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dimanche 18 août 2019
jeudi 11 juillet 2019
Giulio-Enrico Pisani : Et le Papillon chanta
Giulio-Enrico Pisani
Luxembourg, 2 juillet 2019
Et Le Papillon
Chanta
Orhan Veli, les Haïkaï de Kikakou Et la genèse du Haïku
Turc
Laurent Mignon
Notre écrivain, poète, chercheur, et linguiste (j’allais-dire
nation..., pardon...), international, Laurent
Mignon[1], a de nouveau frappé, mais cette fois de
concert avec la spécialiste du Japon et des religions de l’Asie de l’Est, Katja Triplett[2]. Leurs baguettes: recherche, analyse, perspicacité et culture chevauchant les
langues, se moquant des frontières et survolant les continents! Leur partition: la magie d’une des formes poétiques
les plus compactes, allégoriques, percutantes qui soient: le haïku ou haïkaï. Les auteurs nous révèlent dans ce petit
ouvrage de 96 pages[3], comment cette poésie nippone
formée et ciselée en vers et mots d’une grande finesse reflétant mille pensées
et sentiments synthétisés à l’extrême, viendra affronter les aléas de la
traduction au bout d’un imprévisible voyage.
Ils explorent pour ce faire les portées lancées du japonais original de
l’haïku vers les langues occidentales, puis entre celles-ci jusqu’au français et
enfin au turc en profitant des libertés propres à la poésie, mais surtout
d’interprétation, telle que le permet la distance philosophique, sémantique et
logique entre ces langues.
Aussi, nos deux écrivains chercheurs orientalistes deviennent
ici historiens et, en tout cas, détectives, comme surgis d’un chapitre de cette
Agatha Christie dont ils citent l’une des traductrices. Traductrice?
Eh oui, justement, le véritable esprit de cet ouvrage est la Traduction, esprit qui s’appuie sur
deux pôles ou parties que les auteurs nomment respectivement «Introduction» et «Textes et commentaires». La
première partie, historico-analytique, s’attaque au mystère et essaye essentiellement
d’élucider le comment. Comment Orhan Veli, l’enfant terrible de la poésie
turque, instigateur du mouvement d’avant-garde Garip (Bizarre) et, comme bien de ses contemporains, versé dans les
lettres françaises, découvrit-il les haïkus de Kikakou, dans leur traduction française et fut-il amené à les traduire
en turc? La seconde partie, que je
dirais poético-analytique, comprend deux douzaines de haïkus présentés en
japonais, français et turc, chacun accompagné d’une page explicative,
permettant notamment de bien saisir et la poésie du haïku, ainsi que la luminosité
littéraire et symbolique de l’original, puis dans les traductions.
Mais je passe à présent la parole à l’éditeur, qui nous
présente ce poète-traducteur turc (presque auteur ou néo-concepteur,
pourrait-on dire, vu le chemin parcouru par ces joyaux) bien mieux que je ne le
pourrais faire.
« Né le 13 avril
1914 à Istanbul, Orhan Veli fut une des principales figures de
la poésie turque du XXe siècle. Théoricien de l’avant-garde, il
fonda le mouvement Garip (Étrange) avec
Oktay Rifat Horozcu et Melih Cevdet Anday. Il composa le manifeste du mouvement
rejetant toute forme de passéisme littéraire, un des premiers exemples de
manifeste littéraire en Turquie. Avocat du vers libre et s’inspirant des
événements de la vie de tous les jours, il fut le pionnier d’une poésie
minimaliste aux accents surréalistes, non dépourvue de lyrisme, qui marqua
profondément la littérature turque. Outre des contributions régulières à
diverses revues défendant un certain modernisme littéraire, il publia cinq
recueils de son vivant[4], Mais la littérature
n’était pas sa seule passion. Grand bohémien devant l’éternel, il mena une vie
mouvementée dont les écarts allaient finir par lui être fatals. Il mourut le 14
novembre 1950 à l’âge de 36 ans des suites d’un accident. Ses poèmes complets
furent publiés l’année d’après.».
