vendredi 2 mars 2012

mercredi 29 février 2012

Brigitte Giraud par Giulio-Enrico Pisani.

Brigitte Giraud : « Seulement la vie, tu sais »

Poétesse, témoin ou philosophe ? Peut-être est-elle un peu des trois, comme nous tous, mais peut-être un peu davantage et, surtout, un peu plus près du vécu, de son vécu... et pourquoi pas du tien, du nôtre ? Brigitte Giraud ob-serve la vie, la décortique, s’en imprègne, y bâtit ses rêves fous et ses engagements multiples sur un canevas surréaliste qui n’a rien de coercitif. La lecture ne doit pas être moins libre que l’écriture et le lecteur de « Seulement la vie, tu sais » (1) n’est pas censé être moins créatif que l’auteure. Elle, caméra au poing, la larme ou le sourire à l’oeil, chasse, capte, fixe les images et les évènements, s’en émeut, avant de les décomposer en ce qu’ils ont d’essentiel, mais aussi de secondaire, de ludique et qu’elle nous sert dans son livre, lorsqu’elle se met à y « ... Vider ses mains comme on renverse un sac de clous / sur une table... ». Vous, vous rassemblez ce qu’elle vous présente, y lisez des mots, tournez quelques pages, plaquez un ou deux accords et vous envolez, nouvel Aladin, sur mille et une notes et deux bonnes douzaines de feuilles que leur reliure n’empêchera pas de léviter au gré du vent de votre interprétation.
Sa quarantaine de trams et ses deux douzaines de trains ferraillants et sifflants – tortillards, Tégévés ou autres – sont loin de n’être que trams et trains filant à toute vitesse... du bon ou du mauvais coton. Ils forment ensemble un seul long train poétique entrecoupé de passages bringuebalants au-dessus du défilement des rails, pauses qui n’en sont pas, éphémères et redoutables – mieux vaut regarder par la vitre – permettant juste un brin de réflexion. Sur ces mouvantes sources d’inspiration et d’extrapolations infinies, vues de l’extérieur ou de l’intérieur, sur cette processionnaire fulgurante, Brigitte Giraud nous mène à un train d’enfer sur un chemin censé être droit, le long de rails qui ne le sont jamais, droits. « La ligne droite est une illusion de l’oeil... », nous confirme-t-elle, tout comme elle nous assure qu’« Il n’y a pas d’autre voie à suivre, / pas d’autre destination que la solitude ».
Les réflexions dont est tissée la poésie giraldienne – à moins que ce soient les réflexions de Brigitte qui sont tissées de poésie – c’est pour nous dire, pour te dire d’emblée, lectrice ou lecteur, que « Ce voyage a le goût du vide, / pendu sur une corde à songes... » et que « Le vide lape des braises mortes, / sous la peau. / Assis côté fenêtre, c’est toi. / Tu regardes la pluie zébrer la plaine, / courir sur la vitre... ». Dès lors, te voilà déjà en train de te laisser entraîner avec elle dans « Le train sous les tunnels, sur les ponts suspendus à des fils d’acier, / retenu à la terre par presque rien... » à moins qu’en te voiturant « Les trams, les tram-tram sillonnent la ville, la traversent. / Aiguillages de la cité. / Le tout relié à tout. / Les artères de la ville à tes artères et aux miennes... » et aux nôtres, à celles de tout le monde, tous sur le même bateau...
« Seulement la vie... » Seulement ? Rien que ça ? Excusez du peu ! C’est qu’il ne faut pas dormir pour la saisir au passage, la vie, selon Brigitte. Alors, quand elle te parle, à toi qui la lis, à « Toi, dans ce train venant du nord... » et précise, bien plus loin, qu’il s’agit du « TGV ligne ouest, n° 7324... », elle sait bien que « Tu voudrais dormir jusqu’à Bordeaux... », mais veut que tu continues à filer en ignorant les Parques, avant donc que « La voie se brise, rompue, au passage du train... ». Ne te souviens-tu pas en effet, qu’« Un jour, ton cheval à bascule avait perdu la tête » ? Il est vrai qu’on peut toujours avoir recours à l’éternité, ou, du moins, à une éternité « ... de baisers, / des souffles, / ton souffle comme baisers, / ou des étreintes à ne pas penser... ». C’est qu’elle n’a pas peur de l’amour, ni de se mouiller, Brigitte, chez qui « Il pleut des canaux, des bocages. / Ça verse à torrents. / Essore des chiffons sales. / Le ciel n’a pas d’alibi. / Pleut. Re-pleut. (...) Pleut. / Les grands bras (...) La terre déployée / Et tes bras, / Grands... »
« Seulement la vie, tu sais » est un récit plus cohérent qu’il ne peut sembler de premier abord. Surréaliste de style et de composition, il est cependant d’un réalisme plus authentique que ne l’est la réalité même et, par conséquent, à cent pourcent en prise avec la vie... selon Brigitte, bien sûr, ou selon n’importe qui, en fait, quoique à un pourcentage sans doute un peu inférieur. Quoi de plus réaliste, par exemple, que son tableau tout à la fois dantesque et – hélas – des plus quoti- diens, que sa vision flashée du train Paris-Bordeaux :
« Et sur le côté de la vitre, près de la portière, tu vois…
…des entrelacs de fils, des ferrailles tordues ou des croix, pareil, c’est pareil, des linges qui durcissent au vent, des morceaux d’étoffes t’es pas sûr, plutôt des fantômes d’oiseaux, des ailes d’oiseaux déchiquetées, des lambeaux de matières organiques, ce qui reste d’un bec, d’une patte, ou bien l’ongle d’un doigt. Une tente à deux pas des voies ferrées. Une, ou bien deux, des hommes dessous, et le bruit des trains pour tuer celui du froid. Ils font des feux. Tu as lu quelque part qu’ils faisaient des feux, tenaient leurs mains au-dessus d’un brasero, qu’ils s’en brûlaient les chairs, leurs peaux noires après presque toujours, la peau noire toujours sur la blessure, même après le froid et le brasero, la même blessure encore brûlante, même après le printemps, toujours le noir dans la peau, qui ne lâche rien de la peau, tache toute la paume et le charnu des doigts, trace une sorte de nuit et du froid, quand même c’est plein jour dans l’été qui brûle encore, un feu venu d’en haut cette fois, mais au creux des mains toujours une braise carbonisée et des cendres, comme une encre folle. » (2)
C’est presque du Vladimir Velickovic dans ses visions de guerre et de désolation, c’est presque du Picasso dans Guernica, c’est presque du Goya dans ses dessins horrifiques, en fait, c’est du Brigitte Giraud. Un chat est un chat. De plus, ici, c’est une autre guerre qui apparaît au grand jour, une guerre de tous les jours, dont rien ne montre aussi bien la réalité bouleversante de réalisme que le surréalisme de la poétesse. Son langage très libre, ainsi que son style ici fluide, là haché, ailleurs martelé, souvent percutant, donnent à ses visions une luminosité et une véracité qui se gaussent des fictions et ne peuvent laisser personne indifférent. « Et c’est tout un empilement de silhouettes, / des vies superposées à d’autres vies, / des divisions de particules évaporées d’un corps à / l’autre (...) des cheveux dépassant des capuches / et puis quoi d’autre que ce que chuchote le monde, / d’être là et rien d’autre... ».
Ce petit livre, où Brigitte Giraud nous mène à un rythme endiablé le long des voies ferrées de quelques pages de vie, rythme qui ne concède aux lecteurs que de rarissimes gares, arrêts ou pauses de réflexion (à eux de se les prendre !) n’est pas sa première publication, loin de là. Quatre ouvrages forment la partie émergée de l’iceberg créatif de Brigitte (notez le cousinage avec le présent titre) « Le désespoir amoureux de la vie - L’anorexie, un mystère galvaudé », Le Bord de l’eau éditions 2009 ; « Des ortolans et puis rien », Pleine page éditions 2002 ; « La nuit se sauve par la fenêtre » (Prix Jean Follain) Pleine page éditions 2006 ; « L’éternité, bien sûr », L’Harmattan 1999. Sculptrice aussi, peintre, photographe, cinéaste vidéo (3), collaboratrice de revues et magazines, auteure d’articles, de pièces de théâtre, d’interviews et de nouvelles, dont l’une a reçu le premier prix du Pays de Buch en 1992, tous les moyens et les supports lui sont bons pour laisser exploser son éruptivité créatrice.
Brigitte Giraud, qui vit et travaille à Bordeaux, a également participé à des ouvrages collectifs, comme « La Mémoire contre la nuit » aux éditions du Passant en 1997, « Villes au bord du monde » aux éditions Le Jardin d’essai en 2000 et « L’instituteur » aux éditions Delphine Montalant en 2007. En 2010 elle crée la dramaturgie d’un spectacle théâtral, « L’avenir dure longtemps », avec le théâtre des Tafurs dont elle est Présidente, spectacle produit au Globe Théâtre, ainsi qu’à la Maison Cantonale de Bordeaux-Bastide. Puis elle crée « Pourquoi tu ne tournes plus ? » mis en scène en 2012 par la Compagnie du Petit Rien. Je voudrais en outre signaler son blog, http://paradisbancale.over-blog.com, ainsi que son site http://paradisbancale.over-blog.com/pages/ Mon_site_ perso-1854148.html, où l’on peut notamment trouver ses peintures, sculptures et vidéos. Et e conclus en laissant une fois de plus la parole à l’auteure, car « ... L’heure approche, tu sais, / où il faudra quitter le tram et le train, / embarquer ailleurs, / où les lieux n’importent pas plus que le « rien », / et où le « rien », / comme l’amour, / n’est pas un lieu. »
Brigitte Giraud lira et signera son livre samedi 10 mars à 17h, au Marché de la poésie, Place Notre-Dame, sous la houlette de la librairie Olympique, rue Rode, halle des Chartrons, Bordeaux (http:// marchedelapoesie.blogs.sudouest.fr/). Elle le dédicacera aussi à l’Escale du livre du 30 au 1 avril, Place André Meunier, Quartier Sainte-Croix, Bordeaux.
*** 1) Dans la Collection Pour un Ciel désert aux Éditions Rafael De Surtis, 7 rue Saint-Michel, F-81170 Cordes sur ciel, 2012, 55 pages – 15 €.
2) Dans le livre ce texte est inscrit en vers libres. Je ne pense pas en trahir l’esprit en le présentant, pour des raisons d’économie de place rédactionnelle, en texte continu, ce qui ne diminue en rien sa dramaturgie.
3) C’est notamment grâce à sa vidéo-interview que j’ai pu réaliser mon article « Salah al Hamdani ou... L’exilé (qui) se couche seul entre les lignes de l’histoire » (www.zlv.lu/spip/spip.php ?article2852)
Giulio-Enrico Pisani

