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samedi 20 février 2016
E anche Umberto Eco...
"Chi non legge, a 70 anni avrà vissuto una sola vita: la propria! Chi legge avrà vissuto 5000 anni: c'era quando Caino uccise Abele, quando Renzo sposò Lucia, quando Leopardi ammirava l'infinito... perché la lettura è una immortalità all'indietro". Umberto Eco
Se Dio esistesse, sarebbe una biblioteca. Umberto Eco
samedi 19 décembre 2015
Le Kurde n'a que le vent 2
Chez lui,
c’est propre comme un sou neuf
C’est
oublié comme la tente du chef d’une tribu
Ayant
essaimé comme des plumes. Il y a un tapis de laine
Frisée.
Un dictionnaire vermoulu. Des ouvrages reliés
En hâte.
Des coussins comme brodés avec l’aiguille
Du garçon
de café. Des couteaux affûtés pour égorger
Oiseaux
et sangliers. Une vidéo X.
Des
bouquets de houx correspondant à la rhétorique.
Une
fenêtre ouverte sur la métaphore. Ici,
Turcs et
Grecs s’insultent les uns
Les
autres. Tel est mon passe-temps, celui des
Soldats
veillant sur les frontières de l’humour
Noir.
Ce
voyageur ne voyage pas n’importe comment
Pour lui
le Nord est le Sud, l’Est est l’Ouest
Pour le
mirage. Les vents n’ont pas de valises
La
poussière n’a pas de fonction. C’est comme si cachant
Sa
nostalgie pour quelqu’un d’autre, il ne chantait pas.
Il ne
chante pas quand son ombre pénètre les acacias
Où lorsqu’une
bruine mouille ses cheveux…
mardi 15 décembre 2015
Le Kurde n'a que le vent 1 Mahmoud Darwich
Le kurde
n’a que le vent
A Sélim Baraket
Quand je
lui rends visite, le Kurde se rappelle son lendemain
Et l'époussette avec son plumeau : « va-t-en
Les
montagnes sont encore les montagnes ». Il prend de la vodka
Afin que
son imagination demeure neutre : « moi
Qui
voyage dans mes métaphores, moi pour qui les brochets terribles
Sont des
frères sots. » Et il secoue les
ombres de son identité : « Mon identité, c’est ma langue. Moi, moi,
Je suis
ma langue. Je suis l’exil dans ma langue.
Mon cœur est
la braise du Kurde sur ses montagnes bleues…
Nicosie
est une marge pour son poème
Comme
toute autre ville. Sur son vélo,
Il a pris
les orientations et il a dit « J’habiterai là où
me conduit la
dernière orientation. C’est ainsi qu’il choisit le vide et qu’il s’endormit.
Il n’a
rêvé de rien depuis que les djinns ont habité ses mots
(Ses mots
sont ses muscles, ses muscles sont pour son violon)
Car les
rêveurs idolâtrent le passé ou alors
Ils soudoient
le portier des lendemains dorés
Je n’ai
ni lendemain ni veille. L’instant présent
Est ma
place blanche.
(Traduction Jalel El Gharbi)
dimanche 13 décembre 2015
mercredi 9 décembre 2015
mercredi 25 novembre 2015
samedi 21 novembre 2015
Lettre de Nicole Barrière
Que dire? Je voudrais te parler de Paris ces jours ci. Hors des flots de paroles que déverse la radio. Je n'ai pas la télé. C'est heureux.
Vendredi soir j’étais dans un café dans le centre de Paris pour des lectures de poèmes avec d'autres amis.
Nous sommes rentrés vers 23h peut être. Rien ne paraissait anormal sauf lorsque je suis arrivée à la Gare de l'Est, où était annoncée la fermeture des 3 stations de métro par la police près de République.
Rien d'autre. J'ai pensé qu'il y avait eu des émeutes peut être ou des rixes mais je n'ai pas pensé à des attentats.
J'aurais préféré des émeutes j'aurais préféré une saine colère populaire.
En rentrant chez moi je l'ai appris par la radio l'horrible folie meurtrière.
Cette idée permanente du risque depuis janvier dernier je l'ai pensée puis elle s'est estompée mais...Je sais bien que nous sommes des pays où nous en étions protégés jusque là. A Kaboul où je suis allée c'est tous les jours, tout le temps et dans les pays en guerre c'est aussi quotidien et sans fin.
Je n'ai pas dormi beaucoup la nuit de vendredi à samedi. J'ai écouté la radio j'ai surfé sur Facebook.
Tu ne peux pas savoir le bien que font les messages amis depuis le plus lointain lorsqu'il règne l'odeur de mort sur la ville, lorsque chaque heure dévide sa litanie de nouvelles de plus en plus angoissantes.
J'ai reçu des messages d'amis poètes lointains. Beaucoup du Magreb. D'Italie. D'Espagne D'Argentine. D'Égypte. Et du Népal sans doute le premier poète à s'inquiéter si tout allait bien.
J'ai écouté et lu beaucoup les interrogations les explications jusqu'à la prostration. Samedi j'étais prostrée. Heureusement mon fils est venu à Paris . Et il m'a sortie de cette torpeur. Il m'a dit il.faut sortir. Il faut vivre.
Nous sommes allés dans un restaurant arabe dans mon quartier. Et là j'ai vu et ressenti quelque chose de très ancien . Le patron nous a bien accueillis . Il nous a proposé de façon insistante de nous mettre dans l'arrière salle. Je pense que c'était une mesure de protection de ceux qui savent ou qui ont vécu déjà ailleurs et avant en Algérie cette horreur.
