lundi 30 janvier 2012

Portrait d'un jeune peintre autrichien par Giulio-Enrico Pisani

Texte de notre ami Giulio-Enrico Pisani publié dans le Zeitung vum Lëtzebuerger.

Stylianos Schicho « Observed » chez Clairefontaine


Mais quoi ou qui observe-t-il donc, ce jeune peintre autrichien et plus précisément viennois, qui expose aujourd’hui dans l’espace « 2 » de la Galerie Clairefontaine (1), 21 rue du St-Esprit ? Qui donc ? Tous et tout le monde à première vue, l’être humain en fait, qui observe et se sent observé, surveille et se sait surveillé. Les caractères et expressions qui jaillissent de la peinture aux figures surdimensionnées, au trait agressif et puissant de Stylianos Schicho, nous font pénétrer dans un monde de méfiance qui peut rappeler, quelque part, l’ambiance « big brother is watching » de 1984, le fameux roman de George Orwell. Critique ou simple constat du système sécuritaire qui est en train d’être mis en place un peu partout ? Je pense, quant à moi, que l’artiste va bien au-delà de l’observation ou de la stigmatisation du système de surveillance pyramidal façon 1984, comme semble le penser l’historien de l’art et des cultures Hartwig Knack. Si les regards méfiants des personnages de Stylianos Schicho sont souvent légèrement orientés vers le haut, d’où peuvent les guetter des caméras de surveillance, leur attitude tendue et leurs yeux énormes expriment bien davantage.
Ici agressive, là résignée, toujours forte, la défiance y est tout autant horizontale : crainte de la délation, de la dénonciation, de la trahison, du coup de poignard dans le dos... C’est un peu le « tout le monde surveille tout le monde » de la république genevoise de Calvin. Mais c’est aussi la peur d’être victime du hasard, d’une balle perdue, d’une calomnie... C’est aussi chercher – rien n’est aussi terrible que l’esseulement – une protection illusoire auprès de ceux qui nous entourent, de la foule donc. Cela rappelle, tel que Nazim Hikmet le définit dans son poème « ... L’homme (...) À savoir le mensonge, le vrai, / À savoir l’ami, l’ennemi, / Partant, la nostalgie, la joie et la douleur (...) passé à travers la foule / Ensemble avec la foule qui passe. »
Passage tous relatif, bien sûr, car l’être humain selon Stylianos Schicho est immobile, comme figé parmi ses semblables qui lui permettent de vivre, mais sous une épée de Damoclès permanente. L’amalgame sociétal y est d’ailleurs complet et le spectateur qui contemple le tableau se tient devant une humanité où, pour paraphraser Jules Romains, « Tout homme innocent est un coupable qui s’ignore » (2). La paranoïa y est de rigueur, y est mode de vie... tend même à devenir modèle de vie. En effet, quelque soit l’insignifiance, l’anodin, l’innocence de leur faire, ces personnages tragiquement seuls, qui nous interpellent depuis les tableaux de l’exposition, ont tout pour savoir qu’ils l’objet de tous les soupçons. Et cela peut aller du « délit de sale gueule » – quasiment aucun de ces visages n’inspire de sympathie – jusqu’au simple fait de se comporter « différemment », de se démarquer de la foule...
La peinture de Stylianos Schicho est tout à la fois classique dans le sens où elle s’insère dans le genre figuratif, monumentale dans la mesure où ses figures surdimensionnées nous imposent violemment leur présence, révolutionnaire en ce qu’elle refuse de se plier au réalisme apparent et enfin intimiste tout à la fois par le huis clos de la scène que par sa pénétration dans l’esprit de la personne. Notez, amis lecteurs, que cette intimité peut aussi bien être celle de l’individu que celle du groupe, auquel il s’intègre et se soumet. Ce dernier se compose dès lors d’un bouquet de personnages dramatiquement drolatiques dont la schizophrénie – discrépance entre ce qu’ils sont et ce qu’on les soupçonne d’être – peut aller jusqu’à leur faire prendre, comme dans « About the Monkey On My Back », des apparences simiesques. Non sans un certain humour... Memento Jörg Immendorff. De plus, coincés dans un minimum d’espace, presque les uns sur les autres, sujets et objets d’une surveillance à la fois d’en haut et réciproque, ils sont victimes d’un grégarisme forcé auquel ils n’ont garde de vouloir échapper, tant il leur est devenu, sinon indispensable, du moins allant de soi. Même les « portraits » individuels témoignent du dictat d’un entourage invisible : « singles » s’inscrivant souvent dans un ensemble où le sujet principal est protégé, surveillé, voire possédé par des personnages apparemment absents ou à peine esquissés. Seule une main, aussi parfaitement dessinée qu’humaine, dans « About the Monkey On My Back », représente cette omniprésence ; ou bien ce haut-de-veste-col-de-chemise-cravate qui se fait protecteur dans « Lost »...
Né en 1977 à Vienne, Stylianos Schicho a étudié de 1998 à 2005 à l’Université des Arts appliqués de Vienne (3), dont il sortira diplômé avec distinction. Est-ce de son professeur, Wolfgang Herzig, qu’il apprit à jeter ce regard peu complaisant sur une humanité soumise à une souffrance dont elle ne peut se dire innocente ? Il y a peut-être de ça, mais il y a aussi son regard naturellement critique, satirique et peu indulgent sur l’être humain dont nous pouvons retrouver certains aspects dans l’imagerie de Goya, Toulouse-Lautrec, Roland Schauls, Marlis Albrecht ou Giovanni Maranghi. Tous ces artistes s’expriment bien entendu de manières complètement différentes et avec des talents très divers, voire diamétralement opposés, et Stylianos s’en distingue notamment par la rondeur quasi-géométrique, de-chiriquesque du trait. Leur seul point commun est l’analyse psychologique critique sans ménagement des personnages, groupes ou situations, qui prime sur l’apparence visuelle.
Les tableaux de Stylianos Schicho sont toutefois, en dépit de leur sévérité, d’une beauté formelle remarquable et témoignent d’une parfaite maîtrise du dessin et de la perspective, celle-ci se voyant cependant remodelée, voire suraccentuée selon les besoins de la scénographie et de l’effet escompté. Sa peinture, toute acrylique sur toile (excepté un dessin au charbon sur carton), ne tient point sa puissance et sa force d’expression de ses couleurs – appliquées avec parcimonie et le plus souvent dans les tons pastel, mais plutôt du trait ferme et du contraste entre les parties en noir et blanc et les parties en couleur.
Assez à présent ! Et à quoi bon tous ces discours ? Le mieux n’est-il pas de se former sa propre opinion et de juger sur pièces, en allant voir les travaux de ce formidable artiste aux cimaises de la Galerie Clairefontaine ? Certes, un petit crochet par son site www.stylianosschicho.com/ vous donnera déjà un petit aperçu de son talent, mais rien ne vaut le vrai. Alors, puisque c’est près de chez nous, pourquoi s’en priver ?
*** 1) Galerie Clairefontaine, espace 2, 21 rue du St-Esprit, Luxembourg ville, à deux pas de la place Clairefontaine. Ouvert mardi à vendredi de 14,30 à 18,30 h et samedi de 10 à 12 et de 14 à 17 h. Infos sur www.galerie-clairefontaine.lu. Cette exposition peut être visitée jusqu’au 18 février.
2) La phrase originale de jules Romains dans sa pièce de théâtre Knock ou le Triomphe de la médecine est « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ».
3) Universität für angewandte Kunst Wien, appelée aussi Di :’Angewandte.
Giulio-Enrico Pisani
 vendredi 20 janvier 2012

