef Marzouki. Avant de lancer à  toute volée un verre à la face du Cheikh, l'agresseur lui a reproché sur un ton qui se veut spirituel d'avoir chanté ". Moi, je suis un musulman qui ne chante pas", en allusion à un passage à la TV du Cheikh où il a chanté sur l'air de la 9eme symphonie de Beethoven le poème de Schiller.
Nous payons aujourd'hui les frais de la démagogie de ce président sans prérogatives et du laxisme du gouvernement. 
Parmi les premiers à se rendre au chevet du Cheikh d'hypocrites prédicateurs de la haine, des ignares qui croient détenir la science infuse.
En cette circonstance aussi pénible qu'inquiétante, je souhaite un prompt rétablissement au Cheikh et exprime toute ma solidarité avec lui. 


Fenêtre sur mer, Giulio-Enrico Pisani


Photo ayant inspiré ce poème. Photo communiquée par Ibtissem. Qu'elle soit vivement remerciée.
Fenêtre sur mer



C'est le songe de millions d'entre nous.
Pure poésie lorsqu'on en reste là,
Simple appel du large
Ou d'une vie meilleure,

Que m'importe !

Il emporte
poètes, aventuriers et Harragas

Loin de la médiocrité,
Où nous sommes ancrés .

Mais, volens nolens,
Nous n'avons pas le droit
D'abandonner ceux qui ne volent point,
Les humbles dont les fenêtres
Sont restées fermées,

Nolens volens, abandonnés,
À la tyrannie des juges
Autoproclamés.
Giulio-Enrico Pisani

vendredi 3 août 2012

En relisant Hamlet



"Je pourrais être enfermé dans une coquille de noix, et me regarder comme le roi d’un espace infini, si je n’avais pas de mauvais rêves."