Et j'ai dit non j'ai dit on ne va pas se cacher comme des rats.
Vivre normalement.
Dimanche j'ai écrit lu écouté encore.
Vers 17h une amie poète m'a proposé d aller boire un verre vers le bassin de la Villette.
Nous avons passé plus d'une heure à discuter jusqu'à une fausse alerte. Un mouvement de panique sur l'autre quai. Des gens couraient certains se sont jetés dans le canal je crois. Il.y a eu un moment de panique ou les gens rentraient dans le café, la panique , bousculades et nous rampions sous les tables. Il est difficile de ne pas céder à cette panique tant l'atmosphère est tendue et où on sent.les gens à bout de nerfs.
Lorsque nous avons quitté le café c'était un vrai champ de bataille. Tables reversées grand désordre ainsi que dans les cafés environnants. Immédiatement les cafés et restaurants ont baissé leurs rideaux et les gens refluaient méfiants. Des voitures de police . sirènes hurlantes.
J'ai dit a mon amie : voilà ce que nous devons nous habituer à vivre.
Elle m'a dit cela me donne envie d'être dans ton Auvergne. Oui j y pense.
Je suis rentrée. J'ai écouté la radio . J'ai regardé les messages sur Facebook. Il y avait plein de messages amis encore. Des signes de par le monde, de monuments aux couleurs de la France. Un ami musicien avait envoyé depuis le Pérou un enregistrement de la marseillaise qu'il venait de faire à la guitare.
Je n'aurais jamais cru que je pouvais pleurer en écoutant la Marseillaise et pourtant j'ai pleuré en l'écoutant a plusieurs reprises ce week-end. Notamment lorsqu'elle a été interprétée à New York en prélude à un concert. Et là encore par cet ami guitariste. Car nous avons besoin de pleurer.
Il.faut vivre. Etre ensemble. Mais j'ai peur des mouvements de foule. De la panique qui.peut s'en emparer.
Il m'est difficile d'avoir du recul ces jours ci.
Et puis je dois être opérée le 18. Demain je rentre a l'hôpital. J'ai dit a mon amie. Pendant la guerre Antonin Arthaud se faisait hospitaliser. L'hôpital est un lieu de protection peut être? Je ne sais pas.
Oui tout doit être rediscute mais pas seulement. On discute beaucoup, vainement parfois et on oublie de ressentir. On oublie d'aimer, on oublie d'être présent. Or dans les moments de détresse. Il faut des gestes simples de vie. Il faut la précaution du restaurateur qui propose l'arrière salle. Il faut la main amie sur l'épaule. Le signe tenu même lointain des amis qui pensent à vous.
Il y a eu la prostration, la tristesse et aussi la colère envers ces hommes politiques qui nous précipitent dans l'enfer.
J'ai regarde une vidéo où un seul a une analyse saine depuis longtemps. C'est De Villepin. Il dit on ne fait pas la guerre au terrorisme elle est perdue d'avance. Il faut agir autrement.
J'ai écouté le juge Trevidic, qui ne mâche pas ses mots sur la politique intérieure et extérieure.
Et lorsque je vois la logique de guerre contre le monstre. Je ne suis pas sûre de l'issue qui est proposée.
Car quand ce pays des droits de l'homme va t il cesser d'être schizophrène? Quand allons nous cesser de commercer avec ceux qui arment les djihadistes? Quand allons nous cesser d'être à la remorque de la politique américaine qui dans son pragmatisme libéral s'allie avec les monarchies du Golfe même les plus sanguinaires? Nous faisons la même chose et nous nous étonnons du résultat.
Nous n'avons pas une classe politique digne. Nous avons affaire à des apprentis sorciers.
Après Chirac nous avons eu des va en guerre, qui ont suivi les guerres désastreuses en Irak en Libye et en Syrie. Et ailleurs. Et maintenant?
Au nom de quoi? Des droits de l'homme? Ou du commerce des armes?
Oui il faut rediscuter et je dis ma colère contre ces politiques libérales dont l'ultime stade impérialiste est la guerre.
Hier j'ai vu après la fausse alerte au café une jeune femme péter les plombs . Elle hurlait qu'elle ne voulait plus vivre qu'elle voulait se suicider.
Nous entrons dans une ère nihiliste alors que nous devons aimer la vie encore plus de vie.
Tu vois je ne suis d'aucun secours. .. mais interrogeons nous, échangeons. Et écrivons.
En ce moment j'écris plus des poèmes de consolation que d'engagement résistant..
Le monde a tant besoin de compassion de bienveillance et de bonté.
Je t embrasse fraternellement. Meilleures pensées à toi. Prends bien soin des tiens.
