mercredi 16 juin 2010

ياجارة الوادي

Le poète Ahmed Chawki
En 1928, Mohamed Abdelwaheb chanta ce poème d’Ahmed Chawki. Bien des années après les frères Rahabani en firent un nouvel arrangement musical et Feyrouz lui prêta sa voix cristalline.
Chawki (1868_1932) y célèbre un amour de Zahlé au Liban où il venait passer l’été et où il rencontrait les poètes du Liban, surtout Khalil Motran (1872-1949). Voici une traduction de ce poème qui fait partie du répertoire de la grande chanson arabe.


Riveraine de la rivière

Ahmed Chawki
Emu, ô riveraine de la rivière, j’ai revu à ton souvenir comme des rêves
Je me suis représenté ton amour dans ma mémoire et dans mon songe car les souvenirs sont l’écho volubile des années
Je suis passé par les jardins de la colline verdoyante où j’avais l’habitude de te voir
Des visages et des regards m’ont souri j’ai alors retrouvé dans leur souffle ton sourire
Je ne savais ce qu’était la vraie étreinte jusqu’au jour où, tendrement, mon bras t’a enlacée
Les formes de ton corps ondoyèrent sous ma main et tes joues s’en enflammèrent
Je suis alors entré dans deux nuits : ta chevelure et le soir qui descendait et j’ai embrassé comme un clair matin ta bouche
Les paroles se sont tues et mes yeux se sont dans le langage de l’amour adressés aux tiens
Ni la veille ni le lendemain ne faisaient plus partie du temps qui n’était plus tout entier que l’instant de ta confiance.
Traduction de Jalel El Gharbi


يا جارة الوادي

- أحمد شوقي

يا جارة الوادي طربت و عادني ما يشبه الأحلام من ذكراك

مثلت في الذكرى هواك و في الكرى و الذكريات صدى السنين الحاك

و لقد مررت على الرياض بربوة غناء كنت حيالها ألقاك

ضحكت إلي وجوهها و عيونها و وجدت في أنفاسها رياك

لم أدري ما طيب العناق على الهوى حتى ترفق ساعدي فطواك

و تأودت أعطاف بانك في يدي و أحمر من خفريهما خداك

و دخلت في ليلين فرعك و الدجى و لثمت كالصبح المنور فاك

و تعطلت لغة الكلام و خاطبت عيني في لغة الهوى عيناك

لا أمس من عمر الزمان و لا غد جمع الزمان فكان يوم رضاك

11 commentaires:

Michèle a dit…

Ce serait un bonheur de lire l'arabe.
Reste votre traduction que je ne puis penser que parfaite tant la force des images, la concision du texte et son rythme emportent notre conviction.
Celle d'entendre là un magnifique chant d'amour.

Anonyme a dit…

Pour vous, chère Michèle, et pour nos ami(e)s, mon histoire avec cette chanson ;
http://jalelelgharbipoesie.blogspot.com/2008/05/zahla-zahl-disent-les-libanais.html
Amicalement
Jalel El Gharbi

Michèle a dit…

Vous avez donc, Jalel, "hasardé une traduction" de cette chanson et nous vous en remercions.
J'ai lu ce billet du 19 mai 2008 intitulé "Liban" et j'en donne ici la fin :

Et Zahlé s’enivrait de son vin (surtout de son excellent et tout aussi sain Arak), de la poésie de Shawki et de la voix de Abde waheb qui devait retentir jusqu’aux colonnes de Balbek dont Jean Cocteau dit qu’elles « pendent du ciel ».
L’écho de ces séjours nous parvient encore avec le poème de Shawki : « Ya jarata al-Wadi » (O voisine du fleuve) chanson interprétée aussi par Fayrouz. Cette voisine du fleuve, c’est le Liban voisin de Égypte, c’est aussi le Caire, ville voisine du Nil et c’est, comme l’Arlésienne, une figure de Zahlé. Dans les trois cas, il s’agit d’un détour pour signifier une aspiration profonde, une langueur inexplicable et un désir d’essence poétique.
Les deux berges du Berdawni sont occupées de restaurants. Zahlé : capitale mondiale du mezzé, on y mange un pain tout frais, tout croustillant qu’une Zahliote fait sous votre regard. Il y a un sourire propre à Zahlé. Il comporte des connotations que j’ai rarement perçues ailleurs. Une jeune Libanaise me surprend fredonnant pour moi « Ya jarata al-wadi ». Inutilement.