mardi 17 janvier 2012

هيكل بن مصطفى : النقاب و جامعة منوبة: ماهو المشكل؟

النقاب و جامعة منوبة: ماهو المشكل؟
إنه من الصعب أن نجيب على هذا السؤال بعد أن تداوله الإعلام بشكل كبير و كذلك الكثير من السياسيين من وزراء دولة وغيرهم. ولكي لا ندخل الجامعة في دوامة المهاترات السياسية التي اختلقها الكثيرون ولا يزالون لاعبين لعبة الغميضة مع مصير الجامعة العمومية التي تحمل حلم العائلات التونسية توجب علينا قراءة الأحداث قراءةً هادئة تتجرد من المشكل لغاية تحليله وبيان الإشكال فيه لأنه حينها فقط يصبح التحليل موضوعياً. لن يكون من المجدي إعادة سرد الأحداث لكي لا ندخل في التفاصيل و نهمل الأصل لكن علينا أن نتوقف قليلاً عند ما هو إشكالي في المسألة ونقرأه قراءة هادئة متبصرة وأيضاً قراءة الجامعي الغيور على أملاك المجموعة الوطنية التي ضحت و لا تزال لكي ترى غداً ممكنا وحاضراً مطمئناً. إن الإشكال في منوبة لا يفهم حسب اعتقادي إلا إذا تفحصنا جيداً الحجج المقدمة من كلا الطرفين: الطرف المعتصم والطرف الاستاذي. عندها إذاً نفهم لماذا لا يبدأ الحوار إلا وانقطعت سبله و قنواته رسميةً كانت أو غير رسميةٍ خاصةً و أن المشكل تلخص في قضية النقاب.
بالنسبة للأساتذة يتمحور الخطاب حول مسألتين اثنين وهما العملية البيداغوجية والمبدأ النقابي الذي طالما دافع عليه الجامعيون في منوبة وغيرها من المؤسسات الجامعية. أما المعتصمون وهوياتهم مختلفة (طلبة يدرسون في منوبة و آخرون من أجزاءٍ جامعية أخرى زيادةً على أشخاص لا علاقة لهم بالجامعة) فهم يعللون اعتصامهم الذي الذي لم يرفع قط وإنما تحول إلى مكان آخر بإجبارية النقاب شرعاً وبأنه يتنزل ضمن الحريات الفردية.
1-   حجج الأساتذة :
1.1.            الحجة البيداغوجية: لا يمكننا أن نفهم هذه الحجة إلا إذا قدرنا العملية البيداغوجية حق قدرها. و خلافاً إلى ما قد يذهب إليه الكثير ممن لا يمارسون مهنة التدريس فإن العملية البيداغوجية لا  تنحصر في القسم إذ هي تضم عملية الترسيم والتكوين في القسم التقييم والمداولات التي يتلوها التصريح بالنتائج. و ليسمح لي بأن أبدأ من حيث تنتهي العملية التي وصفتها. ففي المداولات يجتمع أساتذة السنة في مجلسٍ موحد ويتداولون في وضعيات طلبة الأقسام التي يباشرونها وكذلك طلبة الفصول الأخرى و يكون حينها الأساتذة أمام حالات الطلبة الذين تحصل على معدلات تتراوح بين ٩ و ٩٫٩٩ من عشرين و هي دائماً كثيرة و في هذه الحالة يكونون أمام مسار الطالب UN PROFIL يتحدد من خلال معرفة الأستاذ لهوية الطالب و مواظبته و مجهوداته في بناء الدرس فهو تقييم لشخص معروف الهوية بشكل يمكننا من وضع اسم على صورة كما يقال في الفرنسية un nom sur un visage mettre و علينا أن نتساءل هنا عن إمكانية أن يصوت أستاذٌ لإسعاف طالب لا يستطيع التعرف على هويته لكي لا نقول أنه نكرة؟ الإجابة معروفة وهي النفي! هنا يصبح من المنطق أن نقول أن إمكانية تمتع أي طالب بهذه المزية رهينة أن تتاح لأستاذ إمكانية التعرف على هوية طلبته ويتسنى له تذكر ملامح وجوههم!!! ولا نردن هنا أن إخفاء ملامح الوجه يجعل الطالبات المنقبات معروفات أكثر من غيرهن لأن هذا ضد مبادئ المدرسة العمومية التي أساسها أن كل المتعلمين سواسية !! أما الحجة الثانية التي يقدمها الأساتذة لتعليل رفضهم لنقب في داخل القسم مرتبطةٌ بالتواصل و شروطه و آلياته و نجاعته. لن نذكر أن زمان الدروس النظرية CATHEDRA- EX-قد ولى  وانتهى حيث كان الأستاذ يملي معلوماته من كرسيه غير عابئٍ بطلبته أو قد يكاد يكون كذلك تاركاً مكانه لعلاقةٍ جديدة أكثر إنسانيةً أسسها تواصلٌ مع المتعلم و أيضاً نفيٌ  للمسافة التي كانت تفصل الأستاذ والمتعلم وتقوم على الحوار و التواصل. ولقد كان هذا التمشي التعليمي مطلباً أستاذياً وكذلك طالب به طلبة العلم الذين عانوا طويلاً من تلك العلاقة العمودية التي كانت تعزلهم عن أساتذتهم. ففي إطار البيداغوجيا الجامعية الجديدة و التي تتجسد في ما يمكن أن نسميه دروساً مندمجةً COURS INTEGRES (وهي دروس يراوح فيها المدرس بين النظري والتطبيقي) يتعامل المدرس بالجامعة كغيره من المدرسين مع تعبيرات طلبته اللغوية منها و"الركحية" حيث يستجدي من أنظار المتعلم وتعبيرات وجهه إن كان هذا الأخير قد استوعب المعلومة عام لا فيصبح التواصل البيداغوجي بل و نجاعة الدرس رهن مقدرة الأستاذ على قراءة الإشارات التي يرسلها الطالب عبر تقاسيم وجهه و فك رموزها علماً بأن المتعلم قليلاً ما يعبر عن تساؤلاته و استفساراته لأسبابٍ يطول شرحها في نصٍ صحفي.
تبقى إذاً مسألة الامتحان وما يطرح فيها النقاب من إشكالات. في تصور المعتصمين يحل الإشكال بعدم حضور المنقبات في الدرس و الاكتفاء باجتياز الامتحان لكن مرتديات النقاب أو في قاعة مخصصةٍ لهن وهي الحالة التي سيقبلن باجتياز الامتحان كاشفتين وجوههن لكن بشرط أن تقوم أستاذات أو نساءٌ من الإدارة بحراستهن. لنا أن نتساءل هنا عن منابع هذه الرؤية للدراسات الجامعية. فهل ندخل الجامعة لاجتياز امتحان كما في المناظرات؟ أم أننا نذهب للجامعات للتسلح باليات التفكير والنقد للتدرب على إنتاج المعرفة من خلال مقارنة المناهج و الفرضيات و كذلك من خلال النقاش و الحوار؟ إن تقزيم الإشكال و حصره في حق اجتياز الامتحان لمؤسفة بيداغوجياً إذ بذلك يكون الأستاذ يحرض طلبته على الغياب عن الدروس. من جهةٍ أخرى، هذا التمشي غير مقبول على المستوى الأخلاقي إذ أنه من غير المنطقي أن تذهب المدرسة العمومية إلى خلق ظروف استثنائية لشريحةٍ من الطلبة لا يتمتع بها زملاؤهم !!! زيادةً إلى كل هذا تنضاف حجةٌ "أمنيةٌ" ليست بالهينة: فإن اتفقنا على مبدأ أن النقاب لا يتيح التعرف على هوية الشخص فإن انتحال شخصيةٍ بالمعنى القانوني للكلمة ليس مستحيلاً!!! و لقد ضبطت حالة غش في المدرسة العليا للتجارة حيث انتحلت طالبةٌ منتقبةٌ شخصية زميلتين لها لاجتياز الامتحان مكانها!!
1.2.             استقلالية القرار الجامعي: لقد كان مطلب التسيير الديمقراطي للجامعة منذ سنوات مطلباً تناضل من أجل تحقيقه نقابة الجامعيين منذ توحيد نقابتي الصنف "أ" و "ب" ، إذ أنه في زمان بن علي الرديء عانت الجامعة و إلى زمن ليس ببعيد من ارتجلت الإدارة المركزية التي لم تكن تتقن في الحقيقة إلا اصدر المناشير الجائرة على الجامعة ومكوناتها. طبعاً لم تكن الجامعة التونسية المؤسسة الوحيدة التي عانت ظلم دولة التجمع اللا ديمقراطي اللا دستوري. فمنذ زمن الدكتاتورية التي تجلت أقسى (أقصى) مظاهرها في حكم البنفسج الذي استحوذ عليه الحزب البنفسجي ليجعل منه لوناً ركيكاً مدعاة اشمئزاز للشعب، انتزع الجامعيون حق انتخاب العميد وممثلي هيئة التدريس في الكليات. توكل للمجلس العلمي مهمة تنظيم سير المؤسسة إدارياً و خاصةً على المستوى البيداغوجي و تعتبر قرارات المجلس العلمي إن لم تنقضها سلطة الإشراف بمثابة قانون داخلي. لكن على مستوى النصوص الأساسية يقدم المجلس على أنه استشاري و لنا أن نتساءل إن كان هذا النعت يعني أن العناصر المنتخبة تنتخب لتقر عيناً في كراسي قاعات الاجتماعات إذ أن كل القرارات يجب أن تصدر عن الوزارة أو أنه يعني أن هذا المجلس المنتخب والمعبر عن أراء أغلبية الأساتذة المباشرين ترفع قراراتها للجهات المقررة رسمياً حسب التسلسل الإداري فتؤكد هذه القرارات أو تنقض. في العرف الجامعي السيناريو الثاني هو الذي يصح حيث يدرس المجلس حالات يكون فيها أحياناً فراغٌ قانونيٌ فيرفع ما يقدره لسلطة الإشراف وفي حين لا ترد الجهة الرسمية في أجال محددة قانوناً يصبح قرار المجلس العلمي نظاماً داخلياً يلزم من يعمل بالمؤسسة من أساتذة و عملةٍ وطلبةٍ و إداريين!!!
2-                    حجج المعتصمين: يقدم المعتصمون حجتين أساسيتين مثلما أسلفت، حجة دينية وحجة على صلة بالجوانب القانونية لحقوق الإنسان. أما الحجة الدينية فأعتقد أن فقهاء الدين هم الذين يسألون عنها ويجيبون. وبما أنّي لست واحدا منهم فإني أحجم بمقتضى النّزاهة العلميّة عن ولوج هذا المجال، رغم أني أعلم، شأني في ذلك شأن الكثير من النّاس أنّ النقاب مسألة خلافيّة. أما عن حقوق الإنسان، فتُصوّر طالباتنا، في هذا المنظور، على أنهن أقليّة هضم حقها الأساسي في الدراسة. لكن، ,,, أغلبية التونسيين مسلمة، فإذا كانت المنقبات طالبات مسلمات ، قبل أن تكنّ منقبات، فهن إذا جزء من الأغلبية, فالتناقض في هذه الحجة واضح بيّن مؤلم. ومن ناحية أخرى، إذا اتفق جميعنا في وجوب احترام حقوق الإنسان وخاصة الحقوق الشخصية في هذا العالم الأرضي، فأنا أخشى أن ينسى بعضهم أن علينا واجبات إزاء المجتمع. وهدا الأمر أوكد عندما يتنزّل في فضاء عمومي يتقاسمه أشخاص بمكن أن يتباينوا ويختلفوا اختلافات شتى. والجامعة فضاء عمومي من هذه الفضاءات .. وبالتالي ، فنحن مدعوون إلى احترام القواعد ـ التي قد لا تكون قوانين - ولكنها قواعد مألوفة ومعتمدة في تنظيم فضاء المدرسةـ في المعنى الأوسع لهذا المفهوم.
ويرى المعتصمون أن انعدام نص يمنع النقاب، يجعل منعه في الأقسام تعديا على حقوق الإنسان. وأنا لا أرى صحة هذه النظرة القانونية للمسألة لأنّها نظرة فيها تعميم واختزال مخلّ بل هو اختزال خطر. فهذا حيز تتجلى فيه استقلالية الجامعة: إذ كلّما كان فراغ تشريعي تدخلت الهياكل المنتخبة لتنظيم الفضاء العمومي. ولا يمكن لأيّة قاعدة قانونيّة أن تنظم فضاء مثل فضاء الدّرس. فحتى الآن لا يوجدـ في البلدان الديمقراطيةـ نص يحدد للمعلّم والأستاذ ما ينبغي أن يكتب أو أن لا يكتب على السبورةـ فهذا شأن من شؤون الممارسة البيداغوجية. ولا نصَّ قانونيّا يمكن أن يجبر الأستاذ على أن يمرّ بين صفوف الطلبة في الفصل أو أن يظل قابعا وراء مكتبه، فهذا أيضا من شأن الممارسة البيداغوجية وهي التي تحدّده. ولا طائل من تعديد الأمثلة.. فهذا الموقف "الحقوقي" يصطدم بحدود عدّة إزاء هذه الفضاءات المخصوصة جدا. يضاف إلى هذا أنّه في البلدان التي تنعت بالديمقراطية ـ مثل الولايات المتحدة وفرنسا ـ مؤسسات تعليمية يجبر فيها التلاميذ على لباس خاص لأسباب متنوعة. فهل في هذا تعدّ على حقوق الإنسان لأن الأشخاص الذين يرتادون هذه المؤسسات لا يلبسون الزيّ الذي يشتهون؟؟؟
بهذا يتجلى عدم التناسق في هذا الادعاء الذي يخلط الغث والسمين والحابل بالنابل. وإذا كان المعتصمون يشعرون بالغيظ لأنهم يتصورون أن أبواب الحوار صُدّت في وجوههم، وهم يخلطون في هذا بين الحوار والتفاوض في مطالبهم، فإن الأساتذة يعتبرون أن هذه العملية التي قامت بها أغلبية من الغرباء عن الكلية هي محاولة لإخضاع الجامعة إلى أوامر وليست دعوة إلى الحوار. وما بدا استقطابا هو في الحقيقة نتيجة لانعدام الإشكالية المشتركة الني يمكن أن يجتمع حولها الطالب والأستاذ..وبعبارة أخرىـ فإنّ كلية الآداب بمنوبة هي اليوم في وضع حرج، لأن المعتصمين، الغرباء عن الكلية، والمدرِّسين لا يتكلمون في مسألة واحدة. وليتسنّى الالتقاء عند الإشكالية الحقيقية، ينبغي أن تتوقف الهيئات الغريبة عن الكلية عن التدخل، حتي ينطلق حوار هادئ وعائلي بين طلبة الكلية والهياكل المنتخبة وحتى يتهيّأ لنا إعداد طلبتنا، الذين ليسوا في حالة إضراب عن الدروس، ولا يشاركون في هذا الاعتصام للامتحانات الآزفة..
هيكل بن مصطفى، أستاذ فرنسية، مناضل نقابي في صلب الجامعة العامة للتعليم العالي و البحث العلمي.