En marge du colloque d'Oran
Oran : son musée Zabana
Camus qualifie la place d'armes de prétentieuse. En arrière plan, la mairie et ses deux lions sculptés par Caïn
L'hôtel Eden reproduit les deux lions et y ajoute même un troisième :
le théâtre de la ville
L'église néo-bysantine aujourd'hui transformée en bibliothèque
Le monument dédié à Mohamed Zabana, le premier militant du FLN à être guillotiné. On connaît les poèmes qu'il a inspirés à Mofdi Zakaria. J'en traduis ce vers :
Il se dressa lentement fier, tel le Christ
Saoûl psalmodiant son chant
Un hommage à Jean Goujon dans une rue d'Oran :
Le hall du CRASC d'inspiration néo-mauresque
Ce cap à l'Est d'Alger, à l'Ouest de Tunis est à moi
Camus qualifie la place d'armes de prétentieuse. En arrière plan, la mairie et ses deux lions sculptés par Caïn
L'hôtel Eden reproduit les deux lions et y ajoute même un troisième :
le théâtre de la ville
Le monument dédié à Mohamed Zabana, le premier militant du FLN à être guillotiné. On connaît les poèmes qu'il a inspirés à Mofdi Zakaria. J'en traduis ce vers :
Il se dressa lentement fier, tel le Christ
Saoûl psalmodiant son chant
Un hommage à Jean Goujon dans une rue d'Oran :
Le hall du CRASC d'inspiration néo-mauresque
Ce cap à l'Est d'Alger, à l'Ouest de Tunis est à moi
dimanche 15 novembre 2015
Le petit prince n'est pas mort
Le jeune berger, Mabrouk Soltani (15ans), sauvagement égorgé par les terroristes,sera inhumé aujourd'hui à Jelma (Sidi Bouzid).
Tu ne mourras pas, petit prince.
OEuvre d'Eugène Girardet
Tu ne mourras pas, petit prince.
OEuvre d'Eugène Girardet
samedi 14 novembre 2015
mercredi 11 novembre 2015
Khemais Tarnane - Ya zahratan خميس ترنان - يا زهرة
Le très beau texte magistralement interprété par Khémais Tarnane est en réalité une traduction libre d'un poème écrit par Salah Farhat en 1913. La superbe version arabe est de Saïd Khalsi.
Salah Farhat, militant de la première heure, était aussi poète d'expression française. Il est né à La Manouba au palais du Dôme cuivré (Qobet Enhas)
FLEUR DE NARCISSE (Ya Zahratan)
par Salah Farhat,.
Petite fleur douce et parée
D'émeraude, d'argent et d'or,
pourquoi le vent qui t'a bercée
Maintenant gémit-il si fort?
O fleur ! il t'aime et se lamente
D'être sevré de tes baisers.
Il te pleure dans sa tourmente
Car il t'a perdue à jamais.
Je m'en veux de t'avoir coupée,
Suave fleur.(O mes amours !),
Semblable à toi ma bien-aimée
S'éloigne, belle, parfumée...
Et me laisse pleurant toujours.
vendredi 16 octobre 2015
Quo vadis tourisme tunisien. Giulio-Enrico Pisani
Le Bardo : un haut-lieu de la culture.
Giulio-Enrico
Pisani
Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek
Luxemboug, 15 oct. 2015
Quo vadis tourisme
tunisien ?
[1] Frisoni
Claude: C'était mieux quand c'était
pire, Coquecigrues, calembredaines, balivernes et autres billevesées,
128 pages, Éditions Phi 2001
[5] Le
Monde.fr: Le gouvernement BRITANNIQUE a annoncé, jeudi
9 juillet, qu’il déconseillait désormais la Tunisie à ses ressortissants
pour tout voyage «non essentiel».
Giulio-Enrico
Pisani
Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek
Luxemboug, 15 oct. 2015
Quo vadis tourisme
tunisien ?
En fait, c’est
«Où vas-tu, Tunisie?» que l’on voudrait tout d’abord demander à ses élites
politiques démocratiquement élues, au vu des résultats économiques désastreux du
pays ces dernières années, c'est-à-dire – c’est triste à dire – depuis
l’éviction du dictateur Ben Ali en janvier 2011. Ont-elles voulu réaliser le livre «C’était mieux quand c’était pire...»
de "notre" Claude Frisoni[1], ou
plutôt son sous-titre «Coquecigrues,
calembredaines, balivernes et autres billevesées», grâce à la
politique incompétente et inepte de leur Troïka
dominée par les islamistes? Accouchement douloureux d’une démocratie
gagnée de haute lutte par les jeunes et récupérée par les revenants islamistes
de prison ou d’exil, ce chapitre triennal[2] fut marqué par une islamisation rampante, une terreur salafiste tolérée
par le parti Nahdha et une impéritie économique de tous les jours. Entre 2010 et 2013 le déficit budgétaire tunisien
passa d’~1,1% à ~7%, sa dette augmentant de 26 milliards à plus de 35 milliards
de dinars. Et autant pour les
«bienfaits» de la gestion des islamistes!
Mais ne pouvait-on pas espérer que, après qu la Troïka eût cédé le
pouvoir au gouvernement provisoire (non partisan) de Mehdi Jomaa[3], puis que les élections eussent porté au pouvoir Béji Caïd Essebsi et
son parti séculier Nidaa Tounes, espérer donc une redynamisation de l’économie?
Hélas, ce serait faire les comptes sans
les trois années perdues en revanchisme bigot, immobilisme tribal et
infiltration islamiste des administrations.
Les résultats se font donc attendre et la reprise est ralentie par l’inertie,
la corruption, les chicanes religieuses et les conservatismes dressés contre tout progrès par les pions
placés dans la plupart des administrations par Nahdha durant ses trois années de
pouvoir. Mais un accroissement de
l’activité n’en a pas moins eu lieu et une timide lumerotte commençait tout de
même à poindre au bout du tunnel, lorsque... PATATRAS!
