dimanche 20 février 2011

Tahrir Square by Sanford Fraser

February 11, 2011

Your sleek bicycle
wrapped with a thick chain
is locked to a bike rack
on the sidewalk.
Your lean, muscular body
inside the New York Sports Club
walks on a treadmill to
nowhere.

In Tahrir Square, thousands
of smiling, shouting men
women and children, stand
on your Abrams Tank
and wave the V-sign
at you.

.........................................................

Le 11 février 2011
Ta superbe bicyclette
est attachée sur le trottoir
par une lourde chaîne
au râtelier à vélos.
Au club Sportif New Yorkais
Ton corps svelte et musclé
avance sur un tapis
qui ne va nulle part.

Place Tahrir, des milliers
d'hommes, de femmes et d'enfants
souriants, crient debout
sur ton Char Abrams :
c'est à toi qu'ils font
le signe de la victoire.
2011. Traduction: Françoise Parouty

11 commentaires:

giulio a dit…

Dramatique contrepoint, percutant de simplicité et d'ironie!

Jalel El Gharbi a dit…

Oui, Giulio. Il y a aussi ce parallèle établi entre deux réalités qui en deviennent une.
Amicalement

Mahdia a dit…

J’aime cette superbe banalité des mots, cet amusement hérité des comédies musicales dont est superbement lié Broadway.
Mais banalité des mots non des connotations et là je rejoins l’avis de Giulio pour son motif de l’ironie dramatique de fait et celui de Jalel El Gharbi pour celui de l’ironie esthétique qu'il sous-entend dans"les deux réalités qui deviennent une", même si l’un et l’autre se rejoignent dans ce " oui Giulio" de Jalel.
Pour être dans les deux sens, et je crois que c’est à quoi voudrait nous initier Fraser (avec un certain air vantard américain quand même), il faut méditer le beau contraste que le poète donne à voir entre l’espérance et la réalité. L’expression "ironie du sort" résume parfaitement ici cette situation où la réalité des uns devient l’idéal des autres.

Entre les États Unis d’Amérique et l'Égypte, il y a la démocratie vécue et celle rêvée. Le poète prend ici l’une des plus belles images, l’un des plus beaux aspects où se rejoignent tous les hommes du monde : le sport et vient à ce qui le caractérise physiquement : la sueur et vient ensuite à la nuance : la sueur coulant de l’énergie du bien être de l’homme américain et celle affluant de l’énergie du mal-être de l’égyptien. Et là, la place réservée à l’antithèse est importante (l’homme américain, le peuple égyptien ; le tapis sportif, la foule humaine, etc.).Ici le poète s’adresse avec grandeur à l’homme américain et non à l’homme égyptien et pour cause!

Restons innocents et adoptons, uniquement au niveau de l’esthétique, le sens du proverbe arabe que je nomme ci-dessous :
"مصائب قوم عند قوم فوائد"
"Ce qui nuit a l'un duit a l'autre" " The misfortunes of some people are advantages to others"

Enfin, Je crois saisir dans ce poème l’idée que j’ai émise dans un commentaire précédent et que je vous adressai Giulio où j’affirmai que l’unique vœu des peuples arabes aujourd’hui serait d’acquérir une démocratie occidentale. Commencer par le rêve de l’être américain tout court même si celui de l’être américain sportif reste un luxe pour ces peuples. Mais Il parait que Sanford Fraser, puisque poète optimiste( on reconnait le poète optimiste à son premier vers), accélère le processus et voudrait exaucer pour l'égyptien (l'Arabe !) les deux rêves ensemble.

giulio a dit…

@ Jalel & Mahdia : chers amis, un autre poème nous ramène, lui, à la Tunisie, l’avant-dernier du recueil «Fulgurances» d'Ahmed Ben Dhiab, publié en 2010 et sur lequel je reviendrai, dont voici deux extraits :

«écrire / l’hymne du printemps...» et «écrire / l’excès du rêve du jasmin / l’enfant papier / la question / la distance du monde / alliée du cri du blé et de l’oeillet.»

Lorsque tous les «occidentaux» démocrates, chantres des droits de l’homme, Fraser et moi-même compris, courent après les évènements, la vision de Ben Dhiab prévoit :

- la gésine du printemps des peuples arabes dans l’écriture des écrivains et journalistes emprisonnés, bâillonnés, torturés ;
- l'écriture qui prépare la métamorphose du rêve de jasmin en révolte
- que l’enfant papier (l’étudiant) transformera, en dépit de la distance (l’indifférence) du monde,
- la révolte en révolution en entraînant derrière lui les classes du blé et de l’œillet.

Philippe a dit…

Toi le sportif
Lève les yeux
Sur l’écran plat
C’est juste l’Homme
Qui te murmure
La Liberté…


Philippe

webmaster a dit…

à Madhia,

Although it may be read that I way, I do not intend the last verse to mean that protestors in Tahrir are sincerely thanking the Americans for their help.
What I mean to say in the poem is:

While spoiled, rich American brats with their fancy bikes (wrapped up in chains and locked in front of their elite Sports Club)
are jogging to nowhere on a treadmill,

the people of Egypt are standing on a tank (overpowering it; not driving it)
an Abrams tank provided by the American government and celebrating a great victory over a dictatorship!