Mais avant de laisser les deux auteurs de cette enquête aborder
sa deuxième partie de l’ouvrage, j’aimerais citer en conclusion de la première
(Introduction), leurs cinq phrases répondant, du moins en partie, à leur
question initiale sur le comment et le pourquoi du poète turc. «Dans les traductions d’Orhan Veli,
l’avant-garde turque rencontre le Japon, du XVIIe siècle. Des imagistes aux Beats, en passant par les
surréalistes, l’histoire du haïku occidental est le produit de rencontres
similaires entre des mouvements littéraires modernistes et la tradition
japonaise. Il n’y a nul doute que les traductions des haïkus de Kikakou avaient
une signification particulière pour Orhan Veli, puisqu’il les inclut dans leur
intégralité, y compris les inédits, dans le premier cahier qu’il remit à la
femme qu’il aimait en guise de testament poétique. Kikakou ne lui en aurait pas
trop voulu, quand il prenait certaines libertés avec ses poèmes ou lorsqu’il
subvertissait les traductions françaises. Ce refus de se soumettre aux maîtres aurait
séduit l’élève insoumis de Bashô...»
Ce testament poétique (qu’il
remit à la femme qu’il aimait), donc lato sensu cette clé qui nous ouvre la
deuxième partie du lire, est l’amour, l’amour tous genres, certes, mais (pudeur
nippone?) quasi-ataraxique, sans passion réelle. Impression personnelle – je le reconnais –,
elle me touche toutefois dès le premier haïku, en face duquel les auteurs
expliquent «en clair» la sobre richesse et les messages contenus dans l’original
de Kikakou, contraposée à ses interprétations
et libertés française et turque. Le voilà
ce premier haïku, avec tout ce qu’il entend et sous-entend – «Fête des fleurs. / Accompagné par sa maman, / un enfant aveugle.»
–, mais dont la richesse ne peut être saisie par qui ignore la grande
importance de la fête des fleurs au Japon! Il est clair, d’autre part, que la poésie de Kikakou
ne se limite pas à l’amour de la femme aimée, mais qu’elle brille également d’amour
maternel et paternel, de celui de l’enfant, de l’ami, ou même et surtout, omniprésent
et englobant toutes ses formes, l’amour de la nature! Tout comme Corinne Atlan[5] le rappelle
dans ses commentaires aux «Haïkus du
temps présent» de la
poétesse Madoka Mayuzumi: «Kikakou, n’affirme-t-il pas (...) que le haïkaï
est destiné à conforter les coeurs?». Quoi de plus juste!? Et en voici, si besoin était, quelques
preuves supplémentaires:
«À une fillette endormie et bien aimée / le coq chante. / Maintenant les
moustiques sont partis / ma petite Tamako...»
«Oh! ce poisson vivant, / lumineux dans la nuit, / comme la belle
Yokihi!»
«À un ami qui vient de perdre sa femme: Qu’est devenue Enjo? / Elle a vécu sa vie – et maintenant / elle est
comme la mer d’été.»
«Depuis longtemps / tu dors délicieusement / petit papillon.»
«Regardant la lune laiteuse, / je frappe à la porte. / Maison du prunier.»
Ne sont ils pas sublimes, ces
joyaux poétiques, tout à la fois si proches de nous, de nos sentiments quotidiens
et pourtant si exotiques, si éloignés de la prolixité d’une majorité de nos
poètes occidentaux[6]? Surement! Découvrez-les donc dans ces pages, amis
lecteurs, qu’une fois mis en appétit, rien n’empêche de prolonger votre plaisir
et d’en découvrir d’autres en bibliothèque ou en librairie. Ce qui compte toutefois le plus dans cet enrichissant
ouvrage, c’est que Laurent Mignon et Katja Triplett nous aient introduits à
travers leurs textes dans quelques arcanes de ce mystérieux art poétique nippon,
étrangement vu du Levant via l’Occident.
Aussi méritent-ils toute notre reconnaissance pour nous avoir permis d’accéder
à cette belle transfrontaliérité[7]
des différences linguistiques et culturelles, qui existe depuis tous temps et se
moque des particularismes étriqués.