Le 18 mars 2015
au Bardo, le plus beau et prestigieux musée de Tunisie et l’un des bijoux de
toute la Méditerranée, un attentat terroriste causa, en plus des dégâts
matériels, la mort de 24 personnes (21 touristes, un agent des forces de l'ordre et deux
terroristes) et fit 45 blessés. Outre la terrible tragédie personnelle
frappant les victimes et leurs familles, le coup était plus que dramatique pour
le pays à peine convalescent, dont le tourisme fournissait directement 7-8%[4] du PIB et plus de 400.000 emplois directs et indirects, voire épisodiquement
jusqu’à 15 % de la population active. Mais, comme si cela ne suffisait pas, un nouvel
attentat islamiste/djihadiste frappa le 26 juin 2015 la
station balnéaire de Port El-Kantaoui près de Sousse, faisant 39 morts et 39
blessés.
Si l’attentat du Bardo avait déjà entraîné une baisse estimée à
25,7 % du nombre de touristes sur un an, celui de Sousse pourrait coûter, avec
ses annulations de réservations et ses départs en masse, plus de 450 millions
d’Euros au pays. Même le beau geste de dizaines
de milliers d’Algériens venus passer par solidarité leurs vacances en Tunisie ne
saurait compenser la défection des Européens: plus de 60% d’annulations,
retrait de la Tunisie du programme de nombreux croisiéristes et tour-operators
et, pis que tout, le boycott de la Tunisie par de nombreux gouvernements
occidentaux appelant formellement leurs ressortissants à éviter la Tunisie. Je pense notamment aux gouvernements
français, belges, britanniques, irlandais, finlandais et danois[5]. Certes, toutes les conséquences économiques
et financières de ces tragiques évènements ne peuvent être chiffrées avant la
fin de l’année, mais il ne fait aucun doute qu’elles seront désastreuses.
Hôtels
désertés, fermetures et faillites à la chaîne, personnel hôtelier au chômage
par dizaines de milliers, déséquilibrage de toute l’économie à cause du manque
soudain de moyens destinés à d’autres secteurs économiques, industriels,
agricoles et sociaux[6]. Et tout cela par la faute de deux
attentats? Certainement pas! C’est ce
qu’on veut nous faire croire, ici en Europe et peut-être également aux
USA. Mais pour peu que l’on prenne le
temps de réfléchir de façon non-émotionnelle et sensée, il appert vite que
cette supposition est absurde. Les grands fautifs de cette désertion des
plages et des trésors culturels tunisiens sont en réalité bon nombre de
gouvernements occidentaux, mais aussi une majorité de croisiéristes et
tour-operators. Échaudés par les
annulations de touristes effrayés à chaud, dont la réaction se comprend, quoique
dépourvue de toute logique, ces voyagistes bornés ont cessé toute publicité
permettant de relancer, du moins à terme, la machine touristique tunisienne.
N’exagérons
pas en employant le terme criminel, mais il est sûr que l’attitude des nombreux
gouvernements européens confirmant, voire encourageant cette défection massive
par leurs mises-en-garde injustifiées, a été et est pour le moins délictueuse. Le seul peuple, le premier du «printemps
arabe» à avoir mené et à poursuivre tenacement sa révolution sans l’intervention
calamiteuse des bombardiers occidentaux ou autres[7], le
seul donc à avoir préféré la voie politique à l’empoignade guerrière, ce peuple
se voit privé par les dirigeants européens de sa première source de
revenus. C’est honteux. Et c’est d’autant plus scandaleux que leurs
cris d’orfraie gouvernementaux au danger terroriste ne sont nullement justifiés.
Démonstration
empirique et règle fondamentale: un
attentat terroriste n’a jamais lieu là où on l’attend. Et c’est tellement évident qu’il ne faudrait
pas devoir le rappeler[8]. Vous avez infiniment plus de chances d’être
victime d’un attentat, ailleurs qu’à l’endroit où il vient d’avoir lieu, plutôt
qu’en cet endroit même. Aussi, déserter un
pays, une ville, un musée ou un hôtel venant d’être victimes de terroristes est
un non sens. Il s’agit sans doute des
lieux les plus sûrs du monde.
Mais un autre
impair de certains de nos gouvernants injustes et sottement alarmistes reflète
leur stupidité partiale quand leur pays n’est pas directement concerné. Ils font en effet preuve de bien plus de
retenue dans leur alarmisme, quand les revenus économiques et touristiques de leurs
propres pays ou villes sont en jeu. Tenez,
à aucun moment après les attentats meurtriers de New-York, Madrid, Londres ou Paris
des gouvernements occidentaux n’ont appelé à s’abstenir de visiter ces
capitales. Serait-ce plus légitime d’être
tué par un terroriste en Europe qu’au Maghreb?
Suite à l’assassinat en mars 2012 par le djihadiste antisémite Mohamed
Merah de sept personnes à Toulouse et Montauban a-t-on invité les juifs de
France, d’Europe et d’ailleurs à éviter de se rendre dans ces villes? Non, bien sûr.
Et les attentats en série des Brigades Rouges, de la Bande à Baader ou
de l’IRA dans les années 60 à 90 ont-ils jamais empêché quelqu’un de se rendre
en Italie, Allemagne ou Angleterre? C’est dire la crédibilité de nos dirigeants. Quoi d’étonnant qu’au «Tiers-monde» on ait de
plus en plus de mal à nous prendre au sérieux et qu’il faille le semi-dictateur
Poutine pour rendre un peu de crédibilité, sinon à l’U.E., du moins aux
Européens.
