mercredi 7 novembre 2012

Sergio Moscona


Giulio-Enrico Pisani
Luxembourg 6 Novembre 2012

Sergio Moscona lève le rideau chez Schortgen sur
« Le théâtre de la vie »

Théâtre de la vie, comédie humaine ou humanité en dispute permanente, subconsciente ou apparente, politique ou larvée, tragicomique ou tragique tout court, voilà le spectacle aussi impressionnant que peu confortable présenté à la Galerie Schortgen [1] par le dessinateur, graveur et peintre argentin Sergio Moscona.  Voici un artiste qui, à l’instar de Goya, Picasso ou autres grands novateurs, ne peut en aucun cas être cerné par un bref coup d’oeil à travers la fenêtre ou même en un tour rapide de la galerie.  Car c’est un véritable dialogue que Moscona désire établir, non pas avec le visiteur nonchalant ou pressé, mais avec le spectateur-interlocuteur de ses personnages, ces gens très communs, qui peuplent les scènes de ses histoires courtes. 

C’est qu’ils sont incroyablement riches, ces visages et ces groupes, évoluant parfois dans le cadre d’authentiques récits, de ses peintures, techniques mixtes ou dessins.  Ils ne sont pas sans rappeler le puissant expressionnisme des compositions de peintres comme Giovanni Maranghi, Stylianos Schicho ou Marlis Albrecht, dont ils possèdent une charge de critique, voire de causticité comparable.  Mais ces artistes inscrivent leur vision dans l’instant, leurs tableaux étant, comme on dit en photographie, des flashes, des instantanées, des images illustrant une situation donnée à un moment donné, saisi lors du déroulement de la bobine «cinématographique» du temps.  Par contre, les créations mosconiennes apportent une dynamique nouvelle, un facteur essentiel en rupture avec cette sempiternelle servitude du dessinateur, du peintre, du sculpteur ou du photographe, qu’est l’instant qui se fige.  Mais Sergio Moscona y intègre, comme je le préciserai plus loin, aussi bien le mouvement que l’écoulement du temps, devenant ainsi son propre cinéaste et le metteur en scène de ses tableaux.

Ce n’est donc qu’après une approche attentive, acribique même, à peine aidé en cela par le titre de l’oeuvre, que le spectateur peut pénétrer la scène qui se présente à lui.  C’est comme s’il entrait dans un bistro, un marché, une place publique, un moyen de transport, donc un lieu quelconque, où il rencontrerait toutes sortes de gens et où se dérouleraient les faits représentés…  en plusieurs temps, bien sûr.  Aussi, les acteurs, que l’artiste projette sur un substrat de pages de livre riches de leur propre histoire [2] et/ou sur toile ou autres supports, n’étant pas censés rester immobiles dans l’action, le spectateur pourrait les voir simultanément de face et de profil, regardant par ci et par là, cogitant, riant, protestant, s’injuriant, etc.  Des personnages qui ont tourné la tête ou changé d’expression durant une scène, sans se déplacer, peuvent sembler avoir plusieurs yeux, nés, ou bouches, ces organes pouvant également être déformés, donner naissance à des espèces de monstres.  C’est ce que nous confirme avec justesse le philosophe Manuel Mauer en écrivant: «Moscona dépeint les monstres que nous sommes: noeuds opaques d’instincts, pulsions, représentations et organes, pensées perverses et affects misérables...»[3].   

Attention!  Rien à voir avec le cubisme, dont Moscona reconnaît toutefois volontiers en avoir subi l’influence, ainsi que tout artiste contemporain doit un enrichissement de son savoir à toutes les grandes écoles classiques et modernes.  Rien à voir, en effet.  Certes, Picasso dépeint le même sujet sous divers angles en dessin ou peinture; il projette, contrairement au sculpteur, diverses faces sur un substrat bidimensionnel, auxquelles il intègre par un artifice graphique, la troisième dimension.  Mais ses personnages n’évoluent pas; il reste lié au moment choisi (l’instantanée en photo).  Moscona, lui, n’en demande d’un côté pas tant et va cependant bien au-delà.  Il accepte, en bon graphiste, la servitude des deux dimensions, fait donc fi de la troisième, mais intègre dans ses tableaux la quatrième dimension: l’espace-temps.  Certes, le défi est de taille, mais notre artiste n’a jamais vu son art comme une paisible mare à canards où somnolent les lotus, mais plutôt comme une quebrada de tous les dangers où s’engouffre le pampero.  Héritier de la pugnacité des poètes Lorca, Gelman et Neruda, des sculpteurs Rodin, Iché [4] et Zerneri ainsi que, justement, des peintres Goya et Picasso, il doit penser comme ce dernier que «La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements; c'est un instrument de guerre...»

Dès lors, quoi de plus normal, que par son art socialement et politiquement engagé, le fils mystique en vienne, sans doute inconsciemment, à vouloir «tuer» le père à l’œuvre sempervirente, malgré que celui-ci fût déjà mort six ans avant sa naissance.  Guernica!  Soixante-dix ans après la destruction de cette ville au nom résonnant comme un cri de guerre, symbole des peuples martyrs des dictatures assassines, Moscona s’élance sur les traces de l’esprit des Patrick Ascione, René-Louis Baron, Alain Resnais, René Iché, Paul Eluard, et, bien sûr, Pablo Picasso.  «J’ai travaillé dessus pendant deux ans, de 2005 à 2007, et réalisé plus de 150 tableaux à partir du Guernica de Picasso», confie-t-il récemment au philosophe Mathias Leboeuf.  C’est que le jeune Sergio se sentira tôt pris en entre l’enclume des tyrannies du passé et le marteau des dictatures nouvelles: au Brésil de 1964 à 85, au Chili de 1973 à 90, en Uruguay de 1973 à 85 et, dans son pays, l’Argentine, la plus brève (1976-1983) mais combien meurtrière dictature des Colonels.

Né en 1979 à Buenos Aires, en Argentine, donc trois ans après le putsch des Colonels, Sergio Moscona n’est qu’un enfant lorsque leur sinistre dictature prendra fin.  Aussi, n’en a-t-il pas connu directement l’horreur, mais la réalisera durant son adolescence par ses conséquences, par la souffrance du peuple argentin et ses revendications de justice.  Ses yeux largement ouverts sur le monde ne lui permettront pas d’ignorer les tempêtes mortifères qui le dévastent tous azimuts.  Son dessin, pratiqué dès ses douze ans avec divers artistes dans sa ville natale, où il vit et travaille encore aujourd’hui, ne tardera pas à refléter cette vision qui, pour n’en pas être apocalyptique, n’en constitue pas moins une représentation assez pessimiste de l’homme, qui ne semble pas lui inspirer grande confiance.