[1] . Après des études qui l’ont mené de Bruxelles
à Amman et de Londres à Istanbul, Laurent Mignon enseigne langue et littérature turques à la
Faculté des études orientales de l’université d’Oxford. Ses recherches portent sur la littérature et l'histoire intellectuelle turques
modernes, les littératures mineures de Turquie, la littérature socialiste, les
thèmes bibliques dans la littérature turque et l'histoire intellectuelle juive
moderne. De 2002 à 2011, il a enseigné la littérature turque moderne et la
littérature arabe et turque comparée à l'université Bilkent à Ankara. Il est
auteur, entre autres, de "Lettres
de Turquie et d’ailleurs, d’Ana
Metne Taşınan Dipnotlar": (Notes de bas page qui se transforment
en texte : Écrits sur la littérature turque et l’interculturalité), "Hüzünlü Özgürlük: Yahudi Edebiyatı ve Düşüncesi Üzerine
Yazılar" (Triste Liberté: Ecrits sur la littérature et la pensée
juives), du recueil de poèmes "Pierres
et poètes" et ; en langue allemande, "Ni kaza en Turkiya, Prosa jüdischer Autoren aus Istanbul" (www.zlv.lu/spip/spip.php?article21341)
[2] Katja Triplett travaille sur l’interculturalité et le fait
religieux. Sa carrière universitaire l’a entrainée de Marburg à Londres, et de
Göttingen à Leipzig, en passant par Hanovre, où elle dirige un projet de
recherche sur la religion et l’alimentation. Parmi ses ouvrages principaux, l’on retrouve Prinz Goldglanz auf der
Reise durch Himmel und Höllen: Zwei japanische Bildrollen des „Bishamon no
honji“ aus dem 16. Jahrhundert im Kölner Museum für Ostasiatische Kunst,
Menschenopfer
und Selbstopfer in den japanischen Legenden: das Frankfurter Manuskript der
„Matsura Sayohime-Legende“ et Buddhism and Medicine in
Japan: A Topical Survey of a Complex Relationship (500-1600 CE) (Bouddhisme et Médecine au Japon:
Enquête thématique sur une relation complexe [500-1600])
[3] Paru le 15.3.2019 aux
éditions PETRA, Collection Voix
d'ailleurs - Poésie
[4] Garip (avec Oktay Rifat Horozcu et Melih
Cevdet Anday en 1941, puis réédité en solo en 1945), Vazgeçediğim (Ce à quoi je n’ai pu renoncer, 1945),
Destan
Gibi (Tel une épopée, 1946), Yenisi (Du
nouveau, 1947) et Karşı (Contre,
1949). Une importante partie de sa carrière littéraire fut consacrée à la
traduction d’œuvres littéraires. Il couvrit un vaste éventail d’œuvres et de
genres allant des poèmes d’Alfred de Musset aux haïkus de Kikakou en passant
par les Fables
de La Fontaine et le Tartuffe
de Molière.
[5] Traductrice,
romancière et essayiste, Corinne Atlan a
vécu près de vingt ans en Asie, enseignant le français au Japon
[6] Ce n’est bien sûr pas
le cas des minimalistes, qui se sont d’ailleurs grandement inspirés du haïku,
comme Saroyan, Brannen, Kempton, ou notre bien connu Laurent Fels.
[7] Le mot n’existe ni
chez Littré, Larousse, Robert & Cie? Eh ben, il existe maintenant et est
certainement plus clair et concis que «possibilité de pontage par-dessus
les frontières».
jeudi 18 avril 2019
Notre-Dame de Paris, G. Duhamel
OEuvre de Gustave Loiseau
Georges Duhamel a consacré à Notre-Dame de Paris quelques très belles lignes dans le tome VIII de la Chronique des Pasquier : Le Combat contre les ombres.
Au chapitre V (page 92 du Livre de poche n° 2146, 1967 - page 948 du volume paru en 1999 aux éditions Omnibus) le passage commence ainsi :
"Je connais les escaliers des cathédrales. C'est toujours au moment où l'on ne voit plus rien, au moment où l'on se sent perdu, c'est toujours alors que la lueur apparaît et vous console. Comme dans la vie".
mercredi 19 décembre 2018
Appel à communication
Imaginaires du changement (Tozeur)
Colloque international
Imaginaires du changement
en hommage
au Professeure Hédia Abdelkéfi
Tozeur les 30 avril, 1er et 02 mai 2019
Organisé par I2L (Intermédialité, Lettres et Langages - Université de Tunis El Manar) en collaboration avec l’Institut Supérieur des Etudes Appliquées en Humanités de Tozeur.
Parrainé par le CRI2i (Centre de Recherches Internationales sur l’Imaginaire) et ALTER (Arts, Langages : Transitions et relations - Université de Pau et des Pays de l’Adour).