Jalel El Gharbi a dit…

Merci Michèle !

mohamed ali a dit…

يا جارة الوادي طربت و عادني ما يشبه الأحلام من ذكراك


مثلت في الذكرى هواك و في الكرى و الذكريات صدى السنين الحاك

Oui, je t’aime; je te l’ai dit et répété.
Mais je peux pas dire que je t’adors,
Car ça c’est trop fort:
Tu ne le mérites pas.
Ton beau sourie d’antan
Me rappelait le bonheur de Cléopatre
Mais -hélas- ton soupir constant
Me rappelle le malheur rampant
De Jean-Paul Sartre.

Halagu a dit…

« Je ne savais ce qu’était la vraie étreinte jusqu’au jour où, tendrement, mon bras t’a enlacée
Les formes de ton corps ondoyèrent sous ma main et tes joues s’en enflammèrent. »

Il se dégage de ces vers un érotisme subtil mais évident. Depuis toujours la poésie arabe est en rupture avec les interdits de la société patriarcale répressive. Jeunes collégiens, nous étions écartelés entre une littérature libérée- par moments érotique- qui émoustille nos désirs et des interdits stricts qui répriment nos émotions. Ce hiatus entre notre société et nos élans est de nature à induire, soit une confrontation avec notre environnement, soit un refoulement douloureux de nos désirs. Heureusement il y a la troisième voie qu’affectionnée H. Laborit: «Confronté à une épreuve, l'homme ne dispose que de trois choix : 1) combattre ; 2) ne rien faire ; 3) fuir»!
Halagu

helenablue a dit…

Merci Jalel, c'est vraiment très beau, et si sensuel...

mes amitiés,
hélène

giulio a dit…

Curieux! L'avant-dernier vers est repris par le poète algérien Mahmoud Rachedi pour le dernier album du groupe Debza. Coïncidence verbale ou héritage, succession, satire?
On dirait que Rachedi force la beauté à générer la tragédie, la colline verdoyante à devenir montagne effondrée et les monstres de la drogue à succéder à la drogue de l'amour. Vois donc:

«Les paroles se sont tues, les montagnes se sont effondrées, les crocs acérés sont visibles, les monstres sont apparus au grand jour, le soleil s’est incliné et aucun tamis n’a pu le cacher, j’étais drogué et j’ai repris mes esprits pour dire, je n’ai jamais été responsable.»
.

Anonyme a dit…

@ Mohamed Ali : Merci de votre passage.
@ Halagu : "Ce hiatus entre notre société et nos élans " n'est-ce pas un hiatus entre la société elle-même et ses apirations ? Je crois que très jeunes, nous avions compris que cette libérée était l'expression de l'épanouissement culturel que furent des époques comme celle des Abassides, des Omeyades ou, plus près de nous, de l'Andalousie. Mais cela nous incitait à tout remettre en question.
@ Hélénablue : Merci de votre passage, ma chère amie.
@ Giulio : je dois vous dire, cher Giulio que "les paroles se sont tues" essaie de rendre un tour littéralement intradusible. Le voici mot-à-mot : "la langue des mots a connu un dysfonctionnement", ou même "est tombée en panne" mais cela n'exclue pas que Rachedi ait été influencé par ce poème que tout le monde connaît de ce côté-ci de la Méditerranée.
Amicalement
Jalel El Gharbi

Halagu a dit…

Votre analyse est tout à fait exacte!

Anonyme a dit…

O voisine de la vallée je n'oublierai jamais.
L'odeur de l'huile d'olive melangée au thym dans tes ruelles.
Le rire jovial d'un convive attablé autour d'un mézzé parfumé à l'anis sur le fleuve Berdawni.
Le retour du printemps et son foisonnement de couleurs et de parfums sur tres coteaux...
Zahlé à jamais dans mon coeur.