Allons donc,
mes amis, mes compatriotes et vous tous, voyageurs et vacanciers européens,
cessez donc de vous laisser présenter des films d’horreur par ces réalisateurs
à deux sous que sont bon nombre de nos dirigeants! Tout le monde sait aujourd’hui par la presse
que les mesures draconiennes prises par les autorités de Tunisie y rendent tout
nouvel attentat, non pas impossible – ce n’est le cas nulle-part –, mais bien
pus difficile et improbable qu’à Paris, Bruxelles, Londres, Copenhague, Dublin
ou Helsinki. Alors, qu’elles soient
balnéaires ou culturelles, n’hésitez plus, amis lecteurs, et bonnes vacances...
en Tunisie.
[1] Frisoni
Claude: C'était mieux quand c'était
pire, Coquecigrues, calembredaines, balivernes et autres billevesées,
128 pages, Éditions Phi 2001
[2] ...
auquel j’ai consacré une quarantaine d’articles, tous dans notre Zeitung vum
Lëtzebuerger Vollek (liste et liens dispo. sur demande)
[3]
Janvier à octobre 2014
[4]
Indirectement, cette part pourrait monter à 15% du PIB
[5] Le
Monde.fr: Le gouvernement BRITANNIQUE a annoncé, jeudi
9 juillet, qu’il déconseillait désormais la Tunisie à ses ressortissants
pour tout voyage «non essentiel».
FRANCE (les plus modérés, à cause du business) Diplomatie (Ministère des
Affaires étrangères, sept. 2015):
... les ressortissants français résidant ou désirant se rendre en Tunisie, sont
appelés à faire preuve de vigilance renforcée et à se conformer aux consignes
de sécurité figurant sur ce site.
Royaume de BELGIQUE, Affaires étrangères
(octobre 2015): En raison de la
persistance d’un niveau élevé de menace terroriste dans le pays, tous les
voyages non-essentiels vers la Tunisie restent déconseillés.
Les Échos.fr (juillet
2015): le DANEMARK
a appelé vendredi ses touristes à quitter le pays dès que possible...
Les
Échos.fr (juillet 2015): ... l'IRLANDE
a déconseillé à ses citoyens de se rendre en Tunisie. "Nous avons pris
la décision de changer nos conseils aux voyageurs pour la Tunisie en
déconseillant tout voyage non essentiel", a annoncé le ministre des
Affaires étrangères Charlie Flanagan
[6] Notamment
forte réduction de revenus de commerçants, restaurateurs, cafetiers, artisans,
guides touristiques, taxis, etc., mais aussi de rentrées fiscales venant à
manquer pour les projets de relance et d’investissements d’un état qui doit du
même coup faire face à un accroissement des dépenses sociales (chômage) et de
sécurité.
[7] Souvenons nous de janvier 2011, la seule offre
d’ingérence étrangère dans la révolution tunisienne avait été l’assistance du
savoir-faire policier français proposée par la ministre française Michèle
Alliot-Marie au dictateur Ben Ali pour "régler les situations
sécuritaires". Comme quoi Il y a toujours eu
pour nos belles et nobles démocraties occidentales des dictateurs fréquentables
(business first) et les autres qui ne rapportent rien ou gênent trop.
[8] Savoir quand et où un
attentat aurait lieu, donnerait évidemment aux résidents locaux et aux forces
de l’ordre 100% de chances de l’éviter.
samedi 10 octobre 2015
Moncef Bey à Pau
La ville de Pau s'apprête à rendre hommage à l'illustre Moncef Bey, à l'occasion du 70ème anniversaire de son arrivée dans cette ville. La mairie, présidée par un ami de la Tunisie, Mr François Bayrou, inaugurera une plaque commémorative sur la façade de la maison que le Bey de Tunis occupa jusqu'à son décès le 1er septembre 1948.
Merci Monsieur le Maire, et merci à toute votre équipe notamment à Madame Isabelle Deluga.
mardi 29 septembre 2015
lundi 21 septembre 2015
dimanche 6 septembre 2015
Albertine retrouvée
Caroline Tillette ressemble à s'y méprendre à Albertine...
Scène du film A la Recherche du temps perdu de Nina Companeez où Caroline Tillette campe le rôle d'Albetine Simonet.
Scène du film A la Recherche du temps perdu de Nina Companeez où Caroline Tillette campe le rôle d'Albetine Simonet.
lundi 24 août 2015
Poème de Giulio-Enrico Pisani
Toujours et encore ces livres
Toujours et encore cette fenêtre
si différente selon que l'on désire
l'intérieur ou ... l'infini.
Ma bibliothèque
Giulio-Enrico Pisani La nuit est un autre jour. Editions Op der Lay
dimanche 23 août 2015
Laurent Fels lu par Giulio-Enrico Pisani
Cyclamen, un caïeu d’enfant mort ?
Simultanément à ce mini-recueil de poèmes de Laurent Fels, poète dont je présente les oeuvres dans nos colonnes depuis plus de dix ans, j’aimerais aujourd’hui vous parler de l’éditeur qui l’a publié. Quant à l’auteur, «qui / pardonnera // la dernière minute // le geste / d’une main // en contre- / plongée...», me pardonnera-t-il également l’irrévérence d’user à ce fin quelques-uns de ses mots portant «sur l’autre / versant // de la / page // l’haleine / tiède // souffle / effacé // - un présage / né d’une / promesse»? Est-ce donc cette promesse, que la micro-maison d’éditions La Porte veut tenir, en publiant dans sa collection «Terre à Ciel, Poésie d’aujourd’hui» ses petits livres de quelques 16 (parfois 24) pages, cousus-main, tirés et numérotés à 200 exemplairesi? Est-ce également entre les pétales de ces mini-réceptacles couleur crème que, à l’instar d’un horticulteur amoureux, Yves Perrine, leur directeur, couche les poèmes, ces bulbes gros des rêves dont il enrichit ses parterres bibliophiliques? Sûr! Et que Cyclamen Persicum Felsi y figure en bonne place n’a en soi rien d’étonnant.
