mardi 23 octobre 2012

hyperréalisme, abstraction, ou étincelle... Giulio-Enrico Pisani


Giulio-Enrico Pisani
  Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek Luxembourg, 20.10.2012

Gerd Marx : hyperréalisme, abstraction, ou
étincelle qui jaillit, là où les extrêmes se touchent ?

L’année 1952, qui vit la naissance de l’architecte d’intérieur et artiste photographe Gerd Marx, fut un millésime significatif pour les deux disciplines qui marqueront son existence: la photographie et l’architecture d’intérieur.  Ce fut en effet cette année là, que Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, acheva la Cité radieuse de Marseille, réalisa à Chandigarh (Inde) la Haute Cour et le Musée, puis, à Roquebrune-Cap-Martin (PACA), son fameux «Cabanon», une recherche sur l’habitat minimum, véritable sommet de l’architecture d’intérieur de l’époque.  Gerd Marx soupçonna-t-il l’existence de ce prestigieux parrainage?  Je n’en sais rien, mais le fait est que, après l’école et le bac, il se lança dans l’étude de la conception et du design en architecture d’intérieur.  Et cette discipline riche de nombreux arts ne fut pas la seule révélation du charme qu’une fée, ou muse, déposa dans son berceau en 1952, mais aussi celle de tous ces autres arts qui la constituent.  Je pense, entre autres, à l’architecture, à la décoration, à la peinture et, last but not least, à la photographie, passion qui prit possession de lui dès l’âge de huit ans.

Aussi libre que peut l’être un enfant par l’épanouissement de sa curiosité et un adolescent dans sa soif d’exploration, il découvrit grâce à la photographie, avec ses appareils box 6x6, puis Rolleiflex 6x6, Minolta reflex et autres Canon, tout un monde imagé, dont il parvenait à s’approprier des aspects insoupçonnés.  Il fut certes obligé, une fois adulte, donc face aux exigences de la vie, de limiter grandement sa créativité aux exigences de sa profession d’architecte d’intérieur.  Mais le genre de photo qu’exigeait celle-ci, pratiquée avec une Mamiya 645 format 4,5x6 à objectifs interchangeables (shift pour la photo d’architecture), ne chassa chez lui jamais tout à fait la photo violon d’Ingres, la photographie tous azimuts, la photo passion.  Pleinement retrouver sa magie à la fin de sa carrière professionnelle, ne donna par conséquent aucun mal au désormais jeune retraité Gerd Marx (je doute d’ailleurs qu’il ne l’eût jamais perdue) un demi siècle plus tard.  La faire triompher aux cimaises de la Galerie Michel Miltgen,[1] à l’occasion de sa première exposition photographique «libre» se fit du même élan.

Oui, libre!  Défi réussi; n’eût-on pas, en effet, pu s’attendre à ce que Gerd Marx profite et nous fasse profiter de sa longue expérience de la photo architecturale, des jeux d’angles et de lignes droites ou courbes, de perspectives, espaces, vides et volumes qu’il contribue à créer et à aménager et dont il maîtrise les harmonies depuis quatre décades?  Mais non, loin de se flatter de l’acquis, le libre artiste, qu’il est certain d’être, sait devoir se mettre en danger et, afin de retrouver les élans de sa prime jeunesse, devoir accepter les questionnements, risques et incertitudes de l’art.  Aussi, est-ce en artiste débutant, pour ainsi dire en jeune créateur, que ce sexagénaire nous convie à sa première exposition, où il s’expose du même coup à une critique dont il sait bien que l’approbation, voire l’indulgence, qu’elle soit des experts, des critiques d’art, des amateurs éclairés, ou de simples curieux, n’est jamais acquise.

Il m’est évidemment impossible de présumer de l’accueil que feront les médias, les visiteurs et d’éventuels acheteurs à ses splendides macrophotographies grand format de structures aussi fascinantes qu’ignorées par l’oeil ordinaire de ces êtres pressés et observateurs superficiels que nous sommes presque tous.  Combien parmi nous s’arrêtent-ils en effet pour admirer un clou rouillé, un morceau de bois pourri, une chaîne qui n’enchaîne plus que sa propre usure?  Et qui songerait à admirer une structure mal couverte de peinture écaillée pour découvrir dans la quasi-abstraction de cet étrange maculage – je pense à «Close-up 1» – une mer démontée, où un vortex, tornade ou terrible maelström risque d’engloutir un archipel en perdition?  Quant au clou de l’exposition, amis lecteurs, eh bien, c’est à première vue un vrai clou, en allemand «Nagel», aussi titre de l’oeuvre, quoique, la dépouille de cheville qui en coiffe la pointe comme une sorte de préservatif dont on aurait abusé, me fasse plutôt songer à une vis.  Mais, quelle importance!?  La beauté cruelle, pour ainsi dire minérale, de cette composition sculptée, ravinée et décapée par le vent, le soleil, le chaud, le froid et les embruns salins, en un mot, par les forces la nature qui, avec le temps, finissent toujours par vaincre l’oeuvre des hommes, cette beauté donc, saisie par Gerd Marx, est extraordinaire.

Hyperréalisme?  Sans doute, le terme est amplement justifié.  Il arrive cependant que les extrêmes se frôlent, se touchent même.  Aussi, les créations de Gerd Marx s’éloignent à tel point d’une vision, disons, normale, qu’en n’y regardant pas de trop près, donc au premier coup d’oeil, certaines de ses photographies donnent l’impression d’être abstraites.  Il en résulte des tableaux d’une beauté à couper le souffle et qui mériteraient d’être exposés dans tout musée d’art contemporain qui se respecte.  À ne pas rater!     



[1]  Galerie d’Art Michel Miltgen, 32 rue Beaumont, Luxembourg centre, ouvert mardi à vendredi 10-12,30 h & 14-18 h / samedi 9,30-12,30 h & 14-18 h.- Expo jusqu’au 8 novembre

2 commentaires:

Halagu a dit…

Je vous présente mes vœux de bonne fête de l'Aïd et que la paix, l'amour et l'harmonie soient au rendez-vous dans le monde musulman et ailleurs.

Jalel El Gharbi a dit…

Bonne fête à vous aussi Halagu
Amitiés