jeudi 29 avril 2010

Note de lecture de Tahar Bekri

Le poète Tahar Bekri vient de publier dans Cultures Sud une note de lecture sur mon recueil Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête (éditions du Cygne). Voici un extrait de cet article qu'on peut lire en intégralité sur http://www.culturessud.com/contenu.php?id=219



Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête

Note de Lecture de Tahar Bekri

On connaissait l’universitaire et poéticien tunisien, auteur d’ouvrages consacrés à Baudelaire, Jules Supervielle, Michel Deguy, Claude Michel Cluny, la Luxembourgeoise, José Ensch, voici le poète plongé dans une écriture soufie où la référence à la mystique musulmane est manifeste.

D’Ibn Arabi à Rûmi en passant par Jamil, en connaisseur de l’arabe et du français, Jalel El Gharbi met dans ces deux langues tout son savoir rhétorique, stylistique, fait parler la grammaire et la philologie, passe en revue le vocabulaire et l’étymologie. Il établit ainsi un dialogue Orient/Occident jusqu’à se réclamer d’un concept qu’il nomme Orcident...

lundi 26 avril 2010

Question de Kif




Extrait d’une communication présentée lors du colloque annuel de La Faculté des Lettres de La Manouba. Ce texte paraîtra dans les actes.


Evoquant le « Kif », Albert Memmi écrit : « Le Kif est un état de l’âme. Une chaise à l’ombre, à la fin de la sieste, où la chaleur imperceptiblement se transforme en fraîcheur ; au crépuscule où lentement les couleurs se changent en nuit. Ce vieil homme assis sur la terrasse blanche du café du Phare devant la mer immense, que je retrouvai à la même place, le soir : se réjouissait-il de l’infini ou était-il au-delà des plaisirs ? Le kif est-il cet au-delà ? »[1].
Le Kif est un état d’impassibilité à cela qui agite le monde doublé d’une sensibilité aiguisée pour les menus plaisirs : le café, le verre de Boukha, le chant d’un oiseau, une rose, un bouquet de jasmin. Rhétoriquement, on peut avancer que le kif est une désaffection pour l’hyperbole et une affiliation à l’euphémisme. Ce n’est pas le farniente mais le farniente est une de ses conditions. Généralement le kif exige la solitude. On pourrait peut-être le rapprocher de l’ataraxie épicurienne. Notons que la première source du « kif », c’est le cannabis, le kif, ou alors tout ce qui peut se substituer à lui, et créer la même léthargie qu’il donne. Le verbe familier « kiffer » signifiant « apprécier », goûter au plaisir de quelque chose est très proche du sens que lui donne Albert Memmi. La section Kif du recueil égrène tour à tour les menus plaisirs du kif : le « hachich », « un œillet sur l’oreille », le luth, la sieste, le café, les baignades à Dermech. Le Kif, c’est l’ivresse trouvée par tous les moyens, c’est le sens dans un monde insensé. Il rappelle en cela l’ouvrage de Philip Delerme, La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Il serait également à rapprocher de ce que Nicolas Bouvier appelle dans son irrésistible Usage du monde « plaisirs modiques ». Evoquant son compagnon Thierry Vernet, il note : « Il profitait de la moindre grippe pour faire peau neuve, se remettait rapidement et menait sa convalescence à coups de plaisirs modiques et bien dosés : un verre de thé sous les peupliers, une promenade de cinquante mètres, une noix, penser dix minutes à la ville de Stamboul ou encore, lire de vieux numéros de Confidences, prêtés par une de mes élèves, et qui lui valaient bien des satisfactions. Le “Courrier du cœur” surtout. Il y avait des perles signées « Juliette éplorée (Haute-Saône) ” ou “ Jean-Louis surpris (Indre) ”… “Je ne l’ai pourtant pratiquement jamais trompée, exception faite d’aventures de voyage qui ne m’ont presque rien coûté… ”»[2] . Le kif est moins anodin qu’il n’y paraît qui repose sur une autre sémiologie du monde donnant accès au sacré. Ce sacré qu’un rien, par exemple une amande, suffit à exprimer.
[1] Le Mirliton du Ciel, pp. 36-37.
[2] Nicolas Bouvier : L’Usage du monde. p. 205. in Œuvres. Quarto Gallimard. 2004.

lundi 19 avril 2010

Michel Collot

Portrait. Peinture romaine. Musée municipal de Sfax.
L’incontournable peinture dans Chaosmos de Michel Collot

