mercredi 23 mai 2012

Norton Hodges : I Heard My Mother Sing. Avec une traduction d'Atanase Vantechev de Thracy

OEuvre de Christoff Debusschere
I Heard My Mother Sing: An Elegy for My Mother

In the early morning,
I heard my mother sing
With a voice as pure
As milk bottles fresh
And squeaky clean enough
For the milkman to collect,
And she sang:

This music is mine
To get me through the day.

Around about noon,
I heard my mother sing
With a voice as pure
As a spring wind that
Blows the weekday
Washing warm and dry,
And she sang:

This is my real voice
That only you will hear.

In the early afternoon,
I heard my mother sing
With a voice as pure
As a house that smells
Of lavender and pine, of
Windows where the lights of heaven shine,
And she sang:

I will make this a house
Where every song will be in tune.

In the evening,
I heard my mother sing
With a voice as pure
As a meal laid on
A white cloth, a
High altar for high tea,
And she sang:

While the music is inside me
I’ll sing it straight and true.

Just before bedtime,
I heard my mother sing
With a voice as pure
As an ordered airing cupboard,
As a tidy drawer, a warm
Bed for a child to sleep in,
And she sang:

You may need to learn
How to read my music too.

In the night time,
I heard my mother sing
With a voice as pure
As a rare happy dream,
As the sound of silence
When the darkness falls,
And she sang:

Sing my song for me
For my voice is fainter now.

In another place,
I heard my mother sing
With a voice as pure
As the sea’s rhythm on the rocks,
As the perfect flight
Of a white seagull on an upward draught,
And she sang:

Now I must rest my voice,
This song is my gift to you,
Sing it well.

J’entendais ma mère chanter
(élégie pour ma mère)

Tôt le matin,
J’entendais ma mère chanter
D’une voix aussi pure
Que les bouteilles de lait frais
Si irréprochablement nettoyées
Que le laitier pouvait les reprendre,
Et elle chantait:

Cette musique est ma musique,
Elle m’aidera à passer la journée.

Autour de midi,
J’entendais ma mère chanter
D’une voix aussi pure
Qu’un vent de printemps
Qui souffle un jour
Sur la lessive de la semaine,
La réchauffe et la sèche,
Et elle chantait:

C’est ma voix réelle
Qu’à toi seul il sera donné d’entendre.

En début d’après-midi,
J’entendais ma mère chanter
D’une voix aussi pure
Qu’une maison qui fleure
La lavande et le pin,
Et aux fenêtres où se reflètent
Toutes les lumières du ciel,
Et elle chantait:

Je vais faire de cette maison
Un lieu où chaque chant sera harmonie.

Le soir,
J’entendais ma mère chanter
D’une voix pure
Comme un bon repas posé sur
Une nappe blanche,
Comme un maître-autel dressé
Pour un goûter dînatoire,
Et elle chantait:

Tant que la musique vit en moi
Mon chant sera mélodieux et vrai.

Juste avant le coucher,
J’entendais ma mère chanter
D’une voix pure
Comme un sèche-linge bien ordonné,
Comme un tiroir soigneusement rangé,
Comme un lit chaud
Où un enfant peut dormir heureux,
Et elle chantait:

Bientôt il te faudra apprendre aussi
À lire comme il faut ma musique.

La nuit,
J’entendais ma mère chanter
D’une voix aussi pure
Qu’un rêve heureux,
Que le son du silence
Quand tombent les ténèbres,
Et elle chantait :

Chante ma chanson pour moi
Car plus faible est à présent ma voix.

Quelque part ailleurs,
J’ai entendu ma mère chanter
D’une voix aussi pure
Que le rythme de la mer
Caressant les rochers,
Que le parfait vol
D’une mouette blanche
Emportée bien haut par un courant,
Et elle chantait:

Maintenant je dois faire reposer ma voix,
Cette chanson est mon cadeau pour toi,
Chante-la bien.

7 commentaires:

Djawhar a dit…

Merci à toutes les mamans du monde.
Merci à ma mère qui n’est plus là et qui demeure pour moi la plus haute joie que j’ai possédée.
Merci aux mères de mes ami (e) s de combler ou d’avoir comblé de bonheur les journées de mes ami(e)s.
Merci, cher ami, d’avoir encensé notre journée par ce doux retour à la mère !

Djawhar a dit…

Ce qui est encore plus beau dans ce poème, c’est qu’on peut le considérer comme le chant même que chantait la mère, alors que celui-là,en réalité,seul le fils le connait.

Et quel bel hommage à la mère que de confondre en elle toutes les images de la pureté qui, depuis l’enfance, restent celles-ci mêmes que l’esprit adulte du poète approuve encore!
Cette considération me prouve et me convainc, pour mon plus grand bonheur, que la pureté est une et que les choses qui adhèrent à la pureté de l’être ont une âme.

Et puis, cette mère qui chante toute la journée et ne connait point de moments d’abattement est une vraie fée. On ne s’étonnera pas que son fils devienne poète ; je pense d’ailleurs que toutes les mamans de poètes sont bénies.

olfa a dit…

nice poem

Halagu a dit…

Djawhar,

J'étais à mille lieues d'adhérer à votre analyse de ce poème. je l'ai lu une première fois et je me suis dit ''il y a un discours trop rationnel qui ne m'embarque pas...'' Puis je l'ai relu plusieurs fois et à chaque relecture, l’œuvre devenant plus familière, les images apparaissaient de plus en plus nettes jusqu'à livrer toute leur force, leur douceur et leur beauté. C'est un peu comme une photo argentique qui se développe dans le bain révélateur. J'avoue que ce poème m'a donné une sacrée leçon de modestie (encore une...!)
Inutile de vous dire que je trouve votre analyse très juste et très belle!

La Petite Librairie des Champs a dit…

Cher Jalel, ce petit mot pour vous informer que l'adresse du blog n'est plus lapetite...etc...cette adresse a été piratée mais: petitelibrairiedeschamps.blogspot
Merci de la modifier dans vos liens.
Amicalement à vous, Sylvie Durbec

Djawhar a dit…

Halagu,
Comme vous, j’étais d’abord étonnée d’une certaine banalité de l’image poétique, mais je me suis tout de suite ravisée en me rendant compte de la force et de l'originalité de celle-ci.
Je pense aussi que la traduction, toute traduction, quelque soit son excellence, altère plus ou moins toujours une partie du noyau du sens privé du poète.
Merci pour votre éloge. Mais je n’ai fait qu’effleurer un des sens que le poète a certainement voulu rendre plus explicite que d’autres.

Jalel El Gharbi a dit…

Chère Sylvie,
C'est fait. Amitiés