samedi 8 juin 2013

Lune andalouse de Ahmed Ben Dhiab, par Giulio-Enrico Pisani

Giulio-Enrico Pisani
Lux., 6 juin 2013
Publié dans le a Zeitung   vum  Lëtzbuerger  Vollek 

Lune andalouse : le chemin de l’aube ?
Un peu plus de deux ans après son recueil Fulgurances, c’est par Lune andalouse,[1] un nouveau florilège, tout de peine et d’espérance, que le troubadour[2] des temps modernes Ahmed Ben Dhiab vient troubler ma quiétude.  Faut-il vous dire que ce titre enchanteur, évoquant au-delà de son hispanité les onze siècles de tourmentes ethniques méditerranéennes qui lui sont liées, m’a interpellé d’emblée?  Comment lire en effet «Au-delà de l’immensité tragique / une étoile insomniaque agonise / et dans nos veines / le jour / les rêves des arbres / les exclus de l’aurore / se lavent...» sans penser au «bajo la luna gitana...» et aux «Grandes estrellas de escarcha / vienen con el pez de sombra / que abre el camino del alba[3] de Federico Garcia Lorca?  Cependant, dès son premier chant, Ben Dhiab élève sa poésie au-dessus et au-delà de l’éclairage andalou pour survoler la mer, le Maghreb et le Machrek jusque «dans les entrailles de Gaza» et revenir plonger dans le «sang du jasmin sur le corps de décembre».
Dès ce premier poème, sans intitulé, sinon, peut-être – et pourquoi pas? – son premier vers, on sent monter ce qui marquera les trois premiers quartiers de cette lune: la souffrance, l’exil, le déracinement, le sens tragique de l’être tout à la fois arabe et humaniste à notre époque... Mais, qu’on se rassure; notre trouvère ou troubadour n’en restera pas là.  Peu à peu, grâce à ses visions d’amour, sa pugnacité et son optimisme reprendront le dessus et il trouvera à profusion «sur le parvis des mosquées / mots échos à l’éclat boréal / poèmes en dérive (...) pour nous raconter l’exil des oliviers...».  À quelques vers de là, «où se chorégraphient / les pensées de l’arbre / la douleur de l’exil / sur les rivages de l’infini...», le poète rebondit et finit plus loin par fêter l’espérance: «j’écoute / les pulsations de la terre / le chant du peuple mutant / émerveillé / je caresse l’ineffable (...) et je danse / sur la circonférence de la rose plurielle».  L’influence du soufisme sur l’esprit poétique de Ben Dhiab est – ici comme ailleurs – évidente.  Sauf que l’humain y reste prépondérant et n’y cède point au transcendant.
«Lune andalouse, entre une civilisation et l'autre, est une tentative de réenchanter le monde», nous confie dans sa présentation Michel Cassir, directeur de la collection «Levée d’ancre» aux Éditions l’Harmattan et poète lui-même.  Évidemment convaincu, car il semble profiter de cet halo de lune pour préciser qu’«... elle concentre et projette le réel et l'imaginaire qui ont façonné le poète. Elle crée un lieu où vivre deviendrait enfin possible.  Il faut lire et voir ce beau livre de révolte, de tendresse et de doute comme une boisson longue après plusieurs traversées du désert.  Les mots inespérés dansent déjà dans les dessins, ils les inventent et en sont les nouveau-nés.»  Reconnaissons toutefois – la perfection n’existant pas – que tous les vers ne sont pas heureux et que toutes les illustrations ne sont pas réussies.  Pour ces dernières, le tort en incombe à l’éditeur, qui publie en noir et blanc des peintures de couleur (à trois encres de chine près).  Quant aux vers, l’on regrettera ça et là peu de rigueur dans l’affinage.  Le poème est une régurgitation de l’âme, un geyser spontané de sentiments et de passions, et son premier jet nécessite toujours un sévère travail d’élagage.  Par exemple, le neuvain page 69, affaibli par son neuvième vers, ferait un splendide huitain si à «... l’étreinte de feu / ou se chorégraphient / les pensées de l’arbre / la douleur d’exil / sur les rivages de l’infini... » ne venait pas s’ajouter le vers «...du double centre illimité», sans doute plein de sens pour l’auteur, mais par trop pesant. 
Il s’agit toutefois d’exceptions, que le poète rachète tôt fait par de merveilles de sensibilité, aussi élégantes que poignantes, comme «... me rêver deux esprits dans un seul corps / le pourquoi et le comment / de chaque palpitation // me rêver dans vos rêves / une polyphonie cosmique / prince des roses jailli d’un baiser».  Voilà qui, au-delà de la beauté du vers, porte la voix du trouvère, poète-messager, messager et porteur lui-même, ce qu’affirme tout au long de son oeuvre l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, pour qui chaque migrant peut être passerelle entre le nord et le sud.  Un troubadour, poète de l’exil, archétype du migrant...[4] Comment mieux situer, cerner (définir est impossible) Ahmed Ben Dhiab?
Ainsi qu’on l’aura déjà compris de ce qui précède et comme  je l’ai naguère écrit dans ma présentation de son recueil Fulgurances, le mot troubadour s’applique avec bonheur à ce génial artiste franco-tunisien.  Tout à la fois peintre, poète, metteur en scène, compositeur et chanteur, sa poésie titille tous les parfums, les mélodies, mais aussi les hurlements de cette immense culture qui embrasse l’Occirient.[5]  Ahmed Ben Dhiab est en effet bien un fils de ce melting pot culturel transcontinental millénaire unissant l’Alhambra de Grenade aux Bouddhas de Bâmiyân via le Canzoniere,[6] Les Misérables et les Droits de l’homme, que les barbares de l’histoire, de la politique, de la guerre et des intégrismes religieux ne sont jamais parvenus à étouffer.  
Mais c’est, sans doute, avec Amin Maalouf, l’écrivain turc Orhan Pamuk, que l’Académie Nobel avait notamment distingué pour avoir «trouvé de nouvelles images spirituelles pour le combat et l'entrelacement des cultures», qui a le mieux défini ce pontage humain, aussi sublime qu’insuffisamment réalisé.  «... un jour, ils ont construit un pont qui joignait les deux rives du Bosphore. Lorsque je suis monté sur ce pont et que j'ai regardé le paysage, j'ai compris que c'était encore mieux, encore plus beau de voir les deux rives en même temps. J'ai saisi que le mieux était d'être un pont entre deux rives. S'adresser aux deux rives sans appartenir totalement à l'une ni à l'autre dévoilait le plus beau des paysages».  Les poèmes de Lune andalouse sont autant de pierres contribuant à former ce que je n’hésite pas à appeler «le Pont Ben Dhiab».[7] 
Né à Tunis en 1948, Ahmed Ben Dhiab est peintre, poète, metteur en scène, auteur, compositeur et chanteur.  Il a été directeur artistique de "Celebrazione" Festival International, Italie 1998-2012, ainsi que conseiller artistique et collaborateur auprès de plusieurs institutions culturelles en Europe.  Peintre restaurateur de la Grande Mosquée de Kairouan, Tunisie, il est également professeur d’art et vit alternativement en Italie et en France.  Pour ce qui est du reste de son pléthorique c/v, je vous suggère, amis lecteurs, de le consulter sur son site aussi intéressant que bien illustré http://bendhiab-peinture.wifeo.com/.[8]