Most of the poems I've written about war, attempt to show the American indifference to it.The characters in my poems who are enthusiastic about war and/or violence are usually young, igorant children or adolescent machos, only interested in violent games and very expensive bikes or cars....

The protesting workers in Wisconsin are inspired by you, Tunisians and Egyptians:
http://www.buzzfeed.com/mjs538/egypt-supports-wisconsin-workers

Sanford

Mahdia a dit…

A Sanford Fraser,

Cher poète,
Je suis très flattée que vous ayez lu mon commentaire et que vous me répondiez, mais sachez que j'ai pris un plaisir exquis à lire votre poème et à saisir dès le départ les multiples sens esthétique, humain et autres qui en débordent.

Ce dont vous me parlez ici, je l'ai touché dès ma première lecture, mais comme je devais me suffire à faire un commentaire et non une étude complète, j'ai préféré aller exalter, à travers l'antithèse à laquelle vous faites recours dans votre poème,la démocratie américaine qui est d'ailleurs notre modèle et dont le peuple égyptien en est extrêmement fier.
Mais j'ai très bien saisi votre grand sens et celui du tapis sportif "qui ne va nulle part" et de cette foule qui, elle, bouge, clame et fait l'avenir.
Ce qui m'a d'ailleurs en premier prise dans votre excellent poème, c'est l'image de ces "milliers d'hommes, de femmes et d'enfants" qui laissent éclater leur joie dans ces cris qui disent sans masque leur libération du joug de
leur gouverneurs.
Votre joie devant ce que vous décrivez je l'ai saisie dès votre premier vers dans le mot "sleek", déjà, et je ne pouvais pas dans ce cas, en ayant compris tout ceci,omettre votre sens de la bicyclette( le premier sens de la pédale est "l'aller vers" pour un optimiste surtout)et celui de "wrapped with a thick chain".

Considérez, s'il vous plait, le commentaire qui vous a un peu touché comme un premier petit mot que j'avais à dire à partir d'un sens diffus qu'une étude ne suffirait pas à saisir en entier.

Sachez en dernier que je suis venue à commenter votre poème, à travers le premier sens que j'ai choisi, parce que j'avais hâte de le dire et d'exprimer ma joie dans la vôtre, même si nos malheurs arabes viennent souvent nous pousser dans le sens obstrué de ce que ce que nous aimerions voir clair.

Merci encore cher poète pour ce beau poème que vous dédiez d'ailleurs implicitement à tous les peuples arabes, et qui dans un sens plus ample est un hommage à l'Homme, à tout homme qui se bat dans le monde pour sa liberté.
je prends sur moi d'étudier amplement votre beau poème et de vous l'envoyer.

webmaster a dit…

Mahdia,

Thank you so very much, Mahdia.
I certainly did not expect such a warm and complimentary response to my strident reply to your comments about my poem....

Comme vous savez qu'il y a des problèmes sérieux ici avec notre gouvernement--- de plus en plus l'argent et le pétrole deviennent notre dictateur.

Amicalement,
Sanford

Halagu a dit…

"L’unique vœu des peuples arabes aujourd’hui serait d’acquérir une démocratie occidentale". Je croyais que la démocratie n'avait pas de patrie, ou alors il faudrait nous expliquer comment distinguer une démocratie occidentale d'une démocratie de Papouasie.

Mahdia a dit…

A Sanford Fraser,

La vocation du poète est l'amour; et, n'est pas poète qui prône la guerre ou incite par le mot à la division ou à l'avilissement de l'être humain.

Comme il n'y a pas pour moi de vénération plus fervente que de remercier sans fin un poète, je vous remercie infiniment pour votre poème "Tahrir Square" et pour tous les poèmes que vous avez écrits par amour du mot et de votre proche qui me semble-t-il est l'humanité entière.

Thank you so very much also, dear poet.

All the best,
Mahdia

Mahdia a dit…

A Halagu,

Si, la démocratie a une patrie, celle où l'être humain est considéré pleinement à travers ce dont il est fait et ce dont il aspire!
Elle s'appèlerait aujourd'hui peut-être ( merci de m'avoir illuminée) la Papouasie.
État indépendant depuis 1975 et membre du Commonwealth, il est le pays le plus multilingue du monde avec plus de 800 langues pour une population de 4,5 millions d'habitants. Chacun est presque son propre gouverneur ! Et à ce que l'on sache, personne ne vient mettre son nez dans les affaires de son voisin !
L’unique vœu des peuples arabes aujourd’hui serait d’acquérir une démocratie occidentale,oui! En attendant d'acquérir la démocratie papouasienne s'ils parviennent à s'unir en abattant leurs frontières comme ils sont entrain de faire tomber avec bravoure leurs stupides gouverneurs!

("À en croire le classement récemment publié par Reporters sans frontières, les démocraties papouasienne, malienne, jamaïcaine ou estonienne se porteraient mieux que ... la République française.
Le rapport classe en effet la France au 44e rang en matière de liberté de la presse, sur 175 pays, soit un recul de 33 rangs par rapport à 2002". http://www.blog2news.com/index.php/2011/01/20/1156-liberte-presse-france)