jeudi 23 octobre 2008

La Note 105.





Je devais choisir un extrait de mon livre « Le Cours Baudelaire » portant sur le spleen, puis je me suis rétracté choisissant de reproduire ici la note infrapaginale n° 105. Note à laquelle je tenais beaucoup, comme je l’ai expliqué à mon éditeur d’alors.
Cette note porte sur le poème L’Albatros. Très rapidement : un poème dont les trois premières strophes sont un récit des petites misères que font les marins au « roi de l’azur » qui ne sait pas marcher. La quatrième strophe est un parallèle entre l’albatros et le poète, une révélation de la dimension allégorique du poème.
Voici le texte suivi de la note en question :

L'albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.


A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. (Charles Baudelaire)

105 :
Et je me laisse aller à cette parenthèse : naguère l’école offrait aux élèves d’apprendre les trois premières strophes de L’Albatros. Donc à douze ans, première lecture émue de ce texte. Naguère encore, les lycées offraient une lecture de l’intégralité du texte. A quinze ans, autre première lecture de l’intégralité du texte dans le cours de Mademoiselle Repelin (Où est-elle ?), révélant que l’albatros n’est pas l’albatros et que l’équipage n’est pas un équipage. Aujourd’hui, naguère est devenu jadis.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est à l'heure de Verlaine où Jadis s'éloigne de Naguère que vous choisissez de revenir d'un coup d'aile sur ce long dévoilement de l'Albatros. Cette chute de l'ange, cet exil, de ce poète oiseau, étranger au monde qui l'entoure, déchiré entre vol et tombe, attendait, peut-être, que vous vous éloigniez de l'enfance de l'évènement pour révéler son âpre beauté.
Le langage des choses muettes attend ainsi en nous l'heure des solitudes pour se faire entendre, un temps où rois déchus de nos illusions, tombés du ciel de nos rêves, nous entrons, douloureux de pauvreté, dans la solitude incomprise et majestueuse de Baudelaire.
Il reste à ouvrir votre livre, monsieur El Gharbi, pour découvrir quelle autres significations sont cachées au coeur du réel, comme au coeur de son oeuvre... Merci, de ce partage...
Christiane

Feuilly a dit…

"les lycées offraient une lecture de l’intégralité du texte."

Comme l'emploi de cet imparfait me fait mal. Malheureusement vous avez raison. La littérature n'est plus trop à l'honneur dans nos écoles. Pourtant quelle grande ouverture elle offrait sur la vie.
Et ne parlons pas de l'enseignement de la langue, qui semble devenu secondaire.