Rien d’étonnant non plus, que nous soyons reçus dès les premières mini-pages de ce mini-livre, par des mini-vers mesurés avec une telle parcimonie, qu’elle pousse le désormais fameux minimalisme felsien jusqu’à économiser majuscules et ponctuation. Il ne vous reste plus qu’à l’imaginer, ami lecteur. Oh, non pas arbitrairement, bien sûr, ni, non plus, selon votre premier ressenti! Si vous y avez déjà gouté, vous n’ignorez plus que la poésie de Laurent Fels se livre et se déguste moins que toute autre de la façon prédigérée dont l’oiselle nourrit ses petits. Ses couplets, ses vers, ses mots finement choisis et précisément placés là, où vous les lisez, ne constituent pas des agapes artistement préparées selon les règles de la poétique avec les ingrédients de l’imaginé ou du ressenti d’un auteur-maître-queux. Loin de là! La magie est ailleurs. Par de simples indications, clefs enfilées sur un cordon que vous seuls pourrez dénouer, l’auteur vous encourage à devenir à votre tour le poète que la lecture de ses mots, mais aussi de ses non-dits, de ses points, points-virgules, ou points d’interrogation absents, pousse à placer selon son entendement, sa sensibilité et ses sentiments... Les vôtres?
Ce n’est pas chose aisée, sans doute. Mais elle se révèle vite d’autant plus gratifiante, qu’elle fait de vous un poète dans le sens complet du terme. Vous voilà, en effet, poète lisant le poète... «qui / pardonnera // la dernière / minute // le geste / d’une main // en contre- / plongée // encore / aimante /// où tressaille // l’ombre / d’un doute // comme / une enfance // enfouie / dans le regard // de deux / yeux // morts»! À moins qu’il y ait doute, bien sûr... Dans ce cas, vous percevrez ces deux premières pages plutôt comme interrogation, que, à défaut de ponctuation imposée, vous pourriez lire «Qui / pardonnera // la dernière / minute // le geste / d’une main // en contre- / plongée // encore / aimante /// où tressaille // l’ombre / d’un doute // comme / une enfance // enfouie / dans le regard // de deux / yeux // morts?». Vous n’avez que copié en majuscule la première lettre, placé un point d’interrogation à la fin, et déjà tout change. Le poète qui pardonnera devient... des inconnus appelés à pardonner. C’est une interprétation. Mais qu’en est-il de la parole sous-tendue et des nombreuses idées sous-entendues, ou simplement possibles? Que ressentez-vous quand «... l’enfant // se retire / dans la // fosse /verte // vaincu / et comme // mort / d’avoir vécu»? Le Cyclamen ne manque pas de variantes, ni ses caïeux, mais ceux-ci reposent encore dans les non-écrits de Laurent Fels. À vous de les découvrir, les réveiller et les révéler!
L’une des caractéristiques essentielles de la poésie de Fels réside en effet non seulement dans l’immense liberté de lecture, d’interprétation et d’appréciation qui vous y est laissée, mais surtout dans son choix d’être plutôt votre inspirateur que votre précepteur, ou, si vous préférez, plutôt votre entraîneur que votre maître. Vu par le poéticien et poète Jalel El Gharbi, le minimalisme poétique de Fels et son abandon de l’exhaustivité en faveur d’une réduction quasi-binaire, peuvent nous faire «... penser (...) aux œuvres de Malevitch scindant l’objet en deux (dans ce qu’on pourrait appeler une poétique de la fissure». C’est pourtant Stéphane Mallarmé qui s’en approche – je pense – le plus, dans sa réponse à Jules Huret, qui la rapporte comme suit: «Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu; le suggérer, voilà le rêve!». Paradoxe, que celui de ce maître dispensant un conseil dont il faisait fi! Mais peut-être estimait-il que le temps n’en était pas encore venu.
Les mots qui importent seraient-ils donc ceux qu’on n’écrit point ni ne lit? me demandai-je déjà lors de ma précédente présentation de poésie felsienne. Ceux que j’appelais les non-dits? Et pourquoi, ce qui est si fréquent dans la vraie vie, le sous-entendu, la circonlocution, l’insinué, l’invisible, le «tourner autour du pot» ne serait-il pas possible en poésie, genre littéraire où, de nos jours, quasiment tout est permis? Laurent tournerait-il autour des mots? Oui, mais seulement pour mieux en définir d’aucuns, les situer – heureux élus – au milieu de la feuille (presque) blanche, des non-dits ou de leur résultante: son poème. Et pourquoi devrait-on décrire tout ce qui s’agite autour d’un feu de camp, lorsque, placé dans tel contexte, le terme «feu de camp» peut à lui seul définir la scène, tout comme, un peu plus loin, l’expression «braises fumantes» témoignerait du même camp sombré en quasi-léthargie? Lancez-vous donc et n’hésitez plus à découvrir entre les pétales du Cyclamen de Laurent Fels votre propre créativité poétique, et peut-être parviendrez-vous à dégager une lueur d’espoir de ce jardin à la normalité tragique!