dimanche 26 février 2012

Carnaval. Poème de Giulio-Enrico Pisani

OEuvre de Abdelhamid Hanafi
Carnaval

J’aime l’exubérance de tes folles farandoles.
J’aime tes mulâtresses qui dansent presque nues.
J’aime tes couleurs vives, tes plumes, tes filles folles.
Je pleure les morts qui restent, une fois les chants tus.

J’aime le mystère de tes masques raffinés.
J’adore tes femmes que leur mystère rend belles,
Tes reflets sur l’eau, sur tes robes satinées,
Mais non la pourriture que ta lagune récèle.

J’aime ta gaieté de princesse du Rhin.
J’adore tes Mädel qui me tirent la langue.
J’aime tes chariots dorés, ta bière et ton vin,
Mais non ton rire gras, ni tes vulgaires harrangues.

Rio, Venise, Cologne et vous tous, autres lieux,
Où foules abhorrées faites d’hommes, de femmes que j’aime
Fêtent les rémanences barbares des anciens dieux,
À votre stupre je mêle rire et blasphèmes.


mardi 21 février 2012

Anne Calife, S'il y a un mur...

S’il y a un mur…
Anne Calife

À ma table, j’ordonnais flegmatiquement quinze ans de notes éparses. Soudain ce mail de Mohammed Benchaabane, âpre militant des droits de l’homme.
-« Aurais-tu été intéressée, si je t’avais invitée pour ce séjour du 24 au 28 février ? ». Mohammed fait allusion aux camps de réfugiés sahraouis, perdu dans le Sahara occidental. Aurais-tu, je reçois encore confusément ce message sous le mode conditionnel. Nous sommes le 19 février. Réponse de ma part « si tu me l’avais proposé, bien sûr, je serais venue » avec cette distance toute convenue du conditionnel. Mail réponse. Immédiateté d’une réalité et d’un présent qui n’ont que faire du conditionnel
-« As-tu un passeport en cours de validation ? »
Soudain tout me revient ; brutalement, abruptement : depuis combien d’années, de mois, devais-je aller là-bas ? . Mohammed m’explique ou plutôt me réexplique, les camps de Sahraouis, aidés seulement par l’aide humanitaire internationale. Silence.
Je demande.
-« Est-ce que l’on verra le mur entre le Maroc et l’Algérie ? »
Question égoïste, question idiote. Car je me souviens. J’avais voulu voir avant son édification complète, le mur en Israël, « enveloppe autour » de Jérusalem. Et j’avais vu. Le mur, bien sûr, charpente colossale de mètres cubes de béton. Jusqu’à huit mètres de haut, 700 kilomètres de long, deux millions d’euros par kilomètres. Des chiffres, de l’inorganique, comme ces barbelés, ces checkpoints. Mais j’avais vu aussi défiler des pitoyables, lamentables, colonnes de femmes, d’hommes, attendant sans fin, sous le soleil, jugulées d’uniformes kakis et de mitraillettes.
Google images. Tentes piteuses perdues dans le sable. Les images, je ne les crois ni ne les crains, ayant compris depuis longtemps qu’elles alimentaient une part confortable du spectateur . Mieux vaut aller voir par soi-même. Google map. Sur la carte, de haut, je vois le trait brun du mur séparant le Maroc et l’Algérie, absolument rectiligne, absolument mauvais. Plus de deux mille kilomètres. Je hais les murs. Je déteste les séparations. Qui dit « mur » dit « on ne parle plus » ; qui dit « mur » dit « forts contre faibles » ; qui dit « mur » dit « tu n’es pas un homme », « tu es un animal ».
Un mur, c’est la fin de l’homme.
Tandis que je cherche le passeport, que je remplis le visa, des pensées me traversent en diagonales folles de toute part, véritables secousses électriques. Si longtemps que je n’avais pas écrit sur les hommes, les droits de l’homme, la liberté tout simplement - mot indécent aujourd’hui avec la « crise ». Si longtemps que je n’abordais plus ces sujets en écriture… Mon pèlerinage à la rue (si, c’est le mot juste) remonte à 2004. Le voyage en Palestine, c’était en 2008. Nous sommes en 2012 : tous les quatre ans, on dirait que j’atterris dans la réalité et décolle avec mes idées.
Silence face à l’écran. Je reprends mes notes sur la Palestine. Et j’entends --ou plutôt, je réentends, car c’est devenu habitude --mes idées. Mon idée, je l’ai déjà dit est effroyablement banale : s’il y un mur…il faut que j’aille voir . C’est tout. Mais une idée, une conviction, c’est grand, c’est fort ; une fenêtre ouverte sur l’espace. Une idée, ça aère toute une maisonnée, pis que les tuiles s’envolent.
Au début, ça me faisait un peu peur ces idées folles ; avec le temps, je me suis aperçu qu’elles étaient bien au-dessus de la raison ; qu’elles parlaient, pouvaient diriger seules de grands axes de vie. Qu’elles étaient à l’origine de ce mail soudain, de ces hommes qui agissent.
Il faut suivre les idées folles, les graines folles parce qu’elles font germer des plantes raisonnables et pures.
Dès qu’on ouvre la boite multicolore de l’idée folle à une autre personne, généralement, elle s’écrie :
- « Enfin, qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? », me lance-t-on, élevant, haut le son, sur le « a ». Je contemple sans le voir, mon interlocuteur, un Marocain. Je l’entends sans l’écouter.
Il reprend, virulent :
-« Toi, t’es écrivain. Tu fais PAS de la politique. »
Qu’il soit marocain, ou d’une autre nationalité, qu’il défende certainement son pays, je le respecte. Silence. J’ai pour habitude de laisser parler, de superposer sur les paroles, le fil de mes pensées. Ce n’est pas politique, c’est une obsession, ai-je pensé face à lui.
Oui, une obsession.
J’entendrai aussi.
- « Tu es folle ! Ne te mêle pas de ça. »
Ou :
-« Reste à l’écart de tout ça. Dossier chaud , ça pique ».
Les expressions parlent, seules, piquer, brûler . Aussitôt je sens, je sais les balles, les chaînes, les barbelés. Je sais. Je connais, ce schéma que répète l’histoire : murs, territoires, frontières. On dirait que cela ne cessera jamais. Terres convoitées/ guerres qui laissent des marques indélébiles/ morts de part et d’autre des deux camps . Génération après génération, conflit sur conflit, mort après mort, la terre arrachée par deux camps adverses se transforme en pauvre morceau de tissu, déchirée, puis déchiquetée, déjà en lambeaux. Lambeaux, oui, guenilles , que personne ne peut plus enfiler. On oublie trop vite que sur cette terre, vivent, survivent, des enfants, des femmes, des hommes, nus et grelottants, avec pour seul abri, cette terre de chiffons et de haillons. Que personne ne veut plus raccommoder.
Déterminer le-pourquoi-du comment, choisir un camp ou un autre, c’est -- peut-être -- de la politique. Mais. Regarder la peau nue d’un enfant, dont la seule erreur fut de naître là, sur cette terre trouée, c’est rester un homme. Tout simplement.
Alors, bien sûr, que chacun brandit son avis avec de grandes leçons bien scandées, bien ficelées. Tout le monde.
Mais, qui souhaiterait être à leur place ?
Personne.

Anne C A L I F E

Droits d’auteur soumis à autorisation Fondation Menthol House Publishing contact @the-menthol-house.com

dimanche 19 février 2012

Poème, poesia tradotto da Pina Isopo


Je pourrais facilement fermer les yeux
Reconnaître la page et non pas le livre
L'escale et non pas le voyage
Le sourire et non pas l'Amour
Je pourrais ne plus ouvrir
Ni la fenêtre, ni le hublot, ni le livre
Et me dire c'est elle.

