mardi 17 août 2010

Après le bain فدوى القاسم


Edgar Degas : Après le bain...

Voici un récit poétique de l'écrivain palestinienne Fadwa Al Qasem (elle est dans mes liens)


: تتوقد يومياً في ذهني هذه العبارة


أُشعلت الأنوار،
انتهت الموسيقى،
وخرج آخر المتفرجين
.

أجلس على حافة البانيو.
البانيو بارد.
أحدق في ساقي.
في الزغب الأشقر الطويل.
في الشعر الأسود القصير.
أفكر في الاعتزال، فقد فقدت رغبتي الملحة في إزالته.

لم يعد يستحق ألم الحلاوة.
ولم يعد يستحق جروح الشفرة.
ولم يعد يستحق هدر لحظاتي في انتظار نتائج كريم التشقير.

لم يحدث ذلك فجأة.
كانت البداية تجاهل الزغب على الفخذين، ثم على الذراعين، ثم الإبطين، ثم العانة، حتى وصلت اليوم إلى الساقين.

أخفيت الشعر في البداية تحت الأكمام والتنانير الطويلة نهاراً، وفي طيات الظلام ليلاً.
ثم لم يعد يستحق مجهود إخفائها.

فأنا أعرف أنها لا تزعجه.. لأنه لا يلمس ساقي. لا ينظر إليهما عندما أضع ساقاً على ساق. لا ينظر إلى فخذي، ذراعي، إبطيّ.. لا ينظر إلي.

وفيما أنا جالسة على حافة البانيو،
أحدق في ساقي، في الزغب الأشقر الطويل، والشعر الأسود القصير، وأفكر في الاعتزال، يناديني بانزعاج من بعيد: ألم تجهزي بعد؟

لم تزل أنوثتي تهزم احباطاتي.. لكنني لا أدري إلى متى؟!
أتناول الشفرة.

فدوى القاسم




كاتبة فلسطينية




Chaque jour, resplendissent en moi ces expressions :
Les lumières sont allumées
La musique est terminée
Les derniers spectateurs sont sortis


Je suis assise sur le rebord de la baignoire
Et la baignoire est froide
Je fixe mes jambes
Leur long duvet blond
Leurs petits poils noirs
J’envisage de renoncer
J’ai perdu l’envie pressante de les enlever

Ils ne valent plus la peine du caramel
Ni les coupures du rasoir
Ni les moments perdus à attendre l’effet de la crème épilatoire

Cela n’est pas arrivé tout d’un coup
J’ai commencé par négliger le duvet sur mes cuisses, puis sur mes bras, puis aux aisselles, puis sur le pubis, pour en arriver aujourd’hui aux pieds.
Au début, j’ai dissimulé me poils sous les longues manches et les jupes longues pendant la journée et le soir dans les replis de l’obscurité.
Puis il ne mérita plus la peine que je dissimule.
Car je sais que cela ne le dérange pas parce qu’il ne touche pas mes jambes. Qu’il ne me regarde pas lorsque je les croise.
Il ne regarde pas mes cuisses, ni mes bras, ni mes aisselles. Il ne me regarde pas.
Et alors que j’étais assise sur le rebord de la baignoire
Fixant mes jambes. Leur long duvet blond et leurs petits poils noirs. Et pensant à renoncer, il m’appelle de loin exaspéré: “alors tu n’es pas encore prête ?”.
Ma féminité continue encore à l’emporter sur mon abattement…mais je ne sais pas jusqu’à quand.
Je me saisis du rasoir.

29 commentaires:

Halagu a dit…

Elles sont sensuelles ces réflexions en prose.Les palestiniennes restent féminines malgré les conditions dans lesquelles elles vivent.C'est une attitude qui, fort heureusement, ne se perd pas.

Meriem a dit…

J'ai beaucoup aimé ce texte. La dernière phrase est tout bonnement excellente...

the GyPsY a dit…

Merci beaucoup, thank you for reading and for your comments, but most of all thanks to Jalel for his wonderful translation.
Fadwa

helenablue a dit…

C'est très fort, je trouve ce texte, poignant et terrible à la fois mais ouverture, le féminin qui l'emporte sur la barbarie et la bêtise... Sobre, tranchant comme le rasoir avec ce paradoxe sensuel et érotique du besoin de plaire et de se plaire...