[1]  Ahmed Ben Dhiab : Lune andalouse, poèmes, ~100 p. L’Harmattan Poésie, mars 2013, 12 €.
[2]  Trouvère ou Troubadour, du provençal (langue d’oc) trobador, dériverait selon Maria Rosa Menocal du verbe arabe tarab, chanter, et du suffixe roman dour, tourner.  Selon Richard Lemay trobar et trobador viennent d'une racine arabe popularisée dans le dialecte roman espagnol du XIIe siècle pour désigner le chanteur-poète qui s'accompagne d'instruments de musique. (abr. de Wikipedia). Le troubadour/trobador/ménestrel(lo) arabo-latins (Minnesänger ou Minnesinger germanique) apportèrent une contribution essentielle au «pontage» culturel qui engrossa, à partir des royaumes arabes d’Espagne (Al Andalous, 711-1492) et de Sicile (827-1091), le Moyen-âge européen des semences de cette Renaissance dont le sud méditerranéen arabo-berbère profitera toutefois si peu. 
[3]  Vers du poème Romance Sonámbulo dans le recueil Romancero gitano de Garcia Lorca. En français: «Sous la lune gitane...» et «De grandes étoiles de givre / viennent avec le poisson de l'ombre / qui trace à l'aube son chemin...»

[4]  Cf. Deux Rives, Une Mer, Notes sur la nécessité de nouvelles passerelles. Essai-débat entre Giulio-Enrico Pisani et Laurent Mignon, dans la Revue GALERIE nos 2, 3 et 4 (Nov.2010 à juin 2011) 
[5] Occirient ou Orcident : termes synthétisant l’Occident et l’Orient chers à l’essayiste, poéticien et poète Jalel El Gharbi.
[6]   Le Chansonnier, recueil de poèmes de Pétrarque.
[7]  Dans l’esprit de mes articles «Le pont Maalouf» 1 et 2 (Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek: www.zlv.lu/spip/spip.php?article616 et www.zlv.lu/spip/spip.php?article624).
[8]  On trouve sur son site également ses adresses postale et électronique.

lundi 3 juin 2013

Couvrez ce sein...

Autrefois, lorsque nos grands-mère étaient excédées par les écarts de leurs enfants, elles se découvraient le sein et faisaient cette déclaration effroyable : "Puisse ce sein être haram pour toi si tu désobéis à ta mère".

mardi 28 mai 2013

En relisant Nathalie Sarraute

ah ces romantiques, ah ces rêveurs incorrigibles... ils aiment se perdre dans les nuées... fouler les prairies fleuries... respirer l'air exaltant des cimes... Watteau... voyez-vous ça... que ne vont-ils pas chercher ? Quelles grâces... quelles hauteurs, quelles profondeurs... détresses métaphysiques, désarrois de bon aloi... laissez-nous rire... Ah c'est bien triste, n'est-ce pas, c'est désolant d'être arraché à tout cela, d'être ramené ici en bas, près de nous, dans la mesquine réalité, dans l'humble vérité. Mais que voulez-vous, il faut en prendre son parti : elle est la plus forte. Tôt ou tard, quoi qu'on fasse, il n'y a pas moyen de lui échapper ...
Non. Attendez. Il y a quelque chose là qui ne tient pas. Je ne sais pas très bien ce que c'est... mais je sens qu'il y a là quelque chose de faux...quelque chose de délibérément faussé. On se joue de moi... Mais où suis-je donc tombé ? Parmi quelles gens ? Dans quel tripot ? 

lundi 27 mai 2013

La Vie d'Adèle de Abdellatif Kechiche remporte la Palme d'or à Cannes



Voici comment notre amie Christiane Parrat a salué la consécration de Abdellatif Kechiche :

Abdellatif Kechiche cet acteur autrefois confiné dans de petits rôles, d'origine modeste, qui est passé derrière la caméra, devenant un grand directeur d'acteurs et un réalisateur important du cinéma français dans ses trois premiers films : « La Faute à Voltaire », « L’Esquive » et « La Graine et le mulet ». Il fait exploser la vie à l’écran avec beaucoup d'humanité. Un Lion d’or de la meilleure première œuvre à Venise pour « La Faute à Voltaire » (2000), cinq Césars (dont le meilleur film français de l’année 2005) pour les deux autres films. Deux fois, ses œuvres ont permis aux jeunes actrices principales de décrocher le César du meilleur espoir féminin (Sarah Forestier pour « L’Esquive » et Hafsia Herzi pour « La Graine et le mulet »), cette année Adèle Exarchopoulos (nouveau talent ?) Il faudra patienter jusqu'en octobre pour découvrir ce film. Lui, il reste humble et solitaire. (Un défaut peut-être : la longueur excessive de ces films...)
Quant à Béatrice Bejo (palme d'or de la meilleure actrice) et Tahar Rahim, ils sont époustouflants de vérité dans ce beau film d'Asghar Farhadi que j'ai vu hier, "Le passé".
Un autre très grand film qui sort cette semaine (vu avant-hier) "La grande Bellezza" de P. Sorrentino avec cet acteur si fin, Toni Servillo. Celui-ci, je ne suis pas prête à l'oublier.
Ah, ce bonheur du cinéma !

dimanche 26 mai 2013

Ces américains qui me sont si proches

Hier soir à la TV.
Il croit qu'il est de bon ton de s'en prendre aux USA sans nuance aucune. 
Le journaliste ne semble pas autrement offusqué par cet antiaméricanisme primaire. 
Je les trouve aussi lamentables l'un que l'autre, le salafiste et le journaleux.  S'en prendre de la sorte au pays   de Herman Melville et d'Edouard Hopper, ne pas réagir à ce discours dicté par la haine voilà qui m'est incompréhensible. 
Il est vrai que les idoles de ce cheikh ont fait pire le 11 septembre.

vendredi 24 mai 2013

Tony Masschelein, par Giulio-Enrico Pisani


Giulio-Enrico Pisani dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek (www.zlv.lu > Kultur), Luxembourg 22 mai 2013


Tony Masschelein,
ou
le fabuleux périple de Cardon à Goya via Zao Wou-Ki

Représentez-vous donc une étoile surgie de la nébuleuse où gravitaient les Eugène Lampsonius et autres Jacques-Armand Cardon entrer en orbite autour de la supernova Zao Wou-Ki et, accélérée par sa force de gravitation, poursuivre sa trajectoire pour aller flirter avec la galaxie des Francisco Goya et des Ivan Aïvazovski.  Imaginez ensuite cette étoile être celle d’un peintre français et plus précisément normand venu exp(l)oser son immense talent au Luxembourg.  Eh bien, il ne faudra pas vous contenter de l’imaginer, amis lecteurs, ce nouvel astre d’une brillance extraordinaire.  En effet, la Paris.New-York Art Gallery[1] vous le présente aujourd’hui, cet artiste exceptionnel, sans doute le plus remarquable que la galerie ait accueilli depuis sa fondation.  Tout à la fois peintre, dessinateur et, depuis peu, sculpteur, Tony Masschelein est né en 1973 à Roubaix.  Son parcours, que vous pouvez lire en entier sur son site www.tonymasschelein.com/, est essentiel pour la compréhension de son oeuvre, aussi vous en fais-je partager ci-dessous, avant d’aborder sa présente exposition, de larges extraits à peine retouchés.