Potrei facilmente chiudere gli occhi
Riconoscere la pagina e non il libro
Lo scalo e non il viaggio
Il sorriso e non l’Amore
Potrei non aprir più
Né la finestra, né l’oblò, né il libro
E dirmi è lei.

vendredi 10 février 2012

Où l'on voit Giulio-Enrico Pisani s'enthousiasmer pour un peintre

Michel Loth : genèse à La Galerie


Au bout de soixante ans de visites muséales et d’une petite décade de recensements d’expositions d’artistes peintres, j’en étais sottement arrivé à penser que le sommet de l’expressivité et de la puissance évocatrice avaient été atteints en peinture abstraite par Michèle Frank et Anton Huber. (1) Quelle prétention, que la mienne! J’avais une fois de plus raté l’occasion de me souvenir du «Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie» de Shakespeare dans Hamlet. Et ça, il ne me fallut qu’un instant pour le comprendre, ce 1er février à sept heures du soir, devant la fenêtre de La Galerie (2), au 26 d’une rue du Curé déjà fort sombre, et, du même coup réaliser face à cette vitrine éclairée a giorno toute la portée de l’expression «fiat lux» (et la lumière fut / que la lumière soit) inscrits par je ne sais qui dans la Genèse. Soit, amis lecteurs, c’est le bon droit de chacun de croire ou de ne pas croire à ce que raconte la Bible, mais il est impossible de ne pas être saisi par la fulgurance d’un spectacle dont l’abstraction n’est abstraite que pour le passant dépourvu d’imagination, pour autant que ça existe…
En effet, tout comme dans l’«À chacun sa vérité» de Pirandello, à la liberté du créateur répond ici celle du découvreur. C’est à chacun son spectacle, bien sûr, et aussi à chacun sa propre faculté de transformer la puissance évocatoire de l’oeuvre selon sa propre perception et à sa manière; c’est-à-dire que l’artiste ne lui impose, ne lui suggère même rien; il l’oriente tout au plus. Il ne lui offre que la possibilité de retrouver sur sa toile un bouquet d’émotions et de souvenirs qu’il recombine et explose devant ses yeux – excusez du peu – en un feu d’artifice époustouflant. En ce qui me concerne – c’est ma perception personnelle, rien de plus – ce tableau, sans titre, mais nommé selon sa date de création «21.08.11», il me semble que Michel Loth ait voulu y dépeindre le feu s’emparant de la terre pour la transformer en océan de magma en fureur.
Notez, contrairement à ce que cherchait un figuratif exo-réaliste comme Turner, préfigurateur reconnu des impressionnistes, mais en fait déjà porteur de l’abstraction romantique, par exemple dans son«Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain» de 1845, ce n’était sans doute pas son intention. Mais qu’importe! À présent que l’oeuvre a échappé à son créateur; l’artiste c’est le passant, c’est vous, c’est moi. Nous nous en imprégnons et l’interprétons chacun selon notre propre sensibilité et les échos que l’oeuvre soulève dans notre subconscient. Comment moi, par exemple, n’y verrai-je pas l’imprudent Phaéton, le fils d’Hélios? Phaéton, le jeune insensé, qui emprunta le char de feu paternel et qui, ne parvenant pas à le maîtriser, se rapprocha trop de la terre, au point de l’incendier? (3) Heureusement que Jupiter, appelé au secours par Gaïa, la Terre, foudroya Phaéton et arrêta in extremis la course du char fou. Le corps embrasé de Phaéton tomba dès lors à travers l’espace et atterrit... – tenez-vous bien! – dans la vitrine de La Galerie.
J’entre donc, curieux de savoir quel autre cataclysme céleste ou tellurique m’attend à l’intérieur. Mais non, j’y trouve, tout au contraire, un premier signe de retour à une certaine normalité. C’est «29.10.09». Le feu est retourné au soleil, et si l’océan, encore violet de colère à cause de la peur endurée, déchaîne toujours ses flots dans un impétueux gonflement de houle quasi-monochrome, sa colère est de celles que tout un chacun, surpris en pleine mer par un grain furieux, a pu connaître. Il me semble encore entendre Alain Jégou, le marin poète, chanter au large de Keller Vihan que «Souvent, après les grands coups de vent, la mer gronde et râle comme un animal agonisant. Son cri rauque et ses roulements de corps meurtri perturbent âprement et font souffrir toutes pensées fragiles...» (4). Et le miracle pictural de se renouveler un peu plus loin, où une nouvelle tempête de feu nous invite à persévérer dans notre découverte de la magie lothienne.
Les toiles de Michel Loth sont autant de symphonies dont les notes, motifs et effets – camaïeux, mats, pastels ou flamboyants, traits larges et légers comme la houle ou les tempêtes solaires, mais fracturés ci et là à la limite du pointillisme, luminosité omniprésente –, motifs et effets donc, sont en perpétuel mouvement. Animés par la baguette d’un directeur d’orchestre invisible, ils entraînent le spectateur fasciné d’une oeuvre à l’autre dans la jouissance d’une harmonie visuelle qui ne nécessite aucune explication. Certes pourra-t-il voir comme moi en «17.10.11» l’entrée de l’enfer, ou ailleurs un cirque alpin, ou ailleurs encore quelque autre spectacle imaginé. Mais est-ce vraiment nécessaire? Certainement pas, car la beauté des tableaux de Michel Loth n’exige ni raison critique, ni critiques raisonnées ou explications savantes telles que vous pourrez en lire tout votre soul en fouinant sur Internet. Voir ses peintures, c’est les aimer, tout simplement.
Claude Truchi et Lise Bizarri, directeur et directrice de La Galerie, qui se réjouissent de votre visite, nous apprennent dans leur documentation, que Michel Loth est né à Saint-Avold en 1953 et qu’aujourd’hui il vit et travaille dans le village de Riquewihr situé au coeur du vignoble Alsacien. Et ils précisent, en citaant Emmanuel Decroix, que «Longtemps, l’artiste a été écartelé par l’opposition de la dualité, ou plutôt ce qu’il croyait être telle. Il a dépassé le seuil des relations rudimentaires à deux dimensions, bipolaires: gauche-droite, haut-bas, rapide-lent, chaud- froid et la plus grande dyade, mâle-femelle. Chacune de ses oeuvres était une version plus ou moins grande en relation avec l’une de ces polarités. Aujourd’hui, il a atteint un degré élevé de maturité. Il a découvert la troisième partie de la trinité pour atteindre l’unité. Il exprime à la fois le conscient, l’inconscient et le subconscient. Il représente en même temps le corps, l’esprit et l’âme. Synchrone dans son art, il fait jaillir simultanément la matière, l’énergie et l’éther. Le passé, le présent et le futur ne sont plus qu’un...».
Ces mots ont-ils été écrits en 2003, à l’occasion de la précédente exposition de Michel Loth à La Galerie? Ou plus tôt encore? Quoiqu’il en soit, plus de huit ans ont passé. À la maturité ajoutez aujourd’hui la plénitude, encore que… étrangement, non dépourvue d’une certaine nervosité graphique. L’artiste se chercherait-il encore? Je pense que oui. Aucun artiste ne saurait être toujours égal à lui-même, et celui qui cesse de se remettre en question, qui cesse de chercher, de se chercher, renonce du même coup à créer, ce qui n’est certainement pas le cas de Michel Loth et de sa sempervirence créative. Un spectacle, mieux, un évènement à ne pas manquer!
***
1) V. notamment mes articles dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek: www.zlv.lu/spip/spip.php?article4992 et www.zlv.lu/spip/spip.php?article4992 sur Michèle Frank, et www.zlv.lu/spip/spip.php?article4066 sur Anton Huber.
2) La Galerie, Luxembourg centre, 26, rue du Curé (à deux pas de la Place d’Armes), expo Michel Loth jusqu’au 3 mars, de lundi à vendredi de 14 à 18h30, samedi de 14h30 à 18h.
3) Hélios: dieu soleil (mythologie grecque). On peut lire un bon résumé de la légende de Phaéton selon Ovide, Métamorphoses, Livre II, sur http://bcs.fltr.ucl.ac.be/metam/met02/m02-plan.html.
4) Dans Ikaria L0686070, Blanc Silex éditions, 2004.
Giulio-Enrico Pisani. Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek.
 Donnerstag 9. Februar 2012

mercredi 8 février 2012

Poème d'Aragon sur Sakiet Sidi Youssef

Le 8 février 1958, l’aviation française bombardait le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef où s’abritaient les soldats du FLN. On dénombra 70 morts et 80 blessés.
Louis Aragon a immortalisé ces évènements dans ce poème : 


ECHARDES

Essayez de faire entrer dans un vers français

Ce mot comme un poignard Sakiet-Sidi-Youssef

I

Cesse donc de gémir Rien de plus ridicule

Qu’un homme qui gémit

Si ce n’est un homme qui pleure

II

Je me promène avec

Un couteau d’ombre en moi

Je me promène avec

Un chat dans ma mémoire

Je me promène avec

Un pot de fleurs fanées

Et des photos jaunies

Je me promène avec

Un vêtement irréparable

Je me promène avec

Un grand trou dans mon cœur

III

Crois moi

Rien ne fait si mal qu’on pense

IV

Plus le poème est court

Plus il entre en la chair

V

Il faut chasser de la cité ce poète

Il n’ya pas dans la cité de place

Pour l’exemple de la douleur

VI

Nous avons tout fait pour ceux qui étouffent

Tout fait pour ceux qui demandent de l’air

Construit sur la nuit des fenêtres

Ouvert partout des dispensaires

Epargnez-nous ce bruit de plaintes

VII

Il n’ya jamais rien de si beau qu’un sourire

Et même avec un visage défiguré

N’as-tu pas souci d’être beau

VIII

Portez ailleurs ces pas blessés

IX

Comme vous avez raison de détourner les yeux

De ce qui saigne

X

Tout est parfaitement à sa place

Ou tout au moins tout y sera

XI

Mendiant

Lave ta main tendue

XII

Qui dit J’ai mal

Oublie les autres

XIII

Il ne suffit pas de se taire

Il faut savoir dire autre chose

XIV

Maudite soit la plante

Qui ne réjouit pas les yeux

Le poète n’a pas le droit

D’ainsi demeurer sans fleurir

XV

Il n’est pas de plaie

Qu’un peu de fard

Ne fasse bouche

De cri qu’on ne puisse infléchir

Le seul crime est la discordance

XVI

Je parle aussi pour ceux qui ne peuvent dormir

Ils ne sont pas seuls si je leur ressemble

Je parle aussi pour ceux qui ont mal à mourir

Pourquoi dites-vous que je suis un égoïste

XVII

La vie est pleine d’échardes

Elle est pourtant la vie

XVIII

Et cela fait du bien la nuit parfois crier

XIX

Une fois de plus entre le miroir et toi

Il y a désormais ces yeux des enfants morts

XX

Connais-tu le nom de la honte

XXI

Essayez de faire entrer dans un vers français

Ce mot comme un poignard Sakiet-Sidi-Youssef

lundi 30 janvier 2012

Portrait d'un jeune peintre autrichien par Giulio-Enrico Pisani

Texte de notre ami Giulio-Enrico Pisani publié dans le Zeitung vum Lëtzebuerger.

