lundi 31 décembre 2012

En lisant Marc-Aurèle

Tout  être, en quelque sorte, est la semence de l'être qui doit sortir de lui. Mais toi tu ne comprends sous le seul nom de semences, que celles qu'on jette en terre ou dans une matrice : c'est trop être ignorant.
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même. XXXVI

Verdi La Traviata Brindisi Libiam ne' lieti calici

vendredi 28 décembre 2012

Moby-Dick, ce soir sur France 3

Ce soir, à ne pas rater sur France 3 : Moby-Dick de Melville (oeuvre au programme de littérature comparée à La Manouba, niveau Licence). Il s'agit d'un téléfilm allemand de Mike Barker, avec un prestigieux  casting (William Hurt dans le rôle du Capitaine Achab...)
Dans le roman Herman Melville ne précise pas de quelle jambe Achab était amputé. En 1956, le réalisateur John Houston dût trancher et il choisit de montrer un Gregory Peck amputé de la jambe gauche. On verra ce soir quel sera le choix de M. Barker. Il ne peut pas ne pas choisir.
Je ne sais non plus comment il rendra la fameuse première phrase du roman, ni même s'il la rendra "Call me Ishmael", phrase ainsi traduite par Lucien Jacques, John Smith et Jean Giono (ce n'est pas ce que Giono a fait de mieux) : "Je m'appelle Ishmaël. Mettons." Pavese avait traduit "Chiamatemi Ismaele" là où Bernardo Draghi traduit "Diciamo che mi chiamo Ismaele" (Disons que je m'appelle Ismaël). Dans sa postface, reprise par Umberto Eco, Draghi explique que l'incipit de Moby-Dick est intraduisible dans son ambiguïté puisqu'il peut signifier :
1) Je ne m'appelle pas Ismaël, mais appelez-moi ainsi. A vous de comprendre pourquoi j'ai emprunté ce nom au fils d'Abraham et de Agar.
2) Peu importe le nom.
3) Appelez-moi par mon nom de baptême, ce qui, en anglais, signifie tutoyez-moi : donc faites-moi confiance, croyez le narrateur que je suis. 
NB: à la suite de Melville, nous écrivons Moby-Dick (avec trait d'union) pour le titre de l'oeuvre et sans trait d'union pour désigner le cachalot hyponyme. 

jeudi 27 décembre 2012

Epictète.

"Comme au cours d'une traversée, si le navire a fait relâche et si tu vas puiser de l'eau, tu peux en route, accessoirement, ramasser un coquillage ou un oignon. Mais il faut que ta pensée soit toujours tendue vers le navire et que ton visage sans cesse y soit tourné, de peur que par hasard le pilote ne t'appelle. Et, s'il t'appelle, il faut tout laisser là, afin que tu ne sois point attaché et jeté comme un mouton. Il en est de même aussi dans la vie. Si, en effet, au lieu d'un coquillage ou d'un oignon, une femme ou un enfant te sont donnés, rien ne s'y oppose. Mais si le pilote t'appelle, cours au navire, laisse tout et ne te détourne pas. Si toutefois tu es vieux, ne t'écarte pas beaucoup du navire, de peur de risquer de manquer à l'appel."
Epictète Manuel. VII

lundi 24 décembre 2012

En lisant Eupalinos

Eupalinos de Ferdiand Springer. 1947

Dans Eupalinos, Paul Valéry fait dire à Socrate : "Rien ne peut nous séduire, rien nous attirer ; rien ne fait se dresser notre oreille, se fixer notre regard ; rien, par nous, n'est choisi dans la multitude des choses, et ne rend inégale notre âme, qui ne soit, en quelque manière, ou préexistant dans notre être, ou attendu secrètement par notre nature. Tout ce que nous devenons même passagèrement, était préparé. Il y avait en moi un architecte que les circonstances n'ont pas achevé de former."

samedi 22 décembre 2012

رسالة علماء تونس إلى الضال الوهابي Lettre des ulémas de Tunis au wahabite dévoyé


En 1810, Mohamed Ibn Abdelwaheb - fondateur de l'hérésie wahabite- écrivit une lettre arrogante à Hammouda Pacha, bey de Tunis. Le Bey transmit la lettre aux savants de la Zeitouna. Il y eut deux réponses : un ouvrage de Cheikh Temimi, aujourd'hui introuvable à Tunis !!! dont je traduirais le titre ainsi : De la grâce divine dans la réfutation des dévoiements wahabites. Il y eut également une lettre magistrale, celle de Abu Al Fadhel Kacem Mahjoub. La lettre du wahabite et celle du savant tunisien se trouvent dans l'ouvrage du grand historien tunisien Ibn Abi Dhiaf (1804-1874). Le commentaire donné par l'historien est magistral.