Né à Esch/Alzette en 1984, Laurent Fels est enseignant-chercheur, écrivain, poète, professeur de littérature française et de latin, éditeur, lauréat de plusieurs prix, ainsi que membre et coopérant de tant d’académies et prestigieuses institutions à travers le monde, que je vous laisse le soin d’en découvrir le détail sub:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Fels
Giulio-Enrico Pisani
1) Pour commander Cyclamen, s’adresser soit à Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin, F-02000 Laon, ou se renseigner auprès de Laurent Fels, laurent.fels@education.lu. Prix : 3,80 EUR le livret (ou 6 numéros – abonnement à La Porte – à 21,- EUR) port compris... pour la France. (et le Luxembourg ???)
2) Jules Huret : Enquête sur l’Évolution Littéraire, Les Précurseurs, Stéphane Mallarmé, Bibliothèque-Charpentier,1891. En ligne, notamment sur ttps://fr.wikisource.org/wiki/Enquête_sur_l’évolution_littéraire

Zeitung Vum d'Lëtzbuerger Vollek
Freitag 21. August 2015
vendredi 14 août 2015
Giulio-Enrico Pisani De l’Éternité et de l’Immortalité selon Sapphô(1) de Mytilène,
De l’Éternité et de l’Immortalité selon Sapphô(1) de Mytilène,
ou comment Daniel Aranjo se fond en une femme de 24 siècles son aînée en pénétrant son esprit et en mou’aradhant (2) sa poésie
Illustration de Janine Laval
« Au départ, » m’écrivit Daniel Aranjo, « il y a eu la lecture de Leopardi(3) et d’un ou plutôt deux poèmes de ses Canti : d’abord « Dernier Chant de Sapphô » (sur l’enfance perdue de Sapphô, l’enfance, la première chose que l’on perde et que l’on perd), « Ultimo Canto di Saffo », en italien, qui m’a inspiré le sous-titre de mon recueil... ». Dans un second mail, pris sans doute de pitié pour moi, qui pataugeais comme crapaud myope dans son pré poétique entre vers libellulaires et blancs fleurissants, il me confirma que rien n’était emprunté à Sapphô. Et je lisais, étonné, ébahi, époustouflé par la faculté de l’auteur à pénétrer l’esprit et l’écrit d’une poétesse d’il y a vingt-cinq siècles, ainsi qu’à ressentir, concevoir et rendre émotions, hésitations, doutes, érosion, lacunes et ruptures d’une oeuvre fragmentaire et fragmentée mieux qu’elle ne l’eût pu. Ah, poésie, quand tu nous nous tiens ! Qu’envierais-tu à l’histoire et aux légendes ?
Dire, que j’y avais tout d’abord cru voir oeuvre de restauration, de complétion ! Mais non, « Tout est de moi » m’écrivit donc Aranjo. « J’ai fait « du » Sapphô non sans humour ni tendresse et d’abord par les nombreux trous de mon texte aussi mutilé et énigmatique que ce qu’on a cru garder de Sapphô. Présenter un texte comme une traduction de l’antiquité est un canular classique. Leopardi en a fait (mais pas sur Sapphô), tout comme Pierre Louys avec sa célèbre Bilitis... ». Et pourquoi ne pas citer les fameux Poèmes d’Ossian, barde écossais du IIIe siècle, qui aurait été l’auteur d’une série de poèmes dits gaéliques, traduits et publiés en anglais au XVIIIe par le poète James Macpherson, qui eurent un énorme retentissement ? Ils étaient en fait des créations de Macpherson, inspirées de textes folkloriques anciens. Ce que l’histoire omet d’écrire, c’est que, le temps de ce type d’écriture, Mcpherson, Leopardi ou Aranjo deviennent eux-mêmes réellement ceux qu’ils rappellent sur le devant de la scène.
La genèse de ce recueil, si joliment illustré par l’artiste Janine Laval, étant ainsi sommairement posée – je dis sommairement, car il mériterait bien mieux –, nous pouvons nous pencher sur ce délicat bouquet de mou’aradhas au parfum lesbien. Ci et là du moins, entre deux brisures, grâce à la lucidité de l’auteur qui, « devenu une femme, et Sapphô, le temps d’un recueil », un peu comme Tolstoï dans Le Bonheur conjugal, Flaubert dans Madame Bovary ou Roddy Doyle dans La Femme qui se cognait dans les portes(4), l’auteur donc précise : « ... j’avais peut-être (...) réussi à faire un peu la même chose avec ce recueil saphique (...), procédé (qui) m’a (...) permis de dégager la douceur qui figurait déjà dans certaines de mes autres oeuvres, la part de féminité propre à chacun – ici, de double féminité puisqu’il s’agit de Sapphô (...), puisque je cache sous un nom d’emprunt la part de féminité que tout homme porte en soi... ».