Stylianos Schicho « Observed » chez Clairefontaine


Mais quoi ou qui observe-t-il donc, ce jeune peintre autrichien et plus précisément viennois, qui expose aujourd’hui dans l’espace « 2 » de la Galerie Clairefontaine (1), 21 rue du St-Esprit ? Qui donc ? Tous et tout le monde à première vue, l’être humain en fait, qui observe et se sent observé, surveille et se sait surveillé. Les caractères et expressions qui jaillissent de la peinture aux figures surdimensionnées, au trait agressif et puissant de Stylianos Schicho, nous font pénétrer dans un monde de méfiance qui peut rappeler, quelque part, l’ambiance « big brother is watching » de 1984, le fameux roman de George Orwell. Critique ou simple constat du système sécuritaire qui est en train d’être mis en place un peu partout ? Je pense, quant à moi, que l’artiste va bien au-delà de l’observation ou de la stigmatisation du système de surveillance pyramidal façon 1984, comme semble le penser l’historien de l’art et des cultures Hartwig Knack. Si les regards méfiants des personnages de Stylianos Schicho sont souvent légèrement orientés vers le haut, d’où peuvent les guetter des caméras de surveillance, leur attitude tendue et leurs yeux énormes expriment bien davantage.
Ici agressive, là résignée, toujours forte, la défiance y est tout autant horizontale : crainte de la délation, de la dénonciation, de la trahison, du coup de poignard dans le dos... C’est un peu le « tout le monde surveille tout le monde » de la république genevoise de Calvin. Mais c’est aussi la peur d’être victime du hasard, d’une balle perdue, d’une calomnie... C’est aussi chercher – rien n’est aussi terrible que l’esseulement – une protection illusoire auprès de ceux qui nous entourent, de la foule donc. Cela rappelle, tel que Nazim Hikmet le définit dans son poème « ... L’homme (...) À savoir le mensonge, le vrai, / À savoir l’ami, l’ennemi, / Partant, la nostalgie, la joie et la douleur (...) passé à travers la foule / Ensemble avec la foule qui passe. »
Passage tous relatif, bien sûr, car l’être humain selon Stylianos Schicho est immobile, comme figé parmi ses semblables qui lui permettent de vivre, mais sous une épée de Damoclès permanente. L’amalgame sociétal y est d’ailleurs complet et le spectateur qui contemple le tableau se tient devant une humanité où, pour paraphraser Jules Romains, « Tout homme innocent est un coupable qui s’ignore » (2). La paranoïa y est de rigueur, y est mode de vie... tend même à devenir modèle de vie. En effet, quelque soit l’insignifiance, l’anodin, l’innocence de leur faire, ces personnages tragiquement seuls, qui nous interpellent depuis les tableaux de l’exposition, ont tout pour savoir qu’ils l’objet de tous les soupçons. Et cela peut aller du « délit de sale gueule » – quasiment aucun de ces visages n’inspire de sympathie – jusqu’au simple fait de se comporter « différemment », de se démarquer de la foule...
La peinture de Stylianos Schicho est tout à la fois classique dans le sens où elle s’insère dans le genre figuratif, monumentale dans la mesure où ses figures surdimensionnées nous imposent violemment leur présence, révolutionnaire en ce qu’elle refuse de se plier au réalisme apparent et enfin intimiste tout à la fois par le huis clos de la scène que par sa pénétration dans l’esprit de la personne. Notez, amis lecteurs, que cette intimité peut aussi bien être celle de l’individu que celle du groupe, auquel il s’intègre et se soumet. Ce dernier se compose dès lors d’un bouquet de personnages dramatiquement drolatiques dont la schizophrénie – discrépance entre ce qu’ils sont et ce qu’on les soupçonne d’être – peut aller jusqu’à leur faire prendre, comme dans « About the Monkey On My Back », des apparences simiesques. Non sans un certain humour... Memento Jörg Immendorff. De plus, coincés dans un minimum d’espace, presque les uns sur les autres, sujets et objets d’une surveillance à la fois d’en haut et réciproque, ils sont victimes d’un grégarisme forcé auquel ils n’ont garde de vouloir échapper, tant il leur est devenu, sinon indispensable, du moins allant de soi. Même les « portraits » individuels témoignent du dictat d’un entourage invisible : « singles » s’inscrivant souvent dans un ensemble où le sujet principal est protégé, surveillé, voire possédé par des personnages apparemment absents ou à peine esquissés. Seule une main, aussi parfaitement dessinée qu’humaine, dans « About the Monkey On My Back », représente cette omniprésence ; ou bien ce haut-de-veste-col-de-chemise-cravate qui se fait protecteur dans « Lost »...
Né en 1977 à Vienne, Stylianos Schicho a étudié de 1998 à 2005 à l’Université des Arts appliqués de Vienne (3), dont il sortira diplômé avec distinction. Est-ce de son professeur, Wolfgang Herzig, qu’il apprit à jeter ce regard peu complaisant sur une humanité soumise à une souffrance dont elle ne peut se dire innocente ? Il y a peut-être de ça, mais il y a aussi son regard naturellement critique, satirique et peu indulgent sur l’être humain dont nous pouvons retrouver certains aspects dans l’imagerie de Goya, Toulouse-Lautrec, Roland Schauls, Marlis Albrecht ou Giovanni Maranghi. Tous ces artistes s’expriment bien entendu de manières complètement différentes et avec des talents très divers, voire diamétralement opposés, et Stylianos s’en distingue notamment par la rondeur quasi-géométrique, de-chiriquesque du trait. Leur seul point commun est l’analyse psychologique critique sans ménagement des personnages, groupes ou situations, qui prime sur l’apparence visuelle.
Les tableaux de Stylianos Schicho sont toutefois, en dépit de leur sévérité, d’une beauté formelle remarquable et témoignent d’une parfaite maîtrise du dessin et de la perspective, celle-ci se voyant cependant remodelée, voire suraccentuée selon les besoins de la scénographie et de l’effet escompté. Sa peinture, toute acrylique sur toile (excepté un dessin au charbon sur carton), ne tient point sa puissance et sa force d’expression de ses couleurs – appliquées avec parcimonie et le plus souvent dans les tons pastel, mais plutôt du trait ferme et du contraste entre les parties en noir et blanc et les parties en couleur.
Assez à présent ! Et à quoi bon tous ces discours ? Le mieux n’est-il pas de se former sa propre opinion et de juger sur pièces, en allant voir les travaux de ce formidable artiste aux cimaises de la Galerie Clairefontaine ? Certes, un petit crochet par son site www.stylianosschicho.com/ vous donnera déjà un petit aperçu de son talent, mais rien ne vaut le vrai. Alors, puisque c’est près de chez nous, pourquoi s’en priver ?
*** 1) Galerie Clairefontaine, espace 2, 21 rue du St-Esprit, Luxembourg ville, à deux pas de la place Clairefontaine. Ouvert mardi à vendredi de 14,30 à 18,30 h et samedi de 10 à 12 et de 14 à 17 h. Infos sur www.galerie-clairefontaine.lu. Cette exposition peut être visitée jusqu’au 18 février.
2) La phrase originale de jules Romains dans sa pièce de théâtre Knock ou le Triomphe de la médecine est « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ».
3) Universität für angewandte Kunst Wien, appelée aussi Di :’Angewandte.
Giulio-Enrico Pisani
 vendredi 20 janvier 2012

