dimanche 18 octobre 2009

Profil d’un poète 6. Saint-Pol-Roux Le Magnifique



Saint-Pol-Roux Le Magnifique
Dans la nuit du 23 au 24 juin 1940, un soldat allemand venu dans la journée demander des œufs, revient le soir dans le manoir de Saint-Pol-Roux sous prétexte de vérifier s’il n’y avait pas de soldat anglais. Il exigea la présence de Divine, la fille du poète, visita le château de fond en comble. Puis, il ordonna au poète et à Rose, la servante, de descendre dans la cave et il tenta d’abuser de Divine. Suit une altercation avec le poète. Le soldat tira : Rose fut tuée sur le coup, Divine grièvement blessée et Saint-Pol, ayant reçu deux balles, fut laissé pour mort. Le soldat viola alors Divine.
L’histoire scandalisa même le commandement allemand. Le soldat, un jeune boulanger de Silésie, formellement identifié par Divine, fut condamné à mort et fusillé début juillet.
Octobre 1940. De retour chez lui, Saint-Pol-Roux trouva son manoir pillé et ses manuscrits brûlés. Trente ans de travail s’évaporaient ainsi : très exigeant avec lui-même, le poète avait beaucoup écrit et peu publié. Tout son travail était sur son bureau.
On ne survit pas à autant de drames. Le poète mourra le 18 octobre 1840, et en août 1945, dernier acharnement du destin, post mortem cette fois-ci, le manoir s’écroula sous les bombardements alliés.
L’œuvre de ce poète que Mallarmé appela un jour « mon fils » constitue une charnière entre le symbolisme et le surréalisme. Breton salua en lui « le seul authentique précurseur du mouvement dit moderne ». Ce poète passé maître en images du type « coquelicot sonore » pour dire « chant du coq » ou « oiseau d’ébène et des Ardennes » pour « corbeau », ne fut compris qu’après l’avènement du surréalisme. Certains de ses textes ne pouvaient que charmer les surréalistes. Je pense surtout à ce poème où il écrit : « Onde pipi de la lune-aux-mousselines…/ Onde jouissance du soleil en roue du paon… »
Sa quête des rapports mystérieux entre la poésie et le monde le conduit à formuler sa théorie de « l’idéoréalisme »-concept qu'il puise chez Proudhon affirmant que l'intelligence peut être un mode de création.
A propos de Féeries Intérieures, Paul Valéry écrit : « Intérieures féeries, si faites pour envahir toutes chambres mentales, violer les seuils obscurs du virtuel. » Il est vrai qu’il émane de cette œuvre une impression d’inquiétante étrangeté comme dans ce passage : « J’ai la soudaine hallucination de ramasser ma tête qui vient de choir entre mes orteils. Après avoir longtemps pleuré sur moi-même, je sortis de la ville, un peu comme Lazare dut sortir du sépulcre… »
Ici, l’imagination, cet « œil de l’âme » a la primauté sur la raison. Il appartient au poète de ramener au grand jour des bribes de l’Inconnaissable. Ce qui naît de la sorte, c’est une véritable kabbale poétique : une lecture poétique au service d’une spiritualité tout aussi poétique. Mieux encore, la poésie est érigée en science. Elle constitue le seul mode sous lequel le monde peut s’avérer intelligible sans pour autant exclure l’homme, ses angoisses, son désir et ses questions relatives à l’au-delà.
Né dans la banlieue marseillaise en 1861, Saint-Pol-Roux devait s’éloigner de cette Europe latine. Il était fait pour les brumes du Nord, les légendes et les régions celtiques. La Bretagne lui offre à cet égard un univers si proche de son enfance, de l’enfance de l’humanité que l’hégémonie du rationalisme n’a pas dévoyée. Un univers si proche de la poésie :
« Elle fut cette race, la race première
Avec son air sacré de descendre de Dieu
Elle a gardé sa foi sainte de la lumière
En son cœur analogue à la braise du feu
Elle sortit de lys où les coqs de l’aurore
Annoncent l’ange d’or à notre espoir humain
Pour atteindre le ciel de son hymne sonore,
Elle muait en mots les cailloux du chemin »

5 commentaires:

J a dit…
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gmc a dit…

ONCE UPON SOMETIMES

Magnifiques comme un 7
Pas de race ni d'air sacré
Le profane en guise de camouflage
Le propane en héritage
A la combustion spontanée
L'intensité du rayonnement
Pour unique lumière
Chez les aveugles du poignet

Magnifique comme un sceptre
Pour bandit manchot
Gardien de banquise
Sur laquelle flotte un fard
Ou le parfum d'un dard
Qui fait cligner les gyrophares

Magnifiques sont les perce-neige
Congères en mouvement
Sur l'impassible terreau
D'où jaillissent les geysers
De l'incandescence cristalline
Et les parfums sonores
Que répandent les vents

Jalel El Gharbi a dit…

@ GMC : Magnifique...

brigitte giraud a dit…

bEAU TEXTE, ces bribes que vous donnez là à lire. Je ne connais pas Saint-Pol-Roux et voilà donc une découverte...à découvrir.
Quel destin quand même, marqué par la solitude et le chagrin.
Bonne soirée à vous.

Jalel El Gharbi a dit…

Brigitte :
Bonne journée chère Brigitte.