Merci cher Jalel, une fois de plus de vous faire le passeur de mots tels que ceux ci.

Amitiés
Hélène

Jalel El Gharbi a dit…

@ Halagu : oui, vous me faites penser que toute contestation se résume en une seule revendication : l'humanité de l'homme.
@ Meriem : comment lire cette dernière phrase : est-ce le triomphe de la vie ou de l'habitude de vivre.
@ Merci à toi Fadwa ألف شكر فدوى
@ Hélène : je crois que c'est un poème sur l'exil, la distance. L'histoire d'une femme qui est loin. Séparée de l'autre, d'elle-même.

helenablue a dit…

Oui, il y a de cet exil à soi-même et de ce renoncement, la dernière phrase inspire plus l'habitude de vivre, mais ne peut-on commencer à croire déjà en faisant le geste, il reste un peu d'espoir tant qu'on peut " faire " encore...
C'est en cela que je ressentais l'ouverture possible, le fait qu'il reste encore la force du rasoir à portée de main plus pour se plaire et plaire et continuer à vivre que pour trancher dans le vif et alors mettre fin.

Jalel El Gharbi a dit…

Oui Hélène, il reste l'espoir. Chez Fadwa Al Kacem c'est souvent l'espoir de revoir son pays. Comme une réconciliation avec le monde et avec l'histoire (c'est-à-dire l'histoire personnelle aussi)
Merci chere Hélène

Meriem a dit…

Pour ma part, j'y vois davantage le triomphe de la vie plutôt que celui de l'habitude de vivre (puisqu'elle dit avoir perdu l'habitude de s'épiler), et que sa "féminité continue encore à l’emporter sur mon abattement" (victoire que je considère plus grande qu'une sur l'habitude. Mais ce à quoi j'ai tout de suite pensé ne lisant cette phrase c'est à une possibilité d'user du rasoir pour un tout autre but que l'épilation...
Il doit y avoir un peu de tout cela, je pense.

Jalel El Gharbi a dit…

@ Meriem : Je dois préciser certains détails dans la traduction. Le mot équivalent à rasoir en arabe est plus violent, شفرةlittéralement lame (de rasoir). (ce qui apporte de l'eau à votre moulin) mais le verbe employé en arabe تناول est autrement plus doux que "se saisir de" ce verbe équivaut littéralement à prendre (comme prendre son petit déjeuner, prendre une cigarette). J'ai employé " se saisir de" pour compenser la déperdition inhérente à la traduction lame/rasoir.
De toute façon, je viens de poser la question à Maram. Attendons sa réponse

Anonyme a dit…

Le surrealisme du poeme est troubalant; le melange de l'intime le vulnerable, le methodique et du contraste temporellement revele par Fadwa est remarquable. Merci pour ce beau moment de lecture.

Meriem a dit…

Merci cher Jalel pour toutes ces précisions. J'avoue que j'allais seulement répondre :"Demandons à l'auteur", mais je ne voulais pas me défiler...

gmc a dit…

il serait sympa que l'auteur dise ne rien avoir voulu de spécial lors de l'écriture de cette dernière phrase, cela permettrait de lui conserver sa saveur polysémique, c'est cette phrase qui fait tout le charme du texte.

Jalel El Gharbi a dit…

@ GMC : oui mais il n'est pas dit que la réponse de l'auteur constitue un argument d'autorité. Ici nous sommes dans cette zone qui devrait être interdite au lecteur ; celle de ce que l'auteur a voulu dire.
amicalement

Jalel El Gharbi a dit…

Chers amis,
Fadwa m'écrit qu'elle préférerait que son texte ait le même destin qu'un tableau, qu'il se prête à toutes les interprétations à la fois. Elle souhaiterait surtout convertir les questions en d'autres questions. Par exemple, celle-ci qui s'adresse à Mériem : voulez-vous dire qu'elle va se suicider ? maintenant ou bien plus tard Peut-être ?

helenablue a dit…

Alors je rejoins Meriem, car ce que j'ai ressenti c'est justement cette lame à double tranchant qui décide de vivre ou d'y mettre fin!
La vie ne tient parfois qu'à un fil, infime, et c'est juste à ce moment que la poésie intervient... Celle qui sauve parce qu'elle inspire et dit en demi-teinte et de façon si claire tout ce qui nous traverse, nous, être de chair... et poils.