Alors que prolifèrent les mythologies modernes accompagnant l’homme dans un mode de vie en perpétuel renouveau, le discours critique contemporain, quoique sensible à ces mutations profondes, ne semble pas accorder à l’imaginaire du changement, qui est au cœur de ces processus, toute l’attention requise. Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, ce qui ressemble à un ouragan de changements prend un nouvel élan. Cette nouvelle ère ne cesse de dicter ses canons, et d’aiguillonner les sociétés, notamment les plus rétives, à opérer des transformations structurelles, qu’elles soient d’ordre socioculturel, économique, politique ou juridique. La révolution technologique et l’émergence des moyens de communication modernes, ayant transformé le monde en un « village global », ont aboli les distances et ébranlé les anciennes évidences identitaires imposant à l’homme de s’engager sur la voie du changement et d’envisager un avenir autre.
Face à ces tendances généralisées au changement qui affectent tous les domaines de la pensée, il nous a paru utile d’interroger ce concept et de penser les mythes et les imaginaires qu’il suscite. Aussi, nous avons choisi comme thème pour ce colloque « l’imaginaire du changement », qui semble aujourd’hui plongé dans une crise profonde dont Paul Ricoeur avait identifié les signes. Ne s’agit-il pas essentiellement d’une crise du progrès qui, tout comme l’ont fait remarquer Edmund Husserl[1] et Jean-Jacques Wunenburger[2], met à mal aujourd’hui la culture occidentale ?
Nous voudrions élargir notre investigation et engager la réflexion sur les enjeux de cet imaginaire, ses représentations dans l’art et la littérature et son impact sur tout type de discours. Il n’est pas inutile de rappeler ici que le changement appelle une série de dénominations selon les contextes théorique, sociologique – englobant l’état d’avancement de la technologie et même l’idéologie politique – et historique : ainsi pris dans toute son extension, le concept n’est pas sans dénoter l’idée de conversion, de modification, de métamorphose, de mutation, de transformation, d’évolution, de révolution, d’innovation, de résistance... C’est en raison de cette difficulté qui empêche de le cerner et de délimiter sa signification que plusieurs recherches – philosophique, sociologique, psychologique ou littéraire – ont été menées sur l’une de ses variantes précitées, se souciant davantage de sa double portée pratique et rationnelle et de ses enjeux réels que du rapport que ce concept établit avec l’imaginaire. Or ce dernier n’est-il pas la clef de voûte de tout changement ? Est-il possible d’envisager un changement sans qu’il y ait en amont un imaginaire collectif et une volonté créatrice qui lui préparent le terrain ? Peut-on concevoir, d’un autre côté, un changement qui ne laisse son empreinte sur l’imaginaire de l’individu et celui de la collectivité ?
Tout en privilégiant les domaines de la philosophie, des lettres, des arts et des médias, nous souhaiterions, lors de ce colloque, nous ouvrir à toutes les disciplines que peut solliciter la réflexion sur « les imaginaires du changement ». Notre objectif est de réunir autour de cette problématique des chercheurs issus de domaines variés pour comprendre comment le changement – qui constitue aujourd’hui une thématique nouvelle dans le domaine du management – a pu être perçu au cours de l’histoire et interroger les grands moments du changement qui n’est a priori que la résultante d’un ethos.
Philosophie, mythe et religion :
L’imaginaire, n’obéit-il pas lui-même à la logique du changement ? N’est-il pas, aux yeux de Castoriadis, le catalyseur des transformations historiques et culturelles ? Selon ce philosophe, il est l’outil d’analyse approprié pour l’étude de l’histoire, qui n’est plus envisagée comme la résultante d’un déterminisme causal, mais plutôt pensée comme autocrétion ? Castoriadis s’est intéressé davantage à l’imaginaire social qui constitue à ses yeux : « l’œuvre d’un collectif humain créateur de significations nouvelles qui vient bouleverser les formes historiques existantes »[3]. L’idée du changement se trouve également chez Paul Ricoeur qui définit ce même imaginaire collectif comme la résultante d’une : « dialectique de l’innovation et de la sédimentation »[4]. Mais ce sont surtout les travaux de Gilbert Durand qui en disent long sur l’historicité de l’imaginaire et la palingénésie des mythes. Partageant avec Mircea Eliade l’idée de "survivances et camouflages des mythes", il qualifie leur évolution en recourant aux concepts de pérennité, de dérivations et d’usure.