Le tout est sur dailymotion. Prenez le temps d'apprécier le raffinement de nos ulémas.
http://www.dailymotion.com/video/xlvcv5_yyyyy-yyyyy-yyyy-yyy-yyyyy-yyyyyyy_webcam

vendredi 21 décembre 2012

Oscar Niemeyer, le poète... Giulio-Enrico Pisani


Giulio-Enrico Pisani, Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek - 19 décembre 2012

Oui, le poète du béton armé!  Et poète au sens le plus large du terme, poète de la vie frémissante, de l’harmonie entre l’homme et de la nature, de la sensualité, de l’anticonformisme, du militantisme communiste, et cela par l’expression artistique des sentiments humains les plus généreux.  Un de plus.  Et l’un des derniers du millénaire.  Et l’un des plus grands parmi les grands poètes du 20ème siècle, qui furent en majorité des communistes, sinon au sens commun du terme, en tout cas par l’engagement de toute une vie de solidarité pugnace avec la classe ouvrière.  Aussi rejoignit-il ce 5 décembre 2012, sans avoir jamais publié le moindre vers, la cohorte des immortels, des inoubliables poètes disparus, dont les «chansons courent encore dans les rues...» et font vibrer la cité des hommes.  On retrouve dans les courbes et les élans de ses bâtisses tout à la fois l’âme et les idéaux de ceux pour qui poésie, beauté, justice, humanité et générosité furent synonymes.  J’appelle Garcia Lorca, Pablo Neruda, Nazim Hikmet, Louis Aragon, Paul Eluard, Eugène Guillevic, Octavio Paz, Nicolas Guillén, Cesare Pavese, Rafaël Alberti, Vítězslav Nezval, Tawfik Ziad et bien d’autres.  C’est leurs espoirs que Niemeyer a concrétisés et leurs flambeaux qu’il a relevés dans ses magnifiques poèmes de béton et de verre.
Certes, sa poésie ne se dit pas, ni se récite; formée à partir de la poésie des femmes et des hommes dont elle s’inspire et à qui elle se destine, elle chante d’elle-même.  Loin de l’orgueil mégalomaniaque des bâtisseurs d’arrogants gratte-ciels et de monuments érigés en l’honneur de leur propre ego ou de quelque dieu chimérique, Niemeyer concevait et bâtissait l’humain.  Il avait fort bien compris que la complexité, aussi bien spirituelle que charnelle de l’homme, ne se contente pas du purement rationnel, de l’angulaire, du linéaire ou du carré.  La ligne droite n’existe pas dans la nature et, lui que l’on a appelé le poète des courbes, affirmait: «... l'angle droit sépare, divise; j'ai toujours aimé les courbes, qui sont l'essence même de la nature environnante (...) Ce n'est pas l'angle qui m'attire, ni la ligne droite, dure, inflexible. Ce qui m'attire, c'est la courbe sensuelle que l'on trouve dans le corps de la femme parfaite»... Façon de parler, bien sûr, tant est-il que la perfection n’existe pas.  Celle-ci n’est chez les esthètes, les artistes et les poètes comme lui, que ce rêve, but ultime, dont on soupçonne qu’on ne l’atteindra jamais, sinon en tant qu’accomplissement de l’incomplétude humaine au sein de la complétude de la nature.  Il arriva certes que les impératifs urbains, les plans d’aménagement ou autres exigences l’obligent à construire droit, mais jamais lorsqu’il eut carte blanche et assez d’espace pour briser les normes établies.