«Très tôt passionné par les arts visuels, il recopie dès l'âge de 5 ans des bandes dessinées, puis s'initie au dessin en garnissant ses cahiers de collège des portraits de ses professeurs et de ses premiers graffitis. À 15 ans il découvre, ébloui, la peinture au Musée de Roubaix. Cette rencontre déterminante l'encourage dans sa voie artistique. À 17 ans il conçoit études et maquettes pour une imprimerie et réalise une fresque murale pour la mairie. Poussé par le besoin de rencontrer d'autres cultures, il voyage à travers le monde et amorce son parcours spirituel lors de longs séjours en Asie. Une quinzaine d'années durant, il dessine surtout des visages en travaillant comme portraitiste et installe à 30 ans son atelier à Roubaix. Début 2006 la spiritualité orientale lui ouvre les portes de la peinture de Zao Wou-Ki et des ses abstractions atmosphériques. Il délaisse alors le formel au profit d'un univers abstrait et développe une peinture fougueuse d’une grande musicalité qui s’ouvre sur un monde stellaire. Couleurs et lumière y fêtent leurs noces en un chant de joie qui éclate sur ses toiles. Mais sa quête permanente et l’exploration des mystères de l'abstraction le ramènent à vouloir mettre un visage sur ses émotions (et non l'inverse) et à réduire la distance entre peinture et spectateur. Les couleurs parfois éclatantes cèdent ci et là aux tonalités mouvantes, aux surfaces nébuleuses chargées de matière d'où émergent des visages humains. Notamment dans une série de fusains, des portraits aux yeux noircis ouvrent une fenêtre vers un espace à la fois intérieur et universel...».

Tout cela n’explique bien entendu nullement la fascination qui saisit aujourd’hui d’emblée le visiteur qui pénètre au 26, rue du Curé à Luxembourg centre, dans la galerie Paris.New-York.  Tony Masschelein, ce remarquable portraitiste, qui en 2000 pratiquait son art dans les rues de Paris et de Florence, nous y propose d’émouvants portraits de femme, ici sereins, ailleurs tourmentés, qui nous regardent depuis les toiles qui leur donnent vie.  De splendides nus nous attirent de leur réalisme fugace, tout à la fois classiquement discret et subtilement provocant.  D’autres nus ne parviennent pas à vraiment l’être.  Ils semblent, tels des joyaux qui voudraient exploser leur gangue minérale, peiner à s’arracher à une abstraction qui à l’air de se défendre bec et ongles contre la nouvelle orientation de l’artiste.  D’aucuns y parviennent, y gagnent en luminosité et gratifient l’oeuvre d’une dramaturgie plus charnelle.  Ailleurs, où la puissance de l’idée pure, abstraite, semble refuser de lâcher sa proie, donc de la rendre au monde du figuratif, toute l’imagerie apparaît comme suspendue à une transcendance sans retour digne des grandes tragédies grecques.  Le revers de ce cheminement pourrait être le côté sombre, pas vraiment optimiste d’une peinture qui ne veut ni «faire joli», ni être gnangnan, ni paraître, pour ainsi dire, «graphicopolitiquement» correcte.  Le travail de Masschelein s’apparente, dans le fond (non dans la forme), aux tourments des Ensor, Kubin, Munch, et Meese, voire de certains ténébristes.[2]  On y est loin d’un art neutre, clair, impersonnel, passe-partout, apprécié, voire sponsorisé pas ceux qui nous leurrent d’eau de rose et nous distraient des lendemains de luttes et d’affrontements, où la lumière devra toujours et encore être arrachée aux ténèbres.  Mais c’est là un aspect ne pouvant déranger que ceux qui aiment à être dupés.

Le fil d’Ariane, le commun dénominateur, c'est-à-dire l’esprit qui nous conduit tout au long des trente et une étapes de cette extraordinaire exposition de dix-neuf huiles sur toile, six dessins au fusain et six sculptures d’argile, ne saurait être défini en un mot.  Il y a la beauté, certes, mais surtout et, sauf exception, le mouvement, la puissance et la passion chères aux romantiques, la fureur parfois, voire le tragique, la grandeur toujours.  L’exception, c’est «Visage d’ailleurs», huile dont la paisible sérénité ne semble exister que pour montrer le possible à l’artiste, ce à quoi il aspire peut-être, mais a du mal à atteindre, ce beau visage restant, justement, «... d’ailleurs».  Et ailleurs, en effet, tout dans cette expo est élan, tension, tourmente, comme dans «Luminiscience», autre visage, mais débordant de tension sensuelle.  Notez cependant que le fait de se situer, pour ainsi dire, hors série, n’empêche nullement «Visage d’ailleurs» d’être l’un des sommets de l’exposition, au même titre que le tableau «Symphonie» ou la sculpture «La lutte». 
Et, justement, la sculpture – sa production n’étant pour l’heure pas assez importante il ne la mentionne pas encore sur son site –, l’artiste ne s’y est mis, à très petite échelle, qu’en 2005, à l’époque de ses premières expositions de peinture.  Les statuettes exposées à la galerie sont de 2012 et 2013 et témoignent d’un talent extraordinaire, qui rappelle le génie d’Edgar Degas,[3] le côté tragique d’un Rodin en sus.  De plus, autant pour sa peinture que pour sa statuaire, je mentionnerai exceptionnellement que ce génial artiste, loin d’avoir atteint la renommée et la cote qu’il mérite, propose ses oeuvres au coût de son travail et de ses frais.  Ses prix sont en effet (pour l’heure) encore dérisoires, comparés à ce qui se pratique pour des oeuvres de qualité comparable et d’un talent ne fût-ce qu’approchant.  Ne ratez donc en aucun cas cette merveille, amis lecteurs!  Vous-vous priveriez d’un plaisir rare.