Ce colloque sera donc l’occasion de débattre de cette acception de l’imaginaire – défini en termes de changement et de création –, puisant à la fois aux sources mythiques, aux théories de l’histoire et de la société et aux théories du langage et des représentations. Nous souhaiterions également examiner les continuités et les ruptures de l’imaginaire religieux et souligner la dynamique sociale qui se profile derrière le retour du religieux, et la résurgence du sacré.
Art, intermédialité, littérature et linguistique :
En s’autorisant une création sans cesse au bord des cadres de l’expérience – au sens où l’entend Erving Goffman – l’art, notamment dans ses expressions contemporaines, fabrique des micro-utopies dans l’entre-deux du réel et de l’imaginaire et, ce faisant, offre son apport aux mouvements de transformation et d’émancipation. Plus largement, la culture est ferment de mouvement, comme l’ont bien compris les régimes totalitaires qui se sont de tout temps employés à contrôler ces facteurs d’instabilité. Théâtre, cinéma, danse, peinture ; le processus créatif est lui-même nourri par l’« é-motion » et fonde à son tour ce qui nous « déplace ».
Par ailleurs, interroger l’imaginaire du changement dans son rapport avec la création littéraire nécessiterait que l’on réfléchisse – dans une perspective moins synchronique que diachronique – sur la littérature entre continuité et rupture, entre tradition et innovation. Nous voudrions mettre l’accent sur l’alternance des coupures/changements qui ont marqué l’histoire de la littérature de l’Antiquité à la postmodernité. Notre objectif est de cerner les imaginaires créatifs qui ont soutenu l’émergence du baroque, du classicisme, du romantisme – qui a levé l’étendard du progrès – du surréalisme, de l’existentialisme, du minimalisme, du néoréalisme… etc.
Nous souhaiterions aussi interroger les reprises et réitérations du formalisme en tous genres. De nombreux changements ont été en effet réclamés au nom d’un retour à des esthétiques ou théories anciennes. Les penseurs de la Renaissance qui étaient à l’origine de la transition du Moyen Âge aux temps modernes, ont redonné un nouveau souffle à la pensée antique et aux théories aristotéliciennes et l'écriture allégorique médiévale a été autrement reprise par la préciosité des classiques et les esthétiques parnassienne, symboliste, lettriste, etc. Or le retour à ces doctrines anciennes et la résurgence de ces esthétiques ne met-il pas en doute la présomption de changement dans les formes d'art, y compris la littérature ? Ne doit-il pas nous conduire à relativiser nos idées sur la créativité et l’innovation en matière d’art et de littérature ?
Ce colloque ambitionne également d’étendre la réflexion à l’imaginaire de la langue qui n’est pas non plus à l’abri du changement. Produit essentiellement social et indissociable de l’identité, la langue ne peut que subir les mêmes influences qui conditionnent la vie de la société et se soumettre aux fluctuations et aux mécanismes de son évolution historique.
L’ordre de la langue intervient aussi pour une nouvelle définition du texte comme « un appareil translinguistique ». L’évolution des relations textuelles, théorisées par Julia Kristeva sous le concept d’intertextualité, révèle les multiples façons dont un texte littéraire peut se référer à un autre texte. Ce que l’auteure de La Révolution du langage poétique conçoit comme « le passage d’un système de signe à un autre » sera complété sous la plume de Jürgen Erich Müller par un nouveau concept : l’intermédialité. Les multiples interactions entre arts et littérature, littérature et médias donnent lieu à des pratiques expérimentales innovantes. Comme on peut le constater, les processus de transferts, de transpositions, d’hybridations ou de réécritures intermédiatiques attestent largement de la complexité du fait littéraire ; ils offrent ainsi un outil efficace de décryptage du langage et de l’imaginaire du transémiotiques qu’ils sont censé véhiculer.
Qu’il soit de l’ordre du verbal ou du non verbal, le langage traduit les représentations mentales du sujet. Avec l’émergence de la société médiatique, celles-ci sont de plus en plus manipulées par des techniques imaginatives susceptibles de conduire le sujet à adopter de nouveaux comportements. L’intérêt serait alors de penser le changement dans le cadre de la P.N.L.