Alger, la salle omnisport. Une des créations de Niemeyer  
Selon cet autre grand bâtisseur qu’est Jean Nouvel, Niemeyer était le Matisse de l’architecture.  Pour sa part, l’architecte déconstructiviste (1) irakobritannique Zaha Hadid, voyait en lui le «virtuose à la sensibilité spatiale qui m'a encouragée sur la voie d'une architecture d'une fluidité totale».  Ce visionnaire, qui bâtit le rêve fou que fut Brasilia, nouvelle capitale au milieu de nulle part, et ne craignit pas de se salir les mains en travaillant avec les ouvriers qui la construisaient, a toujours affirmé avec force son engagement politique pour le parti communiste.  Tout comme son refus de collaborer avec la dictature militaro-bourgeoise brésilienne de 1964-85, son exil en France et sa collaboration avec le PCF dans plusieurs réalisations architecturales en témoignent.  Citons le siège du Parti communiste français, place du Colonel Fabien à Paris (1965-1980), le siège du journal L'Humanité à Saint-Denis (1989), ou encore la Bourse du travail à Bobigny (1976-78).  En 1995, lors d’une visite de l’agence de Niemeyer à Rio, Fidel Castro alla jusqu’à affirmer avec humour, mais de manière non moins sentie: «Il ne reste plus que deux communistes au monde, Oscar et moi».  En 2007, à l’occasion de son centième anniversaire, il reçoit les félicitations de Fidel Castro pour son engagement politique. Une des dernières oeuvres de Niemeyer, située sur la place centrale de l’Université des Sciences informatiques de La Havane, est un monument contre le blocus économique imposé à Cuba. La sculpture, aux formes ovales en acier, orientée vers le ciel, représente un monstre bouche ouverte et face à elle un Cubain brandissant un drapeau.  Une sorte de David face à Goliath, symbolisant la résistance cubaine.  Dans sa lettre de remerciement, Fidel se dit convaincu que ce projet était «un reflet des idées, qu’ensemble, ils partageaient et pour lesquelles ils avaient toujours lutté». (2)
Le 11 avril 2010, la rédaction de Cubadebate reçoit de l’architecte désormais plus que centenaire un télégramme où il exprime son engagement envers la cause de la Révolution cubaine face à la vaste campagne médiatique montée contre l’île par les États-unis et l’Europe. (3)  «Le monde est de plus en plus conscient, mûr et connecté», écrit-il.  «Les mensonges et les agressions, par la parole ou par l’action, ne nous intimident pas. Bien au contraire, nous y puisons des forces rénovées (...) En cinquante années de Révolution, vous avez démontré que la lutte pour la construction d’un monde meilleur rend plus fort, et ceci est commun à tous les hommes de toutes les nationalités (…) Toute tentative de déstabilisation trouvera pour réponse la décision, l’éthique, la bravoure et l’amour avec lesquels Cuba a toujours su transformer les revers en victoires».
Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares Filho, communément appelé Oscar Niemeyer, est né le 15 décembre 1907 à Rio de Janeiro, dans une famille d'origine juive allemande, portugaise et arabe.  Il étudie l'architecture et le design aux Beaux-arts à Rio, mais se libère très tôt de cet enseignement trop classique et s'intéresse à l'architecture moderne internationale, européenne et nord-américaine.  Ses premiers grands modèles auront été Walter Gropius, Ludwig Mies van der Rohe, Le Corbusier ou Frank Lloyd Wright.  Il fait un stage dans l'agence de l'architecte urbaniste Lucio Costa, carioca comme lui-même et futur auteur du plan pilote de Brasilia.  En 1936, il participe au groupe ayant oeuvré à la conception du nouveau siège du Ministère de l'Éducation et de la Santé à Rio de Janeiro pour le gouvernement de Getúlio Vargas.  En 1952, il travaille avec Le Corbusier sur le projet du siège de l'ONU à New York.  Au cours de ses soixante-dix ans de carrière il a réalisé ou participé à la réalisation de plus de 600 constructions, dont le siège de l'ONU à New York, ou le sambodrome à Rio de Janeiro. 
Mais c'est le président du Brésil, Juscelino Kubitschek qui, voulant remédier au surpeuplement et à la misère des zones côtières par l’ouverture et la viabilisation de leur immense hinterland capable de nourrir des dizaines de millions de bouches, lui permet de réaliser le rêve de tout architecte: son grand oeuvre.  Et ce rêve fou, ce fut la construction d’une ville au milieu de nulle part et à partir de rien: Brasilia, la nouvelle capitale dont il réalisa l’essentiel avec l'urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Roberto Burle Marx.  Inauguré en 1960 à plus de 1000 kilomètres de São Paulo et de Rio de Janeiro, le chantier principal allait durer trois ans, mais se poursuivit au-delà de 1964 sous la dictature militaire.(4)  En 1988 Niemeyer reçoit le Prix Pritzker (l’équivalent du Nobel, mais pour l’architecture) et en 2004 le Praemium Imperiale, prix prestigieux attribué par l'Association japonaise des beaux-arts.  En 2007, à l’occasion de son centième anniversaire, il est fait commandeur de la Légion d’honneur, qu’il reçoit des mains de l'ambassadeur de France au Brésil.  Lors de cette cérémonie, Oscar Niemeyer, qui se serait exclamé par ailleurs qu’«Être centenaire, c'est la merde!» a dit de sa nouvelle décoration: «Cette chose de centenaire, je n'y donne pas beaucoup d'importance (...) L'important c'est que nous puissions créer le système où on peut aussi aider les autres.  C'est ça le problème, c'est la lutte politique. C'est faire un monde meilleur, plus fraternel

(1)  Le déconstructivisme est un mouvement artistique architectural contemporain qui s'oppose à la rationalité ordonnée de l'architecture moderne et prône notamment le design non linéaire (abrégé de Wikipedia)
(2)  In www.granma.cu/frances/index.html 13 décembre 2012

(4)  À partir de 1964, la Société de construction d’état Novacap (Nova capital) désormais aux ordres de la junte militaire et en l’absence de Niemeyer (exilé en France), poussa les travaux dans des conditions épouvantables : interdiction des syndicats, journées de travail pouvant atteindre 18 heures, assassinat de manifestants et de syndicalistes. On était loin alors du rêve de Kubitschek, Costa et Niemeyer


mardi 18 décembre 2012

Bernard-Marie Koltès PROLOGUE


En guise de pensée aux étudiants en master.
Cet incipit de Prologue pourrait servir à étayer notre réflexion sur les thèmes développés par Koltès dans La Nuit juste avant les forêts : rencontre (im)probable, hostilité croissante du monde et des choses et solitude irrémédiable.

samedi 15 décembre 2012

Vive le Président !


Pour moi, l'Uruguay  n'était pas plus que le pays natal de Lautréamont, de Jules Laforgue et de Jules Supervielle. Désormais, grâce à ce texte de notre ami Boubaker Ben Fraj, il est avant tout le pays du président José Mujika, qui est aussi un grand lecteur. 
 Le Président le plus pauvre du monde !
 Par Boubaker Ben Fraj

