lundi 7 mai 2012

Lecture matinale de Pascal


Pascal - Qu’est-ce que le moi ?

Qu’est-ce que le moi ? 

Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants ; si je passe par là, puis-je dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. 

Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on? moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? et comment aimer le corps ou l'âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l'âme d'une personne, abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités. 

Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n'aime personne que pour des qualités empruntées.
Blaise Pascal - Pensées (688 - Édition Lafuma, 323 - Édition Brunschvicg)

4 commentaires:

Djawhar a dit…

A Monsieur Pascal qui sait que ce qu’il a écrit là n’est qu’une des facettes de l’humain, je dis la véritable pensée qu’il sait à cent pour cent juste :
Monsieur Pascal ,vous parlez là de l’amour conditionné, ce qui ressort de ce que vous appelez " la grandeur d’établissement", et vous nous cachez ce qui va au-delà , ce qui vous fait vous aimer vous-même, votre propre personne que vous connaissez mieux que ne la connaissent les autres , quand bien même vous auriez perdu votre jeunesse, votre santé, votre fortune, votre esprit et même votre mémoire. Vous en avez fait la terrible expérience lorsqu’au bord de la mort, terrifié par votre maladie, vous avez demandé qu’on vous trouve un hôpital pour les maladies incurables. Il ya un amour, et vous le savez mieux que moi, qui, comme il aime sa propre personne dans tous ses états, valorisants ou dévalorisants, aime les autres, indépendamment de leur succès ou de leur beauté physique ou intellectuelle.

Il ya la fidélité à l’autre qui est l' une des qualités de l’humain , ce que vous mettrez sans doute dans la case de ce que vous appelez "la grandeur naturelle" et que caractérise principalement l’amour, et qui nous fait aimer nos morts malgré que nous savons qu’ils n’ont plus maintenant (ou après) de corps et que nous avons connus laids ou vils ou illettrés ou misérables.

Il ya la foi en l’autre, la certitude de quelque chose de grand en l’humain et qui ne nous fait pas nous demander, lorsque, saisi par le regard de quelqu’un ( qui peut laisser indifférents d’autres), à combien s’élève sa fortune. C’est bien vous Monsieur Pascal qui dites : "On ne prouve pas qu’on doit être aimé en exposant d’ordre les causes de l’amour ; cela serait ridicule" !

christiane a dit…

Je suis en accord avec Djawhar. Aimer justement quand l'autre perd sa beauté superficielle pour rencontrer son âme : sa beauté profonde qui traverse ses rides, son regard, sa voix, son sourire, ses douleurs et ses joies. Aimer pour de vrai !

Giulio a dit…

D'accord avec Djawhar et Christiane !
Amis de Jalel - Blaise Pascal : 3-0

Jalel El Gharbi a dit…

Ce passage de Pascal m'a interpellé parce qu'il pense le moi et en dit la nature problématique.