Norton Hodges.Je ne sais pas combien de recueil de poésie je reçois par mois mais je sais que rarement un recueil m’aura fait autant plaisir que celui de mon ami Norton Hodges From here to here / d’Ici à ici.
Norton Hodges est né en 1948 à Gravesend, Kent, Angleterre. Il a étudié le français et l’allemand à l'Université de Swansea, Pays de Galles, et a enseigné par la suite les langues modernes durant 22 ans. Il a été aussi employé de bureau, critique littéraire, surveillant d’examens, et a donné des cours d'alphabétisation pour adultes. Il a une maîtrise (1980) et un doctorat (1998) en langue et littérature.
Norton Hodges a publié des articles de fond et terminé les cours supérieurs de poésie de l’Open College of the Arts. Après avoir pris sa retraite de l’enseignement en 1997, il a commencé à proposer ses poèmes à diverses revues littéraires. Depuis, ceux-ci ont été publiés sur l’Internet et dans de nombreux magazines anglais, ainsi que dans des anthologies. Ils ont été traduits en français et en ourdou, et numérisés par la Poetry Library, Londres.
Norton Hodges a traduit en anglais les poètes francophones Athanase Vantchev de Thracy et Théo Crassas. En 2005, il a reçu le Grand Prix International de Poésie de l'Institut Solenzara (France).
Il vit à Oakham, Leicestershire, Angleterre. Il vient de publier From here to here, D’Ici à ici, dans une édition bilingue dans une traduction de son ami Athanase Vantchev de Thracy. Ouvrage publié par les soins de l’Institut Culturel de Solenzara.
Voici un poème inédit qui, d’après le poète même, réfère à ce dernier recueil :
A Poet's Life
How could he have known he was
a poet as he struggled to get out
from under the stupendous weight of his
father during carpet wrestling?
How could he have known he was
a poet when he could not tell
his mother's shadow from his own as he
set the tray down on her sickbed?
Today, the solidity of his book hints
at the truth, the almost tearful eyes
of his first reader repeat the trick,
yet his own eyes are dry, empty of
the feelings he squeezed onto the pages,
longing for less words, more white space.
NORTON HODGES
La vie de poète
Comment aurait-il pu comprendre
Sa vocation de poète quand il se démenait pour se libérer
De l'incroyable poids du corps de son père
Qui l'écrasait sur le tapis quand ils jouaient aux catcheurs?
Comment aurait-il pu comprendre
Sa vocation de poète quand il n'arrivait pas à distinguer
Son ombre de celle de sa mère
Lorsqu'il posait le plateau de repas
Sur les couvertures de son lit de malade?
Aujourd'hui, la présence concrète de son livre confirme
Cette vérité, et les yeux au bord de larmes
De son premier lecteur redoublent l'illusion,
Mais ses yeux à lui restent secs, vides de tous
Ses sentiments qu'il a déjà exprimés de son coeur sur les pages
Rêvant à des poèmes où les mots sont des îles
Perdues dans l'immense page blanche.
translated into French by Athanase Vantchev de Thracy
Outre les réactions à ce billet que l'on trouvera dans les commentaires (je pense surtout à Quirin et à Christiane), je reçois ce courriel de mon ami le poète Andrea Maldeste (dans mes liens).
Je lui répondrais juste par une phrase : je pense que c'est l'oeuvre qui éclaire la biographie et non l'inverse.
Bonjour Jalel El Gharbi,
Votre dernière note tombe à propos… parce qu'elle me permet de soulever une interrogation qui m'occupe depuis longtemps… Je veux parler de cette habitude des universitaires, et surtout des éditeurs, de devoir justifier une œuvre par des détails biographiques – la fameuse notice biographique – Parfois en effet le détail biographique éclaire l'œuvre. Par exemple savoir que les "Feuillets d'Hypnos" ont été écrits par René Char alors qu'il était Capitaine Alexandre dans le maquis… et on pourrait en dire autant de pratiquement toute l'œuvre de Malraux tant elle se confond avec sa biographie… etc.Mais parfois la notice biographique ne révèle rien… parce que le poète n'a rien fait d'autre que d'écrire des poèmes… ou alors il n'a été qu'un petit fonctionnaire dans un bureau ou qu'un petit professeur de province… Et là on voit quand même les éditeurs devoir justifier l'œuvre par des détails biographiques, pourtant sans aucun rapport avec l'œuvre (voire totalement inutile)… par exemple « il s'est rendu dans tel pays » ou encore « il a fait telles études » et, quand il n'a pas fait d'études, « il était autodidacte », ou plus surprenant encore « il a rencontré tel autre poète ou écrivain… »A tel point je crois que des auteurs en sont même venus à penser qu'il fallait effectivement une biographie pour devenir écrivain… et certain même n'hésitant pas à s'inventer quelques éléments biographiques quand ils manquaient… comme pour faire plus écrivain… Je songe par exemple à Faulkner affirmant qu'il a était aviateur pendant la Première Guerre Mondiale alors qu'il n'a jamais volé… et plus étonnant encore Malraux rajoutant quelques mensonges dans sa biographie pourtant déjà suffisamment fournie…A tel point aussi que certains jeunes auteurs ressentent encore aujourd'hui le besoin de voyager comme pour aller chercher des détails biographiques qui manqueraient, (« Un homme qui ne sait ni voyager ni tenir un journal a composé ce voyage » Ecuador de Michaux) alors même que le voyage est devenu pourtant d'une telle facilité et d'une telle banalité, qu'on a presque autant de chance qu'il nous arrive quelque chose en remontant la ligne 13 du métro parisien à 1h00 du matin qu'en prenant l'avion pour Pékin…Fernando Pessoa est à mon sens le premier poète qui a montré par des textes magnifiques que la vie et son monde intérieur était suffisamment riche de matériau pour devoir aller le chercher ailleurs, il a su débarrasser la poésie de cette conception un peu romantique du poète aventurier et voyageur…Bien entendu j'écris cela tout en étant le premier à me précipiter sur cette notice biographique quand un auteur me plait… mais enfin je reste quand même parfois surpris de certaines notices biographiques légèrement « orientées »… Je vous enverrai (si vous voulez bien) l'extrait d'une chose que j'avais écrite à ce propos alors que je n'étais encore qu'adolescent… là je suis au travail et je ne l'ai pas sous la main... c'est aussi pour cette raison que je dois écrire vite… donc pardonnez-moi si je ne suis pas très clair…Amitié.
Andrea.





