Chaosmos est d’abord le recueil des choses pactisant avec leur négation. Il ne s’agit pas pour le poète d’apparier des réalités dichotomiques mais de transcender ces dichotomies dans une perspective que je qualifierais de moniste, une perspective qui verrait dans le flux et le reflux, dans l’affirmation et la négation un même mouvement. Chaosmos est le recueil de l’osmose entre le chaos et le monde ; entre la forme et sa destruction. Pourtant, la figure qui rendrait le mieux compte de l’œuvre de Michel Collot, n’est pas le zeugme et encore moins l’oxymore sans doute parce que dans cet univers poétique, les dichotomies ne sont pas ressenties comme telles. Comme dans l’œuvre de Caspar David Frederich, on voit ici cette parenté, cette contiguïté entre cime et abîme : « l’espace de la passion n’a rien d’un paysage. Tout entier vertical, dépourvu d’horizon, fracture, il est l’abîme et simultanément la cime, où culmine, en un surplomb brutal, le visage de l’autre. »
L’expression lexicale de cette parenté serait la fréquence du recours aux affixes privatifs « dé », « dis » dans les paires du type joint/disjoint ; nouer/dénouer ; faire/défaire ; apparaître/disparaître… Si de tels antonymes sont fréquents dans l’œuvre, c’est sans doute parce que la forme négative conserve en elle-même sa négation, l’affirmation. Tout semble indiquer que chez Michel Collot les dichotomies doivent demeurer irrésolues. Par exemple, faire / défaire ne sont pas des antonymes, mais deux corollaires. Tout ce qui se fait se défait ; dit autrement cela donnerait des truismes comme : vivre, c’est aussi mourir. Le phénomène – tout phénomène - est toujours pris dans le battement apparition / disparition dans une perspective qui insinue que l’être et le néant sont les deux volets d’une même réalité. C’est ce que suggère le poème « Sounion », poème soucieux d’établir un « trait d’union entre terre et ciel, équilibre entre élan et forme, vide et plein ». La suite du poème ne fait que corroborer ce souci. Au mot-valise du titre, le recueil cherche à faire correspondre une réalité-valise.
Le poète se maintient dans ce point qui est à la fois paroxysme, oxymore et paradoxe. Tout cela que Michel Deguy proposait d’appeler « paradoxymore » c’est-à-dire le paradoxe de l’oxymore inscrit dans l’unité et dans la durée que semble lui conférer le mot-valise. Il faut que l’acmé soit bien plus qu’un frêle instant dans la prise de parole ; il faut que la cime ne soit pas que le prélude du précipice. En un mot, il convient que l’éphémère perdure et que le néant soit habitable.
On est en droit de s’interroger sur la nature de ce principe qui fait que tout se mue en sa négation. Métamorphose dont on voit le résultat dans maintes occurrences. C’est « le bâtisseur [qui] convertit la force en douceur » ou : « le silence [qui] s’arrondit en milliers d’échos ». La réponse est susurrée par le poème de la page 88 : « Matière, lumière, que tout oppose : les unir, en s’enfonçant dans l’épaisseur pour en exprimer une clarté nouvelle, qui ne relève plus de l’idéalité, mais sourdement émane du plus obscur de l’être : des tâtonnements aveugles du geste, de la nuit de la chair, du cœur dense et ténébreux de la substance ». La suite du texte évoque l’expérience picturale comme puisant dans la contradiction. Voici le travail du peintre résumé par Collot : « Animer et différencier la matière pour l’arracher à l’inertie, la disposer à rayonner. Rendre visible la lumière, en la privant de sa transparence, pour lui donner une consistance ».
L’œuvre de Michel Collot semble vouloir signifier la synonymie des antonymes. Pour cela, le poète semble procéder à une relecture du monde, beaucoup plus à la manière de Jules Supervielle qu’à celle de Victor Hugo. Je pense à Supervielle surtout pour la place qu’occupent les nuages chez les deux poètes. Chez Michel Collot, les nuages sont une jonction entre dynamique et statique : « un nuage immobile s’étire, change insensiblement de forme. Les cimes dardent leurs glaciers, irradiés de lumière, crevassés d’ombres violentes. L’immuable et l’éphémère, le tendre et le cruel un instant s’équilibrent. Boucliers suspendus dans la paix de l’azur ». Il semble le mouvement qui remporte le plus l’adhésion du poète soit celui qui relève d’un changement de point de vue du sujet que d’un déplacement de l’objet observé. Dit autrement, il semble que le mouvement par excellence soit dans l’évolution de notre perception. Cela fait penser à l’anamorphose. Le monde est une anamorphose. Il y a partout un crâne caché, l’ombre de la mort. « Les Ambassadeurs » de Holbein représente bien plus que le portait de deux ambassadeurs ; c’est l’image du monde, son paysage.
La peinture est tout à la fois la clé et l’énigme de l’œuvre de Michel Collot tant il est difficile de savoir si, décrivant un spectacle- le poète évoque un paysage ou une représentation du paysage. Il serait trop facile d’attribuer cela au goût du poète pour le pictural et à sa prédilection pour l’image.
Michel Collot aime à diffracter les images, à créer des échos, à multiplier les reflets. Dans cette entreprise, le pictural est le meilleur biais par lequel se dit le poétique. On peut même avancer que tout concourt ici à suggérer l’idée que le pictural est une image du poétique. Sans doute parce que la figure ne peut être saisie que figuralement ou mieux encore par des figures, par des représentations, par la peinture. Le pictural n’est ni le reflet du monde, ni sa doublure, ni son pendant. Il est mode de lecture du réel, un des modes sous lesquels le poétique se donne à voir. Sans le biais du pictural, le monde ne se caractériserait pas par ce renouvellement permanent qu’on lui voit sous la plume de Michel Collot.

lundi 12 avril 2010

Article de Béatrice Libert


« Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête », Jalel El Gharbi, Editions du Cygne, 2010.
Article de Béatrice Libert, Liège, le 10 avril 2010.

Quel livre édifions-nous lorsque mot à mot nous écrivons fragments sur fragments, dans la solitude de la chambre, sous la lampe silencieuse? Quel livre Jalel El Gharbi a-t-il constitué dans sa retraite tunisienne ? D’une insaisissable beauté, il subjugue, fascine, ennoblit.
En voici l’incipit : « Dieu qui mettez le poète sur le chemin de l’amour ». Avec lui, un ton nous est donné, ainsi que quatre mots clefs propres à la démarche de ce fin lettré universitaire. Il y a le mot « Dieu », témoin de la part sacrée présente en chaque être, plus vive, plus exacerbée, semble-t-il, chez l’artiste. Et le poète écrit comme il prie. Il y a le mot « poète », cet orfèvre de la parole, arpenteur de tous les possibles. Et l’auteur en a fait la quête de sa vie intellectuelle. Il y a « chemin », aller, retour, croisement, carrefour, échange, voie vers l’ineffable, quête infinie du poème. Et Jalel est un grand voyageur. Enfin, il y a « l’amour ». Et « Peut-on aimer hors de l’enceinte du poème et de l’attente ? »
Vers fondateur, posé au seuil du livre, avec la volonté de marquer un territoire poétique, de l’orienter, de mettre sur orbite, le poète, le poème et le lecteur. Et sitôt la balise arrêtée, voici que le poète veut déjà la déplacer, rêvant de la métamorphoser. Le poème est un être vivant.
Y a-t-il sur ce rocher érigé par les aigles
De quoi tromper l’étendue et ses faims
Rapiécer ses questions
Et connaître l’objet de son amour
Y a-t-il sur ce rocher qui convertit
La profondeur en vertige
Cette vérité enfermée dans un livre
Que personne n’a encore lu (…)
A l’écoute du vieux maître soufi, le lecteur essaie toutes les passes, celles où rayonnent le sens et le souffle. Et il se sent partout chez lui. Bien dans ces mots comme dans ces silences, bien dans ces reprises comme dans ces questions, bien dans ces évocations millénaires ou ces instants glanés hier. Jamais abstraite, la poésie d’El Gharbi ouvre sur la beauté absolue, celle de l’être habité par l’Esprit, chercheur d’âmes comme on était jadis, en d’autres lieux, chercheur d’or.
Etre la paume ne demandant rien au fruit
Ou le fruit n’espérant rien de la main
La soif ne voulant pas vider sa source
Ou la source désespérant de la soif (…)
Revisitant l’abécédaire du vieux maître soufi, il nous offre un éloge magnifique et mesuré, charnel et spirituel, des lettres dont il réinvente l’alif et le bê, le jim et le dal, le hê et le wê... On écoute le grammairien, on boit ses paroles ; sa sagesse entre en nous, avec l’empathie du poète pour tout le genre humain et sa profusion de livres. Poésie pacifiante !
Puis, le voyageur nous guide à travers le labyrinthe fécondant de l’art, de Delft à Luxembourg, de Bruges aux berges du Danube, de Renoir à Bach, de Sousse à Guermantes. D’un détail entrevu, il sait transmettre la ferveur, tirant leçon de toute chose, martelant son credo personnel, cette utopie pour laquelle il œuvre et qu’il nomme Orcident.
Au lecteur de nouer, selon les inflexions de sa vie, les fils tissés dans ces pages dont la forme est lente et épurée, nourrie et évocatrice. Le poème devient alors cette lampe tournant son visage vers notre nuit intérieure pour en éclairer les plis, replis, méandres. Et l’on s’imprègne à nouveau du rythme envoûtant et des images justes. Le Grammairien ne l’avait-il pas conseillé : « Lis… »
Rares sont les recueils comme celui-ci, profond, intense, intemporel. Voilà pourquoi l’on n’hésite pas à prolonger le charme de cette langue unique et belle… Un enchantement.