Histoire, sciences sociales et sciences politiques :
Le changement social est-il nécessairement lié à une crise ? Est-il un évènement accidentel ou un élément moteur de l’histoire ? Nécessite ou fatalité ? S’inscrivant en faux contre la fixité et l’incapacité de s’adapter aux circonstances, Montaigne, fidèle à l’imaginaire humaniste de son époque, valorise la métamorphose et ce qu’il appelle le « mouvement inégal, irrégulier et multiforme »[5] de la vie. Mais développant sa pensée politique, il affirme que « Rien ne presse un estat que l’innovation : le changement donne seul forme à l’injustice et à la tyrannie.»[6]. S’il encourage l’individu à évoluer sans cesse et à refuser de céder à l’accoutumance, Montaigne, sur le plan sociopolitique penche pour le conservatisme. Or nombreuses questions se posent lorsqu’on évoque l’imaginaire du changement politique : peut-on adhérer au changement tout en étant enclin au conservatisme ? Peut-on faire du neuf avec de l’ancien ? Quelles sont les constantes dans l’imaginaire de la réforme, de la révolution et de la contre révolution ? Nous souhaiterions au juste réfléchir sur l’imaginaire qui sous-tend les révolutions et les réformes politiques quelles que soient les raisons au nom desquelles elles se sont imposées : des motivations liées à la religion, à l’économie, à la volonté populaire, à l’esprit national ou à une quelconque idéologie.
D’autre part, les travaux sociologiques sont légion notamment ceux qui traitent de l’impact des grands changements sur l’imaginaire des sociétés modernes et postmodernes ; citons les travaux de Georg Simmel, de Max Weber, de David Riesman, de Michel Maffesoli, etc. ainsi que les nouvelles approches sur l’innovation, les stratégies et l’accompagnement du changement. Nous voudrions que ce colloque soit l’occasion pour faire le point sur ces recherches et en étudier le fondement théorique et méthodologique.
Les communications peuvent être présentées dans une des langues suivantes : français, anglais ou arabe.
Principales échéances et droits d’inscription :
Les propositions de communication en français, en arabe ou en anglais (titre, résumé – une vingtaine de lignes–, 5 mots clefs) seront accompagnées d'une courte notice bibliographique et envoyées au plus tard le 15 février 2019 aux adresses suivantes :
1er mars 2019 : notification de la liste des propositions acceptées.
30 septembre 2019 : rentrée des textes définitifs, accompagnés de leur résumé.
Un droit d'inscription forfaitaire de :
250 € sera demandé aux participants étrangers. Ce droit d'inscription inclut :
- l'hôtel en pension complète pendant 4 jours.
300 DT sera demandé aux participants locaux. Ce droit d'inscription inclut :
- l'hôtel en pension complète (demi-double), pendant 3 jours.
Comité scientifique
Jean-Jacques WUNENBURGER (Université Jean Moulin Lyon 3, France)
Isabelle CHOL (Université de Pau et des Pays de l'Adour, France),
Gérard PEYLET (Université Bordeaux-Montaigne, France),
Elisabeth MAGNE (Université Bordeaux-Montaigne, France),
Jouhaina GHERIB (Université de la Manouba, Tunisie),
Samir MARZOUKI (Université de la Manouba, Tunisie),
Ali ABASSI (Université de la Manouba, Tunisie),
Jalel El GHARBI (Université de la Manouba, Tunisie),
Fadhila LAOUANI (Université de la Manouba, Tunisie),
Héla OUARDI (Université de la Manouba, Tunisie),
Bassem JEMAL (Université de Sfax, Tunisie),
Mounir TRIKI (Université de Sfax, Tunisie),
Ridah ZGAL (Université de Sfax, Tunisie),
Mohamed BENKHALIFA (Cabinet MBC Inc. Québec, Canada),
Corin BRAGA (Université Babes-Bolyai, Cluj-Napoca, Roumanie),
Simona JISA (Université de Cluj-Napoca, Cluj, Roumanie),
Mohamed HAMZA (Université de Sousse, Tunisie),
Alya CHELLY (Université de Sousse, Tunisie),
Tanella BONI (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire),
Nabila BOUHOUHOU (ENS – Bouzaréah – Alger, Algérie),
Abdel Jlil ELIMAM (École nationale polytechnique d'Oran, Algérie),
Sonia CHAMKHI (Université de Carthage, Tunisie),
Ahmed BEN HAMOUDA (Université de Tunis, Tunisie),
Noureddine NAIFAR (Université Tunis El Manar, Tunisie),
Saloua BEN AHMED Université Tunis El Manar, Tunisie),
Zouhour BEN AZIZA (Université Tunis El Manar, Tunisie),
Youssef BEN OTHMAN (Université Tunis El Manar, Tunisie),
Habiba BOUHAMED CHAABOUNI (Université de Tunis El Manar, Tunisie),
Hayet BEN CHARRADA (Université de Tunis El Manar, Tunisie).