Et c’est ici que je situerai une allégorie récurrente dans certains de ses tableaux et dessins: «Hay Gato Encerrado», expression espagnole correspondant à notre «il y a anguille sous roche», auquel il a d’ailleurs consacré une série particulièrement significative de sa défiance envers les machinations humaines.  Le Gato encerrado (chat enfermé) exprime la méfiance de l’observateur qui ne s’en laisse conter ni par la comédie des hommes, ni par leurs manigances.  Comment ne pas songer dans ce contexte au gato garduño (chat dissimulé, rusé), que Federico Garcia Lorca identifie dans son poème Romance Sonambulo,[5] à la sombre montagne, qui observe et guette de haut, ne se fiant pas aux apparences, les choses et les évènements sous (éclairés par la lumière trompeuse de) la lune gitane (bajo la luna gitana)?

Après avoir fréquenté les Beaux-arts à Buenos-Aires, où il a également appris la peinture et la gravure, Sergio Moscona a rapidement connu le succès.  Outre de fréquentes expositions à Buenos Aires, il a notamment exposé à Paris, Vichy, Montigny-lès-Metz, Tokyo, Hambourg, Milan et Rome.  De plus, on retrouve ses oeuvres dans des musées et des collections privées de nombreux pays: en Argentine, bien sûr, mais également en Équateur, au Brésil, au Paraguay, au Mexique, aux États-Unis, en France, en Angleterre, etc.  C’est au tour du petit Luxembourg, à présent, et à vous, amis lecteurs, d’aller assister à la galerie Schortgen aux brillantes – je n’ai pas dit faciles – représentations sociétales d’El teatro della vida !



[1]  Galerie Schortgen Artworks, 24, rue Beaumont (tel.5464.8744), Luxembourg centre. Exposition Robbert Fortgens, mardi à samedi de 10,30 à 12,30 h. et de 13,30 à 18 h. jusqu’au 24 novembre.
[2]  Ces textes livresques désormais entièrement ou en partie recouverts par de nouvelles histoires, où les beaux-arts remplacent lettres, constituent d’authentiques palimpsestes au sens noble du terme.  C'est-à-dire que, contrairement à ceux du Moyen-âge qui entraînaient une destruction du texte préexistant, souvent unique, ceux-ci ne cachent qu’un exemplaire parmi des centaines, voire des millions d’autres et, de plus, constituent avec le nouvel apport, une oeuvre d’art originale.
[3]  L’artiste dépeint donc l’être, plus que le paraître et s’inscrit en quelque sorte dans la vision tout à la fois réaliste et pessimiste d’Oscar Wilde dans Le Miroir de Dorian Grey.
[4]  V. m. article sur René Iché dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek 19.9.2009 > www.zlv.lu/spip/spip.php?article1298.  
[5]  In Federico Garcia Lorca : Romancero Gitano, Editorial Losada, Buenos Aires 1959 

mardi 6 novembre 2012

Beihdja RAHAL - Koum tara.



Lève-toi, tu verras
Les bourgeons des amandiers
Affluant de partout.
La brise les a éparpillés
Dans l’enclos
Et la rosée les a couverts.
Ils fécondent la feuille du noyer,
C’est un signe de bon augure.
Les champs ont des couleurs plaisantes
Dans le charme de la saison des promenades.
Ô toi commensal,
Viens au jardin,
Profitons un moment de la vie.
Traduction Jalel El Gharbi

lundi 5 novembre 2012

Eliane Goedert-Stoltz... par monts et vallées


Giulio-Enrico Pisani

Lux. Novembre 2012

 

Eliane Goedert-Stoltz... par monts et vallées

 

«Par monts et vallées» n’est pas un titre, et, pour paraphraser Magritte, ce n’est pas non plus une chaîne de monts et des vallées.  De plus, ce n’est que moi qui ai baptisé ainsi, de mon propre chef, cette splendide exposition que l’artiste peintre Eliane Goedert-Stoltz présente aujourd’hui à la Paris New-York Art Gallery.[1]  J’y ai en effet découvert tout à la fois un appel au voyage, une approche des terres lointaines et une élévation vers les sommets par l’exploration tant physique que spirituelle d’une thématique à l’infinie vastité.  Il eût été vain de la cerner par un titre.  Je l’ai pourtant fait, car le thème est bien là, omniprésent et aussi puissamment ancré à la terre que transcendant.  Qu’ils soient de Chine, d’Islande, alpestres ou d’ailleurs, les sommets qu’elle peint s’élèvent comme des odes au firmament à partir des morènes, talwegs, pénéplaines, alpages, mers de glace, mers de brume, cascades, lacs et ruisseaux.  Ces lieux sont autant de plateformes que l’artiste emprunte dans son aspiration vers ce ciel infini dont la terre n’est qu’un grain de poussière.

Cette quête quasi-religieuse de captation de l’ailleurs et du quasi-inconnaissable, quête nécessairement fragmentaire, ne saurait aboutir, bien sûr, à un accomplissement; au mieux est-elle aspiration.  Aussi, l’artiste ne peut se contenter de ce qu’elle a vu et vécu durant ses voyages.  C’est, par conséquent, en intériorisant ce vu et ce vécu, en le réinterprétant et en le retravaillant (le plus souvent sur toile), qu’elle peut matérialiser son inspiration autant que son talent le lui permettent.  N’est-ce pas cela, que le critique et historien de l’art Patrick-Gilles Persin nomme religion? [2]  En quoi il se réfère à la foi de l’artiste, qui relève, me semble-t-il, d’une ferveur ouverte, apparentée davantage au «Deus sive natura» de Spinoza qu’à la cagoterie usuelle dans notre Marienländchen.[3]  Le fait de ressentir dans la création une main divine, ne l’empêche pas de capter, interpréter et restituer dans ses vedute, de façon très matérielle, avec toute sa générosité, mais aussi avec ses tourments et ses doutes, les choses de la nature.