dimanche 11 avril 2010

De la passion


Balcon de Juliette à Vérone

De la passion.
Nous sommes incorrigibles. Et l’amour nous fait marcher, dans tous les sens du mot. Il nous induit en erreur.
Douces erreurs !
Il suffit d’un profil, d’une image, d’une photo, d’un visage et c’est l’allégorie du Tout, le sentiment d’avoir retrouvé « la primitive unité de l’être ».
L’amour : une figure prête son nom à l’absolu.
Face au renouvellement danaïdien du désir, les traités sur l’amour ne servent à rien. Nous sommes portés à la récidive malgré l’hypocrisie du désir qui nous dicte la proximité avec qui nous aimons et se ne s’épanouit que dans la distance. Une distance qui dictait aux poètes ‘Udhrites de cheminer jusqu’à ce que mort s’en suive. Le désert auquel ils aboutissaient était lui aussi allégorique : l’étendue sans fin, le pays de la soif.
Cela ne sert à rien de se demander pourquoi l’on cède aux tourments de l’amour, de se demander pourquoi l’on cède aux illusions de l’affect. C’est Tristan et Iseult condamnés à s’aimer. Il y a du tragique dans toute histoire d’amour. Le fatum s’en mêle ou le mektoub.
L’amour : beau détour pour dire l’abominable distance qui nous sépare de la plénitude d’être.
Grâce à lui on éprouve le sentiment d’avoir réalisé ce que Platon appelle dans Le Banquet « la primitive unité de l’être ». La force de l’amour réside en ceci qu’il réalise la synonymie entre les deux termes de la dualité heideggérienne : l’être et de l’étant.
La passion mobilise toutes les ressources de la rhétorique, confond les figures les plus opposées. L’hyperbole est un euphémisme. « C’est si peu dire que je t’aime » (Aragon, le Medjnoun d’Elsa)
C’est en vain que j’ai lu Ibn Hazm ou Shopenhauer.
Pourtant l’amour confine au silence, donne vue sur les contrées de l’inénarrable. La leçon qui nous vient de Qais, dit le Medjnoun (le fou), rêvant de ce que Char appellera « le désir demeuré désir » et que Rilke qualifiera d’intransitif, est que l’amour mène dans les contrées de l’illisible, de l’indicible. Qais a fini dans le désert écrivant dans une langue inconnue des textes illisibles.
Comme toutes les expériences capitales de la naissance à la mort en passant par la douleur et le plaisir, l’amour est aussi indicible. C’est sans doute pourquoi les passions des autres ne nous sont pas compréhensibles.
Parce qu’ayant trait au silence, l’amour incite à écrire, à crier sur les toits le nom de celle (celui) qu’on aime sans doute parce que « tout » et « rien », « dire » et « se taire » sont contigus.

samedi 3 avril 2010

ربيع الحب ادريس جمّاع Un poète du Soudan


ربيع الحب..


..فى ربيع الحب كنا نتساقى ونغنى
نتناجى ونناجى الطير من غصن
لغصن
ثم ضاع الأمس منى
وانطوى بالقلب حسرة.


.اننا طيفان فى حلم سماوى سرينا
واعتصرنا نشوة العمر ولكن ما ارتوينا
انه الحب فلا تسأل ولا تعتب علينا
كانت الجنة مأوانا فضاعت من يدينا
ثم ضاع الامس منى
وانطوى بالقلب حسرة



..أطلقت روحى من الأشجان ما كان سجينا
أنا ذوبت فؤادى لك لحنا وأنينا
فارحم العود اذا غنوا به لحنا حزينا
ثم ضاع الامس منى
وانطوى بالقلب حسرة


..ليس لى غير إبتساماتك من زاد وخمر
بسمة منك تشع النور فى ظلمات دهرى
وتعيد الماء والأزهار فى صحراء عمرى
ثم ضاع الامس منى
وانطوى بالقلب حسرة



Idriss Jamma’ (1922-1980) né à Khartoum, il fit ses études en Egypte et travailla dans l’enseignement au Soudan. Il est auteur d’un seul recueil « Instants restants » (non traduit). Amoureux éconduit, il sombra dans la folie. Sa poésie est d’une grande délicatesse. Il y chante l’amour du Nil et les torrents de l’amour. Poète méconnu bien que Sayyed Khalifa, le chanteur soudanais fit connaître un de ses poèmes, il est à découvrir. Voici ma traduction d'un de ses poèmes.

Au printemps de l’amour
Nous nous abreuvions l’un l’autre et nous chantions
Nous nous invoquions et invoquions l’oiseau, allant de branche en branche
Puis j’ai perdu le passé
Il s’est replié dans mon cœur peiné

Ombres dans un rêve céleste, nous avons cheminé matinalement
Nous avons extrait l’extase de la vie sans jamais nous en rassasier
C’était l’amour. Ce n’est donc pas la peine de poser des questions ou de faire des reproches
Le paradis fut notre abri et nous l’avons perdu
Il s’est replié dans mon cœur peiné

Mon âme a libéré les tourments qui étaient captifs
J’ai versé mon cœur dans un chant et dans mes plaintes
Plains donc le luth reprenant un chant mélancolique
Puis j’ai perdu le passé
Il s’est replié dans mon cœur peiné


Pour toute provision et pour tout vin je n’ai que ton sourire
Un sourire de toi suffit pour illuminer les ténèbres de mon âge
Pour rendre au désert de ma vie son eau et ses fleurs
Puis j’ai perdu le passé
Il s’est replié dans mon cœur peiné


mercredi 31 mars 2010

Armen Tarpinian


Ecrits le lendemain de la guerre, ces poèmes disent que la ruine du monde est d’abord celle de l’être. Et les constats du poète sont souvent amers : « La préhistoire nous avait légué sa terreur. » La figure biblique la mieux habilitée à dire notre monde serait Job. Chez Armen Tarpinian, tout part de la similarité entre cheminement et quête intérieure : « Le porteur de promesses/ Ne peut vivre qu’en nous ».
Nous sommes dépositaires de cela qui fait que le monde est chose immonde. Pourtant l’univers du poète est assujetti à une force majeure : l’amour. Force majeure, dis-je, d’abord par son pouvoir imageant : « Car j’aime et c’est assez pour que le jour se lève/Mes poings jaillissent/ De la colère apaisée du roc/Et irriguent la terre d’un sang neuf ». Ce que l’on voit ici, c’est l’accointance entre le corps et le monde. Un presque rien laisse permet de tout espérer :
« La rose jamais née attend /Dans les glaciers »
La rose ressemble à s’y méprendre à « L’amour qui brillait innocent/ Sous les veines de la cendre, » Il en résulte que le lyrisme n’est pas l’expression d’un émoi personnel mais plutôt le chant du monde ou encore : la voix de l’équilibre entre le sujet et le monde.
Je reviendrai sur ce recueil qui couvre cinquante ans de création poétique saluée par René Char et par Gaston Bachelard dont on trouvera en annexe deux lettres .
A lire
Armen Tarpinian : Le Chant et l’ombre. Poèmes (1945-2005). Editions La Part Commune.