Comité d’organisation
Mouna ABDESSALEM (Université de Sfax, Tunisie)
Lazhar AYDI (Université de Kairouan, Tunisie),
Hayet BEN CHARRADA (Université Tunis El Manar, Tunisie),
Zinet BOUHAJEB (Université de Sfax, Tunisie),
Nesrine BOUKEDI (Université de Carthage, Tunisie)
Béchir BOUOUNI (Université de Gafsa, Tunisie)
Mohamed CHAGRAOUI (Université de Tunis El Manar, Tunisie),
Wafa DAMMAK (Université de Sfax, Tunisie),
Besma HNANA (Université de Sfax, Tunisie),
Hichem ISMAIL (Université de Sfax, Tunisie),
Souha NOURI (Université de Sfax, Tunisie),
Coordinateurs du colloque
Mohamed CHAGRAOUI (Université de Tunis El Manar) et Hichem ISMAIL (Université de Sfax).
Circuit touristique au sud tunisien
Le Congrès qui se déroulera dans un grand hôtel à Tozeur les 30 avril, 1er et 2 mai 2019, sera suivi le jeudi après-midi, après la clôture du colloque, d'un circuit touristique dans le sud tunisien désertique. Au programme : visite de Tozeur et des oasis de montagnes Chebika et Tameghza, balade en 4x4 dans les dunes d’Ong El jemal, visite du décor de Star Wars et dîner en plein désert. Il s’agit d’une excursion optionnelle pour un prix de 70 € par personne.
[1] Cf. La crise de l'humanité européenne et la philosophie, Éditions bilingue, trad. de Paul Ricœur, Aubier, Paris, 1977.
[2] Cf. son livre Le progrès en crise, Editions numériques, EPPR, 2014.
[3] Nicolas Poirier, « Cornelius Castoriadis. L’imaginaire radical », https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2003-1-page-383.htm
[4] Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, pp. 146-147.
[5] Montaigne, Les Essais, Livre III, Edition Villey Saulnier, Pris, PUF, p. 819.
[6] Ibid., p. 958.
mercredi 28 novembre 2018
Colloque à Tozeur : Les "mi-lieux" entre Orient et Occident dans les récits de voyage
Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche
Scientifique
Université
de Gafsa ISEAH de Tozeur Gouvernorat de Tozeur
Association Tunisienne de
l’Animation Culturelle et Touristique Réseau de recherche : « Les Orients
désorientés »
Les "mi-lieux" entre Orient et Occident dans les récits de voyage
ISEAH de Tozeur
11 et 12 décembre 2018
Mardi 11 décembre 2018
- 8h30
·
Accueil des participants
·
Allocution du Directeur de l’ISEAH de Tozeur
·
Allocution du Gouverneur de Tozeur
·
Allocution du Président de l’Université de Gafsa
Séance 1
Introduction 10h-10h30
Jean-Pierre
DUBOST (Université de Clermont-Auvergne) : « Des
Orients désorientés à la problématique du "mi-lieu" entre Orient et
Occident ».
Séance 2
10h
30 -11h15
Conférence plénière Présentateur : Francis LACOSTE
10h30-11h15 Sarga MOUSSA (CNRS/THALIM/Université de Paris 3) :
« Zones frontières dans le
voyage en Orient au XIXe siècle ».
Débat
Séance 3
11h
45-12 h45
De l’âge classique au
romantisme Président : Laure LÉVÊQUE
11h45 Moufida
ALIOU (ISEAH de Tozeur) : « De l’observation au compte rendu
précurseur des phénomènes contemporains d’écosystème et de biodiversité dans
les relations de voyage de François Bernier ».
12h15 Francis
LACOSTE (ISEAH de Tozeur) : « La maison de Pierre Loti : une maison-monde ? ».
Débat
Séance 4 14h30-16h30
« Mi-lieux »
arabo-musulmans et Occident Président
: Jean-Pierre DUBOST
14h30 Jalel EL
GHARBI (Université de la Manouba) : « Ibn Fadlân et les territoires du Nord ».