mardi 17 janvier 2012

هيكل بن مصطفى : النقاب و جامعة منوبة: ماهو المشكل؟

النقاب و جامعة منوبة: ماهو المشكل؟
إنه من الصعب أن نجيب على هذا السؤال بعد أن تداوله الإعلام بشكل كبير و كذلك الكثير من السياسيين من وزراء دولة وغيرهم. ولكي لا ندخل الجامعة في دوامة المهاترات السياسية التي اختلقها الكثيرون ولا يزالون لاعبين لعبة الغميضة مع مصير الجامعة العمومية التي تحمل حلم العائلات التونسية توجب علينا قراءة الأحداث قراءةً هادئة تتجرد من المشكل لغاية تحليله وبيان الإشكال فيه لأنه حينها فقط يصبح التحليل موضوعياً. لن يكون من المجدي إعادة سرد الأحداث لكي لا ندخل في التفاصيل و نهمل الأصل لكن علينا أن نتوقف قليلاً عند ما هو إشكالي في المسألة ونقرأه قراءة هادئة متبصرة وأيضاً قراءة الجامعي الغيور على أملاك المجموعة الوطنية التي ضحت و لا تزال لكي ترى غداً ممكنا وحاضراً مطمئناً. إن الإشكال في منوبة لا يفهم حسب اعتقادي إلا إذا تفحصنا جيداً الحجج المقدمة من كلا الطرفين: الطرف المعتصم والطرف الاستاذي. عندها إذاً نفهم لماذا لا يبدأ الحوار إلا وانقطعت سبله و قنواته رسميةً كانت أو غير رسميةٍ خاصةً و أن المشكل تلخص في قضية النقاب.
بالنسبة للأساتذة يتمحور الخطاب حول مسألتين اثنين وهما العملية البيداغوجية والمبدأ النقابي الذي طالما دافع عليه الجامعيون في منوبة وغيرها من المؤسسات الجامعية. أما المعتصمون وهوياتهم مختلفة (طلبة يدرسون في منوبة و آخرون من أجزاءٍ جامعية أخرى زيادةً على أشخاص لا علاقة لهم بالجامعة) فهم يعللون اعتصامهم الذي الذي لم يرفع قط وإنما تحول إلى مكان آخر بإجبارية النقاب شرعاً وبأنه يتنزل ضمن الحريات الفردية.
1-   حجج الأساتذة :
1.1.            الحجة البيداغوجية: لا يمكننا أن نفهم هذه الحجة إلا إذا قدرنا العملية البيداغوجية حق قدرها. و خلافاً إلى ما قد يذهب إليه الكثير ممن لا يمارسون مهنة التدريس فإن العملية البيداغوجية لا  تنحصر في القسم إذ هي تضم عملية الترسيم والتكوين في القسم التقييم والمداولات التي يتلوها التصريح بالنتائج. و ليسمح لي بأن أبدأ من حيث تنتهي العملية التي وصفتها. ففي المداولات يجتمع أساتذة السنة في مجلسٍ موحد ويتداولون في وضعيات طلبة الأقسام التي يباشرونها وكذلك طلبة الفصول الأخرى و يكون حينها الأساتذة أمام حالات الطلبة الذين تحصل على معدلات تتراوح بين ٩ و ٩٫٩٩ من عشرين و هي دائماً كثيرة و في هذه الحالة يكونون أمام مسار الطالب UN PROFIL يتحدد من خلال معرفة الأستاذ لهوية الطالب و مواظبته و مجهوداته في بناء الدرس فهو تقييم لشخص معروف الهوية بشكل يمكننا من وضع اسم على صورة كما يقال في الفرنسية un nom sur un visage mettre و علينا أن نتساءل هنا عن إمكانية أن يصوت أستاذٌ لإسعاف طالب لا يستطيع التعرف على هويته لكي لا نقول أنه نكرة؟ الإجابة معروفة وهي النفي! هنا يصبح من المنطق أن نقول أن إمكانية تمتع أي طالب بهذه المزية رهينة أن تتاح لأستاذ إمكانية التعرف على هوية طلبته ويتسنى له تذكر ملامح وجوههم!!! ولا نردن هنا أن إخفاء ملامح الوجه يجعل الطالبات المنقبات معروفات أكثر من غيرهن لأن هذا ضد مبادئ المدرسة العمومية التي أساسها أن كل المتعلمين سواسية !! أما الحجة الثانية التي يقدمها الأساتذة لتعليل رفضهم لنقب في داخل القسم مرتبطةٌ بالتواصل و شروطه و آلياته و نجاعته. لن نذكر أن زمان الدروس النظرية CATHEDRA- EX-قد ولى  وانتهى حيث كان الأستاذ يملي معلوماته من كرسيه غير عابئٍ بطلبته أو قد يكاد يكون كذلك تاركاً مكانه لعلاقةٍ جديدة أكثر إنسانيةً أسسها تواصلٌ مع المتعلم و أيضاً نفيٌ  للمسافة التي كانت تفصل الأستاذ والمتعلم وتقوم على الحوار و التواصل. ولقد كان هذا التمشي التعليمي مطلباً أستاذياً وكذلك طالب به طلبة العلم الذين عانوا طويلاً من تلك العلاقة العمودية التي كانت تعزلهم عن أساتذتهم. ففي إطار البيداغوجيا الجامعية الجديدة و التي تتجسد في ما يمكن أن نسميه دروساً مندمجةً COURS INTEGRES (وهي دروس يراوح فيها المدرس بين النظري والتطبيقي) يتعامل المدرس بالجامعة كغيره من المدرسين مع تعبيرات طلبته اللغوية منها و"الركحية" حيث يستجدي من أنظار المتعلم وتعبيرات وجهه إن كان هذا الأخير قد استوعب المعلومة عام لا فيصبح التواصل البيداغوجي بل و نجاعة الدرس رهن مقدرة الأستاذ على قراءة الإشارات التي يرسلها الطالب عبر تقاسيم وجهه و فك رموزها علماً بأن المتعلم قليلاً ما يعبر عن تساؤلاته و استفساراته لأسبابٍ يطول شرحها في نصٍ صحفي.
تبقى إذاً مسألة الامتحان وما يطرح فيها النقاب من إشكالات. في تصور المعتصمين يحل الإشكال بعدم حضور المنقبات في الدرس و الاكتفاء باجتياز الامتحان لكن مرتديات النقاب أو في قاعة مخصصةٍ لهن وهي الحالة التي سيقبلن باجتياز الامتحان كاشفتين وجوههن لكن بشرط أن تقوم أستاذات أو نساءٌ من الإدارة بحراستهن. لنا أن نتساءل هنا عن منابع هذه الرؤية للدراسات الجامعية. فهل ندخل الجامعة لاجتياز امتحان كما في المناظرات؟ أم أننا نذهب للجامعات للتسلح باليات التفكير والنقد للتدرب على إنتاج المعرفة من خلال مقارنة المناهج و الفرضيات و كذلك من خلال النقاش و الحوار؟ إن تقزيم الإشكال و حصره في حق اجتياز الامتحان لمؤسفة بيداغوجياً إذ بذلك يكون الأستاذ يحرض طلبته على الغياب عن الدروس. من جهةٍ أخرى، هذا التمشي غير مقبول على المستوى الأخلاقي إذ أنه من غير المنطقي أن تذهب المدرسة العمومية إلى خلق ظروف استثنائية لشريحةٍ من الطلبة لا يتمتع بها زملاؤهم !!! زيادةً إلى كل هذا تنضاف حجةٌ "أمنيةٌ" ليست بالهينة: فإن اتفقنا على مبدأ أن النقاب لا يتيح التعرف على هوية الشخص فإن انتحال شخصيةٍ بالمعنى القانوني للكلمة ليس مستحيلاً!!! و لقد ضبطت حالة غش في المدرسة العليا للتجارة حيث انتحلت طالبةٌ منتقبةٌ شخصية زميلتين لها لاجتياز الامتحان مكانها!!
1.2.             استقلالية القرار الجامعي: لقد كان مطلب التسيير الديمقراطي للجامعة منذ سنوات مطلباً تناضل من أجل تحقيقه نقابة الجامعيين منذ توحيد نقابتي الصنف "أ" و "ب" ، إذ أنه في زمان بن علي الرديء عانت الجامعة و إلى زمن ليس ببعيد من ارتجلت الإدارة المركزية التي لم تكن تتقن في الحقيقة إلا اصدر المناشير الجائرة على الجامعة ومكوناتها. طبعاً لم تكن الجامعة التونسية المؤسسة الوحيدة التي عانت ظلم دولة التجمع اللا ديمقراطي اللا دستوري. فمنذ زمن الدكتاتورية التي تجلت أقسى (أقصى) مظاهرها في حكم البنفسج الذي استحوذ عليه الحزب البنفسجي ليجعل منه لوناً ركيكاً مدعاة اشمئزاز للشعب، انتزع الجامعيون حق انتخاب العميد وممثلي هيئة التدريس في الكليات. توكل للمجلس العلمي مهمة تنظيم سير المؤسسة إدارياً و خاصةً على المستوى البيداغوجي و تعتبر قرارات المجلس العلمي إن لم تنقضها سلطة الإشراف بمثابة قانون داخلي. لكن على مستوى النصوص الأساسية يقدم المجلس على أنه استشاري و لنا أن نتساءل إن كان هذا النعت يعني أن العناصر المنتخبة تنتخب لتقر عيناً في كراسي قاعات الاجتماعات إذ أن كل القرارات يجب أن تصدر عن الوزارة أو أنه يعني أن هذا المجلس المنتخب والمعبر عن أراء أغلبية الأساتذة المباشرين ترفع قراراتها للجهات المقررة رسمياً حسب التسلسل الإداري فتؤكد هذه القرارات أو تنقض. في العرف الجامعي السيناريو الثاني هو الذي يصح حيث يدرس المجلس حالات يكون فيها أحياناً فراغٌ قانونيٌ فيرفع ما يقدره لسلطة الإشراف وفي حين لا ترد الجهة الرسمية في أجال محددة قانوناً يصبح قرار المجلس العلمي نظاماً داخلياً يلزم من يعمل بالمؤسسة من أساتذة و عملةٍ وطلبةٍ و إداريين!!!
2-                    حجج المعتصمين: يقدم المعتصمون حجتين أساسيتين مثلما أسلفت، حجة دينية وحجة على صلة بالجوانب القانونية لحقوق الإنسان. أما الحجة الدينية فأعتقد أن فقهاء الدين هم الذين يسألون عنها ويجيبون. وبما أنّي لست واحدا منهم فإني أحجم بمقتضى النّزاهة العلميّة عن ولوج هذا المجال، رغم أني أعلم، شأني في ذلك شأن الكثير من النّاس أنّ النقاب مسألة خلافيّة. أما عن حقوق الإنسان، فتُصوّر طالباتنا، في هذا المنظور، على أنهن أقليّة هضم حقها الأساسي في الدراسة. لكن، ,,, أغلبية التونسيين مسلمة، فإذا كانت المنقبات طالبات مسلمات ، قبل أن تكنّ منقبات، فهن إذا جزء من الأغلبية, فالتناقض في هذه الحجة واضح بيّن مؤلم. ومن ناحية أخرى، إذا اتفق جميعنا في وجوب احترام حقوق الإنسان وخاصة الحقوق الشخصية في هذا العالم الأرضي، فأنا أخشى أن ينسى بعضهم أن علينا واجبات إزاء المجتمع. وهدا الأمر أوكد عندما يتنزّل في فضاء عمومي يتقاسمه أشخاص بمكن أن يتباينوا ويختلفوا اختلافات شتى. والجامعة فضاء عمومي من هذه الفضاءات .. وبالتالي ، فنحن مدعوون إلى احترام القواعد ـ التي قد لا تكون قوانين - ولكنها قواعد مألوفة ومعتمدة في تنظيم فضاء المدرسةـ في المعنى الأوسع لهذا المفهوم.
ويرى المعتصمون أن انعدام نص يمنع النقاب، يجعل منعه في الأقسام تعديا على حقوق الإنسان. وأنا لا أرى صحة هذه النظرة القانونية للمسألة لأنّها نظرة فيها تعميم واختزال مخلّ بل هو اختزال خطر. فهذا حيز تتجلى فيه استقلالية الجامعة: إذ كلّما كان فراغ تشريعي تدخلت الهياكل المنتخبة لتنظيم الفضاء العمومي. ولا يمكن لأيّة قاعدة قانونيّة أن تنظم فضاء مثل فضاء الدّرس. فحتى الآن لا يوجدـ في البلدان الديمقراطيةـ نص يحدد للمعلّم والأستاذ ما ينبغي أن يكتب أو أن لا يكتب على السبورةـ فهذا شأن من شؤون الممارسة البيداغوجية. ولا نصَّ قانونيّا يمكن أن يجبر الأستاذ على أن يمرّ بين صفوف الطلبة في الفصل أو أن يظل قابعا وراء مكتبه، فهذا أيضا من شأن الممارسة البيداغوجية وهي التي تحدّده. ولا طائل من تعديد الأمثلة.. فهذا الموقف "الحقوقي" يصطدم بحدود عدّة إزاء هذه الفضاءات المخصوصة جدا. يضاف إلى هذا أنّه في البلدان التي تنعت بالديمقراطية ـ مثل الولايات المتحدة وفرنسا ـ مؤسسات تعليمية يجبر فيها التلاميذ على لباس خاص لأسباب متنوعة. فهل في هذا تعدّ على حقوق الإنسان لأن الأشخاص الذين يرتادون هذه المؤسسات لا يلبسون الزيّ الذي يشتهون؟؟؟
بهذا يتجلى عدم التناسق في هذا الادعاء الذي يخلط الغث والسمين والحابل بالنابل. وإذا كان المعتصمون يشعرون بالغيظ لأنهم يتصورون أن أبواب الحوار صُدّت في وجوههم، وهم يخلطون في هذا بين الحوار والتفاوض في مطالبهم، فإن الأساتذة يعتبرون أن هذه العملية التي قامت بها أغلبية من الغرباء عن الكلية هي محاولة لإخضاع الجامعة إلى أوامر وليست دعوة إلى الحوار. وما بدا استقطابا هو في الحقيقة نتيجة لانعدام الإشكالية المشتركة الني يمكن أن يجتمع حولها الطالب والأستاذ..وبعبارة أخرىـ فإنّ كلية الآداب بمنوبة هي اليوم في وضع حرج، لأن المعتصمين، الغرباء عن الكلية، والمدرِّسين لا يتكلمون في مسألة واحدة. وليتسنّى الالتقاء عند الإشكالية الحقيقية، ينبغي أن تتوقف الهيئات الغريبة عن الكلية عن التدخل، حتي ينطلق حوار هادئ وعائلي بين طلبة الكلية والهياكل المنتخبة وحتى يتهيّأ لنا إعداد طلبتنا، الذين ليسوا في حالة إضراب عن الدروس، ولا يشاركون في هذا الاعتصام للامتحانات الآزفة..
هيكل بن مصطفى، أستاذ فرنسية، مناضل نقابي في صلب الجامعة العامة للتعليم العالي و البحث العلمي.