dimanche 28 mars 2010

Riches Heures

J’ai enfin pu lire le livre de l’écrivain suisse Jean-Louis Kuffer (dans mes liens). Riches Heures est la moisson de cinq années d’écriture. Voici un extrait irrésistible :
Munch
L’affaire est grave : il n’y a pas un seul sourire chez Munch. Cependant une grande poésie de la douleur, une profonde mélancolie et délectation, tout le bonheur atroce de la beauté qui se connaît, je t’aime je te tue, tu m’es désir mortel, et partout cet Œil à la paupière arrachée – je n’ose même pas dormir.
Sa chair blessée n’est pas que d’un puritain misogyne (rien chez lui des ricanements gris et des verts vengeurs de Vallotton), mais c’est la triste chair du triste ciel métaphysique, c’est la chair dorée et mortelle de la Madone vampire, c’est l’incroyable rencontre d’un limpide azur dans l’univers noir et la catin rousse aux yeux verts, c’est la luxure et la mort exilant Béatrice et Laure – à l’asile, probablement.
Ce qui est certain, c’est qu’on en sait désormais un peu plus sur les pouvoirs émotionnels d’un certain blanc et d’un certain rose, le drame muet se joue sur fond vert naturellement apparié au noir cérémonial, mais les couleurs ne sont jamais attendues ni classables, chaque cri retentit avec la sienne et tous sont seuls dans la nature splendide.
Jean-Louis Kuffer : Riches Heures (Blog-Notes 2005-2006) L’Age d’Homme. 2009

mercredi 24 mars 2010

Réactions du poète Gaspard Hons à ma lecture


Je reçois à l'instant cette réaction de Gaspard Hons à mon article "Le surnom de la rose" mis en ligne le 21 mars. Merci, cher Gaspard, pour cette exceptionnelle qualité d'écoute, dont j'ai envie de dire qu'elle est un des paronymes de la fraternité.


La rose, une confidente de nature lumineuse est transcendentale : là sont les mots notés sur la première page d’un petit carnet gris toilé. Ensuite d’autres mots, des notations , des presque poèmes, des pensées souvent banales, des éclairs. Une matière première, brute. Mon terreau ! Le terreau de celui qui n’est rien, qui s’échappe. Il, celui-là, éprouve quelque chose, mais ne sait quoi.

Longtemps j’ai vécu et vis toujours en éprouvant, en traversant.

L’article de Jalel El Gharbi se pose et m’éveille, il me donne l’image de quelqu’un qui se découvre tout en continuant à éprouver, mais quoi. Au fil des ans, divers carnets se sont succédé, trois, dont roses improbables, roses incréées et roses imbrûlées. La même quête, le même désir de voir fleurir des roses effacées. Lire dans un même espace visible et invisible ; comme écrit Jalel ajointer ces deux états (mais sont-ce des états ?). Le connaissable et l’inconnaissable, les deux étrangers l’un à l’autre. L’objet de mes pensées est là et là il est absent. J’en prends me semble-t-il conscience, ou non conscience. Je m’inscris dans ce qu’écrit ce lecteur qui me découvre, dans ce synonyme possible de la vacuité : la nudité ? L’absence serait le réel moins le visible.

Il y a de l’émerveillement et des éblouissements dans ma relation avec ces roses qui sont tout en n’existant pas, qui après un voyage, non linéaire, mais sphérique se donnent fruit, lieu de germination. Mes roses me pensent sans exister bien que mon regard imparfait en fasse des objets ; objets mais non concepts. Cela est-il de l’ordre de la connaissance ?

On est maladroit de vouloir réduire cette distance qui nous sépare de l’autre nous, se trouvant pourtant à distance minime, sinon symbolique .

La rose réside-t-elle où ignorance et connaissance se valent. Mais en quel domaine, celui que nous pouvons tout juste éprouver…



Gaspard Hons
Nuit du 23 au 24 mars 2010

mardi 23 mars 2010

En lisant René Welter

Pierre Soulages
En lisant René Welter
Imaginons ceci : une musique sans appoggiatures , une peinture faite de prédelles et une voix jouxtant le silence. Cela donne à peu près une image de la poésie de René Welter. Chez lui, Le beau ne relève donc pas de l’ajout fait à la nature mais il est plutôt le fruit d’une soustraction. C’est une poésie qui semble exiger une grande part de blanc, un pan de silence. Tout se passe comme si le poète misait sur l’illisible. Le poème est comme le vide indispensable à l’écho.
Naguère je rattachai la poésie de Laurent Fels , qui est dans la même veine que celle de René Welter, à l’univers cistercien. Je reprends aujourd’hui ce rapprochement en précisant que l’écriture de Welter est drue – je pense à Paul Celan, affûtée comme l’est la poésie de Charles Juliet. C’est la poésie d’un homme qui semble marqué par la distance et toutes les questions ontologiques dont résulte cette intranquillité de l’être qui se lit partout chez lui :
des pierres dressées
sur les dormeurs

sans visage
une allée
de platanes
au bout
du glacis
une rose
sans nom
dépose
pour la flamme
et le charbon

René Welter : Feuillets de plomb. Collection G.R.A.P.H.I.T.I éditions PHI Luxembourg 2009

dimanche 21 mars 2010

Le surnom de la rose.

Jan Davidsz De Heem, oeuvre dite Nature morte à la rose.
Gaspard Hons,
Roses improbables
.
Ce recueil tout récent de Gaspard Hons, prix Robert Goffin 2008, est porteur d’une interrogation, la même : comment se fait-il que ce qui fait phénomène – une rose par exemple – puisse être tout à la fois indice de présence et de vacuité. Et l’on peut décliner la question à l’envi. J’essaie même d’en donner une déclinaison calligraphique : le plein exprimant le délié. Cette proximité entre l’être et le néant n’a pas d’explication autre que la rémanence du signe « même effacées les roses continuent à fleurir. » Dès lors la vacuité aurait comme synonyme possible : la nudité. L’absence serait alors le réel moins le visible. Et le poète est lecteur de l’illisible dans un monde riche en métempsycoses, en métamorphoses qui se liguent toutes pour dire l’unité du monde. La question n’est pas tant de savoir ce qu’il faut chercher que de saisir les motivations même de la quête. La question se pose parce que nous sommes dans un monde régi par un impératif oxymorique : connaître l’inconnaissable ; en avoir un « avant-goût » : « Le goût d’une pensée effacée / est un avant-goût de la réalité ultime ». Qu’on ne s’y trompe pas : il y a loin entre goût et avant-goût. Le premier est appréciation sensorielle que peut même surdéterminer un coefficient sensuel ; le second n’est en rien sensoriel. Il est de l’ordre de la connaissance. L’avant-goût est toujours porté vers l’avenir. Il prend appui sur le vécu, le connu pour scruter l’inconnu. La seule aspiration légitime du poète : être voyant, non pas dans les conditions que décrit Rimbaud dans sa lettre à Paul Demeny mais plutôt comme l’écrirait un mystique capable d’ajointer visible et invisible, connaissable et inconnaissable ; d’en transcender les dichotomies pour aboutir à une poésie entendue comme mode de connaissance :
« j’entends une musique absente comme je vois / une rose qui n’existe pas »
Cela est rendu possible par le pouvoir de la pensée. Le monde est tributaire de nos pensées ; il en est même le fruit. Dès lors que de sources d’émerveillement. Cà et là ce ne sont que « pluie de roses » , « un éclair sans nom » et même une rose « qui a perdu son nom ».
Elles se mettent en péril les roses pour dire les différences essentielles ; celle qui sépare être et exister, la pensée de son objet et le sujet pensant du monde.
Il y a chez Gaspard Hons, grand lecteur de Paul Celan, comme une « parole [jamais ] en défaut.
Gaspard Hons : Roses improbables Le Taillis Pré 2009.