« Je ne vis pas dans la pauvreté, je vis dans l’austérité, dans le renoncement. J’ai besoin de peu pour vivre, pourquoi en suis-je arrivé à ces conclusions ? Parce que, j’ai été quatorze ans en prison et j’en ai passé près de dix, au cours desquels, si j’avais un matelas, j’étais content ».
Ces paroles de José Mujica, actuel président de la république de l’Uruguay, rapportées par l’AFP, n’ont pas manqué d’interpeller ma curiosité. J’ai voulu en savoir plus long, d’abord sur l’homme politique qui a tenu ces propos hors du commun,mais aussi,pour en connaître plus,du pays qui l’a choisi président depuis 2010, alors qu'il avait l’âge de 75 ans : petit pays d’Amérique Latine, discret et lointain, dont on n’entend habituellement parler qu’à travers sa respectable équipe de football, le temps des championnats du monde,pendant lesquels elle se mesure sans complex eaux grandes nations.
Et voici ce que j’ai appris :
 Bien avant d’accéder à la magistrature suprême dans son pays, José Mujica, avait été guérillero, au milieu des années 70 du siècle dernier, au sein des « Tupamaros » : groupe révolutionnaire qui avait mené à l’époque, une longue guérilla urbaine contre la dictature qui tenait d’une main de fer ce petit pays. Arrêté, il s’en était sorti avec six balles dans le corps, et quatorze années de prison dans les geôles du régime impitoyable, dont une dizaine au cachot dans un isolement total.
 Une fois en liberté, et sans réclamer ni recevoir un quelconque dédommagement en contrepartie de ses lourds sacrifices, José Mujicase consacre à la construction de la démocratie dans son pays, et arrive au terme d’un long parcours de militant à la tête d’une coalition de gauche qu'il a fondée, à gagner le respect et la confiance de ses concitoyens. Une confiance qui le hisse à la magistrature suprême, sans rien changer de son naturel ni de ses choix existentiels inébranlables : ceux de demeurer l’homme humble, égal à lui-même,complètement sourd aux sirènes de la fortune, du luxe et du faste,auxquels il est rare de voir des gens du pouvoir longtemps résister.
À la différence de notre pays, le président de la république dispose en Uruguay, de très larges pouvoirs ; c’est lui qui dirige l’Etat et le gouvernement,soumet les lois, commande aux armées et décide de la politique intérieure et extérieure. Qu'à cela ne tienne ! L’irréductible José Mujica continue à loger dans une maisonnette presque «délabrée », à l’intérieur de la modeste ferme de sa femme, héritage familial. Au terme de chaque journée de travail, le président, plus que septuagénaire, tourne le dos au palais de Montevideo, reprend place dans son ancienne Chevrolet Corsa, et parcourt un chemin de terre, avant de rejoindre son domicile et retrouver tout en tendresse les soins de la femme qui a partagé avec lui les moments les plus durs de sa vie, les caresses de son chien, le confort de son divan déteint….. et le plaisir infini de ses livres.
 Le président de l’Uraguay a droit à un traitement mensuel équivalent à 18000 de nos dinars, il n’en laisse pour lui-même que 1400 ; le reste, soit plus des neuf dixièmes, il l’alloue au profit de programmes de logements sociaux pour les plus pauvres de ses concitoyens.
José Mujika n’accepte pas d’être qualifié d’original, il se déclare un président « normal » tout court ; il n’admet pas non plus d’être catalogué président le plus pauvre,car d’après lui «les vrais pauvres ne sont pas les gens qui ont peu, mais ceux qui veulent toujours posséder plus ».
 Après avoir appris ce que j’ai appris sur ce président,je l’ai senti -en dépit de l’énorme écart géographique qui sépare son pays du mien, en dépit de nos différences de culture, de langue, de religion et de conditions de vie -humainement très proche, extrêmement proche même. Je l’ai même senti moralement beaucoup plus proche des valeurs de la révolution que vit mon pays, que beaucoup de nos politiciens qui semblent plus enclins à en profiter sans scrupules,en s’octroyant des rémunérations et d’autres avantages invraisemblablement « révolutionnaires ». Nos politiciens, qui sont censés dans cette période de vaches maigres, donner l’exemple, en partageant solidairement,un tant soit peu, les conditions économiques difficiles de leur pays,et du peuple qui leur a accordé sa confiance.

jeudi 13 décembre 2012

Lao-Tseu


Trente rayons convergent vers un moyeu
Mais c’est le vide médian
Qui fait marcher le char.

On façonne l’argile pour en faire des vases,
mais c’est du vide interne
que dépend leur usage.

Une maison est percée de portes et de fenêtres,
C’est encore le vide qui permet l’habitat.

L’être donne des possibilités,
C’est par le non être qu’on les utilise.

                                     Lao- tseu Tao-Tö king

mercredi 5 décembre 2012

Il y a 60 ans, mourait Hached

Mausolée Farhat Hached à Tunis
Il y a 60 ans, les services secrets de la France coloniale assassinait le leader Farhat Hached.

lundi 3 décembre 2012

Des passantes et des passants...

En dépit de tout, rien ne vaut le bonheur de tenir ces Passantes...

200 pages, Hardcover, 155 x 230 mmISBN 978-2-87967-182-6Commander en effectuant un virement de 32 EUR (pas de frais d'exp. en UE pour ce montant) au compte de l'éditeur auprès des Comptes chèques postaux Luxembourg sur le n° IBAN CCPL LULL LU08 1111 1118 7433 0000, avec mention du titre