هيكل بن مصطفى، أستاذ فرنسية، مناضل نقابي في صلب الجامعة العامة للتعليم العالي و البحث العلمي.

dimanche 15 janvier 2012

نداء


لقد كشفت أحداث كلية الآداب بمنوبة عن سوء تفاهم وجب تصحيحه وليكن ذلك في نقطتين أرجو من جميع التونسيين أخذهما بعين الإعتبار حتى لا يخامرهم شك أن الجامعة التي تعيش بتضحياتهم بين أياد أمينة رغم ما طالها من مسخ زمن حكم السيد بن علي. 

1
هيئة التدريس مزيج من الإنتما ءات السياسية مثلت فيها كل أطياف اللون السياسي ولعل الأغلبية من المستقلين ذوي المواقف المشرفة زمن بن علي ويجمعنا جميعا ما كان يجمع شيوخ  الزيتونة من إجلال للمعرفة و تنزيلها أعلى المراتب و تقديسها في تماهٍ مع جوهر ثقافتنا.
إن أغلب نساء و رجال هيئة التدريس لا يعترفون البتة بما قد يفرق طلبتهم من إنتماء جهوي أو سياسي أو إجتماعي أو جنسي وهم لا يقبلون أن تتصرف طالبة على أساس أن وجهها عورة. طالبتنا بناتنا وننكر أن توصف وجوههن بالعورة و لا نميز بينهن و بين الذكور فلعلهن أشد ذكاء
نحن الضامنون لجامعة تتساوى فيها الفرص نناشد كل التونسيين الوقوف إلى جانبنا حتى نتمكن من أداء رسالتنا إستمرارا لما جُبِل عليه التونسي من فكر نيّر و نبذ للتطرف و الغلو و تبجيل للمعرفة.