mercredi 17 mars 2010

Notes sur un recueil de Claude Michel Cluny



Cluny : le même visage
L’Autre visage de Claude Michel Cluny est une œuvre tout à la fois exaltée et inquiète. Elle exulte à répéter que l’être ressemble toujours à lui-même autant qu’il se nourrit de cette altération que le temps inflige à l’étant. Il y a cependant un espace où les dichotomies se résorbent en harmonie, où l’inquiétante étrangeté se trouve transcendée en contemplation, en délectation du beau. Le beau interpelle non pas en tant que réalité morphologique, mais en tant que poïen, en tant que faire poétique, artistique. Il faut que tout soit allégorisée : « Prête-moi ton visage, disent le maître au disciple, le peintre à son modèle, la mort au vivant, le jour à la nuit, le père à l’enfant, les dieux à la beauté, l’art à l’imprévu, l’eau à la soif, la mémoire à l’heure enfouie… » écrit Claude Michel Cluny.
Le beau est donc totalitaire, despotique, qui mobilise toutes les tendances de l’être. Il suffit que l’autre passe (comme chez Baudelaire, comme chez Nerval, comme chez Emile Nelligan, comme chez Antoine Pol…) et le « mal » est fait. Le passage de la beauté est diabolique, il est révélation du passage (celui du temps) et avant-goût de l’enfer. « Loin de toi, ma vie… » dit je ne sais plus quelle ritournelle, où la distance est avant tout distance avec ce que nous fûmes, avec ce que nous sommes.
Un jour, alors que je m’apprêtais à aller voir Cluny chez lui, cette jeune fille en fleurs se faisait photographier et tout Paris retint son souffle…
Pourtant, il faut se fier à la leçon du poète : il ne faut pas se retourner, suivre l’injonction faite à Orphée. Il convient de passer son chemin ou de cheminer, si possible. Il ne faut surtout pas s’arrêter face à « l’indéchiffrable profil ». Indéchiffrable peut-être parce qu’il vient d’une autre chronologie, d’une temporalité autre :
« Te savais-tu sans retour
avant même d’être parti ?
Les horloges disposent
d’un autre temps que le nôtre »
Il y a dans ce renoncement une possibilité offerte de possession. Ce n’est pas de mystique qu’il s’agit. Alain Bosquet en fit l’erreur en 1972 en soutenant le caractère mystique de l’œuvre de Cluny (il n’y renonça qu’après 1989). Ce n’est pas de mystique qu’il s’agit mais de ce canon poétique essentiel : le paradoxe.
L’Autre visage est un recueil qui interroge la rémanence et qui la situe du côté du style : « l’art survit seul à sa vérité : le style ». La sentence de Claude Michel Cluny rappelle la fameuse expression du Temps retrouvé de Proust « les anneaux nécessaires d’un beau style ». Le recueil se laisse lire comme une réflexion sur le signe et sa rémanence. Ce qui induit qu’il se nourrit d’une conscience de finitude. A lire.
Claude Michel Cluny : L’Autre visage. Editions de la Différence. 2004
Claude Michel Cluny : des figures et des masques essai de Jalel El Gharbi suivi de textes de Cluny issus d’entretiens. Editions de la Différence, 2005.

mardi 9 mars 2010

Alpes du Sud d'Alain Freixe


Alain Freixe ( né en 1946) est poète, critique littéraire et professeur de Lettres. Il vit à Nice. Il est publié surtout aux éditions l’Amourier ( Avant la nuit ; Comme des pas qui s’éloignent…) On peut lire ses critiques sur son excellent blog (dans mes liens).
Voici un extrait d’une plaquette intitulée « Entre pierres et lumière » qu’il a publiée en 2000
Alpes du Sud
A demeure
En l’été

les pierres de montagne

quand le ciel les affûte
sont lames
où se déchire la lumière.

Et ce sont ses lambeaux
qui pendent
aux mains écaillées des orages
doublures tremblantes
d’un bleu qui s’obstine.

mercredi 3 mars 2010

Ce qu'en pense Pier Paolo


Je reçois à l’instant cette lecture que Pier Paolo a bien voulu consacrer à mon recueil « Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête», qu’il en soit remercié :


Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête
A travers son dernier recueil de poésies intitulé « Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête », c’est à un véritable voyage à travers les mots, les couleurs, les images, les sens et les lieux que nous convie Jalel el-Gharbi en compagnie d’un vieux soufi.
Il suffit d’emprunter la métaphore (majaz en arabe) et de considérer l’image qu’elle contient. Car l’image est le personnage principal de ce recueil et tout gravite autour d’elle. C’est elle qui fait naître chez notre soufi ces rêveries poétiques qui le plongent non seulement dans le raffinement des délices intellectuelles procurées par la contemplation des beautés artistiques et naturelles mais également dans la jouissance des sens éprouvée à la représentation de ces beautés. Mais de toutes les gratifications dont une image peut combler notre soufi, la plus grande est certainement celle d’engendrer dans l’esprit enamouré du vieux maître, une autre image, et ainsi de suite à l’infini. La puissance imaginative de la métaphore dans l’esprit du poète a été évaluée avec une acuité remarquable par Nietzsche qui avait écrit à propos d’elle : « La métaphore n’est pas pour le vrai poète une figure de rhétorique, mais une image substituée qu’il place réellement devant ses yeux à la place d’une idée. » Ainsi, de métaphore en métaphore tout au long du texte nous voyageons avec notre soufi poète. D’ailleurs, on peut se demander si on peut être soufi sans être poète et vice-versa. Ajoutons encore que le terme « métaphore » vient du grec « metaphora » qui signifie « transport ». Cette étymologie ne venant que souligner davantage le fait que la métaphore est bien à l’origine une invitation au voyage, au déplacement, à l’évasion et à la rêverie. Aussi, c’est sans surprise que nous voyons notre soufi ne pas s’attarder dans l’ermitage des moines du Galamus. Rien ne serait plus contraire à sa démarche que de se fixer en un lieu donné. Notre soufi est un voyageur aux semelles de vent, sans cesse en mouvement, en quête, tout comme ce poète persan du XIe siècle, Nasir Khusraw, qui quitta famille et biens à la recherche de réponses à ses questions. Chaque destination n’étant toujours pour lui qu’une étape, un carrefour, une halte provisoire dont l’intérêt n’est autre que celui de proposer le choix de routes nouvelles. Le monde est un temple pour notre soufi et il communie avec le Divin en étant au milieu de lui et non retranché de lui. Car le soufi, dans le monde, se voit entouré de signes qui contiennent en eux l’indicible et lui permettent de s’en approcher. Est-il besoin ici de rappeler la connivence que nous pouvons constater entre le soufi et notre grand poète Baudelaire qui voyait dans la Nature une forêt de symboles où par le jeu des correspondances les sons, les couleurs et les parfums se répondent. Le signe est à l’exemple de Qatmir, ce chien gardien des sept Dormants d’Ephèse, posté devant l’entrée de la caverne et veillant sur le sommeil des jeunes gens en attendant leur résurrection. Notre soufi communie avec le Divin, non exclusivement par la prière, mais surtout par la méditation sur le signe, l’exégèse qu’il en fait en utilisant son intellect et ses sens, et par le regard constamment émerveillé qu’il porte sur tout ce qu’il voit. Notre soufi adresse ses louanges au Créateur, non en se privant des excellentes nourritures terrestres, mais bien au contraire, en les appréciant par tous les sens de son corps. Il convient de s’arrêter ici brièvement sur le terme « signe » qui se dit en arabe « aya » (pluriel : « ayât »). Le terme « aya » signifie tout à la fois « signe miraculeux » et « verset ». Ainsi, le Coran est composé de versets qui sont autant de signes miraculeux. Mais ce qui est particulièrement significatif, c’est que le Coran emploie également le terme « aya » pour désigner les phénomènes naturels. Ainsi, chaque élément de la création est non seulement un signe miraculeux du Divin mais également un verset. Le macrocosme est un grand livre. Aussi, il n’est pas surprenant de constater que le premier mot de la révélation coranique est l’impératif « Lis ! ». Oui, lire et toujours lire et ne faire que lire durant toute sa vie. Afin de nous aider à déchiffrer quelques uns des mystères de l’Univers, le soufi nous lit gracieusement quelques pages de son Abécédaire mystique. L’alif, la première lettre de l’alphabet, qui est une droite verticale, est également utilisée pour désigner le chiffre un. Il symbolise non seulement l’unité divine mais également la taille élancée de l’amour et le désir tendu des soufis à s’annihiler dans le Divin (Fana fi-lah). La lettre nun par sa forme lui évoque le croissant de lune et la lumière (nûr) dont le nun constitue la première lettre, mais aussi la fleur du narcisse et une barque voguant sur l’Archéron. On voit comment chez notre vieux maître le signe éveille les sens dans toutes les acceptions de ce mot. Sens en tant que « signification » car le soufi pénètre dans une réalité plus profonde que celle apparaissant à la surface. Sens en tant que « orientation » avec à nouveau ces images relatives au voyage et à l’évasion. Sens en tant que « sensualité » avec la vue flattée par la beauté du narcisse et l’odorat par son parfum. Ainsi, la métaphore est pour notre soufi un chemin, un passage, un pont qui lui permet de passer d’une réalité apparente et superficielle à une réalité cachée et essentielle où image et sens se rencontrent comme deux mers en un confluent. L’image est alors perçue par les sens et les sens se métamorphosent en images. La métaphore est ce passage qu’empruntent les images et les sens pour aller à la rencontre de l’autre et pour passer d’une rive à l’autre. Il est significatif d’ailleurs qu’en arabe l’on dise que la métaphore est le pont de la réalité / vérité (« al-majaz qantarato al-haqiqa » ; le terme haqiqa signifie tout à la fois « réalité » et « vérité »). La métaphore permet d’accéder à une réalité plus vraie et une vérité plus réelle.
Pour notre vénérable soufi, la quête de l’indicible est intimement liée à la sensualité, au voyage et à la rêverie. On ne peut manquer en écoutant la voix du cher maître de songer au hadith du Prophète déclarant : « J'ai aimé de votre monde ici-bas le parfum et les femmes, mais le comble de ma satisfaction réside dans la prière ». Ou encore à ces splendides versets coraniques empreints de sensualité où nous voyons la belle reine de Saba relever gracieusement sa robe et nous découvrir ses jambes en prenant le sol en cristal du magnifique palais de Salomon pour de l’eau (Coran, 27, 44).
Le vieux soufi nous prend par la main et nous mène de signe en signe et de métaphore en métaphore sur les voies de l’amour, de l’émerveillement et de l’indicible tout comme Rimbaud, cet autre grand voyageur devant l’Eternel qui nous confiait : « J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile et je danse ».
Notre soufi, bien qu’étant au lendemain d’une fête, n’en est pas moins à la veille d’une autre où l'on viendra sur ce pont qui mène à la Vérité.
Editions du Cygne :
http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-priere-vieux-maitre.html

Hanafi. Peintre tunisien au Canada

Il neige, scène québecoise.

L’œuvre de Hanafi, peintre tunisien né à Menzel Bourguiba et vivant au Canada, est celle d’un puissant coloriste. Le traitement naïf du réel trahit chez lui une sensibilité d’écorché vif. Il sait transposer les émotions, les traduire en chose visible, apaisante. Il donne vue à la nostalgie, à l’adhésion au monde et les transcende. D’où sans doute cette impression de joie de vivre qui émane de l’œuvre du peintre.

Bizerte, le vieux port

mardi 2 mars 2010

Une page d'amour pour Mateur


Voici une page de l'excellent roman de Anouar Attia Tunisie Rhapsodie qui vient de paraître. J’y reviendrai.
Mateur
Mateur. Cœur battant des voisinages proches et éloignés. De Ghzala jusqu’à Sejnane en passant par Roukkoub, Jefna et l’Oued-aux-Olives. De Larima jusqu’à Joumine en passant par Blanche-Eau, Pont-Noir et Sidi Nçir. De Source-de-la –Fontaine jusqu’à Ferryville rebaptisée Menzel Bourguiba en passant par l’Ichkeul et Zaarour. Et, vers Tunis, d’Om Hani jusqu’à Djedeïda en passant par Sept-z-yeux, Fontaine-aux-Fruits, Sidi Othmène et Chaouat. Mateur…M’envahissent maintenant même les odeurs des grands espaces dans lesquels le hameau devenu ville fut implanté. Odeurs qu’exhale une terre soudain arrosée de pluie dont, pendant les longs mois torrides de l’été, elle a été privée. Les labours faits à temps vont bien en profiter… Odeurs de moisson. Elles viennent subtiles, volatiles, s’en vont, reviennent soudain en sèche exhalaison qui prend au nez un instant, font penser, en souvenir vécu ou qu’on a entendu raconter, à des festivités où se volaient ou se consentaient des premiers baisers entre cousines et cousins, voisines et voisins, au rythme de la chanson d’Abdelwaheb : Ce soir, ce soir est la fête du blé, que Dieu le bénisse, le bénisse et le multiplie. Moissons d’antan… Moissons d’aujourd’hui, expédiées en stress, en manque de joie, en seul souci de rentabilité… De temps en temps, venant en effluves âcres depuis la proche périphérie de l’agglomération, des odeurs de brûlé. C’est la fenaison, le feu régénère aussi le sol épuisé de nous avoir généreusement nourris. Ou c’est un feu qui, à la canicule, a spontanément pris à des herbes desséchées… Ou une odeur qu’on hume avec un plaisir honteux, celle de quelque lointaine moisissure de jachère ou de coin humide délaissé.
Anouar Attia : Tunisie Rhapsodie. Roman. ISBN : 978-9973-28-296-5. Les Editions Sahar. Tunis 2010

dimanche 28 février 2010

Il vecchio maestro sufi in Mondo Raro



Emanuela Frate collabore au journal italien paraissant à Londres Mondo raro Magazinze http://www.mondoraro.org/ où elle évoque souvent la culture tunisienne. J’ai eu le plaisir de codiriger son mémoire de maîtrise brillamment soutenu à l’Universita’ degli Studi di Parma. Il y a quelques semaines Emanuela Frate publiait ce texte dans Mondo Raro :
Il fascino del Sufismo nelle poesie di Jalel el Gharbi