Giulio-Enrico Pisani



[1]  Paris.New-York Art Gallery, 26, rue du Curé, à Luxembourg ville, près du passage entre place d’Armes et place Guillaume. Expo Tony Masschelein mardi à samedi de 12 à 18,30 h, jusqu’au 10 juin.
[2]  Style de peinture où les plages peu éclairées dominent, tout en formant d’intenses contrastes avec les zones lumineuses. Il connut son apogée vers la fin du 16ème et au 17ème, notamment avec les caravagesques.
[3]  Peintre impressionniste célèbre, Edgar Degas créa aussi (selon Jacques Henric, Art Press) «d’admirables sculptures (...) Oeuvres égales en valeur aux plus belles toiles du peintre, elles rivalisent d’élégance, de grâce, de puissance, avec les créations d’un Rodin...». 

jeudi 23 mai 2013

A ne pas rater sur France 3




ولولا دفاع الله الناس بعضهم ببعض لهدمت صوامع وبيع وصلوات ومساجد يذكر فيها اسم الله كثيرا ولينصرن الله من ينصره إن الله لقوي عزيز 

Si Dieu n'eût repoussé une partie des hommes par les autres, les monastères, les églises, les synagogues et les oratoires des musulmans où le nom de Dieu est invoqué sans cesse auraient été détruits(Coran XXII; 40) Traduction Kazimirski

Mémorial consacré au sept martyrs de Tibhirine  sauvagement assassinés par "des mains sacrilèges" en mars 1996.
France 3 leur consacre une soirée spéciale jeudi 23.

mercredi 22 mai 2013

Workshop en toilette mortuaire à Kairouan

Un ulméa saoudien se trouve à Kairouan depuis le 15. Abess Ben Jamel est invité par une association caritative pour assurer des formations en toilette mortuaire. Des workshop en cette discipline assurés par une telle  sommité internationale à la science infuse ne peuvent que nous aider sur la voix du savoir.
العلامة وحيد عصره الخبير في غسل الموتى عباس بن جمال في القيروان

lundi 20 mai 2013

Les wahabbites et les acharites de la Zeitouna, en deux mots.


La Zeitouna, université de Tunis, a toujours été un bastillon de l'école Acharite, initiée par Abou Hassan Al Ash'ari 874-936 qui est fortement imprégné par les Mo'tazalites. Il ne s'en démarqua qu'après quarante ans.
Maître en kalâm (dialectique, argumentation rationnelle fortement influencée par la philosophie grecque), abou Hassan était un brillant controversiste.
Au XIIIeme siècle Ibn Taymia, la référence majeure du wahhabisme, écrit plusieurs "réfutations" de l'ach'arisme.
La polémique qui oppose l'esprit zeitounien et l'esprit wahabite trouve ses origines dans cette divergence.
La "scolastique" musulmane ne pouvait que déplaire à Ibn Taymia.
L'ach'arisme fut adopté à Kairouan et les plus grands ulémas d'Ifriquia furent des acharites (depuis l'immam Sahnoun, l'imam Ibn Arafa, jusqu'à Tahar Ibn Achour, auteur de l'incontournable exégèse que l'on ne présente plus).
En 1810, Mohamed Ibn Abdelwaheb - fondateur de l'hérésie wahabite- écrivit une lettre arrogante à Hammouda Pacha, bey de Tunis. Le Bey transmit la lettre aux savants de la Zeitouna. Il y eut deux réponses : un ouvrage de Cheikh Temimi, aujourd'hui introuvable à Tunis !!! dont je traduirais le titre ainsi : De la grâce divine dans la réfutation des dévoiements wahabites. Il y eut également une lettre magistrale, celle de Abu Al Fadhel Kacem Mahjoub. La lettre du wahabite et celle du savant tunisien se trouvent dans l'ouvrage du grand historien tunisien Ibn Abi Dhiaf (1804-1874). Le commentaire donné par l'historien est magistral.
L'acharisme favorisa les sciences du langage, le goût de l'étude, de l'ouverture d'esprit, du rationalisme.
Le wahabisme a cultivé un dépouillement général et le culte des Anciens. Parmi leurs réalisations on compte : le niqab, la destruction des statues de Bamiyan, la fermeture de toutes les salles de cinéma au Cashmir. Politiquement, ils prônent l'obéissance totale à l'émir.


vendredi 17 mai 2013

Noirs nuages sur la Tunisie...

Voici un article de notre ami Djamel Benchenouf sur la situation en Tunisie :


Noirs nuages sur la Tunisie ...



Les djihadistes du mouvement "Ancar chariâ", ont décidé de maintenir le rassemblement de leurs troupes à Kairouan, pour la journée de dimanche prochain, malgré l'interdiction formelle du gouvernement tunisien. 
Les organisateurs disent attendre la participation de 40 000 personnes, qui viendront de tout le pays.
C'est un tournant très grave, susceptible de mettre le feu aux poudres.
L'intransigeance de ces extrémistes semble ne pas avoir de limites. Comme s'ils cherchaient à provoquer l'irréparable. Ils chercheraient à impliquer l'armée tunisienne dans ce douloureux processus qu'ils ne s'y prendraient pas autrement. 
Cette belle et chaude nation, dont les citoyens se sont toujours distingués par leur modération, aurait pu, et peut encore, nous montrer que les révolutions peuvent être belles, porteuses de renouveau. 
Pourquoi a-t-il fallu que ces djihadistes s'engouffrent ainsi au cœur de la moisson, pour la détruire, et gâcher le bonheur de millions de gens qui attendaient de pouvoir enfin cueillir les fruits de la liberté et de la dignité ? 
Ces intégristes hystériques se sont auto-proclamés représentants de Dieu sur terre, et ne craignent pas de s'arroger le droit de censurer les mœurs. Sans demander l'avis de qui que ce soit !  Ils ne reculent devant rien, et disent qu'ils n'hésiteront pas à recourir à la force, "pour se défendre". En fait, ils disent qu'ils instaureront, de gré ou de force, un Etat religieux. Ils ne comprendront pas que la nation tunisienne puisse ne pas plier devant leurs exigences insensées. 
Les Tunisiens ne méritaient pas cela. Ils avaient réussi à chasser le régime prédateur qui avait fait main basse sur leur vie. Ils pensaient pouvoir enfin recouvrer leur droit de décider de leur destin, et goûter aux délices d'une vraie démocratie. Mais c'était compter sans les forces noires, tapies à l'ombre de la vie, mortifères par essence. 
Ne désespérons pas de nos frères tunisiens ! Continuons à croire en les Tunisiens, malgré cet avis de tempête ! Leur joie de vivre, et leur vivacité naturelle auront raison de tous les oiseaux de malheur.
D.Benchenouf


jeudi 16 mai 2013

Du niqab encore une fois

Le parquet vient d'interjeter appel dans l'affaire du Doyen de la Faculté de La Manouba que le tribunal a acquitté le 2 mai à la fin du procès qui l'opposait à deux étudiantes en niqab.
Cette mesure est de nature politique et elle coïncide avec le discours de Mr Marzouki, président provisoire, qui vient de déclarer : «Je ne peux pas comprendre et je n'accepte pas que l'on puisse empêcher les étudiantes de passer leurs examens en niqab».
Juste un mot : Marzouki ou pas Marzouki, pas de niqab dans les salles de cours ni dans les salles d'examen pour une raison toute simple : pour nous, le visage de la femme n'est pas une partie honteuse.

mardi 14 mai 2013

Qui est donc cette marquise ?