هيكل بن مصطفى، أستاذ فرنسية، مناضل نقابي في صلب الجامعة العامة للتعليم العالي و البحث العلمي.

dimanche 15 janvier 2012

نداء


لقد كشفت أحداث كلية الآداب بمنوبة عن سوء تفاهم وجب تصحيحه وليكن ذلك في نقطتين أرجو من جميع التونسيين أخذهما بعين الإعتبار حتى لا يخامرهم شك أن الجامعة التي تعيش بتضحياتهم بين أياد أمينة رغم ما طالها من مسخ زمن حكم السيد بن علي. 

1
هيئة التدريس مزيج من الإنتما ءات السياسية مثلت فيها كل أطياف اللون السياسي ولعل الأغلبية من المستقلين ذوي المواقف المشرفة زمن بن علي ويجمعنا جميعا ما كان يجمع شيوخ  الزيتونة من إجلال للمعرفة و تنزيلها أعلى المراتب و تقديسها في تماهٍ مع جوهر ثقافتنا.
إن أغلب نساء و رجال هيئة التدريس لا يعترفون البتة بما قد يفرق طلبتهم من إنتماء جهوي أو سياسي أو إجتماعي أو جنسي وهم لا يقبلون أن تتصرف طالبة على أساس أن وجهها عورة. طالبتنا بناتنا وننكر أن توصف وجوههن بالعورة و لا نميز بينهن و بين الذكور فلعلهن أشد ذكاء
نحن الضامنون لجامعة تتساوى فيها الفرص نناشد كل التونسيين الوقوف إلى جانبنا حتى نتمكن من أداء رسالتنا إستمرارا لما جُبِل عليه التونسي من فكر نيّر و نبذ للتطرف و الغلو و تبجيل للمعرفة.

jeudi 5 janvier 2012

Brève sémiologie du vêtement où l'on voit que le niqab n'en est pas un.

Le propre du vêtement n'est pas de couvrir la nudité, mais de la sublimer. Les partis du corps ne sont plus que leur galbe ou des formes géométriques. Réduire le vêtement à un voile, c'est réduire le corps à ses parties honteuses. Un vêtement n'est pas un cache-sexe, encore qu'il existe de beaux sous-vêtements. Le propre du vêtement est d'être doté d'un coefficient beauté, d'être une touche personnelle, de cacher mais également de laisser voir. Le vêtement est métaphorique : corolle comme pour une fleur, plis comme pour une rose. Il laisse voir un mollet, un bras, la naissance d'une poitrine qu'il donne pour un tout. La mini-jupe couvre plus que le voile. La mini-jupe suggère que les jambes se prolongent indéfiniment, le niqab laisse voir une nudité couverte. En cela, je trouve que rien n'est plus impudique que le niqab .

dimanche 18 décembre 2011

Cri d’une enseignante Indignée par Fadhila Laouani

par Fadhila Laouani, dimanche 18 décembre 2011, 20:51
   

Cri d’une enseignante Indignée

                        
Ce texte m’a été dicté par un profond sentiment d’injustice suscité par l’intervention de tout un chacun dans  le dossier du port du voile intégral, «  niqab », à l’université.
Que l’on permette à une enseignante, qui a plus de trente ans d’ancienneté, d’exprimer son avis sur cette question qui, faut-il le rappeler relève autant du pédagogique que du politique, du psychologique, du sociologique voire de l’anthropologique car le corps est vraiment le lieu par excellence de tous les paradoxes. Mon propos n’abordera pas la question sous aucun de ces angles  tout en les résumant tous.
Je me place aujourd’hui du point de vue éthique car notre dur métier se base, en plus du savoir, sur un pacte moral sans lequel  aucune transmission n’est possible.
Et si nous nous attachons à nos élèves, à nos écoles et à nos universités ce n’est certainement pas pour les salaires «  mirobolants !! » que nous percevons eu égard à nos diplômes et aux exigences du métier. Ce que ce travail nous donne de plus important c’est une satisfaction comparable à celle du potier qui sent la glaise prendre forme sous la pression de son pouce ; à celle du forgeron qui  reconnait à sa résonance que le fer  obéit à son marteau ; à celle du sculpteur qui voit au bout de ses ciseaux  le bloc de marbre se muer en œuvre d’art .
  Je m’indigne donc qu’on veuille me priver de ce droit de Voir se concrétiser mes efforts quand durant mon cours je ne puis lire sur les visages de mes étudiants que le message  passe ou qu’il peine à accrocher leur attention !
  Je m’indigne qu’on veuille m’aliéner et me mettre en rapport, au sein de mon espace pédagogique, avec des corps cachés derrière un voile intégral, des visages dissimulés derrière un «  niqab », des personnalités éclipsées, retirées de la circulation des  estimes réciproques indissociables de l’expérience de l’apprentissage.
  Je m’indigne parce qu’on veut empêcher ma classe d’être  un espace interactif où, dans la rencontre des intelligences, se crée la solidarité autour du projet d’un savoir partagé.
  Je m’indigne parce que personne ne semble comprendre que la consécration pour un enseignant  ce n’est pas tant de construire une «  carrière » mais qu’au bout de cette carrière il y ait ce bonheur insigne d’être reconnu par ses étudiants et de les reconnaître, de les Voir accomplis dans l’espace social, de voir qu’ils sont allés au-delà de ce qu’a été leur professeur.
C’est là mon droit d’enseignante que je ne cèderai pas parce que c’est là mon complément de salaire, mon complément de richesse.
Car on peut avoir une retraite modique mais se sentir tellement riche de ce visage d’ingénieur, de médecin, d’artiste, de ministre,  d’instituteur, de président …   à qui un jour on a transmis une parcelle de savoir qui lui a permis d’avancer dans la société, d’avancer dans la vie ! Riche de ce visage où je reconnais la valeur de mon labeur, ce que pendant une vie j’ai r
   Notre métier,  plus que les autres, repose sur un mouvement de gratitude constitutive du lien social : celle de l’apprenant qui reconnait le don à lui accordé par l’enseignant et celui-ci qui reconnait le don que lui accorde l’étudiant par sa présence, sa participation, son regard …
Là où cesse ce double don cesse notre métier et on meurt  de ce manque et meurt  la flamme qui fait notre profession  .
   Enseigner est un sacerdoce, on l’a suffisamment dit, mais nous ne le ressentons pas comme un fardeau ou une contrainte, c’est un sacerdoce qui fait notre joie, notre fierté, notre Dignité.
Si on insiste à satiété  aujourd’hui sur cette valeur primordiale qu’est la dignité, pour nous elle d’abord inscrite dans notre rapport à nos étudiants, c’est là que nous la vivons concrètement et qu’elle devient pour nous tangible.
   Comment puis-je accepter qu’on me retire cette Dignité, valeur suprême de mon métier et rester silencieuse quand on vient me dire, me signifier que mes semblables et moi sommes des satyres, des monstres lubriques incapables de contenir nos instincts… C’est là une insulte pour ce que nous sommes et ce que sont nos institutions scolaires et universitaires.
   Qu’on reconnaisse notre droit d’être des diffuseurs de savoirs non pas dans la juxtaposition d’entités étrangères les unes aux autres mais dans la conjonction de personnalités, certes autonomes, mais  oeuvrant ensemble pour la confluence, l’affinité, la cohérence.
    Qu’on nous permette cette dernière remarque : en français comme en arabe, le sens étymologique d’Université  signifie Communauté. Qu’on nous laisse, dans le respect des différences, faire, avec nos étudiants et nos étudiantes, communauté intellectuelle aux solidarités profondes, multiples, durables.
                                                      Fadhila Laouani
                                             Professeur à la faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de La Manouba