Tra breve uscirà la seconda raccolta di poesie di Jalel El Gharbi. In questo libro di poesie sono numerosi i riferimenti espliciti ai grandi maestri del Sufismo, Roumi in testa, che hanno fortemente influenzato il suo pensiero e la sua poetica.


di Emanuela Frate
Sta per uscire, l’ultima fatica letteraria del poeta e professore tunisino Jalel El Gharbi. Il libro, la sua seconda raccolta di poesie, ha un titolo alquanto suggestivo: “Prière du vieux maitre soufi le lendemain de la fete” edizione du Cygne. Il Sufismo, la mistica islamica, ha sempre avuto un forte ascendente nella formazione del poeta tunisino. La mistica più esoterica della religione islamica non è una corrente di pensiero, un movimento religioso, ma è un sentimento, uno stato d’animo, un modo tutto personale di avvicinarsi a Dio. Proprio per questa maniera del tutto personale di avvicinarsi al Divino, il Sufismo ed i suoi seguaci furono per secoli osteggiati dalla vera ortodossia e considerati un movimento eretico. Il Sufismo è la via che conduce dall’individuale all’Universale, dal singolo all’Assoluto. E’ la continua ricerca di Dio da parte dell’individuo.
Essa non segue delle regole precise ma è il modo in cui l’uomo, nella sua infinita piccolezza ricerca l’Assoluto. Per far ciò egli arriva ad annullarsi, a dimenticare sé stesso per completarsi nell’altro che è sinonimo di Dio. Forse non c’è nessun altra corrente religiosa che ponga in una così alta considerazione l’alterità. I mistici sufi prendono in considerazione tutto ciò che li circonda dimenticandosi di sé stessi. Questa brama di Assoluto, questo anelare a Dio tramite la devozione, l’ascetismo, l’astinenza, l’amore incondizionato fino ad un progressivo annullamento di sé stessi viene denominato “Tariquat”. Ed è proprio questo aspetto che Jalel El Gharbi ama del Sufismo: il continuo tendere verso che è un po’ come l’esistenza dei poeti, erranti per antonomasia, continuamente alla ricerca della Verità e dell’Essenza delle cose. Il Sufismo per il poeta El Gharbi non è il folklore della musica o della danza dei dervisci che oggi affascinano i turisti, ma è il continuo interrogarsi sull’essenza delle cose.Le poesie, inserite nella raccolta, ruotano attorno a due personaggi fittizi: il vecchio maestro sufi appunto, figlio di un altro personaggio chiamato Grammarien. Il vecchio maestro sufi è un uomo in perenne ricerca, si interroga sulla vita, sull’Amore, e le manifestazioni divine. E’ combattuto tra le diverse forme di amore e l’Amore, tra le diverse vie e la Via. Riesce ad avvicinarsi alla Verità senza mai conoscerla. Discute di tutto ciò con Grammarien. Entrambi sognano la stessa utopia del poeta: l’orcidente (unione tra oriente e occidente). Due concetti non soltanto geografici ma metaforici che dovrebbero far parte di un unicum e che purtroppo, il manicheismo imperante nelle società moderne, porta a distinguere in maniera così netta e contrastante.

jeudi 25 février 2010

La Passante de l'Occirient



















Photo : Line Delpierre. Rome, 1995

La passante de l’Occirient
Giulio-Enrico Pisani vient de publier cet article dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek :



