samedi 6 février 2010

Verrà la morte e avrà i tuoi occhi . Cesare Pavese

Constance Dowling.
Voici le poème retrouvé sur le table de chevet de Cesare Pavese après son suicide. Il y pense à l'actrice américaine, Constance Dowling, son amour malheureux :

La mort viendra et elle aura tes yeux
La mort viendra et elle aura tes yeux -
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.
La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muet.
Cesare Pavese - 22 mars 1950


Verrà la morte e avrà i tuoi occhi

Verrà la morte e avrà i tuoi occhi -
questa morte che ci accompagna
dal mattino alla sera, insonne,
sorda, come un vecchio rimorso
o un vizio assurdo. I tuoi occhi
saranno una vana parola,
un grido taciuto, un silenzio.
Così li vedi ogni mattina
quando su te sola ti pieghi
nello specchio. O cara speranza,
quel giorno sapremo anche noi
che sei la vita e sei il nulla
Per tutti la morte ha uno sguardo.
Verrà la morte e avrà i tuoi occhi.
Sarà come smettere un vizio,
come vedere nello specchio
riemergere un viso morto,
come ascoltare un labbro chiuso.
Scenderemo nel gorgo muti.

17 commentaires:

olfa a dit…

C'est une illustration parfaite de ce qu'on appelle :'une beauté fatale'

Jalel El Gharbi a dit…

@ Olfa : Ce qui est surprenant, chère Olfa, c'est que la mort puisse se présenter sous les traits d'une si belle femme.
Bien à vous

christiane a dit…

Quand il ne reste que la mort... oui, on souhaite qu'elle ait les yeux de l'être qu'on aime et que l'on a perdu...
Après tout ce n'est qu'une deuxième mort, la plus cruelle a été la perte de l'aimée...

Jalel El Gharbi a dit…

@ Christiane : voir partir l'autre c'est mourir beaucoup. Oui
Amicalement

giulio a dit…

Oui, qui a-t-il dit "le coeur d'un vieillard est un cimetière" ? Quel est DONC ce besoin eschatologique qui nous pousse à vouloir vivre vieux?

Jalel El Gharbi a dit…

La réponse est simple chère Giulio : parce que ce seulement à cet âge qu'on comprend la rhétorique des choses
Amicalement

Emna Nhouchi a dit…

Le poète nous a donné ici une nouvelle image de la mort.
La mort n'est plus donc cette grande faucheuse,elle devient cette belle femme qu'on reve tous de voir.

Jalel El Gharbi a dit…

@ Emna : Elle a de beaux yeux mais elle n'en est pas moins la faucheuse. A la réflexion, ce ne sont pas les apparences qui nous trompent mais la réalité.

Emna Nhouchi a dit…

Cela me fait penser aussi à la pièce Orphée de Cocteau ou ce dernier a représenté le personnage de la Mort sous la forme d'une jeune femme élégante en robe de bal rose vif, mais malgré cette tentative révolutionnaire, la mort, c'est toujours la mort,et peut etre c'est la poésie qui permet d'atténuer son poids, autrement dit la poésie est l'euphémisme de la mort.

helenablue a dit…

Qu'est ce qui nous pousse à vivre, la question pour moi se situe là, vieux en arrière plan.
Car quoi d'autre?
Vivre c'est aimer, et aimer c'est vivre.
Comme vous le savez , cher Jalel, ce poème me touche autant par son contenu que son contexte.
Voyez vous je me dis à sa relecture aujourd'hui à quel point il nous faut vivre avant de mourir et je voudrais pouvoir donner une force à mes mots tant c'est vibrant en moi, ça se bouscule.
Puisque vous me le permettez et même si j'y vais toujours à pas de loup, j'ai vraiment envie de dire, vivons, vivez, vis, et en paix, les uns avec les autres, les uns avec les unes, le temps nous est compté, pas d'alternative, puisons et essaimons ...
Et partageons.
La mort nous attend, soit, mais plus que tout et avant tour LA VIE, et l'Amour, oui l'amour celui qui déplace des montagnes.

Amitiés.
Hélène

helenablue a dit…

Non pas "vieux " mais " mieux", parfois les voies de l'inconscient ou du clavier...
Je trouve et je souhaite comprendre de mon vivant ce que le poète Cesare atteint à l'aube de la mort, j'aimerais et je le souhaite à tout à chacun, c'est maintenant que l'amour, l'amitié et le partage sont à vivre, et quand bien même les déceptions, les sorties de route et les désoeuvrements, c'est là dans l'ici dans le maintenant.

Jalel El Gharbi a dit…

@ Emna : la différence avec Cocteau c'est la différence entre réalité et fiction. Pavese s'est donné la mort juste après avoir écrit ce poème
@ Helenablue : Oui, chère Hélène, la vie c'est l'amour et ses adjuvants : Beauté, Désir, Connaissance.
Merci pour votre passage.

kam a dit…

je connaissait l'histoire et l'écrivain mais je n'avais jamais vu la photo de la dame en question...intéressant dans le sens
de l'étrange...à la voir on l'imagine peu romantique ou intellectuelle...de là à...pour elle
je sais pas...

je l'imaginais autrement...

Jalel El Gharbi a dit…

@ Kam : Vous ne la trouvez pas belle ? Il est vrai que les amours des autres ressemblent aux métaphores dans une autre langue : incompréhensibles.Bien à vous

kam a dit…

elle ne ressemble pas trop à ce qu'il écrit lui...plutôt du genre
croqueuse de diamants et claquant des millions...vous voyez c'est pas
l'amour que je critique...plutôt
l'étonnement du hazard...mais d'après Mallarmé...

Brigitte giraud a dit…

jE vais essayer de retrouver le lien sur dailymotion de ce poème dit par Mastroiani je crois. Une splendeur.
Bonne journée à toi, jalel.

Jalel El Gharbi a dit…

@ Ne nous fions ni au hasard ni à l'apparence. Et puis, choisissons-nous nos amours ? Je ne sais pas.
Bien à vous
@ Brigitte : Ca serait un plaisir d'écouter cela (note que je n'ai pas accès à Dailymotion)
Amicalement