Car le transit de l’image de ses yeux jusqu’à la toile ou au papier, c'est-à-dire de la représentation tant du monde vivant que minéral à travers l’âme de l’artiste, n’a rien d’anodin.  Il y a toujours interaction, brute ou subtile, ici violente, là apaisante, avec d’autres facteurs, et ce qui en résulte pour nous, spectateurs et par là nécessairement tiers participants, n’est pas une réalité objective, mais bien celle que l’artiste voudrait que nous voyions et comprenions.  Elle désire – je pense – que nous soyons partie prenante dans ses projets et projections, et doit à ce fin laisser une certaine marge à notre liberté d’interprétation.  Aussi, à l’instar de bien d’autres maîtres de la peinture contemporaine, sa fidélité initiale à sa propre perception optique cèdera progressivement au rendu abstrait, dans la mesure où elle acceptera de lever la plupart des contrôles, d’abord sur les gésines, puis sur les geysers de son subconscient.  Cependant – autant vous le dire de suite –, nous assistons aujourd’hui à une re-canalisation de ces sources assez éloignée d’une exposition de peinture abstraite, seul l’une ou l’autre oeuvre intégrant des éléments abstraits dans la scénographie de ses paysages.  Car il s’agit bien de paysages qu’Eliane Goedert-Stoltz veut nous montrer cette fois, grâce à un retour à la figuration, qui ne ferme toutefois nullement la porte à l’abstraction.  C’est et ce sera, comme par le passé, selon l’inspiration du jour et au gré des pulsions de son esprit.

Notez pourtant que, même dans son expression figurative, elle ne nous impose rien, ne nous oriente vers aucune interprétation particulière de ses créations.  Elle ne fait que nous suggérer, selon sa propre herméneutique, ce que pourraient signifier ces tableaux de toute beauté que sont Pierre Témoin, Le Gullfoss, Autour du rocher, L’air de montagne, La cascade, Crépuscule, Vulcania Island et autres Torrent en Islande, etc..  Certes, mes préférences ne seront pas les vôtres, amis lecteurs.  Mais si je vous assure, que la rhapsodie en bleu qu’est Pierre témoin, ou bien le concert pastel beige-vert-bleu-rouille qu’est Vulcania Island, sont des sommets de figuration romantique stylisée, vous pouvez me le croire.  Et quand je dis romantique, ce n’est pas du tout dans le sens gnangnan du terme, mais bien en vertu d’un élan volcanique, désormais apaisé, comme hercynien, jaillissant du plus profond d’une âme où se métamorphose, à l’aune du ressenti, un magma bouillonnant d’impressions et d’expériences. 

Le spectre chromatique dont elle use est d’ailleurs à l’avenant.  Toutes les nuances du gris, du beige, de l’ocre jaune ou brun, ci et là de jaune safran ou d’orpiment, ainsi que les terres d’ombre et de Sienne, le bistre, d’autres bruns, souvent ponctués d’éclaboussures ou taches d’ocre rouge, cinabre, grenat ou vermillon, se mêlent et se juxtaposent aux azurs, bleus de prusse, outremer, cobalt, roi, acier, aigue-marine, cyan, pétrole, turquoise, aux verts mousse, malachite, terre verte, etc. ...  Mais aucune agression, fausse note ou tonitruance optique ne perturbe la diversité et la richesse de ces symphonies composées le plus souvent d’harmonies camaïeu et pastel.  Des centaines de tons et colorations y agissent de concert en de subtiles eurythmies affinées de sfumati, fondus et dégradés – je pense à du C. D. Friedrich très stylisé – qui valorisent toutes les nuances sans qu’elles en viennent à se heurter.  C’est magistral.

Née à Luxembourg en 1940, Eliane Goedert-Stoltz a étudié la peinture en Belgique dès 1953 sous la direction de la remarquable peintre post-impressionniste Marie Howet, étudie de 1956 à 1958 l’histoire de l’art à Paris et participe de 1958 à 1960 à des Expositions collectives à Londres.  Suivront une vingtaine d’années consacrées à sa vie familiale; mais le grain semé dans son adolescence profitera de cette longue léthargie artistique pour mûrir et enfin germer en 1983 à Salzbourg, où elle suit une académie d’été sous la direction d’Arik Brauer.  En 1984, elle élargit son éventail en suivant un cours de sérigraphie à l’Académie Européenne des Beaux-arts de Trèves et commence à exposer à la Galerie Marly à Luxembourg, ainsi qu’à Lloret de Mar.  Suivront de nombreuses autres expositions notamment en France, au Japon, en Allemagne, en Autriche, en Italie, au Benelux, et elle sera souvent distinguée lors de ses participations à divers salons et compétitions internationales, parmi lesquelles il faut citer le "Grand Prix des 7 Collines" à Rome.  Aujourd’hui, elle compte parmi les peintres les plus talentueux du Grand-duché.  C’est en tout cas mon avis... et qu’en sera-t-il du vôtre?



[1]  Paris New York Art Gallery, 26 rue du Curé, Luxembourg ville, près des passages entre place d’Armes et place Guillaume. Ouvert lundi–samedi de 12–18,30 h, Exposition à visiter jusqu’au 17 novembre.

[2]  Dans l’album illustré sur Eliane Goedert-Stoltz et son oeuvre, disponible à la galerie.

[3]  Sur les termes Marienland et Marienländchen, voir le premier paragraphe et la note 1. de mon article sur Filip Markiewicz sub www.zlv.lu/spip/spip.php?article5272,  

samedi 3 novembre 2012

إمام لا يعرف القرآن



   الإمام الوهابي الذي خرج علينا بكفنه و أعلن الجهاد لا يعرف القرآن فبعد أن أخرج  الٱية من سياقها حرفها 
فالٱية التي استشهد بها غير كاملة و قد أضاف إليها "ف"في قوله" عسى"  فوجب التصحيح:"فَقَاتِلْ فِي سَبِيلِ اللهِ لاَ تُكَلَّفُ إِلاَّ نَفْسَكَ وَحَرِّضِ الْمُؤْمِنِينَ عَسَى اللهُ أَن يَكُفَّ     بأس الَّذِينَ كَفَرُواْ وَاللهُ أَشَدُّ بَأْسًا وَأَشَدُّ تَنكِيلاً
 L'imam wahabite qui a  brandi son linceul et appelé au djihad  à la télé ne connaît pas le  Coran et se permet  d'en déformer les  versets 

vendredi 2 novembre 2012

La Puberté, Salah Niazi


La puberté 
Salah Niazi
«  J’étais sa poupée. Elle prenait son bain devant moi et elle me donnait le sein. Une fois grand, ces images me sont revenues, l’innocence en moins »
 Degas : Après le bain.
La voix s’assombrit dans ma gorge
Si ma main effleure la sienne, elle s’enflamme
Quand mon regard s’unit à ses yeux, il se trouble
Le rêve m’est revenu
Elle était nue en sa grande taille, il y avait l’eau et l’encensoir
J’ai mâchonné le sein doucement
Très doucement
Et j’ai dormi comme l’oiseau sur le lotus de la limite (1)
Le passé ravit ce qui fut entre nous
Vous vous détourniez alors de moi, les yeux baissés

Qui donc a momifié l’alouette
Embrochant dans ses ailes la peur avec la réglette
Dissimulée sous cape ?
J’entends encore le bruit de l’eau dans vos tiges sous la lune
Vous avez pris un bain, tout épanouie et d’un éclat marmoréen
Puis vous vous êtes secouée comme une alouette
Vous m’avez offert votre bras en coussin
Vous m’avez donné le sein comme on donne un fruit
Le rêve est maintenant pubère
Lui qui ne le devient que dès lors qu’il
Afflue dans l’éveil et qu’il habite les yeux et la gorge.
Traduction de Jalel El Gharbi


(1) Référence coranique (LIII, 16)

lundi 29 octobre 2012

Parution de La Fable du lac

Parution aux éditions Aden de ma traduction de la Fable du lac, roman de la qatarie Dalal Khalifa.
صدرت بباريس  ترجمتي لرواية القطرية  دلال خليفة "أسطورة البحيرة"

dimanche 28 octobre 2012

Soeur inconnue.