Dans Son premier poème, « Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête » (1), qui donne son titre au recueil, Jalel El Gharbi chante une véritable ode à l’amour, à son impuissance à s’en défendre, à son plaisir de le suivre, à sa joie d’y succomber, à son bonheur de s’y abandonner. Mais en même temps il prie pour en être délivré, pour se voir libéré de ses tourments, de ses passions et ses souffrances. Chant que l’on imagine vibrer au son d’un oud, ce long faux ( ?) mensonge, où le « Faites que je ne rencontre plus l’amour » et le « Faites que je désire sans espoir et sans amour » précèdent nécessairement le « Dieu faites que la prière de mon amour ne soit pas exaucée ».
Suit la trouble tentation du miroir et ensuite, en toute intimité, un journal de la seconde chance, où l’amour semble triompher. Et voilà sa première passante, ce lumineux objet du désir, qui accompagnera le vieux Soufi tout au long de sa quête. Cependant, l’amour est au moins aussi exigeant que dieu et « Avant d’entrer dans l’amour... » le vieux Soufi reconnaît notamment : « Je me suis défait de ma veste, de ma chemise / De la poussière du chemin (...) Des rêves inassouvis,/ De la faim sur le chemin du banni (...) Des blessures invisibles / De ma sueur, de mon sang / De mes dents, de mes griffes… »
Mais tout cet allègement n’est-il pas aussi propice au voyage ? L’amour est-il le voyage, ou en est-il la négation ? Après s’être libéré, sans l’avoir renié, du mysticisme oriental, qui ne trouve nul écho à Hollerich, seul un sourire, voilà le vieux Soufi qui traverse les Pyrénées, ignore les derniers « rappels à l’ordre » et part entre comparaison et métaphore sur les chemins de cet occident que son orient lui rend proche. Orcident – Occirient. Car ce livre est bien désir d’ailleurs et d’amour, quête, voyage, découverte, expédition à la fois géographique et intérieure ; espérance de l’avenir et regret du non advenu, démarche de vie et préparation au grand départ ; j’allais dire évasion, mais non, car on n’échappe pas à soi même. Et ce seront les sculptures du Bernin, le ciel de Vermeer, Giverny via Le Tasse et Velázquez en passant par Damas, Le Caire, le Mont Liban, l’ombre de Maari… « Et par la blancheur des nuits amoureuses / Sait-on d’où il vient / Où l’on va / Dans l’infini des pages ».
Et de nouveau, un peu plus loin « Il y avait la passante / Si sombre en sa beauté / Rachid al-Hallaaq Abû Shâdi,/ Le dernier conteur de Damas / Ne pouvait pas savoir que la passante avait pris mon âme ». On est bien loin de la cruelle légèreté française de la célèbre passante de Baudelaire. Les vers de Jalel nous découvrent une autre cruauté, celle du multimillénaire fatum méditerranéen. En fait, c’est encore un peu plus compliqué que ça, et il est impensable, amis lecteurs, qu’un profane comme moi vous introduise en quelques lignes dans le raffinement et la complexité de la métaphorique d’El Gharbi. Aussi vais-je me contenter de vous la présenter au premier degré, cette longue élégie longtemps retenue et qui navigue désormais souveraine et parfaitement à l’aise entre les houles martelées d’Aboul Ala Al-Maari (2), et les vastités tempétueuses des Mille et une nuits dans le vent de questionnements plus actuels que jamais.
Le fait est, que les « dits » du vieux soufi, se lisent déjà parfaitement sans aller cher-cher midi à quatorze heures. Certes, de ce recueil, l’initié fera son miel, mais le lecteur « vous et moi », l’uomo qua-lunque, y trouve pleinement son compte. L’Amour, le renoncement, le désir et... l’amour ? Le lointain, le déchi-rement, une halte à Luxembourg, avenue Marie Adélaïde et écrire, une fois de plus, à (ou dans) « La Passante », i.m. José Ensch, que « ... Deux larmes ont suffi / Pour que j’écrive ce poème où je veux dire : J’aurai tant aimé / Cueillir un myosotis / Si près des mots que tu aimais / « Tutti quanti » par exemple / Et tutti quanti ». Bonjour tristes-se... Dès lors, la roche Tarpéienne migre à Carthage, le ciel s’obscurcit et le paysage se teint en Velickovic : « Au loin / Continuels corbeaux criards / Près de la montagne de mon chagrin ».
Puis la vie reprend ses droits, le Liri ne songe plus à être Styx, le voyage se féminise et le poète ayant renoncé à renverser les murs en soufflant sur son « lur », il ne lui reste que l’esperluette pour atteindre l’oasis et écrire : « Je me souviens de la mer venant du nord / Aux reflets de perle comme / La fille de Vermeer » à Delft, sur un pan de mur jaune. Ah, les jeunes filles en fleur ! Ah, les femmes ! « Elles rusent par leur parenté avec la pomme, la distance, le lever du jour, l’extase, les fraises, la stance, les roses (...) l’éclaircie, la beauté. “Grande est leur manigance” ». Mais fi la sagesse, fi les réserves, on finit par mordre à son tour dans la pomme, carpe diem ! « Le temps passe aussi vite qu’un soupir / Voici les jeunes filles de Sousse (...) Comment les étreindre toutes / Elles qui font une seule image veloutée... ».
Là-dessus, le poète se tourne vers les fenêtres, en fait sept fois la même fenêtre, la scrute, désire qu’elle s’ouvre « Sous un ciel Renoir », puis renonce, faute de signe, bien considéré et ayant mis « Toute une vie pour comprendre / Que tout finit au grenier ». C’est qu’il y a du désabusement chez Jalel El Gharbi. Trop de portes ne s’ouvrent pas, malgré la lumière qui brille là haut derrière les rideaux à moitié tirés. Le vieux soufi est amer. L’Orcident semble avoir attrapé du plomb dans l’aile. Mais le grammairien (la figure du père) veille, et c’est reparti dans « Stances du désir et de la piété », dans « Plus loin » et dans le « Le scribe » pour de nouveaux voyages, périples, désirs, doutes, incomplétudes et explorations. Et l’aventure de reprendre là même où encore il y a peu le poète pensait que tous les ports, les aéroports et les routes « Qui se trouvent au Nord du monde / Donneraient gros pour ne plus nous voir... ». Bref repos – intériorisation plutôt – entre lecture et nature morte, et le poète retrouve sans ressentiment la « Fleur d’Orient ouvrant ses volets en Occident ».
Mais la quête du poète est bien plus difficile que celle de Jason. Le terrain a beau s’affermir, ses poèmes mieux s’accomplir, les quatre lampes éclairer son cheminement. Les croisées ne feront que s’entrebâiller et « À la fin des temps / Il sera aussi neuf qu’un livre / Que personne n’aura jamais ouvert / Comme un verrou fermé ». C’est l’histoire sans fin. Songe-t-il, à l’instar de Mahmoud Darwich dans « Rien que la lumière » (3), à nous confier in petto : « Et je n’ai arrêté mon cheval / Que pour cueillir une rose rouge dans / Le jardin d’une Cananéenne / qui a séduit mon cheval // Et je m’en suis allé chercher mon espace / Plus haut et plus loin / Encore plus haut, encore plus loin / Que mon temps… », ou à nous avouer à la fin « Et j’ai caché cet autre vers de Hölderlin : Et aux amants une autre vie est accordée ». Da capo, amis lecteurs ; une seule lecture vous apportera un plaisir certain, mais superficiel et éphémère. Da capo !
**
Né en 1958 en Tunisie où il a fait ses études, Jalel El Gharbi est poète, universitaire et traducteur. Il oeuvre pour une utopie qu’il nomme Orcident ou Occirient, enseigne à la faculté des lettres de l’université de la Manouba (Grand Tunis) la littérature française et la traduction et est engagé dans le dialogue des cultures. Plus proche du Luxembourg et de son monde culturel qu’aucun tunisien avant lui, il a publié bien de livres et autres travaux sur les poètes Michel Deguy, Charles Baudelaire, Jules Supervielle, José Ensch, ainsi que, avec Marion Colas-Blaise, une « Incursion tunisienne dans les lettres luxembourgeoises ». Il a aussi coécrit avec Afaf Zourgani, Anita Ahunon, Laurent Mignon et moi-même « Nous sommes tous des Migrants » (4) et a écrit de nombreuses critiques littéraires notamment dans La Presse (Tunis), d’Lëtzebuerger Land, Babelmed, Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek etc.
1) Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête, 100 p., 12,- EUR. Editions du Cygne, Paris, 2010, commande en ligne sur www.editionsducygne.com/ + frais d’expédition, ou chez votre libraire. Info. editionsducygne@club-internet.fr
2) grand poète arabe de 973 – 1057, époque, où face à l’obscurantisme chrétien, s’épanouissait une grande liberté de pensée et d’expression chez les Arabes. O tempora o mores ! Aujourd’hui les vers de Maari lui vaudraient bien de fatwas.
3) traduit par Jalel El Gharbi.
4) Éditions Schortgen, Esch s/Alzette, 2009.
Giulio-Enrico Pisani

mercredi 24 février 2010

Ce qu'en pense Christiane Parrat



Il est rare qu'un poète possède si parfaitement deux langues éloignées. Ici, pas de fracture périlleuse de la traduction. Ces poèmes diffusent leur langue harmonieuse et claire. Thrène déchirant, voix singulière posant les interrogations qui se posent à l'homme dans une langue musicale et chatoyante. Le voyageur inscrit son chant dans la longue caravane de la poésie arabe traversant les omeyades de Damas, les califats de Bagdad, les royaumes andalous. marchant à l'amble des princes bédouins. Voyage amoureux aussi et déploration des hautes solitudes du désir.. Chaîne des écritures... Ronsard, Valéry,Verlaine, Al-Ma'arri, Ibn ar-Rûmî, Baudelaire et Deguy. Le vers français répond à l'hémistiche arabe. Mais il y a là langue originale, souffle obscur, musique rare. "Le moyen de chasser les tristesses" comme l'écrivait Al-kindi au IXe siècle... La Vàc, c'est-à-dire la Voix et la Parole. Voix articulée et signifiante, celle qui porte les dieux, celle qui pénètre le ciel et la terre, ici, choisit son passeur : Jalel El Gharbi, l'inspiré et son chant s'ajuste au chant des hommes rapprochant, fécondant. Ce livre "Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête" est un vrai bonheur

Jalel El Gharbi : Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête.
Editions du Cygne
http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-priere-vieux-maitre.html