Qui est donc cette marquise que Fromentin évoque en ces termes : "On cite une marquise du commencement de ce siècle, qui prétendait qu'en le voulant bien on pouvait s'empêcher de mourir." Serait-elle "morte d'une distraction", comme il dit avant de conclure "Qui sait même si le bonheur n'est pas en grande partie dans la volonté d'être heureux."
Charles-André Van Lou (Nice 1705-1765 Paris) Portrait de femme, dit "La Marquise de Pompadour" en buste dans un ovale peint.

dimanche 12 mai 2013

Chagall, témoin entre guerre et paix au Musée du Luxembourg



 Par Giulio-Enrico Pisani
Zeitung  vum Lëtzbuerger  Vollek

Permettez-moi, amis lecteurs, de vous amener cette fois à Paris, afin de vous faire participer à une découverte exceptionnelle, que j’ai faite il y a un bout de temps, mais que je n’ai pas encore eu le loisir de vous rapporter.  La journée a commencé par mon arrivée par le TGV de midi à la Gare de l’Est.  Ensuite déjeuner dans une brasserie du Bd de Strasbourg, promenade digestive tout le long du Bd Sébastopol jusqu’à la Seine, traversée de l’Île de la Cité, Rive gauche et Bd St Michel, hôtel, installation et exploration des environs.  C’est qu’il me restait encore trois bonnes heures avant le vernissage de Carole Melmoux, c'est-à-dire de ses tableaux qui ont servi à illustrer le livre récemment coécrit par Jalel El Gharbi et moi-même.[1]  Et comment mieux passer l’après-midi qu’en découvrant le jardin du Luxembourg tout proche, à mi chemin entre mon hôtel et la galerie?[2]  C’est un beau parc, en dépit des bourgeons pas encore débourrés de ses arbres et buissons, dont un printemps avare de tiédeur prolongeait le sommeil.  Mais déjà, comme pour encourager leur éclosion, un groupe de jeunes profitait des premiers rayons de soleil pour y donner un charmant concert devant une foule ravie.

Ce n’est toutefois qu’après avoir quitté ce havre de paix au milieu de la cohue parisienne, que je découvris les affiches du Musée du Luxembourg,[3] accrochées aux grilles du parc, qui annonçaient l’exposition «Chagall entre guerre et paix».  Il est vrai que Marc Chagall, que j’admire pourtant beaucoup, n’était pas à priori de mes peintres préférés.  Cependant, la force de son témoignage de plus de trois quarts de siècle de guerres et de tourmentes révolutionnaires, mais aussi de sa propre paix «provençale» tardive, témoignages portés par son impressionnante symbolique et la puissance de son imagerie narrative, m’émut profondément.  Aussi, allais-je enfin comprendre pourquoi ce témoin de l’histoire de trois générations est devenu incontournable dans le paysage pictural européen du 20ème siècle.  L’exposition «Chagall entre guerre et paix» peut encore être visitée au Musée du Luxembourg jusqu’au 21 juillet.  En attendant (et en espérant) que vous ayez l’occasion de vous y rendre, voici, avec de minimes modifications, quelques extraits de l’excellente présentation que nous en offre le musée, et dont vous pourrez consulter la version originale sur le site www.museeduluxembourg.fr/fr/expositions/p_exposition-18/:

«Né en 1887 à Liozna, près de Vitebsk en Biélorussie – à l'époque Empire russe –, Moïshe Zakharovitch Chagalov (il prendra le nom de Marc Chagall en France) meurt en 1985. Il a traversé le XXe siècle, connu une révolution, deux guerres et l’exil. Autant d’expériences qui sont venues renouveler son approche artistique, se conjuguant aux grands thèmes fondateurs qu’il revisite inlassablement: sa ville natale de Vitebsk, la tradition juive, la Bible, le couple, la famille et le cirque. Le XXe siècle a, pour une large part, refoulé l’allégorie et le narratif dans les oeuvres d’art. Et c’est parce que Chagall a su s’affranchir des règles et des codes, voire des diktats, de la pensée moderniste tout en s’en nourrissant, qu’il a pu rester figuratif et témoigner de son temps. Il emprunte aux mouvements d’avant-garde (cubisme, suprématisme, surréalisme), semble parfois s’en rapprocher, mais demeure indépendant. Réunissant une centaine d’oeuvres, l’exposition éclaire la singularité avec laquelle Chagall aborde les représentations de guerre et celles de paix.  S’ouvrant sur la Première Guerre mondiale, elle s’attache à illustrer les moments-clés de la vie et de l’oeuvre de Chagall, de la Russie en temps de guerre à l’après-guerre dans le sud de la France.

À Vitebsk, pendant la première guerre, Chagall rend compte d’une réalité brute, des mouvements de troupes, des soldats blessés, des populations juives chassées de leurs villages; il s’attache aussi à représenter l’environnement de son enfance, dont il semble pressentir la disparition, et son bonheur conjugal. En 1922, il quitte la Russie et s’installe à Paris en 1923, où il se consacre à l’illustration de différents livres, dont la bible. Son séjour est également marqué par des peintures oniriques où figurent des personnages hybrides caractéristiques de l’imaginaire chagallien et par de nombreuses images du couple, son motif central. Devant la montée du nazisme, il quitte la France pour les États-unis et continue à témoigner des ravages de la guerre. La barbarie qui dévaste l’Europe se mélange aux souvenirs des pogroms, et le thème de la crucifixion, symbole universel de la souffrance humaine, s’impose à lui. Son oeuvre reflète également sa volonté de retrouver l’essentiel, ses racines et son bonheur familial, endeuillé par la disparition de sa femme Bella[4] en 1944. L’installation de Chagall à Vence après la guerre entraîne une modification notable de sa façon de peindre, comme des thèmes abordés. Si certaines peintures restent empreintes d’une tonalité sombre, il s’efforce de sublimer le passé et parvient peu à peu à une plus grande liberté. Avec le temps qui passe, les couleurs des paysages méditerranéens envahissent progressivement ses oeuvres. Cette sérénité est à son apogée dans «La Danse», véritable hymne à la joie qui reprend une nouvelle fois les principales figures de l’univers chagallien. La curiosité de Chagall pour l’art de son temps et la liberté qu’il s’est toujours donnée lui ont permis de construire un univers pictural profondément singulier – reflet autant du monde contemporain que de ses propres émotions.»

L’enchantement que je pus vivre durant ma rencontre avec cet artiste universel, bien plus présent devant moi grâce à son oeuvre, que si je l’avais rencontré en chair et en os dans les allées du Luxembourg, mon enchantement donc, est difficile à décrire.  En parcourant les salles du musée, je parvins enfin à pénétrer et à comprendre, du moins en partie, l’esprit et la générosité de Marc Chagall à travers le chaleureux message d’amour et de fraternité qu’il nous lance, l’air de rien, bien au-delà des vicissitudes et des espoirs du vingtième siècle.  Quant à savoir dans quelle mesure sa peinture reflète réellement sa philosophie existentielle, il n’y a pas le moindre doute: son art en est absolument tributaire.  Tout son travail – ses idées, dessins et couleurs jaillissant des tréfonds de son enfer personnel vers la lumière du pardon – est le fruit de ses traumatismes, du ressenti de sa pensée et de ses convictions.  Et c’est fort à propos que me vient à l’esprit son constat: «C'est toute une vie qui s'identifie à mon travail».  Mais j’évoquerai également son plus beau message, celui qui lui aura enfin permis de maîtriser les tourments de son passé: «Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir».