Soeur inconnue

Toi la passante, dont le chemin,
jour après jour, toujours le même;
croise ma route, certes, en vain,
depuis trente ans, inconnue, je t'aime.

De ton sourire - c'est tout ce que j'ai -
les frôlements distants je chéris.
Tu es comme une soeur, mais un jour, qui sait,
dans l'au-delà ou au Paradis
l'amour que nous n'avons pas fait
vêtu d'inceste nous sera permis.
Giulio-Enrico Pisani : Amours d'un soir fin septembre/ Spätseptemberabendliebe. Editions Schortgen. Luxembourg

vendredi 26 octobre 2012

La Passante


Portrait de José Ensch, publié en illustration de mon livre José Ensch : Glossaire d'une oeuvre... de l'amande au vin...
http://www.mediart.lu/index.php?id=214
La Passante

i.m José Ensch

J’aurais tant aimé planter un myosotis
Rue Marie Adélaïde
Le mettre si près du champagne matinal
À droite de la peinture
Juste en face des livres
Et tutti quanti.

J’aurais tant aimé marcher
Marcher
Jusqu’au parc où il y avait des canards
Du silence
L’ombre épaisse
Un carnet de poésie
Du vin et tutti quanti.

J’aurais tant aimé
M’asseoir à cette table
Où il y avait une plume
De jolis timbres
Une boîte de biscuits
Un crayon de soleil, un verre
Et tutti quanti

J’aurais tant aimé ouvrir la fenêtre
Voir passer la passante
Qui croit traverser la rue
Quand elle piétine mon cœur
Et qui ne sait pas que son visage
N’est qu’une image du temps
Et tutti quanti

Deux larmes ont suffi
Pour que j’écrive ce poème où je veux dire :
J’aurais tant aimé
Cueillir un myosotis
Si près des mots que tu aimais
« Tutti quanti » par exemple
Et tutti quanti





mardi 23 octobre 2012

hyperréalisme, abstraction, ou étincelle... Giulio-Enrico Pisani


Giulio-Enrico Pisani
  Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek Luxembourg, 20.10.2012

Gerd Marx : hyperréalisme, abstraction, ou
étincelle qui jaillit, là où les extrêmes se touchent ?

L’année 1952, qui vit la naissance de l’architecte d’intérieur et artiste photographe Gerd Marx, fut un millésime significatif pour les deux disciplines qui marqueront son existence: la photographie et l’architecture d’intérieur.  Ce fut en effet cette année là, que Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, acheva la Cité radieuse de Marseille, réalisa à Chandigarh (Inde) la Haute Cour et le Musée, puis, à Roquebrune-Cap-Martin (PACA), son fameux «Cabanon», une recherche sur l’habitat minimum, véritable sommet de l’architecture d’intérieur de l’époque.  Gerd Marx soupçonna-t-il l’existence de ce prestigieux parrainage?  Je n’en sais rien, mais le fait est que, après l’école et le bac, il se lança dans l’étude de la conception et du design en architecture d’intérieur.  Et cette discipline riche de nombreux arts ne fut pas la seule révélation du charme qu’une fée, ou muse, déposa dans son berceau en 1952, mais aussi celle de tous ces autres arts qui la constituent.  Je pense, entre autres, à l’architecture, à la décoration, à la peinture et, last but not least, à la photographie, passion qui prit possession de lui dès l’âge de huit ans.

Aussi libre que peut l’être un enfant par l’épanouissement de sa curiosité et un adolescent dans sa soif d’exploration, il découvrit grâce à la photographie, avec ses appareils box 6x6, puis Rolleiflex 6x6, Minolta reflex et autres Canon, tout un monde imagé, dont il parvenait à s’approprier des aspects insoupçonnés.  Il fut certes obligé, une fois adulte, donc face aux exigences de la vie, de limiter grandement sa créativité aux exigences de sa profession d’architecte d’intérieur.  Mais le genre de photo qu’exigeait celle-ci, pratiquée avec une Mamiya 645 format 4,5x6 à objectifs interchangeables (shift pour la photo d’architecture), ne chassa chez lui jamais tout à fait la photo violon d’Ingres, la photographie tous azimuts, la photo passion.  Pleinement retrouver sa magie à la fin de sa carrière professionnelle, ne donna par conséquent aucun mal au désormais jeune retraité Gerd Marx (je doute d’ailleurs qu’il ne l’eût jamais perdue) un demi siècle plus tard.  La faire triompher aux cimaises de la Galerie Michel Miltgen,[1] à l’occasion de sa première exposition photographique «libre» se fit du même élan.

Oui, libre!  Défi réussi; n’eût-on pas, en effet, pu s’attendre à ce que Gerd Marx profite et nous fasse profiter de sa longue expérience de la photo architecturale, des jeux d’angles et de lignes droites ou courbes, de perspectives, espaces, vides et volumes qu’il contribue à créer et à aménager et dont il maîtrise les harmonies depuis quatre décades?  Mais non, loin de se flatter de l’acquis, le libre artiste, qu’il est certain d’être, sait devoir se mettre en danger et, afin de retrouver les élans de sa prime jeunesse, devoir accepter les questionnements, risques et incertitudes de l’art.  Aussi, est-ce en artiste débutant, pour ainsi dire en jeune créateur, que ce sexagénaire nous convie à sa première exposition, où il s’expose du même coup à une critique dont il sait bien que l’approbation, voire l’indulgence, qu’elle soit des experts, des critiques d’art, des amateurs éclairés, ou de simples curieux, n’est jamais acquise.