Jalel El Gharbi a dit…

@Hélène : le mot rasoir en arabe (lame) semble accréditer votre lecture mais il me semble que Fadwa a pris le parti de la vie, comme vous, comme Mériem. Un lendemain meilleur qui efface tous les stigmates est toujours possible. Et la beauté sauvera le monde (Dostoïevski)
Amicalement

gmc a dit…

tout dépend quel monde, jalel, ^^, c'est toujours Aphrodite qui déclenche la guerre de Troie..

Jalel El Gharbi a dit…

La beauté dont parle Dostoievski n'est pas forcément celle de la femme
Amicalement

gmc a dit…

Aphrodite est la déesse de la beauté, pas spécifiquement la déesse (de la beauté) des femmes a priori^^

Jalel El Gharbi a dit…

@ GMC : vous avez raison mais tout de même la beauté signifiée par Aphrodite me semble empreinte de sa féminité.
Amicalement

Meriem a dit…

Vous lui direz que l'idée qui m'a traversé l'esprit avait davantage pour objet l'utilisation du rasoir contre celui qui ne la regarde plus...

Je dois préciser que ce que j'appelle idée est plutôt une impression, vous savez, ce très court laps de temps (pendant et après la lecture d'une phrase, avant et pendant la lecture d'un mot).

Je ne saurais, hélas! être plus claire.

Jalel El Gharbi a dit…

Je comprends Meriem mais vous pensez qu'un rasoir du genre "bic" ou "wilkinson" pour faire peut faire l'affaire ?
En tout cas je transmets
Amicalement

gmc a dit…

d'une certaine manière, toute beauté visible ne peut-être que féminine^^

Jalel El Gharbi a dit…

je ne peux que souscrire à cela

the GyPsY a dit…

peut-être Jalel peut traduire

@ Meriem مريم:
عجبتني الفكرة! إذا استمر الوضع هكذا، قد يكون هذا أخد الخيارات؟
:-)
@ Jalel جلال:
في ذلك الحين سيكون اختيار نوع الشفرة مهم جداً..
@ Helen ربما تكون العادة أو الروتين شكل من أشكال الأمل؟
شكراً للجميع
Fadwa

Meriem a dit…

Je n'en ai pas fait l'expérience mais je pense qu'il est possible d'extraire la lame du rasoir, où l'utiliser tel quel mais en biais.
Peut-être que je me trompe concernant l'extraction. Je serais tentée d'en fait l'expérience, mais ça n'alimentera en rien le texte, je pense.

Il me semble avoir compris ce que Fadwa me dit, mais j'attends votre traduction, cher Jalel, car je n'ai pas assez confiance en ma compréhension de l'arabe...

Jalel El Gharbi a dit…

Je traduis donc :
@ Meriem : l'idée me plaît, si la situation perdure ce serait une des options à envisager
@ Jalel : la marque du rasoir sera alors très importante
@ Helene : Peut-être que l'habitude ou la routine est un des modes de l'espoir
Merci à tous

helenablue a dit…

Oh! A la relecture avec cette option du rasoir comme une arme contre le non regard de l'autre, l'intensité monte d'un cran, je trouve dans le suspense et la force et accréditerait plutôt une notion de survie.
Ce doute entretenu donne à l'ensemble une densité étonnante et permet tous les possibles.
Est-ce l'habitude du geste ou l'idée de pouvoir faire autrement qui alimente l'espoir?
Néanmoins quoiqu'il arrive, la vie l'emporte et là c'est salvateur, quel que soit le chemin emprunté, s'extirper et refuser d'être enterrée vivante!

Merci à Fadwa de cet échange et à vous Jalel d'en être le relais, la beauté ne peut que sauver le monde, seule la beauté peut sauver le monde, oui.

Meriem a dit…

Merci à Jalel, merci à Fadwa, merci à tous pour cet échange.