mardi 27 novembre 2012

jeudi 22 novembre 2012

Un almanach pour l'hiver


Almanach pour l’hiver

L’hiver avec ses pluies et ses échéances agricoles révèle l’insuffisance de nos calendriers. Aussi les gens recourent-ils à un calendrier agricole qui remonte très loin dans le temps. En Tunisie, subsiste ce calendrier agricole dont les services météorologiques reconnaissent l’efficience et que les almanachs ne manquent pas d’utiliser. Chercher des règles régissant les phénomènes météorologiques est un souci universel. Le canon qui régit cette recherche est simple, il s’agit de passer de l’observation séculaire à la formule. En France, l’hiver est la saison où le recours à la sagesse des proverbes se fait le plus fréquent. Ici se trouve condensée toute l’expérience et tout le savoir ancestral : « A la Saint Luce (13 décembre), les jours croissent du saut d’une puce » ou « A la chandeleur, l’hiver se passe ou prend vigueur » ou encore « Noël au balcon, Pâques au tison ». En Tunisie, on ressort le calendrier agraire. C’est un calendrier qui date de plusieurs siècles. Le géographe et historien Al Massoudi le décrit dans son ouvrage Les Prairies d’or. Ce calendrier, qui est solaire et non pas lunaire, s’avère d’une grande fiabilité. En plus, il offre l’avantage d’être foncièrement poétique.
L’hiver (du 29 novembre au 27 février) est ainsi subdivisé :
- 25 décembre : début des blanches nuits
- 13 janvier : fin des blanches nuits
- 14 janvier : début des noires nuits
- 2 février : (fourar, dit le pleureur) fin des noires nuits
- 3 février : début des « nubiles » (‘Azara) (10 jours)
- 13 février : fin des « nubiles »
- 14 février : Froidure de la chèvre (guerrat al anz)
- 20 février : chute de la braise de l’air
- 27 février : chute de la braise de l’eau
- 6 mars : chute de la braise de la terre
- 10 mars : les « suivis » (8 jours) (Hassoum)
- 17 mars : Fin des « suivis »
C’est au cours de ces « noires nuits » qu’il convient le mieux de planter des arbres. Un proverbe le dit « au cours des nuits noires, germe toute branche ». Ce sont ces nuits qu’on attend pour planter jasmins et citronniers.
Quant aux Hassoum, ils sont attestés dans le Coran. Le mot est traduit ici par « consécutifs » or « suivis » nous a semblé plus adéquat : « Et quant aux Aad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux que [Dieu] déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs ; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées. En vois-tu le moindre vestige ? Pharaon et ceux qui vécurent avant lui ainsi que les Villes renversées commirent des fautes. Ils désobéirent au Messager de leur Seigneur. Celui-ci donc, les saisit d'une façon irrésistible. » (Al Haqqa, 6-10)
La légende populaire raconte l’histoire d’une femme hérétique qui aurait tenu tête à un prophète antérieur à Mohamed et que Dieu aurait métamorphosée en chèvre. La nuit la plus froide de l’hiver est un châtiment qui lui est destiné. Dans le calendrier antéislamique, on relève la présence de cette « vieille » qui est également attestée dans un poème antéislamique. Mais l’histoire n’en dit pas plus sur elle.
Selon ce calendrier antique, le printemps se signale par le réchauffement des éléments : air, eau et la terre. Fourar (février), le pleureur, terminé, le réchauffement va grandissant et les pluies se font rares et précieuses. Loin de Tunis, où l’on préfère ne pas se mouiller, les gens espèrent avec ferveur qu’il pleut en mars. La qualité des récoltes est tributaire des capricieuses pluies de mars : « pluie de mars est or pur » stipule un dicton. 

samedi 17 novembre 2012

Si j'étais muphti

Il y a deux versets coraniques que le mufti de Tunis devrait rappeler à ceux qui croient que la grève de la faim est permise par la religion musulmane. "Ne vous jetez pas de vous-même dans le péril" II, 195 ولا تلقوا بأيديكم إلى التهلكة et "Ne vous donnez pas la mort : Dieu sera miséricordieux avec vous" IV-29 وَلا تَقْتُلُوا أَنْفُسَكُمْ إِنَّ اللَّهَ كَانَ بِكُمْ رَحِيماً.
Si l'on prétexte du djihad, qu'il soit rappelé que le djihad a des conditions très précises :  avoir été persécuté pour sa foi et avoir été expulsé de chez soi :  "Dieu vous interdit d'avoir pour alliés ceux qui vous persécutent pour votre foi et qui vous expulsent de chez vous LX-9 إِنَّمَا يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَنِ الَّذِينَ قَاتَلُوكُمْ فِي الدِّينِ وَأَخْرَجُوكُم مِّن دِيَارِكُمْ. Si j'étais muphti, j'aurais estimé de mon devoir de rappeler ces vérités à ces jeunes salafistes manipulés par des forces occultes et dont deux viennent de mourir suite à une grève de la faim.  

jeudi 8 novembre 2012

Des passantes et des passants : nouvelle publication

Les éditions Op der Lay (Luxembourg) viennent de publier Des passantes et des passants : désirer, être désiré(e) de Jalel El Gharbi et Giulio-Enrico Pisani. Illustrations de Carole Melmoux
Pour toute commande, merci de s'adresser aux éditions Op der Lay, Madame Doris Bintner, doris.bintner[@]reka.lu, (après suppression des crochets)
200 pages, Hardcover, 155 x 230 mm
ISBN 978-2-87967-182-6
Commander en effectuant un virement de 32 EUR (pas de frais d'exp. en UE pour ce montant) au compte de l'éditeur auprès des Comptes chèques postaux Luxembourg sur le n° IBAN CCPL LULL LU08 1111 1118 7433 0000, avec mention du titre

€ 32,00 (+ évent. Frais d’envoi.)