mercredi 14 décembre 2011

L'affaire du niqab par Marzouki Afifa

Faculté des lettres, des arts et des humanités de Manouba : silence, on ne tourne plus !
                                                                                      Par Afifa Marzouki, universitaire
Suite à la deuxième agression physique de membres de l’administration, d’enseignants et du doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités  de Manouba par des personnes non identifiées (pour la plupart étrangères à l’université) qui occupent ses locaux administratifs depuis plus de quinze jours et refusent à son doyen l’accès à son bureau, sous  la menace verbale et physique, le conseil  scientifique  de la faculté a décidé sa fermeture, en pleine session de devoirs sur tables et à quelques jours des examens semestriels, en attendant que les autorités concernées en évacuent  les personnes qui violent son intégrité et son autonomie vingt-quatre heures sur vingt-quatre sous les regards éberlués et perplexes des professeurs, de l’administration et des étudiants.
Si depuis plusieurs mois déjà, le conseil scientifique a, avec l’approbation de la présidence de l’université, promis aux étudiants qui le désirent, de mettre à leur disposition un espace de prière décent, proche du campus et qui serait commun à tous les établissements universitaires de Manouba , la question du nouveau phénomène du nikab a été tranchée à la Faculté des lettres dans le sens que ne désirent pas les défenseurs mâles des « mounakkabets ».
En effets, ce sont de jeunes gens, étudiants et autres qui, se présentant sous la bannière de « l’association de défense des porteuses du hijeb » (Existe-t-elle officiellement, cette association ? Est-elle autorisée ? J’en doute, quant à moi !) se sont proclamés les vis-à-vis du doyen pour dialoguer à ce sujet. Nerveux, rigides, illuminés et omniscients, ils dénient au représentant élu des étudiants au conseil  scientifique de la faculté la légitimité d’être leur porte-parole, ils l’ont décidé ainsi !
Ils réfutent aussi, au nom de ce qu’ils brandissent comme la liberté individuelle, le bien-fondé de la décision du conseil scientifique élu de la Faculté, d’interdire aux étudiantes de se couvrir le visage pendant les cours et les examens.
Après de très longues discussions, des échanges à longueur de journées et de semaines  après des tentatives permanentes de leur expliquer les raisons et les causes, les principes et les valeurs, l’éthique et les dérives, la discipline et le règlement intérieur, l’école publique et les croyances personnelles, ces personnes, jamais clairement identifiées et qui se relaient, se présentant à tour de rôle, décident d’imposer leur avis par la force, par l’occupation brute et brutale des locaux de l’administration.
Depuis quinze jours, la Faculté est le lieu du va-et-vient de ces étranges personnages, qui sont de tous  les âges, étudiants d’établissements divers, chômeurs, commerçants et autres profils, qui campent au cœur de l’administration, des bureaux et des salles de réunion. Le personnel administratif chôme, le standard est bloqué, le bureau du doyen est envahi par les visiteurs de tous bords. Sur les lieux du travail, ces individus se goinfrent, dorment, appellent et procèdent  à des prières collectives, hurlent au ralliement, vouent aux gémonies le doyen, et les enseignants, ces « kouffars », « sionistes », « communistes », « francophones » et autres universitaires maudits qui, à leurs dires, menacent l’identité et l’islam de la Tunisie !
Au bout de quelques jours, parmi les sit-ineurs, un étudiant à la santé fragile, à bout de nerfs, s’est donné la mort, chez lui, traumatisé ; le nombre des « mounakkabets » a augmenté,  passant  de trois à cinq, à sept, endoctrinement intensif et distribution de « nikabs » sur place obligent ! Dans leur nouvel accoutrement, ces filles, venues de partout, apparaissent regroupées souvent à l’étage, harem inviolable aux ordres de leurs seigneurs et maîtres protecteurs. «  Jamais, disait l’un d’eux, je ne permettrai à ma femme de se dénuder ! » entendez : de se découvrir le visage. « Jamais, nous disait une « mounakaba », je ne permettrai à un professeur mâle de me souiller par son regard ! »
Nous tous, professeurs de la Faculté des lettres de Manouba, hommes et femmes qui refusons la distinction sexiste, nous tous réunis sous la bannière du savoir et de la recherche scientifique, exprimons, pour des raisons pédagogiques, éthiques et de discipline, notre infaillible solidarité  de corps enseignant, notre refus  de toute ségrégation entre hommes et femmes  dans l’exercice de notre métier et notre indignation devant toute perception dégradante du professeur, perception qui le désinvestit de sa mission éducative au profit d’une vision libidineuse rétrograde et diabolisante.  Nous voudrions rappeler à nos chers étudiants et aux « mounakkabets » mobilisées pour se protéger du regard « violeur » du professeur, que les rapports qui nous lient et qui assurent entre nous une saine et sereine communication, sont des rapports fondés sur l’apprentissage et le savoir et que le contrat moral qui nous rapproche exige une confiance et un respect réciproques. Nous sommes des maîtres et non pas des tentateurs susceptibles de piéger une quelconque pudeur, nous sommes des pères, des mères, des frères et des sœurs et en aucun cas les instruments virtuels d’une quelconque violation, d’une quelconque « fitna ».
Ce n’est pas en interdisant le regard qu’on vient à bout du prétendu « mauvais » regard et c’est justement par l’école, l’éducation, la culture et le savoir dispensé à tous et par tous les enseignants, également et égalitairement, sans distinction ségrégationniste de sexe, dans la pureté des échanges et la transparence de la communication directe,  qu’on peut transmettre les lumières de la raison et la sagesse et la générosité de toutes les fois !

mardi 13 décembre 2011

La Manouba, pourquoi le niqab par Heikel Ben Mustapha

Syndicaliste, notre ami Heikel Ben Mustapha donne ici sa lecture d'universitaire indépendant de l'affaire du niqab.
Les cours ont été suspendus à la fac des Lettres de Manouba. Pourquoi ?