Il faut tout de même rappeler, que le parcours artistique de Marc Chagall ne se limite pas à la peinture, à cette peinture dont l’exposition au Palais du Luxembourg nous offre, il est vrai, un fabuleux panorama, mais thématique et, partant, limité?  Au cours de ses quatre-vingts ans d’activité artistique il a en effet réalisé d’innombrables tableaux, dessins, estampes, sculptures et céramiques, conçu des costumes et des mises en scène pour le théâtre et le ballet pour lesquels il a peint de nombreux décors.  Vers la fin de sa vie, sa soif de lumière l'amène à se consacrer de plus en plus à la création de vitraux: jusque là personne ne les a encore vu dispenser la magie de leurs feux sans en être touché et ébloui.  Je pense notamment aux trois vitraux illustrant La création du monde dans l'auditorium du Musée national Marc Chagall de Nice, aux trois verrières destinées à la chapelle d'axe de la cathédrale de Reims, à la série de vitraux et la rosace pour le choeur du Fraumünster à Zürich et à bien d’autres réalisations lumineuses.  Mais voilà qui risque de m’entraîner bien plus loin que Paris et l’exposition «Chagall entre guerre et paix», présentation dont il faudra que je me contente cette fois.


[1]  Des Passantes et des Passants, Désirer, être désiré(e), essai poétique et poéticien de Jalel El Gharbi et Giulio-Enrico Pisani, illustré par Carole Melmoux, 200 p., Éditions Op der Lay, Esch/Sûre.

[2]  La Galerie Feuillantine se trouve 17 rue des Feuillantines 75005 Paris, rive gauche, à dix minutes à pied du Luxembourg.  Site http://galerie-feuillantine.com/

[3]  Musée du Luxembourg: 19 Rue de Vaugirard, 75006 Paris (rive gauche), métro Luxembourg; ouvert tous les jours de 10h à 19h30 et le dimanche de 9h à 20h; nocturne lundi et vendredi jusqu’à 22h., expo «Chagall entre guerre et paix» jusqu’au 21.7.2012

[4]  Bella Rosenfeld Chagall, écrivaine et modèle de plusieurs de ses oeuvres. (Wikipedia)

samedi 4 mai 2013

Sous le jasmin à Ibn Rachiq

Le photographe Augustin Le Gall expose ses oeuvres à la maison de la culture Ibn Rachiq à Tunis. Cette exposition intitulée Sous le jasmin  aura lieu du 8 mai au 26 juin. Ell est organisée dans le cadre de la célébration de la journée nationale contre la torture avec la collaboration de l'OMCT (Organisation Mondiale Contre la Torture).

vendredi 3 mai 2013

كلمة الى محمد حسان

لقد أثقلت علينا و أحرجتنا  إذ لبيت دعوة من تعلم أن جهلهم يظاهي جهلك وتجشمت عناء السفر وحسبت أن من رفضك غر وتجاهلت نداء علماء الزيتونة إذ دعوك ألا تثير الفتن في بلد يعيش بعرق أبنائه و على حبهم للمعرفة لا ينصبون محاكم تفتيش ولا  يفرقون بين الذكر والأنثى من أبنائهم ولا يبتغون إلا رقي بلادهم فبالله عليك اقطع زيارتك واكفنا 
  شرما أبطنت ودعنا وشأننا وارحل غير مأسوف عليك         
ودعك مما أنت فيه وتفكر كلام ربك الغفور وخذ بأسباب المعرفة إن استطعت فمثلك جاهل لم يؤتى من العلم شيئا و لا يستعصي علي أن أفضح جهلك  بما حوى القرآن من المعاني و البيان و البديع فلا غر غيرك ولا أجهل منك ولكننا نعيش عصرا صار فيه سفهاء العرب يسمون دعاة وعلماء

Où j'invite le prétendu uléma à nous laisser en paix et où je  le défie à  débattre avec  moi de la  rhétorique  dans le Coran.

mercredi 1 mai 2013

mercredi 24 avril 2013

Pèlerinage de la Ghriba

Du 26 avril au 28, aura lieu à Djerba le pèlerinage de la Ghriba, la plus ancienne synagogue du monde construite au Vème siècle avant J.C. Ce pèlerinage coïncide avec la fête du ל"ג בעומר (Lag Ba'omer). 
Bienvenue à tous ceux qui croient que la Tunisie est encore ce qu'elle a toujours été, ce qu'elle sera toujours : une terre d'accueil. Et bonne fête à nos compatriotes de confession juive.

mardi 23 avril 2013

L'erreur est plus belle


Étonnant ce poème dit le dernier de Robert Desnos. Il aurait été trouvé grâce à Joseph Stuna, un jeune tchèque, étudiant en médecine, qui se trouvait au camp de Theresienstadt. Erreur ! Mais si belle !


Dernière photo de Robert Desnos, 1945.
Ombre parmi les ombres

J'ai rêvé tellement fort de toi,
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
dans ta vie ensoleillée
En vérité, il s'agit d'une traduction d'une traduction approximative en tchèque d'un poème paru dans le recueil Corps et Bien en 1932 :

J'ai tant rêvé de toi
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

mercredi 17 avril 2013

Barend Cornelis Koekkoek au musée de Luxembourg


Barend Cornelis Koekkoek et le paysage luxembourgeois au M.N.H.A. 