Portrait d'un djihadiste tunisien. Par Boubaker Ben Fraj

Marwan, un aller simple vers Istambul
Boubaker Ben Fraj


«  Je suis contente pour mon fils,… je suis fière de lui…. si j’avais un autre fils, je l’enverrais aussi… c’est une fierté pour toute la Tunisie !»
 C’est par ces phrases  courtes et tranchantes, que la  mère  du jeune jihadiste Tunisien Marwan Achouri, tué au quartier Al-Mayadin à Damas au cours du mois de Juillet dernier, a répondu à l’envoyé de la chaine «  France 24 », venu recueillir à chaud ses sentiments, suite à la terrible nouvelle qu’elle venait d’apprendre  via la télévision syrienne.
Face à la caméra, le visage  endurci par la douleur du  deuil de son unique fils, la mère de Marwan ne laissait trahir ni faiblesse, ni tristesse, ni regret. Elle ne cherchait pas de consolation et ne voulait susciter ni compassion, ni pitié.
Dans   son attitude stoïque et inébranlable, qui nous  rappelle celle  bien lointaine d’Asmaa bint Abû-Bakr face à la mort de son fils Abdullah Ibn -Zûbeir aux premiers temps de l’Islam, la mère affligée se disait « fière » du courage de son fils, et même «  heureuse » de son martyr  pour la   noble cause de l’Islam.
 Plus, elle se  montrait confiante  dans  le paradis  promis à Marwan par  « l’oracle »  d’un cheikh obscur qu’il avait croisé  sur son chemin en Libye ;  sûrement l’un de ces  cheikhs missionnés pour pousser Marwan et d’autres comme lui,  à se jeter , sans se poser de questions, dans  le brasier infernal de la guerre civile qui se déroule en Syrie.
En effet, Marwan- que Dieu l’entoure de sa miséricorde - maintenant inscrit sous le N°21305 dans   le long registre des  victimes de cette guerre,  n’est pas le seul jeune Tunisien qui ait     perdu la vie en Syrie, plusieurs  l’ont  fait avant lui, et d’autres sont déjà prêts à faire de même. Qui sont-ils ? Des noms et des  visages bien de chez-nous : Abdelhadi Gdiri, Walid  Helal, Khemaies Mares, Bassem Jarrai, Boulbaba Boukelch…. et la liste s’allonge de jour en jour. D’autres, gravement  blessés sont entre la vie et la mort, tandis que   plusieurs dizaines de nos jeunes concitoyens subissent derrière les murs opaque et silencieux des prisons syriennes des sévisses «  gracieusement » servis par les geôliers de triste réputation du régime de Bachar-al -Assad. Tout ceci se passe, en l’absence unilatéralement et imprudemment décidée par notre gouvernement, d’une ambassade ou d’une quelconque représentation tunisienne, qui puisse leur fournir la moindre assistance ou  protection.
 La Tunisie serait-elle devenue si généreuse de la vie ses enfants,  si indifférente de leur sort, au point de  les  fournir  sans compter, comme chair à canon, dans une guerre fratricide  et lointaine, qui se serait en vérité, bien  dispensée de leur  concours et de leur engagement ?
Revenons sur les pas de Marwan  pour  imaginer, à partir des données que nous avons sur lui,  l’itinéraire qui l’a amené jusqu’à   son sort tragique. Nous le faisons, parce que le bref parcours  de Marouan  ressemble à celui de la plupart des jeunes qui ont suivi la même voie du Jihadisme, que celle qu’il a choisie.
 Né il y a vingt cinq ans dans une famille de condition  modeste   dans le quartier populeux et insalubre de Sijoumi , l’une des banlieue les plus déshéritées de la capitale, Marwan  fréquente comme les jeunes de sa génération et de son quartier  l’école , le lycée …et les cafés. Adolescent, il découvre la mosquée, fait la connaissance  des groupes qui s’y activent, et finit par être non seulement  un assidu de ses cercles et un fervent pratiquant; mais aussi un militant actif  au service d’une conception  rigoriste de l’islam, qu’il doit défendre et propager par le Jihad,  partout et au-delà de nos frontières.
Et c’est vers  la Syrie en pleine guerre civile, terrain devenu propice au Jihad   que Marwan  se décide à partir.
 Le restant du parcours n’est que détails: Une  traversée  discrète des frontières vers la Libye, où  sont établis les cheikhs recruteurs à la solde, un séjour  dans un camp d’entrainement et au final,  un   billet d’avion en aller simple à destination d’Istanbul.
 Débarqué  dans cette métropole qu’il voit pour la première fois,  il  jette un regard furtif et détaché sur les belles silhouettes des minarets de  l’Aya-sofia  et de la mosquée bleue, avant de rejoindre hâtivement la planque discrète dans laquelle  il passe la nuit,  avant    d’être dirigé clandestinement par les chemins de traverse, vers la frontière.
 Arrivé en Syrie, Marwan  est enrôlé dans une Katiba de  moujahidines étrangers, envoyé aux avant-postes les plus risqués,  et c’est là qu’il  succombe avant de mener son premier combat.
 Le cas de Marwan et des centaines d’autres jeunes Tunisiens engagés dans le Jihad en dehors de nos frontières : en Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Somalie, au Sahara  et dans d’autres lieux   nous oblige à nous poser les deux questions suivantes :
D’abord : pourquoi et comment  la Tunisie est-elle  devenue au cours de ces dernières années  l’un des plus grands terreaux pourvoyeurs de moudjahidines  de par le monde ?