Répondre à cette question  est devenu une tâche  extrêmement  complexe, l’opinion publique s’en étant, désormais, emparée. Il est inutile de relater les faits, parce que tout le monde en a parlé ; je voudrais simplement rappeler comment, dès le début de l’année, a été entretenue cette situation de blocage de certains cours : une fille portant le voile intégral (niqab) se présente dans la salle de cours sans en être empêchée à l’entrée. Une fois en classe, le professeur lui demande de se découvrir le visage. Face au refus de l’étudiante (qui se répètera à chaque fois), le professeur se retire de la salle de classe. Des tentatives de discussion avec les étudiants de la faculté des lettres de Manouba soutenant leur camarade n’ont abouti à aucune avancée vers une résolution du problème et un dialogue de sourds a fini par s’installer opposant deux parties campant dans leurs arguments respectifs
 Pour comprendre cette situation, il est nécessaire d’examiner la position des uns et des autres. Les enseignants d’un côté, qui développent principalement deux arguments : un premier d’ordre pédagogique et un second relatif à l’autonomie de l’université ; les sit-inneurs de tous bords de l’autre (leur majorité est inconnue à l’institution !), qui soutiennent que le port du Niqab constitue une obligation religieuse et un des droits fondamentaux de l’homme.
I- les arguments du corps enseignant et du conseil scientifique :
1-        l’argument pédagogique : Pour que cet argument soit mieux explicité, il me semble  nécessaire de définir en quoi consiste la relation pédagogique à l’Université. Contrairement à ce qu’on peut penser, l’opération pédagogique ne se limite pas à la situation de classe. Elle intègre en fait, successivement, l’inscription, la formation avec la situation de classe qu’elle engage, l’évaluation et les délibérations suivies de la déclaration des résultats.
    Qu’il me soit permis de commencer par la fin de l’opération, les délibérations, là où les professeurs, face aux cas de rachat des étudiants dont les moyennes varient entre 9,00 et 9,99, se trouvent devant la nécessité de se prononcer sur un POFIL où sont pris en compte la présence, l’assiduité, le sérieux, l’interaction, l’implication et la participation d’une personne identifiée et identifiable au déroulement du travail collectif,  et ce en mettant un NOM sur un VISAGE.
L’on peut se poser ici la question de savoir qui pourrait accorder cette faveur du rachat à quelqu’un dont il ne connaît pas le visage, à un ANONYME ? Personne évidemment. Il est donc légitime de poser que, pour que l’étudiant(e) puisse bénéficier de cet avantage, soit offerte  à   l’enseignant la possibilité de reconnaître et d’identifier le visage de celui-ci/ celle-ci.
 Le deuxième aspect pédagogique retenu par les enseignants dans leur argumentaire contre le port du niqab tient à la question de la transmission ses conditions, ses modalités et son efficience.
 Est-il besoin de rappeler, ici, que le temps des cours ex-cathedra, où le professeur prodiguait son savoir du haut de sa chaire dans une indifférence presque totale à son auditoire, est définitivement révolu au profit d’un rapport plus humain fondé sur la communication la plus étroite avec l’apprenant et sur une proximité propice à l’échange et à l’interaction. Cela a été une demande des enseignants, mais également des étudiants qui avaient longtemps souffert de ce vieux rapport vertical qui les isolait de leurs professeurs et les mettait hors de leur portée. Dans le cadre de la nouvelle pédagogie développée dans ce qu’on appelle « cours intégrés », c’est dans les regards des étudiants et en fonction de l’expression de leurs visages que le professeur peut constater si son message est passé ou non. La transmission devient tributaire des capacités de l’enseignant à lire et à décoder les signes que lui renvoient les regards des étudiants, généralement inhibés à verbaliser directement leurs demandes.
Reste alors le troisième volet de l’argumentaire qui touche la question des examens et des problèmes que le niqab peut introduire à ce niveau. « Laissez-nous passer l’examen, et nous ne viendrons pas au cours », nous crie-t-on. « Nous sommes d’accord pour qu’une femme vienne contrôler notre identité, mais nous passerons l’examen avec le voile intégral », ajoutent-ils, par ailleurs ! Mais de quelle vision des études et de la formation universitaire relève une pareille demande !? S’inscrit-on à l’université juste pour passer un examen comme à un concours ou, alors, pour apprendre à réfléchir, à développer et à produire du savoir dans l’ajustement des outils, la confrontation des méthodes et des hypothèses, le débat des idées et l’échange ? Cette réduction du problème posé à la question du droit à l’examen est désolante pédagogiquement comme elle est indéfendable sur le plan éthique. Pourquoi une catégorie d’étudiants aurait-elle le droit de profiter de conditions spéciales susceptibles de leur accorder des avantages dont ne pourront pas bénéficier les autres. C’est là une injustice inadmissible ! A cela s’ajoute une dimension « sécuritaire » non moins négligeable : le port du voile intégral ne permettant pas d’identifier la personne, une usurpation d’identité n’est pas impossible ! Et qu’on ne nous rétorque pas qu’il serait possible qu’une collègue sorte de son cours pour contrôler l’identité de la fille intégralement voilée. Cette proposition est peu courtoise vis-à-vis d’un Docteur ES Lettres, que de le transformer en contrôleur d’identités pour le compte de ses collègues. D’ailleurs, un cas de fraude caractérisée a été constaté à l’Ecole Supérieure de Commerce : une étudiante portant le niqab a usurpé l’identité de sa collègue pour passer l’examen à sa place.

2- l’autonomie de l’université : depuis des années, la gestion de l’université a été l’objet de luttes syndicales continuelles, parce que du temps de Ben Ali, l’université a souffert des improvisations de l’administration centrale qui ne savait que produire des circulaires, et elle n’est pas la seule institution à avoir souffert. Depuis l’ère de la dictature aussi, les facultés ont réussi à arracher l’élection du doyen et des membres du conseil scientifiques. La mission de ce conseil est de réguler l’opération pédagogique dans toutes ses phases. Les décisions prises par le conseil scientifique, en général, en concertation avec le corps enseignant, constituent un règlement intérieur. Mais, dans les textes fondamentaux, le dit conseil, n’est point présenté comme le législateur de la vie universitaire. C’est bien un conseil à caractère consultatif, et cela est vrai ! Or, qu’est-ce que l’adjectif  « consultatif » peut signifier ? Cela veut-il dire que ce sont des gens, qui sont élus, pour passer du temps, car toutes les décisions sont prises doivent provenir d’un ministère ? Ou alors est-ce que ces gens, élus, proposent des décisions pédagogiques à l’autorité de tutelle, laquelle valide ou invalide la décision ? Dans la tradition universitaire, c’est le deuxième scénario qui correspond à la situation : le conseil évalue une situation, prend ses décisions en concertation avec le corps enseignant et soumet sa décision à l’autorité de tutelle. Lorsque le ministère ne remet pas en question cette décision au bout d’une semaine, elle se transforme en règlement interne !
« Mais, il y a, sur le même campus, des institutions qui ont géré différemment cette question du voile intégral », objecte-t-on. Et y a-t-il meilleure manifestation de l’autonomie de l’université, dans cette dimension où chaque conseil scientifique évalue la situation de manière libre !?
II- L’argumentation des sit-inneurs : Ainsi que je l’ai souligné plus haut il y a deux arguments centraux avancés par les sit-inneurs : un argument religieux et un argument en rapport avec les aspects juridiques des droits de l’homme. Pour ce qui de l’argument religieux, je pense que c’est aux Ulémas de nous répondre, et n’appartenant pas à ce cercle savant, j’éviterai, par honnêteté intellectuelle, de me hasarder dans ce domaine, bien que je sache, comme tout le monde, que la question est plus que controversée. Reste la question des droits humains. Dans cette logique, nos étudiantes sont présentées comme une minorité dont le droit fondamental aux études est bafoué. Mais, attendons un peu. Je crois savoir que la majorité des Tunisiens est musulmane, or les étudiantes intégralement voilées sont musulmanes avant d’être caractérisées par le port du Niqab, donc elles font partie de la majorité ! La contradiction est lancinante ! Par ailleurs, si on peut être d’accord sur le fait qu’il y a dans ce bas monde des droits de l’homme à respecter et surtout des libertés individuelles à faire valoir, je crains que l’on oublie que nous avons également des devoirs envers la société. Cela est d’autant plus certain qu’il s’agit d’un espace public que partagent des personnes qui peuvent différer de quelque manière que ce soit, et l’université en est un ! Du coup, on est appelé à respecter les normes, qui ne sont pas forcément des lois, mais des normes d’usage régulant l’espace de l’école au sens large du terme.
 Les sit-inneurs considèrent que, étant donné qu’un texte de loi interdisant le port du niqab n’existe pas, l’interdire en classe constitue le non respect des droits de l’homme. Je pense que cette vision juridique de la question est peu pertinente, car, il y a là une extrapolation hasardeuse pour ne pas dire dangereuse. D’ailleurs, c’est là que se manifeste l’autonomie de l’université : c’est lorsqu’il y a un vide juridique que les structures élues interviennent pour réguler l’espace public. Aucune règle juridique ne peut réguler un espace comme la classe. Jusque là, dans les pays démocratiques, aucun texte ne dit au professeur s’il faut écrire au tableau ou ne pas écrire : c’est du ressort de la pratique pédagogique ! Aucun texte juridique ne peut exiger du prof de passer entre les rangs ou de rester derrière son bureau, et c’est aussi la pratique pédagogique qui le détermine. Il est inutile de multiplier les exemples. Cette position par trop juriste n’a que des limites devant de tels espaces publics très spécifiques. Du reste, dans les pays dits démocratiques, les Etats-Unis par exemple ou alors la France, il existe des institutions scolaires, où le port d’un uniforme est obligatoire, pour des raisons diverses. Faut-il alors dire que c’est une atteinte aux droits de l’homme, parce que les personnes qui fréquentent ces institutions ne s’habillent pas comme elles veulent !?

Ainsi pouvons-nous constater que les violons ne sont pas vraiment accordés et que l’on mêle, dans cette affaire, le son et le mil. Si, chez les sit-inneurs il y a un sentiment de frustration parce qu’il leur semble qu’il n’y a pas de débat, confondant ici débat et négociation autour de leurs revendications ; il y a chez les enseignants le sentiment que ce mouvement disproportionné, mené par une majorité étrangère à la faculté, est une tentative de plier l’université à des ordres et non un appel au débat. Ce qui peut donc paraître comme une bipolarisation, est en fait le résultat de ce qu’il n’y a pas de problématique commune, celle justement qui unit le prof et l’étudiant. En d’autres termes, la faculté des lettres de Manouba est aujourd’hui en situation critique, parce que les sit-inneurs, étrangers à la faculté, et les professeurs ne parlent pas de la même chose! Pour que nous puissions converger vers la véritable problématique, il faut que cessent d’intervenir tous les corps étrangers à l’institution, afin qu’un débat serein et familial se déclenche entre les étudiants de la faculté et les structures élues et que nous puissions préparer nos étudiants, qui ne sont pas en grève, ni ne s’inscrivent dans ce sit-in, aux examens imminents!
                                                                      
Heikel Ben Mustapha, Universitaire, syndicaliste.