dimanche 18 décembre 2011

Cri d’une enseignante Indignée par Fadhila Laouani

par Fadhila Laouani, dimanche 18 décembre 2011, 20:51
   

Cri d’une enseignante Indignée

                        
Ce texte m’a été dicté par un profond sentiment d’injustice suscité par l’intervention de tout un chacun dans  le dossier du port du voile intégral, «  niqab », à l’université.
Que l’on permette à une enseignante, qui a plus de trente ans d’ancienneté, d’exprimer son avis sur cette question qui, faut-il le rappeler relève autant du pédagogique que du politique, du psychologique, du sociologique voire de l’anthropologique car le corps est vraiment le lieu par excellence de tous les paradoxes. Mon propos n’abordera pas la question sous aucun de ces angles  tout en les résumant tous.
Je me place aujourd’hui du point de vue éthique car notre dur métier se base, en plus du savoir, sur un pacte moral sans lequel  aucune transmission n’est possible.
Et si nous nous attachons à nos élèves, à nos écoles et à nos universités ce n’est certainement pas pour les salaires «  mirobolants !! » que nous percevons eu égard à nos diplômes et aux exigences du métier. Ce que ce travail nous donne de plus important c’est une satisfaction comparable à celle du potier qui sent la glaise prendre forme sous la pression de son pouce ; à celle du forgeron qui  reconnait à sa résonance que le fer  obéit à son marteau ; à celle du sculpteur qui voit au bout de ses ciseaux  le bloc de marbre se muer en œuvre d’art .
  Je m’indigne donc qu’on veuille me priver de ce droit de Voir se concrétiser mes efforts quand durant mon cours je ne puis lire sur les visages de mes étudiants que le message  passe ou qu’il peine à accrocher leur attention !
  Je m’indigne qu’on veuille m’aliéner et me mettre en rapport, au sein de mon espace pédagogique, avec des corps cachés derrière un voile intégral, des visages dissimulés derrière un «  niqab », des personnalités éclipsées, retirées de la circulation des  estimes réciproques indissociables de l’expérience de l’apprentissage.
  Je m’indigne parce qu’on veut empêcher ma classe d’être  un espace interactif où, dans la rencontre des intelligences, se crée la solidarité autour du projet d’un savoir partagé.
  Je m’indigne parce que personne ne semble comprendre que la consécration pour un enseignant  ce n’est pas tant de construire une «  carrière » mais qu’au bout de cette carrière il y ait ce bonheur insigne d’être reconnu par ses étudiants et de les reconnaître, de les Voir accomplis dans l’espace social, de voir qu’ils sont allés au-delà de ce qu’a été leur professeur.
C’est là mon droit d’enseignante que je ne cèderai pas parce que c’est là mon complément de salaire, mon complément de richesse.
Car on peut avoir une retraite modique mais se sentir tellement riche de ce visage d’ingénieur, de médecin, d’artiste, de ministre,  d’instituteur, de président …   à qui un jour on a transmis une parcelle de savoir qui lui a permis d’avancer dans la société, d’avancer dans la vie ! Riche de ce visage où je reconnais la valeur de mon labeur, ce que pendant une vie j’ai r
   Notre métier,  plus que les autres, repose sur un mouvement de gratitude constitutive du lien social : celle de l’apprenant qui reconnait le don à lui accordé par l’enseignant et celui-ci qui reconnait le don que lui accorde l’étudiant par sa présence, sa participation, son regard …
Là où cesse ce double don cesse notre métier et on meurt  de ce manque et meurt  la flamme qui fait notre profession  .
   Enseigner est un sacerdoce, on l’a suffisamment dit, mais nous ne le ressentons pas comme un fardeau ou une contrainte, c’est un sacerdoce qui fait notre joie, notre fierté, notre Dignité.
Si on insiste à satiété  aujourd’hui sur cette valeur primordiale qu’est la dignité, pour nous elle d’abord inscrite dans notre rapport à nos étudiants, c’est là que nous la vivons concrètement et qu’elle devient pour nous tangible.
   Comment puis-je accepter qu’on me retire cette Dignité, valeur suprême de mon métier et rester silencieuse quand on vient me dire, me signifier que mes semblables et moi sommes des satyres, des monstres lubriques incapables de contenir nos instincts… C’est là une insulte pour ce que nous sommes et ce que sont nos institutions scolaires et universitaires.
   Qu’on reconnaisse notre droit d’être des diffuseurs de savoirs non pas dans la juxtaposition d’entités étrangères les unes aux autres mais dans la conjonction de personnalités, certes autonomes, mais  oeuvrant ensemble pour la confluence, l’affinité, la cohérence.
    Qu’on nous permette cette dernière remarque : en français comme en arabe, le sens étymologique d’Université  signifie Communauté. Qu’on nous laisse, dans le respect des différences, faire, avec nos étudiants et nos étudiantes, communauté intellectuelle aux solidarités profondes, multiples, durables.
                                                      Fadhila Laouani
                                             Professeur à la faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de La Manouba

mardi 13 décembre 2011

La Manouba, pourquoi le niqab par Heikel Ben Mustapha

Syndicaliste, notre ami Heikel Ben Mustapha donne ici sa lecture d'universitaire indépendant de l'affaire du niqab.
Les cours ont été suspendus à la fac des Lettres de Manouba. Pourquoi ?

Répondre à cette question  est devenu une tâche  extrêmement  complexe, l’opinion publique s’en étant, désormais, emparée. Il est inutile de relater les faits, parce que tout le monde en a parlé ; je voudrais simplement rappeler comment, dès le début de l’année, a été entretenue cette situation de blocage de certains cours : une fille portant le voile intégral (niqab) se présente dans la salle de cours sans en être empêchée à l’entrée. Une fois en classe, le professeur lui demande de se découvrir le visage. Face au refus de l’étudiante (qui se répètera à chaque fois), le professeur se retire de la salle de classe. Des tentatives de discussion avec les étudiants de la faculté des lettres de Manouba soutenant leur camarade n’ont abouti à aucune avancée vers une résolution du problème et un dialogue de sourds a fini par s’installer opposant deux parties campant dans leurs arguments respectifs
 Pour comprendre cette situation, il est nécessaire d’examiner la position des uns et des autres. Les enseignants d’un côté, qui développent principalement deux arguments : un premier d’ordre pédagogique et un second relatif à l’autonomie de l’université ; les sit-inneurs de tous bords de l’autre (leur majorité est inconnue à l’institution !), qui soutiennent que le port du Niqab constitue une obligation religieuse et un des droits fondamentaux de l’homme.
I- les arguments du corps enseignant et du conseil scientifique :
1-        l’argument pédagogique : Pour que cet argument soit mieux explicité, il me semble  nécessaire de définir en quoi consiste la relation pédagogique à l’Université. Contrairement à ce qu’on peut penser, l’opération pédagogique ne se limite pas à la situation de classe. Elle intègre en fait, successivement, l’inscription, la formation avec la situation de classe qu’elle engage, l’évaluation et les délibérations suivies de la déclaration des résultats.
    Qu’il me soit permis de commencer par la fin de l’opération, les délibérations, là où les professeurs, face aux cas de rachat des étudiants dont les moyennes varient entre 9,00 et 9,99, se trouvent devant la nécessité de se prononcer sur un POFIL où sont pris en compte la présence, l’assiduité, le sérieux, l’interaction, l’implication et la participation d’une personne identifiée et identifiable au déroulement du travail collectif,  et ce en mettant un NOM sur un VISAGE.
L’on peut se poser ici la question de savoir qui pourrait accorder cette faveur du rachat à quelqu’un dont il ne connaît pas le visage, à un ANONYME ? Personne évidemment. Il est donc légitime de poser que, pour que l’étudiant(e) puisse bénéficier de cet avantage, soit offerte  à   l’enseignant la possibilité de reconnaître et d’identifier le visage de celui-ci/ celle-ci.
 Le deuxième aspect pédagogique retenu par les enseignants dans leur argumentaire contre le port du niqab tient à la question de la transmission ses conditions, ses modalités et son efficience.
 Est-il besoin de rappeler, ici, que le temps des cours ex-cathedra, où le professeur prodiguait son savoir du haut de sa chaire dans une indifférence presque totale à son auditoire, est définitivement révolu au profit d’un rapport plus humain fondé sur la communication la plus étroite avec l’apprenant et sur une proximité propice à l’échange et à l’interaction. Cela a été une demande des enseignants, mais également des étudiants qui avaient longtemps souffert de ce vieux rapport vertical qui les isolait de leurs professeurs et les mettait hors de leur portée. Dans le cadre de la nouvelle pédagogie développée dans ce qu’on appelle « cours intégrés », c’est dans les regards des étudiants et en fonction de l’expression de leurs visages que le professeur peut constater si son message est passé ou non. La transmission devient tributaire des capacités de l’enseignant à lire et à décoder les signes que lui renvoient les regards des étudiants, généralement inhibés à verbaliser directement leurs demandes.
Reste alors le troisième volet de l’argumentaire qui touche la question des examens et des problèmes que le niqab peut introduire à ce niveau. « Laissez-nous passer l’examen, et nous ne viendrons pas au cours », nous crie-t-on. « Nous sommes d’accord pour qu’une femme vienne contrôler notre identité, mais nous passerons l’examen avec le voile intégral », ajoutent-ils, par ailleurs ! Mais de quelle vision des études et de la formation universitaire relève une pareille demande !? S’inscrit-on à l’université juste pour passer un examen comme à un concours ou, alors, pour apprendre à réfléchir, à développer et à produire du savoir dans l’ajustement des outils, la confrontation des méthodes et des hypothèses, le débat des idées et l’échange ? Cette réduction du problème posé à la question du droit à l’examen est désolante pédagogiquement comme elle est indéfendable sur le plan éthique. Pourquoi une catégorie d’étudiants aurait-elle le droit de profiter de conditions spéciales susceptibles de leur accorder des avantages dont ne pourront pas bénéficier les autres. C’est là une injustice inadmissible ! A cela s’ajoute une dimension « sécuritaire » non moins négligeable : le port du voile intégral ne permettant pas d’identifier la personne, une usurpation d’identité n’est pas impossible ! Et qu’on ne nous rétorque pas qu’il serait possible qu’une collègue sorte de son cours pour contrôler l’identité de la fille intégralement voilée. Cette proposition est peu courtoise vis-à-vis d’un Docteur ES Lettres, que de le transformer en contrôleur d’identités pour le compte de ses collègues. D’ailleurs, un cas de fraude caractérisée a été constaté à l’Ecole Supérieure de Commerce : une étudiante portant le niqab a usurpé l’identité de sa collègue pour passer l’examen à sa place.