Notre ami Giulio-Enrico Pisani publie dans le Zeitung Vum Lëtzebuerger Vollek ce compte-rendu de l'exposition consacrée à Barend Cornelis Koekkoek : 
Pour commémorer le 150e anniversaire de la mort du célèbre paysagiste néerlandais Barend Cornelis Koekkoek (1803–1862), le Musée National d’Histoire et d’Art (1) expose les paysages luxembourgeois grand format qu’il réalisa pour le compte du Roi Guillaume II des Pays-Bas (Grand-duc du Luxembourg 1840–1849). Au coeur de l’exposition se trouvent les trois tableaux encore connus de nos jours du cycle original constitué de neuf pièces. À côté d’autres tableaux du Maître, l’exposition présente de nombreux croquis et dessins réalisés par Koekkoek à l’occasion de son voyage au Luxembourg au cours de l’été 1845. En outre, le visiteur découvrira des aquarelles de William Turner avec des vues de Luxembourg vers 1839, ainsi que des oeuvres représentant des motifs luxembourgeois, entre autres d’Alexandre Joseph Daiwaille, beau-frère de maître Koekkoek, du poète et dessinateur français Victor Hugo, de l’artiste peintre luxembourgeois Jean-Baptiste Fresez et de deux grands innovateurs de la peinture de paysage belge et néerlandaise vers 1850, Théodore Fourmois et Willem Roelofs.
Et autant pour la présentation du M.N.H.A., résumé qui nous en apprend assez pour nous mettre en appétit, mais non, bien sûr, pour répondre aux interrogations des plus curieux d’entre nous. Faut donc s’y rendre. Et là, une présentation détaillée vous attend entre les pages d’un un volumineux catalogue que l’on peut consulter à gauche de l’entrée de l’expo, elle-même s’ouvrant à droite en sortant du lift au 4ème étage du musée. Mais laissez pour l’heure cette riche documentation aux aficionados et étudiants d’histoire de l’art, amis lecteurs, quitte à y revenir après la visite, si l’une ou l’autre question vous taraude. Car l’essentiel n’est-il pas avant tout de pouvoir pleinement profiter de la vue des magnifiques paysages dépeints par Barend Cornelis Koekkoek et par les autres artistes exposés, ainsi que de leurs dessins, esquisses et gravures ?
Notez tout de même qu l’exposition commence par quelques tableaux et sculptures représentant Guillaume II des Pays-bas et autres « souvenirs » Orange-Nassau. On pourra plus ou moins apprécier en fonction de l’importance de ce souverain dans la protection des artistes de son royaume (Luxembourg inclus). Et il est vrai, que le titre complet de l’exposition est « Peint pour le roi / Barend Cornelis Koekkoek & le paysage luxembourgeois ». Mais en fait, la première partie du titre ne se rapporte qu’aux trois paysages peints par Koekkoek pour Guillaume II, ainsi qu’à cinq des oeuvres présentées tout au début de l’expo. Ce ne sont de toute façon guère des chefs-d’œuvre, et leur présence ne se justifie qu’à peine dans le cadre de cette exposition dont surplomber l’essentiel de l’intitulé par un pompeux « Peint pour le roi » me paraît exagéré. Reconnaissons cependant que l’encombrement de ces cinq tableaux ne dérange guère et ne nous retarde nullement dans l’exploration des peintures de Koekkoek et des autres merveilles qui nous attendent deux pas plus loin. Bon, quand je dis merveilles, il faut vraiment que vous me preniez au mot. En effet, plus féeriques que réalistes, nombre de ces paysages du Luxembourg, mais aussi d’ailleurs, répondent davantage à l’idéal d’harmonie et de beauté bucolique que poursuivait le peintre de l’époque, plutôt qu’à une véritable fidélité au sujet.
Exemple : ce splendide « Paysage Luxembourgeois avec vue sur la Moselle » de Koekkoek, à la localisation douteuse, qui est devenu plus tard « Paysage Rhénan l’après-midi ». Ainsi que bien d’autres, ce tableau représente en fait une composition de complaisance réunissant plusieurs éléments de paysage sur une seule et même toile. Autre exemple, également de Koekkoek : une « Vue sur Heidelberg » et la vallée du Neckar, où manque le célèbre Vieux pont caractéristique de ce paysage. Dérangeait-il peut-être l’artiste par sa lourde maçonnerie dans sa représentation de cette poétique Landschaft du Neckar, où à la ville même d’Heidelberg n’échoit d’ailleurs que la portion congrue ? (2) On pourrait aussi penser que Koekkoek ait peint ce paysage, non d’après nature, en 1837, mais d’après un tableau plus ancien, d’avant 1788, date d’inauguration de ce pont. Mais alors, l’artiste n’eût-il pas dû représenter le pont précédent, sur les fondations (datant du Moyen-âge) duquel repose ce fameux Vieux pont ? Mais à quoi bon ergoter ! Reconnaissons en effet que, dans la plupart de ces cas, l’intérêt historique des oeuvres ne saurait être vraiment remis en cause. Certaines inexactitudes permettent en fait d’apporter, grâce à leur étude, un éclairage fascinant au contexte historique et artistique de leur création. Ajoutez à cela le plaisir esthétique qu’elles nous offrent, et nous pouvons tranquillement convenir qu’elles constituent dans leur ensemble non seulement un trésor artistique, mais aussi historico-documentaire et pédagogique intéressant.
Il ne faudrait cependant pas que j’oublie d’attirer votre attention sur cette extraordinaire collection de faïences et porcelaines d’époque (1825-1855), fabriquées à Limoges, Maastricht, mais surtout par Villeroy & Boch à Mettlach et Septfontaines-lez-Luxembourg et gravées, peintes ou imprimées par Zens frères d’Echternach. (3) Contrairement aux autres « nobles souvenirs » susmentionnés, elles sont illustrées de nombreux paysages luxembourgeois – surtout châteaux et ruines – d’après des gravures ou peintures de maîtres renommés. Je pense entre autres aux châteaux de Brandenbourg, Vianden et Burscheid d’après des lithographies de Nicolas Liez, ainsi qu’aux vues de Clervaux, Wiltz, Esch/Sûre, Stolzembourg, Vianden, Falkenstein, Erpeldange, Useldange, Berg, Larochette, Meysembourg, Hollenfels, Schoenfels, Ansembourg, Beaufort, Septfontaines, Dommeldange, Walferdange, Luxemburg, Hesperange, Ko­ckelscheuer, Burglinster ou Schengen. Je puis donc conclure sans aucune exagération que, outre le plaisir de la vue que l’on ressent devant cette splendide exposition de tableaux et d’artefacts, c’est toute une partie de la mémoire du Grand-duché qui nous revient, au sens propre comme au figuré, grâce à cette exposition que tout un chacun devrait avoir à coeur de visiter.
Giulio-Enrico Pisani
***
1) Musée national d’histoire et d’art, Marché-aux-Poissons, Luxembourg ville.Visites mardi à dimanche 10–18 h, mais jeudi 10–20 h (17-20 h gratuit), jusqu’au 9 juin. Pendant le week-end de la Pentecôte, les samedi 18 et dimanche 19 mai 2013 week-end portes ouvertes. Autres détails sur www.mnha.public.lu.
2) Réflexions majoritairement confirmées dans le catalogue susmentionné, dû aux contributions d’Asker Pelgrom, de Jeroen van Zanten, Ellinoor Bergvelt, Lut Pil, Malgorzata Nowara, Pit Péporté, Guy May et Jean-Claude Muller.
3) Nom complet : Manufacture royale grand-ducale de peinture céramique d’Echternach Zens frères.

mardi 16 avril 2013

Nouvelle publication posthume de Maurice Carême


 Un nouveau recueil de poèmes de Maurice Carême vient de paraître. Il s’intitule L’évangile selon saint Carême. Il s’agit du neuvième recueil posthume de l’écrivain.
 Derrière un titre provocant et ironique, se révèle le cheminement spirituel qui anime l’œuvre de Maurice Carême. Il y parcourt les figures de l’Histoire sainte apprise dans son enfance. Il jette sur elles un regard tantôt narquois, tantôt grave et pose, sous un voile d’humour, les questions auxquelles les hommes sont confrontés face au mystère de la vie et de la mort.