Il m’est évidemment impossible de présumer de l’accueil que feront les médias, les visiteurs et d’éventuels acheteurs à ses splendides macrophotographies grand format de structures aussi fascinantes qu’ignorées par l’oeil ordinaire de ces êtres pressés et observateurs superficiels que nous sommes presque tous.  Combien parmi nous s’arrêtent-ils en effet pour admirer un clou rouillé, un morceau de bois pourri, une chaîne qui n’enchaîne plus que sa propre usure?  Et qui songerait à admirer une structure mal couverte de peinture écaillée pour découvrir dans la quasi-abstraction de cet étrange maculage – je pense à «Close-up 1» – une mer démontée, où un vortex, tornade ou terrible maelström risque d’engloutir un archipel en perdition?  Quant au clou de l’exposition, amis lecteurs, eh bien, c’est à première vue un vrai clou, en allemand «Nagel», aussi titre de l’oeuvre, quoique, la dépouille de cheville qui en coiffe la pointe comme une sorte de préservatif dont on aurait abusé, me fasse plutôt songer à une vis.  Mais, quelle importance!?  La beauté cruelle, pour ainsi dire minérale, de cette composition sculptée, ravinée et décapée par le vent, le soleil, le chaud, le froid et les embruns salins, en un mot, par les forces la nature qui, avec le temps, finissent toujours par vaincre l’oeuvre des hommes, cette beauté donc, saisie par Gerd Marx, est extraordinaire.

Hyperréalisme?  Sans doute, le terme est amplement justifié.  Il arrive cependant que les extrêmes se frôlent, se touchent même.  Aussi, les créations de Gerd Marx s’éloignent à tel point d’une vision, disons, normale, qu’en n’y regardant pas de trop près, donc au premier coup d’oeil, certaines de ses photographies donnent l’impression d’être abstraites.  Il en résulte des tableaux d’une beauté à couper le souffle et qui mériteraient d’être exposés dans tout musée d’art contemporain qui se respecte.  À ne pas rater!     



[1]  Galerie d’Art Michel Miltgen, 32 rue Beaumont, Luxembourg centre, ouvert mardi à vendredi 10-12,30 h & 14-18 h / samedi 9,30-12,30 h & 14-18 h.- Expo jusqu’au 8 novembre

dimanche 21 octobre 2012

William Cliff

Photo Jalel El Gharbi


l’auteur de la Recherche en ces années m’a révélé
que notre intime vérité c’est la littérature
Du côté de chez…. c’est-à-dire où le voile est levé
sur ce qui toujours est couvert de commune imposture

et qu’on ne vienne pas me parler de « science humaine »
et dégrader à des concepts le chant ou la douleur
qui fut le lot de notre enfance et dont la trace hautaine
continuera à nous tenir jusqu’à la dernière heure…

près du collège se trouvait un château à tourelles
hissé sur un piton rocheux qui dominait la Meuse
quand j’allais là me promener et remuer mes rêves

j’étais comme un second René dont l’âme ténébreuse
se perdait à travers pareil château ou vers des landes
mouvantes pour y prendre le poison de ses tourmentes
William Cliff

samedi 20 octobre 2012

تطهير assainissement ou purge


تطهير Ce mot n'est pas à traduire par "assainissement", mais plutôt par "épuration", "purge". Le concept est par définition antirévolutionnaire. Historiquement, il apparaît au moment où le fascisme emprunte à la révolution ses mots et sa rhétorique. C'est ainsi que ce ramassis d'obscurantistes, d'opportunistes et de spadassins se font appeler "ligue" comme La ligue tunisienne des droits de l'homme ! En Tunisie, ces ligues de protection de la révolution, formées de personnes qui n'ont pas pris part à la révolution, sont une menace pour notre pays. Ces ligues ont commencé cette lâche besogne d'épuration à Tatouine où un homme a été lynché, pour reprendre le mot employé par le président de la République même. Exigeons la dissolution de ce qui ressemble bien à une milice. Seuls les réalisations peuvent protéger une révolution. Et s'il faut absolument une structure pour protéger la révolution, que ce soit l'armée, force républicaine, qui a bien assumé ce rôle avant le 14 janvier. 



mercredi 17 octobre 2012

Chez Maurice Carême

Bureau de Maurice Carême à Anderlecht.
Ci-dessous la cuisine que fleurissent des physalis et un poème de Maurice Carême.  



La cuisine 



La cuisine est si calme
En ce matin d’avril
Qu’un reste de grésil
Rend plus dominical.

Le printemps, accoudé
Aux vitres, rit de voir
Son reflet dans l’armoire
Soigneusement cirée.

Les chaises se sont tues.
La table se rendort
Sous le poids des laitues
Encor lourdes d’aurore

Et à peine entend-on,
Horloge familière,
L’humble cœur de ma mère
Qui bat dans la maison.

(Maurice Carême, Mère, 1935)

vendredi 5 octobre 2012

Eugène Fromentin : Les Maîtres d'autrefois


Bruxelles, 6 juillet 1875.

Je viens voir Rubens et Rembrandt chez eux, et pareillement l’école hollandaise dans son cadre, toujours le même, de vie agricole, maritime, de dunes, de pâturages, de grands nuages, de minces horizons. Il y a là deux arts distincts, très complets, très indépendants l’un de l’autre, très brillants, qui demanderaient à être étudiés à la fois par un historien, par un penseur et par un peintre. De ces trois hommes, qu’il faudrait pour bien faire réunir en un seul, je n’ai rien de commun avec les deux premiers ; quant au peintre, on cesse d’en être un, pour peu qu’on ait le sentiment des distances, en approchant le plus ignoré parmi les maîtres de ces pays privilégiés.
Je vais traverser des musées, et je n’en ferai pas la revue. Je m’arrêterai devant certains hommes ; je ne raconterai pas leur vie et ne cataloguerai pas leurs œuvres, même celles que leurs compatriotes ont conservées. Je définirai, tout juste comme je les entends, autant que je puis les saisir, quelques côtés physionomiques de leur génie ou de leur talent. Je n’aborderai point de trop grosses questions; j’éviterai les profondeurs, les trous noirs. L’art de peindre n’est que l’art d’exprimer l’invisible par le visible; petites ou grandes, ses voies sont semées de problèmes qu’il est permis de sonder pour soi comme des vérités, mais qu’il est bon de laisser dans leur nuit comme des mystères. Je dirai seulement, devant quelques tableaux, les surprises, les plaisirs, les étonnements, et non moins précisément les dépits qu’ils m’auront causés. En cela, je ne ferai que traduire avec sincérité les sensations sans conséquence d’un pur dilettante. 
Il n’y aura, je vous en avertis, ni méthode aucune, ni marche suivie dans ces études. Vous y trouverez beaucoup de lacunes, des préférences et des omissions, sans que ce manque d’équilibre préjuge rien de l’importance ou de la valeur des œuvres dont je n’aurais pas parlé. Je me souviendrai quelquefois du Louvre et ne craindrai pas de vous y ramener, afin que les exemples soient plus près de vous et les vérifications plus faciles. Il est possible que certaines de mes opinions jurent avec les opinions reçues; je ne cherche pas, mais je ne fuirai point les révisions d’idées qui naîtraient de ces désaccords...

dimanche 30 septembre 2012

Poème d'Athanase Vantechev de Thracy en français, en albanais, en anglais et en tamazight

Puvis de Chavannes : Le Rêve.


