mardi 15 décembre 2015

Le Kurde n'a que le vent 1 Mahmoud Darwich

Le kurde n’a que le vent
A Sélim Baraket
Quand je lui rends visite, le Kurde se rappelle son lendemain
Et l'époussette avec son plumeau : « va-t-en
Les montagnes sont encore les montagnes ». Il prend de la vodka
Afin que son imagination demeure neutre : « moi
Qui voyage dans mes métaphores, moi pour qui les brochets terribles
Sont des frères sots. »  Et il secoue les ombres de son identité : « Mon identité, c’est ma langue. Moi, moi,
Je suis ma langue. Je suis l’exil dans ma langue.  
Mon cœur est la braise du Kurde sur ses montagnes bleues…
Nicosie est une marge pour son poème
Comme toute autre ville. Sur son vélo,
Il a pris les orientations et il a dit « J’habiterai là où
me conduit la dernière orientation. C’est ainsi qu’il choisit le vide et qu’il s’endormit.
Il n’a rêvé de rien depuis que les djinns ont habité ses mots
(Ses mots sont ses muscles, ses muscles sont  pour son  violon)
Car les rêveurs idolâtrent le passé ou alors
Ils soudoient le portier des lendemains dorés
Je n’ai ni lendemain ni veille. L’instant présent

Est ma place blanche.   
(Traduction Jalel El Gharbi)

5 commentaires:

Jawhar a dit…

Très belle traduction et très beau thème. Les poètes sont au cœur de toute vie, ils sont les êtres les plus clairvoyants qui peuvent nous dire mieux que nous-mêmes. Ils sont plus intimes à nous que nous.

X a dit…

Mais oui. C'est un magnifique poème. "Mon identité, c'est ma langue" : je pourrais dire la même chose....
Merci, Jalel, pour ce moment d'une poésie que, sans vous, je n'aurais pu comprendre.

Jalel El Gharbi a dit…

Merci chères amies

Cléanthe a dit…

Texte magnifique. "L'instant présent est ma place blanche" sur la page de la vie ?

Jalel El Gharbi a dit…

Oui, Cléanthe, je pense que "place" est mis pour "page".
Amitiés