Ensuite : que sera l’avenir de ces  jeunes moujahidines après leur retour en Tunisie, ou du moins ceux   qui auront  la chance d’y retourner sains et saufs ? Pourront-ils vraiment se réinsérer dans une vie normale,  et accepter sans difficultés les règles du jeu d’une société, qui ne croit pas comme eux, que le  Jihad  représente de nos jours un idéal   et une finalité ?

Deux questions  auxquelles il n’est peut-être pas facile  de trouver aujourd’hui  des réponses, en attendant, le spectacle insoutenable des mères désemparées, tenant chacune la photo-portrait d’un fils mort, blessé, emprisonné ou disparu dans des guerres étrangères, continuera à nous interpeller et à nous indisposer.


mercredi 7 novembre 2012

Sergio Moscona


Giulio-Enrico Pisani
Luxembourg 6 Novembre 2012

Sergio Moscona lève le rideau chez Schortgen sur
« Le théâtre de la vie »

Théâtre de la vie, comédie humaine ou humanité en dispute permanente, subconsciente ou apparente, politique ou larvée, tragicomique ou tragique tout court, voilà le spectacle aussi impressionnant que peu confortable présenté à la Galerie Schortgen [1] par le dessinateur, graveur et peintre argentin Sergio Moscona.  Voici un artiste qui, à l’instar de Goya, Picasso ou autres grands novateurs, ne peut en aucun cas être cerné par un bref coup d’oeil à travers la fenêtre ou même en un tour rapide de la galerie.  Car c’est un véritable dialogue que Moscona désire établir, non pas avec le visiteur nonchalant ou pressé, mais avec le spectateur-interlocuteur de ses personnages, ces gens très communs, qui peuplent les scènes de ses histoires courtes. 

C’est qu’ils sont incroyablement riches, ces visages et ces groupes, évoluant parfois dans le cadre d’authentiques récits, de ses peintures, techniques mixtes ou dessins.  Ils ne sont pas sans rappeler le puissant expressionnisme des compositions de peintres comme Giovanni Maranghi, Stylianos Schicho ou Marlis Albrecht, dont ils possèdent une charge de critique, voire de causticité comparable.  Mais ces artistes inscrivent leur vision dans l’instant, leurs tableaux étant, comme on dit en photographie, des flashes, des instantanées, des images illustrant une situation donnée à un moment donné, saisi lors du déroulement de la bobine «cinématographique» du temps.  Par contre, les créations mosconiennes apportent une dynamique nouvelle, un facteur essentiel en rupture avec cette sempiternelle servitude du dessinateur, du peintre, du sculpteur ou du photographe, qu’est l’instant qui se fige.  Mais Sergio Moscona y intègre, comme je le préciserai plus loin, aussi bien le mouvement que l’écoulement du temps, devenant ainsi son propre cinéaste et le metteur en scène de ses tableaux.

Ce n’est donc qu’après une approche attentive, acribique même, à peine aidé en cela par le titre de l’oeuvre, que le spectateur peut pénétrer la scène qui se présente à lui.  C’est comme s’il entrait dans un bistro, un marché, une place publique, un moyen de transport, donc un lieu quelconque, où il rencontrerait toutes sortes de gens et où se dérouleraient les faits représentés…  en plusieurs temps, bien sûr.  Aussi, les acteurs, que l’artiste projette sur un substrat de pages de livre riches de leur propre histoire [2] et/ou sur toile ou autres supports, n’étant pas censés rester immobiles dans l’action, le spectateur pourrait les voir simultanément de face et de profil, regardant par ci et par là, cogitant, riant, protestant, s’injuriant, etc.  Des personnages qui ont tourné la tête ou changé d’expression durant une scène, sans se déplacer, peuvent sembler avoir plusieurs yeux, nés, ou bouches, ces organes pouvant également être déformés, donner naissance à des espèces de monstres.  C’est ce que nous confirme avec justesse le philosophe Manuel Mauer en écrivant: «Moscona dépeint les monstres que nous sommes: noeuds opaques d’instincts, pulsions, représentations et organes, pensées perverses et affects misérables...»[3].   

Attention!  Rien à voir avec le cubisme, dont Moscona reconnaît toutefois volontiers en avoir subi l’influence, ainsi que tout artiste contemporain doit un enrichissement de son savoir à toutes les grandes écoles classiques et modernes.  Rien à voir, en effet.  Certes, Picasso dépeint le même sujet sous divers angles en dessin ou peinture; il projette, contrairement au sculpteur, diverses faces sur un substrat bidimensionnel, auxquelles il intègre par un artifice graphique, la troisième dimension.  Mais ses personnages n’évoluent pas; il reste lié au moment choisi (l’instantanée en photo).  Moscona, lui, n’en demande d’un côté pas tant et va cependant bien au-delà.  Il accepte, en bon graphiste, la servitude des deux dimensions, fait donc fi de la troisième, mais intègre dans ses tableaux la quatrième dimension: l’espace-temps.  Certes, le défi est de taille, mais notre artiste n’a jamais vu son art comme une paisible mare à canards où somnolent les lotus, mais plutôt comme une quebrada de tous les dangers où s’engouffre le pampero.  Héritier de la pugnacité des poètes Lorca, Gelman et Neruda, des sculpteurs Rodin, Iché [4] et Zerneri ainsi que, justement, des peintres Goya et Picasso, il doit penser comme ce dernier que «La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements; c'est un instrument de guerre...»