Tenez ! Sous le titre De l’Immortalité (le même pour divers poèmes), le poète, mué en poétesse, « chante » page 22 « la jeune emphase de tes seins […] / large papillon monarque, / comme à Rhodes, sur une flaque / de quasi asiatiques nymphéas […] / / l’humanité peut disparaître, / il ne la verra pas ; comme / il ne voit déjà pas cette boue de / fleurs, ni le nénuphar, qu’il est ; / / et pourtant il se sait belle, comme toi, / puisqu’il fait la belle pour sa belle / de tout l’éclat de sa craie de couleurs / derrière une brume de prétextes puérils, / / hélas comme nous toutes. »
« Réinventer Sapphô », intitule Salah Stétié sa subtilement frappante préface et écrit : « ... Que faire d’autre face à des fragments intenses d’une œuvre éclatée et disparue ? Au silence de la poétesse, c’est notre propre silence (...) exalté par la volonté d’écoute (...) du murmure, du soupir presque indiscernable, du chant muet des lèvres qui se touchent (...) Se saisir de l’ombre, traquer l’évasif pour lui donner un fantôme de corps, toucher à son tour la peau des lèvres et le ruissellement des épidermes, les brûlantes rosées de l’amour. Sensualité et précision, attachement à la nuance la plus subtile au sein même d’un trouble diaphane, tel est le secret de la si pure expression saphique (...) sous la plume recréatrice de Daniel Aranjo ».
Mais s’agit-il d’une recréation stricto sensu ? Ne sommes-nous pas davantage confrontés à une pénétration avec tentative d’absorption, de phagocytose, à l’essai d’un mariage d’amour total, symbiotique et quasi-incestueux, où le poète contemporain épouse, en se donnant sans réserve, une consoeur de jadis qu’il ressuscite pour mieux la posséder ? Hypothèses, certes, mais n’ont-t-elles pas aussi effleuré l’éditeur, qui a catalogué cet étonnant hybride poétique dans la « Catégorie : Essais / Recherche » plutôt que Poésie ? Que de questions, ma foi ! Utiles ? Oui. Indispensables ? Non. Goûter aux délices limpides de ces eaux poétiques n’est-il pas bonheur en soi ? Faut-il vraiment fouiller les profondeurs pour accéder au ciel ?
Daniel Aranjo, devant la statue de Toulet (île Maurice)
Né en 1950 à Pau(5), l’écrivain, dramaturge, essayiste et poète Français d’origine portugaise Daniel Aranjo passe le CAPES, l’Agrégation Lettres Classiques, thèse 3ème cycle littérature française à Paris IV, HDR littérature française et comparée, qualifié aux fonctions MC 9ème et 10ème sections du CNU(6), PR 10ème section, Prix de la Critique de l’Académie française 2003, lauréat de quatre autres prix (Maison de Poésie de Paris, Société des Poètes Français, et deux autres prix de l’Académie française). Professeur des Universités (théoriquement retraité, mais d’autant plus productif) en littérature française moderne (poésie), littérature comparée du Sud (Espagne, Portugal, domaine méditerranéen, Antiquité gréco-latine) et domaines comparés (musique-littérature, droit-littérature). Outre plusieurs centaines d’articles, mini-essais, recueils de poèmes et textes pour le théâtre, furent publiés ses ouvrages majeurs Paul-Jean Toulet (1867-1920) en 1981, Saint-John Perse et la musique en 1989, Salah Stétié, poète arabe en 2001, Tristan Derème, le télescope et le danseur en 2003, le premier et les deux dernier couronnés par des prix de l’Académie française(7).
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Le recueil de poèmes, ou essai poétique, « De l’Éternité et de l’Immortalité selon Sapphô de Mytilène » de Daniel Aranjo, artistement illustré par les peintures de Janine Laval et préfacé par Salah Stétié, a été publié en 2007 aux Édition Poiêtês et l’éditeur m’assure qu’il en a encore quelques exemplaires(8). Il peut donc encore être commandé au prix de 15,- EUR sur le site http://poesie-web.eu/editions-poietes.html ou bien en écrivant à laurent.fels@cahiers-de-poesie.fr.st.
Giulio-Enrico Pisani (Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek)
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1) Poétesse grecque ayant vécu à Mytilène sur l’île de Lesbos. Elle serait née vers 630 av. J.-C. à Mytilène ou Eresós et morte vers 580. Très célèbre durant l’Antiquité, son oeuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments. Tout (presque) sur Sapphô, sa vie, sa poésie, son milieu, ses rapports au milieu et à la mythologie de l’époque sur le très riche site www.saphisme.com
2) Verbe dérivé de mou’aradha, terme de poétique arabe désignant un poème inspiré d’un poème reconnu et écrit dans une thématique apparentée, afin de lui rendre hommage et surtout choisir sa propre lignée. Si le concept existait en français, on l’appellerait peut-être « para’poème » ( ?) par analogie à paraphrase.
3) Giacomo Leopardi, poète italien majeur (1798-1837)
4) Léo Tolstoï y écrit à la première personne, en se mettant dans la peau de l’héroïne de sa nouvelle, tout comme Roddy Doyle dans son roman, où l’on oublie, en le lisant, qu’il a été écrit par un homme. Flaubert, lui, n’écrit à la première personne (de l’héroïne), mais pénètre à tel point l’âme et l’esprit d’Emma, qu’on lui a fait dire (et peut-être l’a-t-il dit) « Madame Bovary, c’est moi ».
5) Pyrénées-Atlantiques
6) CNU = Conseil National des Universités
7) 2003 Prix de la Critique pour « Tristan Derème, le télescope et le danseur » 1989 Prix Biguet pour « Saint-John Perse et la musique » 1981 Prix Gustave Le Métais-Larivière pour « Paul-Jean Toulet (1867-1920) »
8) Il m’a parlé d’une dizaine d’exemplaires restants. Mais a-t-il vraiment compté ou simplement estimé ? Disons que l’amateur intéressé ne devrait pas trop attendre…
jeudi 13 août 2015
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