2- l’autonomie de l’université : depuis des années, la gestion de l’université a été l’objet de luttes syndicales continuelles, parce que du temps de Ben Ali, l’université a souffert des improvisations de l’administration centrale qui ne savait que produire des circulaires, et elle n’est pas la seule institution à avoir souffert. Depuis l’ère de la dictature aussi, les facultés ont réussi à arracher l’élection du doyen et des membres du conseil scientifiques. La mission de ce conseil est de réguler l’opération pédagogique dans toutes ses phases. Les décisions prises par le conseil scientifique, en général, en concertation avec le corps enseignant, constituent un règlement intérieur. Mais, dans les textes fondamentaux, le dit conseil, n’est point présenté comme le législateur de la vie universitaire. C’est bien un conseil à caractère consultatif, et cela est vrai ! Or, qu’est-ce que l’adjectif  « consultatif » peut signifier ? Cela veut-il dire que ce sont des gens, qui sont élus, pour passer du temps, car toutes les décisions sont prises doivent provenir d’un ministère ? Ou alors est-ce que ces gens, élus, proposent des décisions pédagogiques à l’autorité de tutelle, laquelle valide ou invalide la décision ? Dans la tradition universitaire, c’est le deuxième scénario qui correspond à la situation : le conseil évalue une situation, prend ses décisions en concertation avec le corps enseignant et soumet sa décision à l’autorité de tutelle. Lorsque le ministère ne remet pas en question cette décision au bout d’une semaine, elle se transforme en règlement interne !
« Mais, il y a, sur le même campus, des institutions qui ont géré différemment cette question du voile intégral », objecte-t-on. Et y a-t-il meilleure manifestation de l’autonomie de l’université, dans cette dimension où chaque conseil scientifique évalue la situation de manière libre !?
II- L’argumentation des sit-inneurs : Ainsi que je l’ai souligné plus haut il y a deux arguments centraux avancés par les sit-inneurs : un argument religieux et un argument en rapport avec les aspects juridiques des droits de l’homme. Pour ce qui de l’argument religieux, je pense que c’est aux Ulémas de nous répondre, et n’appartenant pas à ce cercle savant, j’éviterai, par honnêteté intellectuelle, de me hasarder dans ce domaine, bien que je sache, comme tout le monde, que la question est plus que controversée. Reste la question des droits humains. Dans cette logique, nos étudiantes sont présentées comme une minorité dont le droit fondamental aux études est bafoué. Mais, attendons un peu. Je crois savoir que la majorité des Tunisiens est musulmane, or les étudiantes intégralement voilées sont musulmanes avant d’être caractérisées par le port du Niqab, donc elles font partie de la majorité ! La contradiction est lancinante ! Par ailleurs, si on peut être d’accord sur le fait qu’il y a dans ce bas monde des droits de l’homme à respecter et surtout des libertés individuelles à faire valoir, je crains que l’on oublie que nous avons également des devoirs envers la société. Cela est d’autant plus certain qu’il s’agit d’un espace public que partagent des personnes qui peuvent différer de quelque manière que ce soit, et l’université en est un ! Du coup, on est appelé à respecter les normes, qui ne sont pas forcément des lois, mais des normes d’usage régulant l’espace de l’école au sens large du terme.
 Les sit-inneurs considèrent que, étant donné qu’un texte de loi interdisant le port du niqab n’existe pas, l’interdire en classe constitue le non respect des droits de l’homme. Je pense que cette vision juridique de la question est peu pertinente, car, il y a là une extrapolation hasardeuse pour ne pas dire dangereuse. D’ailleurs, c’est là que se manifeste l’autonomie de l’université : c’est lorsqu’il y a un vide juridique que les structures élues interviennent pour réguler l’espace public. Aucune règle juridique ne peut réguler un espace comme la classe. Jusque là, dans les pays démocratiques, aucun texte ne dit au professeur s’il faut écrire au tableau ou ne pas écrire : c’est du ressort de la pratique pédagogique ! Aucun texte juridique ne peut exiger du prof de passer entre les rangs ou de rester derrière son bureau, et c’est aussi la pratique pédagogique qui le détermine. Il est inutile de multiplier les exemples. Cette position par trop juriste n’a que des limites devant de tels espaces publics très spécifiques. Du reste, dans les pays dits démocratiques, les Etats-Unis par exemple ou alors la France, il existe des institutions scolaires, où le port d’un uniforme est obligatoire, pour des raisons diverses. Faut-il alors dire que c’est une atteinte aux droits de l’homme, parce que les personnes qui fréquentent ces institutions ne s’habillent pas comme elles veulent !?

Ainsi pouvons-nous constater que les violons ne sont pas vraiment accordés et que l’on mêle, dans cette affaire, le son et le mil. Si, chez les sit-inneurs il y a un sentiment de frustration parce qu’il leur semble qu’il n’y a pas de débat, confondant ici débat et négociation autour de leurs revendications ; il y a chez les enseignants le sentiment que ce mouvement disproportionné, mené par une majorité étrangère à la faculté, est une tentative de plier l’université à des ordres et non un appel au débat. Ce qui peut donc paraître comme une bipolarisation, est en fait le résultat de ce qu’il n’y a pas de problématique commune, celle justement qui unit le prof et l’étudiant. En d’autres termes, la faculté des lettres de Manouba est aujourd’hui en situation critique, parce que les sit-inneurs, étrangers à la faculté, et les professeurs ne parlent pas de la même chose! Pour que nous puissions converger vers la véritable problématique, il faut que cessent d’intervenir tous les corps étrangers à l’institution, afin qu’un débat serein et familial se déclenche entre les étudiants de la faculté et les structures élues et que nous puissions préparer nos étudiants, qui ne sont pas en grève, ni ne s’inscrivent dans ce sit-in, aux examens imminents!
                                                                      
Heikel Ben Mustapha, Universitaire, syndicaliste.

lundi 12 décembre 2011

Eclatements, lecture de Giulio-Enrico Pisani

Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek,
2.12.2011, de Giulio-Enrico Pisani