TANT DE SILENCE ALENTOURS

À Ali Prodrimja

Où vont les gens que j’aime
Vêtus de robes rouges
Dans le haut crépuscule du soir ?

Où mène-t-il, le vent cuivré de l’automne,
Les voix glorieuses des mésanges ?

Seuls restent ici,
Emplies de soleil frais,
Les voluptueuses grappes de raisin
Et mon enfance heureuse
Assise à la fenêtre
Ouverte sur l’infini.

Dis-moi, Ali Prodrimja,
Dis-moi, ami solitaire des ruisseaux,
Frère des montagnes de Rugova,
Où emmènent-elles, les cavales du temps pressé,
Les corps que mes mains
Ont si longtemps habillés
De lumière !

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 18 août 2012

Glose :
Ali Prodrimja (1942-2012) : un des plus grands poètes de langue albanaise. Il est né à Kosovo et mort en France.

Rugova : chaîne de montagnes entièrement située à l’intérieur de Kosovo, longue de quelque 20 km.

ENGLISH :


So Much Silence Around

To Ali Prodrimja

Where do they go, the people I love
Dressed in red robes
At the height of the evening twilight?

Where do they lead, the coppery autumn wind,
The glorious voices of the blue tits?

All that remains here,
Filled with fresh sunlight,
Are the voluptuous clusters of grapes
And my happy childhood
When I sat by the window
Which opened onto infinity.

Tell me, Ali Prodrimja,
Tell me, solitary friend of rushing waters,
Brother of the mountains of Rugova,
Where do they take us, the mares of hurrying time,
The bodies that my hands
Have so long dressed
In light!

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges
August 2012



ALBANAIS :
KAQ HESHTJE RRETH E RROTULL



Ali Prodrimes


Ku venë njerëzit që dua
veshur me të kuqe
Në muzgun e artë të mbrëmjes ?


Ku e shpie era e bakërt e vjeshtës,

Këngën e lavdishme të trishtit ?


Mbeten këtu
Mbushur me diell te freskët
Vetëm kokrat joshëse të rrushit
Dhe fëminia ime e lumtur
Ulur te dritarja
Hapur drejt pafundësisë.


Më thuaj, Ali Prodrimja,
Më thuaj, mik i vetmuar i përrenjve,
Vëlla i maleve të Rugovës,
Ku i çojnë kuajt e kohës,
trupat që duart e mia
kaq gjatë i kanë veshur
Me dritë !

Athanase Vantchev de Thracy

Traduit du français en albanais par la poétesse Bessa Myftiu

TAMAZIGHT  (BERBERE)
mchta n ususm g idgharn
I Ali Prodrimja
Mani ghr eddan medden enna righ
Insan iaaban izgwaghn
G taghzi n tberbixt n tadgwat
mani ghr ittawy uzwu awragh n amwan
asmummy abaraz n tjdad n tyuggawine ?

xs nitnti ayd iqqiman da
Aamrant s tafukt tasmmat
Iskkun n wadil
tmzi nu ighudane
iqqimn g tattaqt
irzmen ghif awarsmur

ini yi Ali Prodrimja
ini yi amddakwl uzzif n ighzran
Gmas n idurar n Rugova
Mani ghr ettawy tazzla n uzmez izerbn
…..enna snsan ifassn inu mchta d mchta
s assid!

Athanase Vantchev de Thracy
Paris, ass n 18 août 2012

vendredi 28 septembre 2012

En lisant Eugène Fromentin

Eugène Fromentin : La chasse au faucon en Algérie ; la curée

L'explicit d'Un Eté dans le Sahara, récit de voyage d'Eugène Fromentin publié en 1857, est poignant. Le voici : 
"N'importe, il y a dans ce pays je ne sais quoi d'incomparable qui me le fait chérir. 
Je pense avec effroi qu'il faudra bientôt regagner le Nord ; et le jour où je sortirai de la porte de l'Est pour n'y plus rentrer jamais, je me retournerai amèrement du côté de cette étrange ville, et je saluerai d'un regret profond cet horizon menaçant, si désolé et qu'on a si justement nommé - Pays de la soif.

samedi 22 septembre 2012

Une romancière qatari en français


La semaine prochaine paraîtra ma traduction du roman de Dalal Khalifa "La Fable du lac" aux éditions Aden dans sa collection Lettres du Monde.

Voici la quatrième couverture ;

Peut-on réellement rester soi-même quand l’image renvoyée par les eaux du lac nous révèle notre véritable personnalité et nous laisse entrevoir un destin auquel on n’aurait pu rêver ?
L’amitié qui unit le flamboyant Mokhtar au raisonnable Amir sera-t-elle assez solide pour résister aux dangers de l’attrait du pouvoir ?
Le lac peut-il se tromper, ses révélations peuvent-elles altérer notre personnalité ? Peut-on rester juste quand on emprisonne les murmures de sa conscience et que l’on préfère ignorer les souffrances d’autrui ?
C’est tout l’enjeu de cette fable, relatée minutieusement par Dalal Khalifa, où se mêlent amour, amitié, trahison, meurtre, misère, fidélité, révolte, espoir et désespoir, ambition et humanité.