Dès lors, quoi de plus normal, que par son art socialement et politiquement engagé, le fils mystique en vienne, sans doute inconsciemment, à vouloir «tuer» le père à l’œuvre sempervirente, malgré que celui-ci fût déjà mort six ans avant sa naissance.  Guernica!  Soixante-dix ans après la destruction de cette ville au nom résonnant comme un cri de guerre, symbole des peuples martyrs des dictatures assassines, Moscona s’élance sur les traces de l’esprit des Patrick Ascione, René-Louis Baron, Alain Resnais, René Iché, Paul Eluard, et, bien sûr, Pablo Picasso.  «J’ai travaillé dessus pendant deux ans, de 2005 à 2007, et réalisé plus de 150 tableaux à partir du Guernica de Picasso», confie-t-il récemment au philosophe Mathias Leboeuf.  C’est que le jeune Sergio se sentira tôt pris en entre l’enclume des tyrannies du passé et le marteau des dictatures nouvelles: au Brésil de 1964 à 85, au Chili de 1973 à 90, en Uruguay de 1973 à 85 et, dans son pays, l’Argentine, la plus brève (1976-1983) mais combien meurtrière dictature des Colonels.

Né en 1979 à Buenos Aires, en Argentine, donc trois ans après le putsch des Colonels, Sergio Moscona n’est qu’un enfant lorsque leur sinistre dictature prendra fin.  Aussi, n’en a-t-il pas connu directement l’horreur, mais la réalisera durant son adolescence par ses conséquences, par la souffrance du peuple argentin et ses revendications de justice.  Ses yeux largement ouverts sur le monde ne lui permettront pas d’ignorer les tempêtes mortifères qui le dévastent tous azimuts.  Son dessin, pratiqué dès ses douze ans avec divers artistes dans sa ville natale, où il vit et travaille encore aujourd’hui, ne tardera pas à refléter cette vision qui, pour n’en pas être apocalyptique, n’en constitue pas moins une représentation assez pessimiste de l’homme, qui ne semble pas lui inspirer grande confiance.

Et c’est ici que je situerai une allégorie récurrente dans certains de ses tableaux et dessins: «Hay Gato Encerrado», expression espagnole correspondant à notre «il y a anguille sous roche», auquel il a d’ailleurs consacré une série particulièrement significative de sa défiance envers les machinations humaines.  Le Gato encerrado (chat enfermé) exprime la méfiance de l’observateur qui ne s’en laisse conter ni par la comédie des hommes, ni par leurs manigances.  Comment ne pas songer dans ce contexte au gato garduño (chat dissimulé, rusé), que Federico Garcia Lorca identifie dans son poème Romance Sonambulo,[5] à la sombre montagne, qui observe et guette de haut, ne se fiant pas aux apparences, les choses et les évènements sous (éclairés par la lumière trompeuse de) la lune gitane (bajo la luna gitana)?

Après avoir fréquenté les Beaux-arts à Buenos-Aires, où il a également appris la peinture et la gravure, Sergio Moscona a rapidement connu le succès.  Outre de fréquentes expositions à Buenos Aires, il a notamment exposé à Paris, Vichy, Montigny-lès-Metz, Tokyo, Hambourg, Milan et Rome.  De plus, on retrouve ses oeuvres dans des musées et des collections privées de nombreux pays: en Argentine, bien sûr, mais également en Équateur, au Brésil, au Paraguay, au Mexique, aux États-Unis, en France, en Angleterre, etc.  C’est au tour du petit Luxembourg, à présent, et à vous, amis lecteurs, d’aller assister à la galerie Schortgen aux brillantes – je n’ai pas dit faciles – représentations sociétales d’El teatro della vida !



[1]  Galerie Schortgen Artworks, 24, rue Beaumont (tel.5464.8744), Luxembourg centre. Exposition Robbert Fortgens, mardi à samedi de 10,30 à 12,30 h. et de 13,30 à 18 h. jusqu’au 24 novembre.
[2]  Ces textes livresques désormais entièrement ou en partie recouverts par de nouvelles histoires, où les beaux-arts remplacent lettres, constituent d’authentiques palimpsestes au sens noble du terme.  C'est-à-dire que, contrairement à ceux du Moyen-âge qui entraînaient une destruction du texte préexistant, souvent unique, ceux-ci ne cachent qu’un exemplaire parmi des centaines, voire des millions d’autres et, de plus, constituent avec le nouvel apport, une oeuvre d’art originale.
[3]  L’artiste dépeint donc l’être, plus que le paraître et s’inscrit en quelque sorte dans la vision tout à la fois réaliste et pessimiste d’Oscar Wilde dans Le Miroir de Dorian Grey.
[4]  V. m. article sur René Iché dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek 19.9.2009 > www.zlv.lu/spip/spip.php?article1298.  
[5]  In Federico Garcia Lorca : Romancero Gitano, Editorial Losada, Buenos Aires 1959 

mardi 6 novembre 2012

Beihdja RAHAL - Koum tara.



Lève-toi, tu verras
Les bourgeons des amandiers
Affluant de partout.
La brise les a éparpillés
Dans l’enclos
Et la rosée les a couverts.
Ils fécondent la feuille du noyer,
C’est un signe de bon augure.
Les champs ont des couleurs plaisantes
Dans le charme de la saison des promenades.
Ô toi commensal,
Viens au jardin,
Profitons un moment de la vie.
Traduction Jalel El Gharbi