15h Ines SERAFI
(Université du Caire) : « Quelle renaissance
en Egypte à l'aube du XXe siècle ? »
15h30
Fatiha TAIEB (Université Mohammed V, Rabat) : « Ibn Battuta et l’Europe du XIVe siècle : le
dit et le non-dit ».
16h Mahdia BENGUESMIA (Université de Batna) : «
Nuzhat
al-muschtaq fi’khtiraq
al-afaq
: une encycloépdie arabe à l’intention de l’Occident ».
Débat
Séance 5 : 17h-18h
Anthropologie culturelle, géographie littéraire
17h Hassen
BKHAIRIA (ISEAH de Tozeur) : « Louis
Bertrand et la haine du " milieu "».
17h30h Jihane
TBINI (Université de la Manouba) : « De la
Méditerranée comme " mi-lieu ". Périple dans les bars
méditerranéens de Ali Douagi comme exemple ».
Débat
Mercredi 12 décembre 2018
Séance 6 : 9h-10h
Conférence plénière
Présentateur : Moufida ALIOU
9h -10h Mondher
KILANI (Université de Lausanne) : « Le cannibalisme comme métaphore de la relation culturelle ».
Débat
10h15-11h45
Séance 7 : Mi-lieux et
pluralité culturelle Président : Alain DESOULIERES
10h15 Alain PETIT (Université de Clermont-Auvergne) :
« Le voyage des
pèlerins chinois vers les contrées occidentales ».
10h
45 Jean-Pierre DUBOST (Université de Clermont-Auvergne) :
« Voyages spirituels/voyages
matériels : un mi-lieu entre Orients et Occident ».
11h 15 Mansar HEDHILI (Université
de Kairouan) : « La médiation, voie de salut dans
la poésie persane ».
Débat
Séance 7 : 12h-13h
Domaine hispano-lusophone
1 Président : Mondher
KILANI
12h Alain
DESOULIERES (INALCO) : « Apogée et chute du pouvoir maritime gujarati (XVIᵉ siècle).
Récits concordants
et discordants
».
12h30 Axel GASQUET (Université de
Clermont-Auvergne) : « Le voyage au Maroc d’Adrian
Patroni ».
Débat
Séance 8 : 14h30-15h30
Domaine hispano-lusophone
2 Président : Axel
GASQUET
14h30 Everton
V. MACHADO (Université de Lisbonne) : « Le Japon,
imitateur de l’Occident ? Les Cartas do Japaõ de Wenceslau de Moraes et la
"voix-autre" de Rabindranath Tagore ».
15h Duarte
BRAGA (Université de Lisbonne) : « Between
Empire and Memory : the strange case of Portuguese Orientalism ».
Débat
Séance 9 : 16h-17h30
Milieux et positions
idéologiques Président : Jalel EL GHARBI
16hLaure
LÉVÊQUE (Université de Toulon) : « L’Orient de
Volney au miroir de l’expérience française entre détour et recentrement,
entre relativisme et universalisme ».
16h30 Nadia
HAMMAMI (Université de Sfax) : « L’Orient à
travers l’esthétique d’Eugène Delacroix : lieu de partage ou fief reclus ? »
Débat
Synthèse par
Francis LACOSTE et Jalel EL GHARBI
Clôture
Liste des participants
2. Mahdia BENGUESMIA
(Université de Batna. Algérie)
3. Hassen BKHAIRIA (ISEAH Tozeur)
4. Duarte BRAGA (Université
de Lisbonne)
5. Alain DESOULIERES (Institut National des Langues et
Civilisations, Paris)
6. Jean-Pierre DUBOST
(Université de Clermont-Auvergne)
7. Jalel EL GHARBI
(Université de la Manouba)
8. Nadia HAMMAMI (Université
de Sfax)
9. Mansar HEDHILI
(Université de Kairouan)
110.
Mondher KILANI
(Université de Lausanne)
111.
Francis LACOSTE (ISEAH Tozeur)
112.
Laure LÉVÊQUE (Université
de Toulon)
113.
Everton V. MACHADO
(Université de Lisbonne)
114.
Sarga MOUSSA (Université
de Paris 3)
115.
Alain PETIT (Université
de Clermont-Auvergne)
116.
Ines SERAFI (Université
du Caire)
117.
Fatiha TAIEB (Université
Mohammed V, Rabat. Maroc)
118.
Jihène TEBINI (Université
de la Manouba)
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