Quand Simone Cukier et Michèle Frank s’éclatent
«Aboutissement de toute une vie d’écriture», pouvons nous lire sur la poésie de Simone Cukier au dos de ce bel ouvrage qu’est le recueil Éclatements.[1]  Mais quel aboutissement?  Aucun, bien sûr, car rien ne saurait prétendre être abouti en art et en poésie.  Ce serait en faire bon marché.  Art et poésie: deux mots gravides d’horizons illimités, mots en équilibre instable, mots en recherche de soi permanente, où rien n’existe jamais per se, n’est ni achèvement, ni aboutissement.  En effet, ici, dans ce splendide concert imprimé, traversé de vers ici émouvants, là bouleversants, rhapsodie accompagnée de feux d’artifice picturaux aussi thématiquement justes que chatoyants, l’incomplétude triomphe.  Elle est, bien plus encore que dans une toccata et fugue, davantage palpable dans la dynamique que dans la plénitude, moins dans l’accomplissement que dans la fuite. 
Géométriquement, cette sorte de contrepoint qui implique la virtuosité interactive de deux arts aussi fugaces que le staccato poétique de Simone Cukier et les abstractions passionnées de Michèle Frank, évoque davantage les maelströms du temps et de la vie que leur expression accomplie.  C’est la fougue des Michel-ange, Beethoven et Rimbaud, plutôt que la sérénité des Constable, Couperin ou Lamartine.  Aussi, quand ces deux grandes dames de la poésie et de la peinture nous offrent «Éclatements», ne nous attendons surtout pas à pouvoir y pénétrer légèrement et à nous en tirer indemnes.
C’est, j’en conviens sans ambages, «Cendres», la première partie du recueil, qui m’a le plus touché, dans la mesure où tout y affronte la mort, tout en l’exorcisant et en allant puiser dans un deuil sans fin le courage de la braver et de poursuivre ce qu’on voudrait qu’une vie de survivant ait de fini: «… Mon père / Cinquante ans après / Où sont les cendres / à Birkenau?...».  Deux pages plus loin, face à la violente  dramaturgie d’un carton de bleus et d’ocres, ensanglanté de blanc, zébré de noir et sous-titré Barbelés, point une dédicace: «À mon père embrassant les barbelés» qui évoque le dernier acte d’homme libre d’un martyr de la Shoah.  
Dans la deuxième partie, «Éclats de vie», Simone Cukier, en train de se construire à partir des tessons de son passé, s’adresse au lecteur, avec lequel et pour lequel le témoin doit vivre en dépit du passé, en dépit aussi du père électrocuté et malgré la petite fille disparue à Bergen-Belsen: «... Je vous écris d’un temps / entre deux temps, / entre l’avant / et l’après, / l’avant de la vie / et bientôt l’après de la vie, / le rien...».  Et la vie continue dans les vers de «Sienne», où elle crie, face à une somptueuse huile sur toile intitulée Sanguine, où l’huile des ors, ocres et terre de Sienne explose en fulgurances blanches sur une toile volcanique: «Sienne me brûle. / Ô ma sanguine...» et, plus loin «... L’argile contre l’or du sang / Là où je veux aller / Pour savoir d’où je viens».  Une fois de plus, on ne peut qu’admirer la parfaite entente et la réciprocité artistique des deux amies dont les couleurs vibrent à l’unisson: l’artiste peintre et la poétesse.
De ces vibrations, la passion n’exclut pas le moderato, voire l’adagio.  À la question de Michèle, «Quel horizon?», sorte de rhapsody in blue de Prusse et de turquoise, Simone répond: «Je resterai assise sur la jetée / Parce que la mer s’en va aussi derrière l’île, / de l’autre côté de l’enfance (...) Et mes larmes rempliront la mer jusqu’au raz de marée / qui m’amènera au bout de la vie»... et nous vers la troisième partie du recueil.  Après avoir été persuadée, en 2, d’être et de continuer dans cette troisième partie, «Amour, désir», la vie reprend décidément ses droits.  Cependant, même sous le «Soleil éblouissant», que Michèle illustre par une houle de mer en fusion, et avec «Lui / dont la chair obscure / est entrée en moi...» se dresse «… une pierre tombale / où je dépose / chaque année / un caillou de mémoire…».  Et voilà qui m’évoque la dramaturgie du poète Charles Dobzynski,[2] qui la considère «à revoir, la mémoire» et affirme «Je ne suis qu’un fil / passant par le chas / d’une survie improbable». 
Alors, passé ou futur, mémoire ou espoir, mort ou vie?  «Je ne sais plus / Je ne sais plus où amasser mes feuilles mortes / et quoi faire de ce corps d’argile...» (se) demande la poétesse, que Michèle Frank place, dans «Entre deux feux», le premier tableau figuratif que je vois d’elle, face à l’exigence de vie.  Ici, le poème et le tableau forment comme un somptueux diptyque dont l’ensemble est décrit de manière aussi frappante que prémonitoire par deux vers de la regrettée José Ensch: «... la femme au lait d’amande amère (...) jusqu’au roi qui s’embrase dans les roses...»[3]
Peut-être que José eût pu aussi écrire «J’ai vu le sablier du ciel et de la mer se renverser (...) Je regarde le jour venir parmi les pierres», mais c’est Simone Cukier qui a vu, regardé, conçu et formulé ces vers dans «Le sablier» dont Michèle Frank projette l’étranglement force d’huile sur toile dans son déchirant «Terre solaire».  C’est que, loin de s’écouler avec la fluidité impalpable du sable fin, celle-ci pousse ses éléments vitaux à travers un présent trop étroit pour espérer permettre le passage indolore d’un passé cauchemardesque vers un futur incertain.
Après sa première enfance dans les Landes à l’ombre du souvenir de son père tombé à la frontière allemande, Michèle Frank va vivre avec sa mère en Lorraine chez ses grands-parents maternels, tandis que son frère reste là-bas avec ses grands-parents paternels.  Double séparation: source de déchirement, solitude et révolte qui marqueront sa vie et son oeuvre.  Son roman autobiographique, Ressac, paru en 2005, en sera le fruit.  Après ses études de Lettres et au-delà de sa passion pour la littérature, elle découvre la peinture, où elle s’explose, sans se livrer, en un feu d’artifice de créations d’une indicible magie.  De fil en aiguille, l’art lui apporte l’amour et lui ouvre de nouveaux horizons en la personne du génial sculpteur luxembourgeois René Wiroth.  Quoique chacun des deux artistes reste ancré dans sa discipline et s’y épanouisse, leur profonde union tant maritale que culturelle se traduit par un grand nombre d’expositions et de publications communes.[4]
Simone Cukier est née en 1939 en Vendée dans une famille juive originaire de Sedan. Arrêté par la police française, son père est déporté et meurt à Auschwitz Birkenau.  Simone grandit en Suisse, où sa mère s’est remariée après la guerre, donc au sein d’une famille recomposée.  «Est-ce ce parcours douloureux qui est à l’origine de sa sensibilité exacerbée?» lisons-nous en quatrième de couverture.  La réponse est: oui, bien sûr.  Et déjà appert le parallélisme de destin entre les deux auteures du livre, où nous lisons une fois de plus le déchirement, la solitude et la révolte qui marqueront la vie et l’oeuvre de Simone, comme elles ont marqué celles de Michèle.  Aussi, tout comme celle de Michèle, la construction de Simone sera lente.  Portée vers la poésie dès l’adolescence, elle étudie les Lettres, enseigne français et latin et monte durant trente ans sur les planches afin de faire vivre et aimer la poésie.  Depuis plus de quarante ans elle jalonne de poèmes et autres textes le chemin de sa vie.
Quel bonheur pour nous, que de pouvoir rencontrer ensemble ces deux victimes de la guerre, cette folie des hommes, ces deux orphelines de père, pères nécessairement idéalisés, de ces deux femmes tourmentés, écorchée vives, mais fortes, que l’amour des lettres et de l’art, de l’autre et des autres portèrent vers l’avenir et l’une vers l’autre!  Et quel bonheur, que cette rencontre entre ces deux auteures et entre elles et nous se concrétise aujourd’hui en un exceptionnel recueil:
ÉCLATEMENTS !


 



[1]  Éclatements : recueil de poèmes de Simone Cukier illustré (couleur) par Michèle Frank, livre-album 21 x 21 cm, avril 2011, 15,- €, dans les bonnes librairies, ou à commander par mail à mfrank@pt.lu ou contact@frank-wiroth.lu
[2]  Sur le poète Charles Dobzynski, né en 1929 à Varsovie, v. notamment Wikipedia, ainsi que mon article dans la Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 4.7.2006.
[3]  Vers extraits du recueil «L’aiguille aveugle» de l’immense poétesse que fut José Ensch (1942-2008).
[4]  Sur Michèle Frank et René Wiroth v. leur site http://frank-wiroth.lu/, ainsi que mes articles dans la Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek des 15.7.2006, 7.6.2007, 11.12.2007, 16.5.2008 et 10.5.2011, 

samedi 10 décembre 2011

A La Manouba... No comment

Message de "nos étudiantes" : A l'intention des professeurs qui refusent d'enseigner à des étudiantes portant le niqab, il y a de nombreux enseignants au chômage qui sont prêts à enseigner...

