lundi 2 juillet 2018

Poème de la mise à nu





Oeuvre de Ferdinand Hodler (musée d'Orsay)



Ceci n’est pas un poème. Sont vrais
L'ami, la rade,  la  dame et le livre
Est aussi vraie la guêpe presque nue.
Tout est à moi même ces archaïsmes.

Or - c’est ainsi que commence le texte-
Vers la rade où meurent tous les corsaires
Et où pas un Robinson ne survit
J'ai longé le golfe seul, goéland
Aux ailes confisquées avant le voyage
Alourdi de faims et de mille soifs.

Puis, je vis  proches de grandes abîmes
J'allais donc  au dernier frémissement.

Mais  pour me donner comme  un lendemain, 
Une sirène déchira la nuit
J’ai failli crier : ce n’est rien, silence !
Une dame ameuta le monde entier
L’un des nôtres s’éteint. Je l’accompagne
S’il meurt. Venez, sauvez-le ou je meurs.
Je vis accourir les siens en silence.

Le soir alors que la terre entière
Dormait, lisait ou s’aimait en silence
J’ai eu une idée pareille au soleil :   

Pourquoi ne pas m’enfuir par la fenêtre
Me jeter au creux du bras ensablé
Me confier à la première vague
Me réveiller sain et sauf à Chiraz
Ou sur la route qui mène au matin ?

Je reviendrai pour lui  baiser les mains
Me mettre à genoux, lui donner un gage
Et avant que revienne la douleur
M'enfuir et me cacher là où personne
Ne me connaît ni ne parle ma langue


Tremblant de peur de ne plus repartir
De rester inerte comme un galet
J’ai pensé à ce que je devais voir,
Aux étreintes, aux départs en souffrance.

Toute la nuit, j’ai cherché un remède :
Verveine, camomille, romarin,
Valériane,  reine-des-prés, acanthe...

J’ai proposé que me soient prescrits vite
L’ombre des eucalyptus sur le lac
Du vin, du fromage et une cerise
Un ou deux  poèmes antéislamiques.

Je n’ai pas reconnu ma propre mort
En ce monstre de silence hideux.


L’ami afghan connaissait son remède
Revoir Mazar Echerif et sa fille
Elle,  prunelle de mes jours !  dit-il
Mais personne ne l’entendait ainsi
La prose en médecine est trop pesante.

L’ami afghan partit à mon insu
Seul l’amour de sa fille survécut
Sur la table, un chocolat éventré
Et l’ombre seule d’un camion à Hérat.

J’avais raison ce n’était pas ma mort.
Pour oublier les fièvres de la veille
J'ai replongé dans  
The Book of secrets
De Ahmed Ibn Khalaf Al Mouradi
Expliquant en deux langues les machines
Et les machinations de la parole.

J’ai ouvert la fenêtre à l’air chaud
Une sirène, brise matinale,
Au bord d’un calme lacustre allongée
Elle portait un maillot jaune et noir
Comme une belle guêpe presque nue
Elle posa le dard du désir. Mon corps
Reprit les litanies oubliées.

A moi la rose et la rosée des matins
A moi le galbe des dunes dressées
La verdeur sucrée de la terre hâlée.

Passante qui n’êtes jamais passée
Saurez-vous quel brasier prit en moi ?

J’étais voyeur de mon propre retour
Il me restait donc des pages à vivre
Actéon surprendra Artémis encore
Il me souvient du jour où j’ai suivi
-Poursuit-on autre chose que son âme ?-
L’oiseau voletant seul de palme en palme
Il haletait, comme moi éperdu.
Je voulais juste le nom de l’oiseau
Trop essoufflé pour cingler vers Faris

A plusieurs noms celui qui n’en a point
Traquet ou Oum Salem en Arabie
Wheatear quand il traverse la Tamise
Moukhadrem serait son autre surnom
Pourtant  qu’importent  la couleur, le nom
Pour qui a tant désiré, tant marché
Un rien peut faire son oasis.

Je pourrais fermer les yeux, reconnaître
La page entière mais non pas le livre
L’escale nocturne  et non le voyage
Le sourire et non pas le visage
Je pourrais sans trop me donner de peine
N’ouvrir ni le livre ni le hublot
Et me dire, sans me tromper, c’est Elle.
Et je pris de bonnes résolutions
Ne rien devoir au silence étendu
Le nom du parfum oublié embaume
Les mots restés dans l’iris du silence
Prier  que vienne vite le cheveu
Qu’elle oubliera un jour sur mon épaule.

Me reviennent de droit soixante pays
Passantes,  bars houleux, ponts chancelants
Et me reviennent des caresses sur
Toutes  ses tresses et des mots forgés
Eclopés comme ces décasyllabes

Il y a quelques jours,  j'ai fait le bilan 

Livres exceptés, je n’ai rien de droit. 

1 commentaire:

giulio a dit…

Ah, j'aime mieux ça, cher Jalel.

Quel splendide poème débordant de toute la truculence poétique jalelelgharbienne ! Tragique complainte, puis chant élégiaque, il finit par retrouver le chemin de la vie.

Note ; je suis loin de tout comprendre, mais ce que j'ai pu intérioriser, je l'ai trouvé bouleversant et magnifique.

Dans ton prochain recueil ?