Dalal Khalifa est professeur d’anglais. Elle vit et travaille au Qatar. Elle a déjà publié plusieurs romans et nouvelles en langue arabe. La Fable du lac est son premier roman traduit en français.

aden 
La Fable du lac 
Dalal Khalifa
Editions Aden
LETTRES DU MONDE 
ISBN 978-1-909226-44-9

vendredi 21 septembre 2012

«Habbaytak bi sayf» (Fairuz), interprété par Amrie Saurel

« Femme enfant, Femme fleur, regard vif tendre et attentif, mobilisée à l’autre, Amrie dit avec force douceur et Beauté sa quête d’Espoir, de Tolérance, de Paix, d’Amour et de Vie.
Née dans la singularité de son origine, dans un curieux mélange de pudeur retenue et d’extériorité suggérée doucement persuasive et fortement convaincue, elle dit avec passion son choix de vivre deux cultures.
Sur l’aile de la colombe, messagère de Paix Universelle, elle aborde sans crainte toutes les rives de la Méditerranée hérissées des fracas des Hommes.
Sœur de Tous, elle exprime le juste et le bon ; elle magnifie la pureté des cœurs d’enfants, sa confiance en l’humain, sa foi dans la loi juste… celle du créateur.
Empreinte de spiritualité, subtilement mystique, Amrie est aussi pleinement femme et chante l’amour charnel, réminiscence du paradis perdu qu’elle invite à retrouver !
Avec ravissement elle s’exprime en langue arabe ; polyglotte dans ses créations et son tour de chant, nourrie de la Méditerranée-Mémoire, inspirée par son mentor Mabrouk ABDENBI guide de ses premiers pas, elle chante la fusion, la communion, le partage, l’élévation de l’esprit de l’Homme.
Terrestre et éthérée, charnelle et spirituelle, française et arabisante, méditerranéenne, elle appelle au Renouveau possible !
Trait-d’union entre l’Occident judéo-chrétien et le monde arabo-musulman, elle prône la réconciliation et, par un retour à la source matricielle de Mare Nostrum, à partir du socle judéo-chrétien enrichi par le siècle des lumières, elle ouvre la voie progressiste et moderne vers une civilisation islamo-chrétienne.
En partageant son écriture, sa musique, ses interprétations et son atmosphère, vous rejoindrez les constructeurs éclairés de la Méditerranée nouvelle. »

Jacques LLORCA

lundi 17 septembre 2012

Le mur de l'ambassade et les failles du pouvoir

Babelmed vient de publier mon article sur les derniers évènements à Tunis. Cliquez sur le lien ci-dessous :
Le mur de l'ambassade et les failles du pouvoir

Poème de l'imam Chafi'i


سأضرب في طول البلاد وعرضها ... أنال مرادي أو أموت غريبـا

فإن تلفت نفسي فلله درهــــا ... وإن سلمت كان الرجوع قريبا
Je parcourrai la terre de long en large
J'atteindrai mon but ou je mourrai étranger
Si je péris, gloire à mon âme !
Mais si j'ai la vie sauve, mon retour sera proche
Traduction Jalel El Gharbi

samedi 8 septembre 2012

Dihya, La Kahina : un appel à la femme maghrébine. Giulio-Enrico Pisani


Giulio-Enrico Pisani
Luxembourg 8.9.2012
Zeitung vum Lëtzebuerger  Vollek


Que je considère Gisèle Halimi,[1] l’avocate franco-tunisienne des causes justes, militante féministe et indépendantiste (notamment en Tunisie et en Algérie) comme une amie, du moins de manière livresque, admirative et unilatérale, est bien sûr une vue de l’esprit, de mon esprit.  Par contre, elle fut bien réellement proche de Simone de Beauvoir, avec qui elle écrivit le l’ouvrage Djamila Boupacha sur la manière scandaleuse sadique et cruelle dont l’armée et le gouvernement français Debré traitèrent cette militante du FNL algérien.  Mais Gisèle Halimi fut aussi proche d’un grand nombre de personnages engagés comme Picasso, Sartre, Aragon, Elsa Triolet, Gabriel Marcel, la résistante et militante des droits de l’homme Geneviève de Gaulle, l’ethnologue et résistante Germaine Tillon ou Simone Veil, pour ne citer que ceux-là.  Ce ne fut cependant qu’en 2002 que je lus l’un des ses livres: Avocate irrespectueuse, bouleversant ouvrage qui résume un demi siècle de combats juridiques allant de la défense d’un voleur de pommes de terre aux grandes causes politiques au Congo, en Tunisie, en Algérie et en France.  Bon, j’en reste là, car rien que l’énumération de tous ses combats occuperait un livre entier, que j’aimerais entreprendre un jour, si quelqu’un de plus jeune et compétent ne le fait pas avant moi.

Aujourd’hui je me contenterai d’écrire non pas vraiment dans le cadre, mais plutôt dans l’esprit de ma propre militance – oh, combien modeste – pour la liberté et la démocratie du peuple tunisien en général et de la femme tunisienne en particulier, ce qui revient somme toute au même.  Je rejoins en effet Aragon, quand il affirme que «l’avenir de l’homme est la femme».  Aussi est-ce en cherchant les racines de la femme tunisienne et en étudiant l’histoire et le génie de ce peuple qui ne forma longtemps qu’un avec ses cousins d’Algérie nord-orientale, sous le nom d’Imazighen,[2] (ou Numides, ou Berbères), je tombai sur le nom de Kahina.  Et c’est en tachant d’en savoir plus sur ce personnage aussi mystérieux qu’exceptionnel que je découvris – donc récemment – la biographie romancée de Kahina, publiée en 2006 chez Plon [3] par mon «amie livresque» Gisèle Halimi.

 

La Kahina, ou Kahena, ou Daya Ult Yenfaq Tajrawt ou Dihya de son vrai nom, s’inscrit dans la droite ligne de ses ancêtres amazigh, qui luttèrent quinze siècles durant pour sauvegarder leur indépendance contre les Phéniciens d’Utique, puis contre ceux de Carthage, puis contre Rome, puis contre les Vandales, puis contre Byzance et enfin contre les armées Arabes d’Oqba Ibn Nafii et de Hassan Ibn Numan durant le troisième tiers du 7ème siècle.  Quelques-uns parmi les plus célèbres de ces chefs de résistance furent Massinissa,[4] le premier roi de la Numidie unifiée, Jugurtha, dont le combat contre Rome fut brillamment conté par Salluste dans La guerre de Jugurtha, puis Tacfarinas, Antalas et, au 7ème siècle contre l’invasion arabe, Kocéila (Kusayla) et enfin la Kahina.