mardi 29 novembre 2011

Laurent Fels : Ourganos. Giulio-Enrico Pisani

Laurent Fels : Ourganos (1)
ou
«L’ascétisme du verbe» & «L’hermétisme du cri». Giulio-Enrico Pisani.
Ce recueil de poèmes est à la fois artistement et intelligemment illustré par le génial calligraphe Luc Templier, qui nous laisse toutefois frustrés de quelques planches et dont l’un des calligrammes n’eût pas déparé sur une couverture par ailleurs fort sévère.  Ce petit bémol signalé, voici le concert : dix-neuf mouvements poétiques qui plongent au sources de l’être et du penser humain!  Laurent Fels (2) nous sert dix, quinze, peut-être dix-neuf mille ans d’interrogations, voire davantage, à tel point compactées que la densité de ces joyaux peut déboussoler.  Même une loupe de diamantaire ne saurait vous dispenser, amis lecteurs, de multiples lectures. 
Notez que j’en suis encore à me demander comment moi, le dilettante, je peux vous présenter cette poésie, dont chaque strophe, chaque vers même, appelle autant de référents, arts, sciences et disciplines qu’il s’y trouve de mots, voire de syllabes.  Comment obtiendrais-je que ces vers aux multiples facettes vous interpellent autant qu’ils m’ont effrayé d’abord par leurs allusions et leurs mystères à clef et fasciné ensuite grâce aux tableaux dévoilés et aux imageries où j’ai pu pénétrer?  Premier défi.
Ou, mieux encore, qu’irai-je ajouter à la préface du poète et critique littéraire Paul Mathieu, véritable accompagnement qui, à défaut d’être exhaustif – c’est impossible – n’est pas loin d’être aussi riche que le contenu des poèmes.  Il est vrai que cette préface semble par moments flotter, voire soulever plus d’interrogations qu’elle n’apporte de réponses, mais cela s’explique par l’approche philosophique profonde d’une matière peu accessible d’emblée.  Quant à moi, je suis loin de pavoiser.  Bien de mystères me sont restés fermés.  Mais ne pas tout comprendre de la vie vous empêche-t-il de vivre?  Tout n’est d’ailleurs pas à cette enseigne et, chance ou, plutôt, talent du poète, nombre de treilles me chatouillant d’assez près, je ne suis pas trop obligé de me plaindre de la verdeur des raisins.  
Commençons cependant par rendre à Paul ce qui est à Paul et essayons, comme lui, d’évaluer le titre: Ourganos, qui pourrait évoquer l’ouragan.  Qu’est-ce cependant qu’un ouragan, sinon le violent accouplement du ciel et de la terre, l’hiérogamie d’Ouranos et de Gaïa?  Paul Mathieu se lance dès lors sur les traces de Laurent Fels, le poète prométhéen, qui, sur les ailes du phoenix, l’oiseau de feu, semble s’attaquer à quelque réédition du monde, et notre préfacier de clamer: 
«Pas de possession de la matière, pas d’image taillée. Rien que la construction intérieure. Le monde s’est trompé de direction, seule pourra le sauver la beauté créatrice qui l’inscrit hors de l’ordinaire.»
Puis, un paragraphe plus loin: «Très clairement dans le sillage de Hölderlin, qui tenait l’art pour supérieur à la religion, et dans la continuité de Novalis, le poète apparaît à l’envi comme un substitut de prêtre. Laurent Fels lui attribue par ailleurs dans se essais un statut chamanique.»
Et voilà qu’à l’Oiseau de feu fait suite le Sacre du printemps!  Bien le bon jour d’Igor Stravinsky, à qui Laurent dédie, en même temps qu’à Saint-John Perse, ce jardin de... Kachtcheï ?  Mais non, mais non, j’aurais plutôt tendance à croire Paul trop envoûté par ce que Laurent entrouvre de mystères, de mystiques et de supposées transcendances.  L’art étant supérieur à la religion, le poète remplaçant le prêtre et l’enchantement du mot abrogeant le vers incantatoire, voilà notre aède rendu au jardin d’Épicure dont il essaie de se persuader vouloir sortir ! 
Car, ne nous y trompons pas, ni ne laissons le poète chaman nous mener en bateau...  ivre !  Et ivre d’imageries transcendantes qui reflètent les aspirations profondes de l’auteur, il l’est, ce recueil, c’est vrai, mais il transpire aussi par tous ses pores une raison que la raison lui impose.  Aussi, presque tous ses référents et références mystico-kabalo-mythologiques nous ramènent à tous les coups au couple primordial Uranus-Gaïa évoqué par Paul Mathieu, à la nature donc, au «deus sive natura» de Baruch Spinoza.
Et c’est de cette lutte de titans entre le ciel et la terre, l’esprit et la matière, le yin et le yang dans l’esprit du poète, lutte qui porte sa main, guide sa plume et tourmente son papier, que jaillit toute la beauté des vers felsiens.
«Un navire a échoué dans le désert, / au milieu des sables infinis. Nous l’avons / choisi comme temple de la solitude (...) ... Sous une pyramide en verre, nous / nous sommes assis, contemplant les étoiles / à portée d’esprit. Ce sont les îles de l’éveil / astral, seules abordables par le sentier d’une / longue initiation...»
On croirait-y être!  Il faudra tout de même que le poète Jalel el Gharbi – que beaucoup relie à Fels – m’amène faire un tour dans le désert tunisien par une nuit asélénique.  À moins que ce soit dans les sables d’Édom (Idumée), où aurait régné, selon certain théologien grec Savvas Aliagozoglu, un régent ou satrape Ioannis Ourganos (Urkanos) (3).  Tiens, tiens, Paul; voilà qui serait moins mythologique, mais va savoir!?   De toute manière, quoi de plus matériel que l’«astralité» de Laurent Fels ?  Tenez; ce libre-penseur matérialiste et athée qu’était Rimbaud n’écrivait-il pas déjà il y a plus d’un siècle ces vers à l’ascendance plausible?
 «J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles / Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : / - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles, / Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?...» 
Qu’est-ce que le chamanisme et, après lui, toutes les mythologies que sont-elles, sinon l’expression de la croyance aux forces naturelles?  Et qu’est-ce que l’astrologie, la numérologie, l’occultisme, la kabbale, les religions et toutes les théologies sont-elles de plus, que tentatives ici ésotériques là exotériques, mais toujours maladroitement humaines, afin de les comprendre ?
Reste la poésie.  Peut-elle endosser tout cela, cette pléthore de tentatives, d’espérances, de trop souvent vaines recherches et aller bien au-delà même de la poésophie?  J’y travaille, a l’air de nous confirmer Laurent Fels entre deux vers.  Et pourquoi ne pas lui faire confiance?
« ... Nature, dans ta singulière beauté / de la Divinité!  L’impossible se situe dans / l’ornière du désir... », écrit-il, puis semble vouloir démentir en achevant et le poème et son recueil par les vers «... Désir de matière, toujours tu / habiteras l’échec!». 
Je dis bien: semble démentir; car habiter ne signifie pas connaître.  Cela ne suggère-t-il pas que l’esprit le plus subtil ne connaît rien du corps qu’il habite, dont il est pourtant l’inséparable corollaire et avec lequel il forme un tout? (4)

1)            Éditions Poiêtês, 69 p., illustr. couleurs, 30,- EUR, déjà disponible au Luxembourg chez Diderich, Ernster et Libo-Gare. Peut aussi être commandé en ligne sur http://poietes.poesie-web.eu (coll. "Poésie"), ou par courriel à fels@poesie-web.eu.
2)            Voir aussi sur le poète et poéticien Laurent Fels mes présentations dans laZeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 25.4.06: «Comme un sourire», du 19.6.07 : «Intermittences» et du 13.12.07 : «Sous l’égide du bleu, essai sur l’œuvre d’Elisa Huttin».
3)            Selon la revue turque en ligne Ikideniz
4)            Un tout, mais non une unité. En effet, selon Héraclite, l’«inventeur» de la philosophie il y a plus de vingt-cinq siècles et, si j’ai bien compris, ici, l’un des inspirateurs de Laurent Fels, l’unité est mortifère.  La vie est dualité et mouvement... (et conflit, mais ça, c’est une autre histoire).

Giulio-Enrico Pisani
Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek
     Luxembourg, 3 septembre 2008


أقمتم فؤادي في الهوى وقعدتم     وأسهرتم جفني القريح ونمتم
ومنزلكم بين الفؤاد وناظري     فلا القلب يسلوكم ولا الدمع يكتم
وعاهدتموني أن تقيموا على الوفا     فلما تملكتم فؤادي غدرتم
ولم ترحموا وجدي بكم وتلهفي     أأنتم صروف الحادثات أمنتم
سألتكم بالله أن مت فاكتبوا     على لوح قبري أن هذا متيم
لعل شجيا عارفا لوعة الهوى     يمر على قبر المحب فيرحم


In Mille et Une Nuits, Tome 1, « Nuit XVIII », page 26, Éditions
Dar El Aouda, Beyrouth 1985.

dimanche 27 novembre 2011

Nouvelle publication de Laurent Fels.