Maurice Carême,
L’évangile selon saint Carême
Lausanne, L’Âge d’Homme, 2013
ISBN 978-2-851-4311-7
16 €
 Peut être commandée auprès de la Fondation Maurice Carême ( Bruxelles)

dimanche 14 avril 2013

Le vénérable Dion

Une épitaphe de la fin du Vème  siècle conservée au musée de Enfidha perpétue le souvenir de Dion. Il est mort à 80 ans, après avoir planté 4000 arbres, vraisemblablement des oliviers.

jeudi 11 avril 2013

En lisant Victor Serge


Ce témoignage poignant inscrit Victor Serge ( né en exil en 1890 et mort en exil en1947) dans la lignée du Dostoïevski des Souvenirs de la maison des morts, du Tchékhov de l'Ile de Sakhaline et le place bien avant le Soljenitsyne d'Une journée d'Ivan Denissovitch et le Chalamov des Récits de la Kolyma
On lit ici une page irrésistible sur Saadi, écrivain public et poète rappelant le Saadi de Chiraz : "Car toute science n'est que poème, tout poème exprime un charme et les charmes guérissent, et les poètes devinent ; or Saadi connaissait en plusieurs langues, le turc, l'arabe, l'iranien, des vers pour toutes les circonstances de l'autre Saadi, ceux de Firdousi, les siens propres et ceux du Poète Sans Nom qui parcourt les pistes de l'Iran depuis le règne de l'Iskander, il y a mille ans."

samedi 6 avril 2013

Grand événement culturel en Tunisie




Il y a 13 ans jour pour jour l'artisan de la Tunisie moderne nous quittait. A cette occasion, s'ouvre  aujourd'hui le musée Habib Bourguiba dans l'enceinte du palais de Skanès, oeuvre du grand architecte tunisien Olivier Clément Cacoub.

vendredi 5 avril 2013

Poème d'Evelyne Boix-Moles



   « […] gracias por el ejemplo »
Luís Cernuda
Toi, jeune homme,
ton élan, ta fougue,
ton geste juste.

Et depuis des lustres déjà,
la terre a bu ton visage,
mangé ton corps. 

Ô cœur qui bas encore par mes veines…

Mais que nous importait,
n’est-ce pas, cette mort-là.
Que nous importait...

Tu ne sauras pas 
les pleurs, nuits éventrées 
par les nouvelles guerres. 

Tu n’entendras pas 
le quotidien, combat
impossible à mener.

Tu ne pleureras pas 
de ne pas savoir, contre 
les fantômes, te battre.

Tu ne pleureras pas.

Et ce soir, 
je dis ce peu de mots ;
ce soir, la terre, 

indifférente,

je la dis 
bonne ;
je dis 

que la roche  
– les glaces un instant y enchâssent 
les étoiles –  est un tombeau 

digne de toi, 

cher entre les chers, 
source entre les sources, 
qui luttas pour que s’accordent

naissance, beauté.
 

** 2005

jeudi 4 avril 2013

Aujourd'hui, l'oxymore

Aujourd'hui, je me suis entendu dire à la fin de mon cours:
"En un mot, il y a quelques années, j'aurais dit l'oxymore permet de créer une tierce réalité. Aujourd'hui, je dirais qu'il nous permet d'accéder à une autre réalité. Je ne puis le dire plus clairement."
A l'éclat des yeux de mes étudiant(e)s, j'ai compris qu'ils avaient compris.
Image: wikilittérature

mardi 2 avril 2013

Texte de Mohammed Choukri (inédit en français)


Voici une traduction de l'avant-propos écrit par Mohammed Choukri à son autobiographie Le Pain nu. Le texte ci-dessous est inédit en français. Il a été traduit en classe avec les étudiants préparant l'agrégation.


Avant-propos
Bonjour, vous qui êtes de la nuit.
Bonjour, vous qui êtes du jour.
Bonjour Tanger, toi qui es enraciné dans une temporalité évanescente.
 Me revoici à errer, tel un somnambule, à travers les ruelles et les souvenirs ; à travers les plans que j’avais faits pour ma vie passée, présente…Des mots, des fantasmes, des cicatrices qu’aucune parole ne peut refermer.
Où situer ma vie dans ce tissu de mots ?
Mais les effluves des soirées et des nuits regorgeant d’appréhensions et de propensions pour l’aventure s’insinuent en moi afin de transformer les cendres de la braise en gazes séduisantes…
Il y a deux ans qu’il est mort Abdoun Forso, le véritable héros qui a éveillé mon imagination et m’a aidé à supporter l’injustice, la frustration et la violence du corps-à-corps… Il est mort avant que je ne publie La Tente, inspiré de sa présence, de sa ferveur et de sa passion pour la vie.
J’attends l’affranchissement de la littérature qui ne rumine, ni ne feint. J’ai écrit ces pages de mon autobiographie, il y a dix ans et publié leur traduction en anglais, en français et en espagnol avant qu’elles ne parviennent au lecteur dans leur version originelle.
La vie m’a bien appris à patienter, à prendre la mesure du temps sans pour autant renoncer à la profondeur de ce que j’avais engrangé.
Avant de mourir, dis ce que tu as à dire, cela finira inévitablement par se frayer son chemin. Peu importe ce qu’il en adviendra. Ce qui prime, c’est que cela déclenche une flamme, une peine, qui désir qui sommeillent [en nous] et que cela embrase des endroits déserts, enterrés.
Ô vous qui êtes de la nuit ou du jour, pessimistes ou optimistes, vous les rebelles, les adolescents, les « sages »… n’oubliez pas que le jeu du temps est plus fort que nous. C’est un jeu fatal auquel on ne peut faire face qu’à la condition de vivre la mort qui nous sera infligée, de faire le funambule par amour pour la vie.
Je soutiens ceci : il « fai[t] sortir le vivant du mort », il fait sortir le vivant de la puanteur, du putride et du sang de ceux-là qui se nourrissent de pain nu. 

lundi 1 avril 2013

En lisant Guéhenno

Sait-on jamais d'où souffle sur vous le désir, et ce qui fait de vous cet animal avide prêt pour la damnation ?

vendredi 29 mars 2013

En lisant Billy Budd de Melville

Billy Bud , longue rêverie poétique, se termine sur ce poème :
Billy dans les fers
..................
Il me souvient de Taff le Gallois lorsqu'il fut englouti...
Sa joue était pareille à la rose sauvage
Mais moi roulé au linceul du hamac
Comme il me lâcheront à la mer profonde
Profond toujours plus profond
Quel rêve bercera mon ultime sommeil !...
Je le sens qui me gagne déjà
Sentinelle es-tu là ?
Dégage un peu les fers à mon poignet meurtri
Et que c'en soit fini jette-moi à la mer
J'ai sommeil et les algues du fond
Enlacent ma torpeur...(19 avril 1891)
Traduction Henriette Guex-Rolle
BILLY IN THE DARBIES
.............................
I remember Taff the Welshman when he sank.
And his cheek it was like the budding pink.
But me they'll lash me in hammock, drop me deep.
Fathoms down, fathoms down, how I'll dream fast asleep.
I feel it stealing now. Sentry, are you there?
Just ease this darbies at the wrist, and roll me over fair,
I am sleepy, and the oozy weeds about me twist.