Gisèle Halimi ne pouvait guère baser son livre sur des sources historiques fiables et objectives, mais dut se contenter essentiellement de textes arabes ou de provenance arabe,[5] ainsi que des traditions – d’origine surtout orale – berbères.  Dihya, appelée Kahena ou Kahina, prêtresse ou devineresse en arabe, est donc une reine guerrière massyle, chaouis-zénète des Aurès de la tribu des Djerawa,[6] qui combattit les Arabes Omeyyades lors de l'expansion islamique en Afrique du Nord vers la fin du VIIe siècle.  L’auteure nous présente d’emblée une jeune femme hors du commun, volontaire et ne se pliant aux traditions qu’après les avoir pesées et approuvées.  Fille de Thabet, chef des Djerawa, elle succède à son père et, après sa mort, épouse Kocéila, le roi des Zénètes, qui tente de constituer un premier grand rassemblement de tribus berbères contre l’envahisseur arabe.  Battu par le général Oqba Ibn Naafi et amené en captivité, Kocéila se convertit par opportunisme à l’islam, puis s’évade, retrouve Dihya, réunit une nouvelle coalition de tribus, s’allie aux Byzantins et écrase près de Biskra l’armée d’Okba, qui y perd la vie.  L’armée berbèro-byzantine victorieuse conquiert Kairouan (Tunisie) en 683 et l’occupe pendant plusieurs années.  Mais les Arabes ne pouvaient abandonner Kairouan, aussi finirent-ils par revenir en force.  Koceila fut tué et les Imazighen qui avaient échappé au massacre se dispersèrent.

C’est alors que la Kahina, qui a combattu aux côtés de son homme, reprend son flambeau, fait une entrée fracassante sur la scène de l’histoire maghrébine et... de la longue kyrielle des femmes pugnaces dont furent les Déborah, Didon, Zénobie, ou Cléopâtre.  En 686, à la mort de Kocéila, elle se fait élire reine (ou chef de guerre) par les Zénètes, mais aussi par nombre des tribus berbères de l’Aurès, de la côte et du désert, parvenant à réunir les nomades et les sédentaires.  Forte de ce grand rassemblement, elle mène une guerre impitoyable contre l’envahisseur qu’elle battra à plusieurs reprises avant de devoir se retirer dans l’Aurès.  Et la suite?  Eh bien la suite est à découvrir par le lecteur dans le livre, car il n’est pas question que je le prive du suspense qui l’entraînera de la première à la dernière page à travers cette incroyable épopée.  En effet, au-delà de son intérêt historique, l’ouvrage est romanesque à souhait et relate une aventure passionnante de bout en bout, où l’on sent que l’auteure pénètre à fond un personnage auquel elle s’identifie d’autant plus aisément que sa naissance et son combat lui sont viscéralement proches.

Par exemple, à son prisonnier «préféré», son amant Khaled, le neveu de son ennemi, le général arabe Hassan Ibn Numan, la Kahina, qui sait appeler un chat un chat, cloue le bec, lorsqu’il lui vante la guerre sainte, la noblesse du Djihad: «Ne me ressors pas une fois de plus ce conte vertueux (...) Ce que vous voulez, c’est conquérir, occuper, prendre les terres et les biens… votre djihad n’est qu’une guerre de colonisation, Khaled, et vous avez besoin d’un dieu comme alibi!»  Certes, le terme «guerre de colonisation» peut paraître anachronique exprimé au 7ème siècle, mais c’est bien une écrivaine – ici romancière – du 21ème siècle qui s’adresse à nous, ses contemporains.  Qui lui en fera le reproche?  Certainement pas moi!  Et à bon entendeur salafiste et wahhabite pétrodollarisé salut!  De toute manière, dans le couple quasi-fusionnel faisant fi des siècles qu’est le duo Gisèle-Dihya, l’une est nécessairement un peu le reflet, l’ombre, la renaissance mystique de l’autre.
Et combien cela est vrai, la journaliste et anthropologue Hinde Taarji l’évoqua avec une grande sensibilité dans le magazine «La Vie éco» du 23.2.2007 en mettant en parallèle la naissance de Gisèle Halimi avec celle de Dihya/Kahena : «... la déception était si amère que son père cacha la nouvelle à son entourage pendant trois semaines. À ceux qui s'enquéraient de la venue du bébé, il s'obstinait à répondre qu'on l'attendait toujours. Pourtant, dans son berceau, celle qui deviendra l'une des grandes figures du féminisme de notre temps coulait déjà ses premiers jours. C'est ainsi que Gisèle Halimi fit son entrée dans la vie, dédaignée par un père à qui elle avait fait l'affront de naître. Pour le juif berbère qu'il était, la naissance d'une fille représentait une catastrophe (...) Des siècles auparavant, la femme qui symbolisa la résistance berbère à l'envahisseur arabe connut le même départ dans la vie...»  Si l’on ajoute à ma brève présentation le fait que ce roman est un véritable hymne à la tolérance religieuse du peuple berbère, dont les tribus vécurent jusqu’à la fin du 7ème siècle sans problèmes majeurs leurs différentes confessions (animiste, catholique, orthodoxe, arienne ou juive), il ne vous reste plus qu’à le découvrir, amis lecteurs, et ça, c’est votre privilège.







[1]  Gisèle Halimi, née Zeiza Gisèle Élise Taïeb en 1927 à La Goulette (Tunisie), est une avocate, militante féministe et politique franco-tunisienne; elle entre au barreau de Tunis en 1949 et poursuit sa carrière d'avocate à Paris en 1956. Élue à l’Assemblée nationale de 81 à 84, elle y dénonce la misogynie politique. (extr. Wikipedia)
[2]  Les Imazighen (pluriel d’Amazigh) furent appelés Numides par les romains et Berbères par les hellénophones. Le terme Kabyle semble être tardif et désigne aujourd’hui, avec +/- 7 millions de locuteurs surtout en Algérie nord-orientale, le deuxième plus grand groupe berbérophone du Maghreb, le premier groupe (+/- 8 millions) étant constitué par les Chleuhs du Maroc. Mais on trouve des régions villages au parler berbère un peu partout en Afrique du Nord, de la Maurétanie à l’Égypte en passant par la Libye (~10% de berbérophones).

[3]  Édition originale épuisée, cependant encore disponible aux éditions Pocket (~285 p.) de Plon.

[4]  Pragmatiques, ils surent aussi s’allier durant des périodes plus ou moins longues à leurs adversaires.

[5]  Notamment l’Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale d’Ibn Khaldoun, historien, philosophe, écrivain, homme politique et diplomate tunisien d’origine arabe (1332-1406), lui-même tributaire de sources fatalement peu objectives.

[6]  L’Aurès est un vaste territoire montagneux au nord-est de l'Algérie, dans lequel vit majoritairement le groupe berbérophone des Chaouis.  Du point de vue géographique et historico-ethnique il s’étend également sur une large part du nord-ouest tunisien.





mercredi 5 septembre 2012

Biennale internationale de poésie de Liège



La XXVIIème biennale internationale de poésie, un des plus grands rendez-vous poétiques du monde, se tiendra à Liège (Belgique) du 10 au 13 octobre 2012.
La session de cette année sera présidée par Dany Laferrière, poète et scénariste haïtien et s’articulera autour de la question suivante : «La poésie doit-elle être résolument moderne?»
Pour s’inscrire : www.mipah.be