Laurent Fels
Ourganos

…Sphères d’exil… Midi flairant la solitude des rapaces à leur gîte, flairant l’argile de la demeure sans porte…

… Trois étoiles comme des yeux de Cyclope brillent dans le miroir en triptyque. C’est l’eau du  silence qui sort du pan de mur devant l’arbre mort…

… L’odeur des cactées nous ravine la mémoire. Midi de fauve, je t’ai nommé jour-de-tristesse sous ta longue houppelande d’ascète…

Laurent Fels Ourganos. Editions Rafael de Surtis 2011

lundi 7 novembre 2011

Variations sur quatre vers d’Edmond Dune : Les seigneurs de la guerre par Giulio-Enrico Pisani

Edmond Dune 1914-1988.
Notre ami Giulio-Enrico Pisani publie dans le Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, l'article suivant :
La définition classique des « seigneurs de la guerre » ou « seigneurs de guerre » est plus ou moins connue. Il s’agit d’individus, souvent des chefs militaires, qui profitent des carences du pouvoir central dans un pays, pour en contrôler une partie au moyen des troupes ou bandes armées qu’ils commandent.(1) Quelques soient leurs origines (paysans ruinés devenus bandits, nobles ou roitelets révoltés, grands vassaux en rupture de ban ou généraux renégats), ils ne songent qu’à imposer leur loi et leurs règles (territoriales, commerciales, militaires, etc.). Quoique ce terme soit communément employé pour désigner un phénomène de l’histoire chinoise, surtout entre le 7e et le 3e siècle avant notre ère (Royaumes combattants)(2), au 3e siècle de notre ère (époque des trois royaumes), mais aussi dans la 1ère moitié du siècle dernier (République), sa définition même témoigne de son universalité. On les retrouve en effet aussi bien dans l’antiquité qu’au Moyen-Âge, durant l’ère moderne ou à l’époque contemporaine.
Aujourd’hui ? Mais oui, à l’heure même où j’écris. C’est parfaitement reconnu. Aussi, les linguistes de la pensée unique et du politiquement correct, qui ne peuvent en nier l’existence, la limitent pourtant de nos jours aux quelques cas perturbateurs du désordre mondial G-vingtiste. Ils situent les seigneurs de guerre notamment dans le Caucase, dans la Corne d’Afrique,(3) au Soudan, en Afrique centrale(4), en Afghanistan, au Pakistan et en Birmanie. Et, de fait, l’on peut considérer que dans ces pays la grande majorité des chefs de bande pas toujours opposés au pouvoir central mais toujours indépendants de celui-ci, répondent plus ou moins à notre définition classique. Mais la réalité va bien au-delà de ces apparences, et tous les crabes ne sont pas contenus dans le panier que nous montrent les grands médias, loin de là.
L’histoire n’a en effet rien d’une notion figée. Elle se répète souvent, mais jamais à l’identique. Elle change et évolue, tout comme changent et évoluent l’humanité, la politique, l’économie, les rapports internationaux, les rapports de force à tous les niveaux, etc., etc.. De plus, les différences de points de vue, ses implications sentimentales, ses interprétations subjectives et ses récupérations politiciennes n’ont jamais permis à l’histoire (et ne lui permettront jamais) d’être une science exacte. Si, par exemple, pour un quelconque pouvoir central impérial ou national, le seigneur de guerre a toujours été par définition un « méchant », il se peut très bien que les sujets de celui-ci l’aient trouvé préférable au premier. Le contraire pouvant être tout aussi vrai, ou bien les deux alternatives pouvant être aussi craintes et détestées l’une que l’autre ; il ne s’agit pas à ce niveau de porter un quelconque jugement de valeur.
Il serait cependant bon, que nous cessions de nos jours de raisonner et d’apprécier les situations historiques uniquement en fonction de modèles établis et des schémas préférés des politiciens et de la presse dominante. Aujourd’hui, la globalisation entamée au 19e siècle avec la facilitation et la rapidité croissante des transports et de communications est, sinon achevée, du moins un fait accompli, indéniable, surtout depuis la fin de l’URSS. Le monde économique socialiste ne travaillait en effet que relativement peu avec l’économie capitaliste, qui ne peut donc pas encore se considérer entièrement mondialisée avant la dernière décade du 20e siècle. C’est donc la terre dans son ensemble, qui peut – toutes choses égales par ailleurs – être comparée de nos jours à la Chine des Royaumes combattants, des Trois Royaumes ou de son époque de parturition républicaine.
Désormais, c’est l’ONU, qui peut être considérée comme la parfaite incarnation d’un pouvoir central déficient dont les décisions ne sont effectives que dans la mesure où elles conviennent aux nouveaux seigneurs de guerre et se voient appliquées par eux. Certes, on peut s’estimer heureux que l’empire américain n’ait pas été en mesure de réaliser ses ambitions d’hégémonie mondiale après l’effondrement de l’URSS. Économiquement presque aussi fragiles que leur ancien adversaire socialiste, les USA ne tiennent le coup que grâce à la planche à dollars et au fait que la Chine, L’UE, la Russie, le Japon, le Brésil, l’Inde et les pays pétroliers continuent à la soutenir. Bien obligés, dans le système de globalisation capitaliste, afin de ne pas laisser s’effondrer leurs propres économies sans rattrapage possible.(5)
Mais revenons à l’ONU, fer de lance autoproclamé de la démocratie, qui y a été dégradée au niveau de véritable farce et encore, de très mauvaise qualité. Contrairement à ce qu’ont toujours craint les détracteurs de la démocratie depuis l’Antiquité, ce n’est pas l’indécision et la discorde dans la multitude ou la cacophonie des opinions discordantes qui ridiculisent sa version onusienne, mais bien l’arbitraire de quelques décideurs. Ce n’est pas le grand nombre des états membres (195 aux dernières nouvelles) qui rendent toute décision inapplicable, donc les représentants de cette assemblée qui vote des résolutions, mais certains membres du Conseil de Sécurité restreint avec leur droit veto. Par exemple, l’état palestinien serait réel et l’embargo cubain levé depuis longtemps, si les États-unis ne bloquaient pas ou rendaient inopérantes toutes les résolutions en faveur de la paix et du droit de ces peuples à la liberté et à l’indépendance politique complète.
L’ONU futur gouvernement mondial ? Vous voulez rire, amis lecteurs ? Pas tant que son fonctionnement ne sera pas démocratisé et, surtout, pas tant que nos chefs d’état n’auront pas cessé de se comporter comme des chefs de guerre... économique, bien sûr, entre G-vingtistes, ou militaire contre les non-membres. Vingt chefs de guerre ? Oh non, il y en a bien plus. À côté des Obama, Poutine, Merkel, Barroso, Brown, Sarkozy ou autres Berlusconi, il y a les chefs de bande qui voudraient devenir de chefs d’armée. Il y a en a, notez, qui agissent en sous-main, d’autres qui s’agitent davantage et puis il y a ceux qui attendent de tirer les marrons du feu.
Et il y a les valets de guerre des seigneurs de guerre, les suivistes suiveurs, supposés hommes forts ou prétendues femmes fortes sans grand pays pour avoir du répondant, qui rongent leur frein comme porteurs de sabre ou agitprop de leur maîtres. Et voilà que tout ce belliqueux petit monde voit son heure venue de se faire la guerre par pays pauvre interposé(6), de s’embrasser aux cocktails mondains où le champagne pétille de trahison et, surtout, de se faire mousser comme jamais ce ne fut possible au temps où Washington et Moscou décidaient seuls de tout. Tout change et pourtant rien de fondamental n’a changé depuis « Les trois royaumes » et si aujourd’hui nous pouvions boire un verre avec le poète Edmond Dune, il ne manquerait pas de nous redire son petit poème de 1962, qui résumait en trois vers la « générosité » des seigneurs de guerre et en quatrième position la réponse des promis à l’abattoir :
« -Nous fournirons l’argent et les chansons,
L’idéal, les drapeaux, les chars, les bombes,
L’aide de Dieu, le droit, les raisons.
-Compris ! Vous creuserez même nos tombes. »

Edmond Dune, 1962

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1) Région généralement limitée par les territoires d’autres seigneurs de guerre. Certains parmi eux pouvaient exceptionnellement parvenir à éliminer leurs concurrents, accéder à la domination de tout le pays, se faire légitimer de l’une ou l’autre manière, rétablir le pouvoir central et mettre fin au système des « seigneurs de la guerre ».
2) Exemple : dès la fin du 8e siècle, l’ancienne dynastie royale des Zhou (11e – 3e), en retraite face aux invasions nomades, ne règne plus que sur une parcelle du territoire chinois, théoriquement du moins, car elle se subdivisera peu à peu en près de deux centaines de royaumes et principautés : autant de seigneurs de guerre.
3) Somalie, Abyssinie.
4) Région des Grands lacs et République Démocratique du Congo.
5) Tant que les USA pourront continuer à vivre à crédit sur le dollar, son éventuelle faillite risquerait de renvoyer l’économie mondiale plusieurs siècles en arrière. Et dans ce cas, même la Banque mondiale et le FMI seraient balayés come fétus de paille dans le cyclone.
6) Stratégie belliqueuse tacitement reconnue d’utilité publique depuis 1946. Elle épargne de nombreuses vies humaines dans les pays développés ; renouvelle la population du Tiers-monde et la renforce par sélection naturelle ; permet de remplacer par des installations et du matériel denier cri fournis à crédit toutes les « vieilleries » détruites, pour le plus grand bénéfice des capitalistes sans frontières.

Giulio-Enrico Pisani

mardi 16 février 2010