mardi 28 janvier 2014

Colloque à La Manouba


Université de Manouba
Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités
Unité de recherche « Littérature médiévale, moderne et contemporaine et didactique du français »
 
Colloque «Histoire individuelle et Histoire collective dans l’œuvre littéraire »

Vendredi 7 février 2014

9h00 : Ouverture du colloque
Allocutions

Première séance : Du lexique à la Tunisie

9h15 : Farah Zaiem-Ben Nejma (Université de Manouba) : « Histoire et création lexicale ».

9h45 : Samir Marzouki (Université de Manouba) : « L’inscription de l’Histoire dans Le Pharaon d’Albert Memmi et De A jusqu’à T d’Anouar  Attia »
10h15 : Afifa Marzouki (Université de Manouba) : « La fiction dans les coulisses de l’Histoire : Voici l’homme de Rafik Ben Salah »
10h45 : Pause
Deuxième séance : Littérature médiévale et littérature de la Renaissance
11h00 : Hager Lahmar (PES et doctorante, Université de Manouba) : "L'Histoire entre conte et destinée dans les chansons de toile"

11h30 : Jouda Sellami (Université de Manouba) : « L'écriture de l'Histoire dans la Vie de Saint Louis de Joinville »
12h00 : Ahlem Ghayaza (Université de Manouba) : « L'Heptaméron de Marguerite de Navarre : les histoires individuelles au service de L'Histoire » 
12h30 : Discussion
Troisième séance : Littérature moderne et contemporaine : Poésie et chanson 
14h00 : Olfa Mzali (Université de Tunis) : « Enfance » de Jacques Prévert, ou la poésie à l’épreuve de l’Histoire ».
14h30 : Farah Ben Jemaa (Université de Tunis) : « La « réalité pressentie » de la guerre dans Dehors la nuit est gouvernée et Placard pour un chemin des écoliers de René Char »
15h00 : Sarra Khaled (Université de Carthage) : « Algérie, Algérie française !" : Histoire de l'Algérie française dans la chanson française : colonisation, décolonisation et "nostalgerie" . 15h30 : Pause
Quatrième séance : Littérature moderne et contemporaine : Roman, conte, autobiographie, journal intime, récit de voyage, fiction critique
16h15 : Moufida Aliou (PES et doctorante, Université de Manouba) : « L’historicité des Contes de Voltaire »

16h45 : Malek Khbou (Université de Gabès) : « L’écriture diariste entre l’Histoire collective et l’histoire personnelle : le cas du Cahier Vert de Maurice de Guérin"

17h15 : Sofien Chanoufi (Université de Sousse) : « L'Individu face à la guerre dans Le Sang noir, Les Batailles perdues et Le Jeu de patience de Louis Guilloux »
17h45 : Discussion
Samedi 8 février 2013

Suite de la quatrième séance : Littérature moderne et contemporaine : Roman, conte, autobiographie, journal intime, récit de voyage, fiction critique
9h00 : Saïda Arfaoui (Université de Gafsa) : "Histoire individuelle et Histoire collective dans les fictions critiques de P. Quignard, P. Michon et G. Macé"

 9h30 : Emna Menif  (doctorante, Université de Manouba): « Entre histoire individuelle et Histoire collective dans l’œuvre de Jacques Lacarrière : Un jardin pour mémoire et l’Eté grec pour exemples ».

Cinquième séance : Littérature moderne et contemporaine : Anticipation, rétroaction, imagination
10h00 : Senda Najjar (Université de Kairouan) : "L'homme et le préhistorique dans les romans de Rosny-Aîné"

10h30 : Pause
10h45 : Mohamed Anis Abrougui (Université de Gafsa) : "Napoléon et la conquête du monde de Louis-Napoléon Geoffroy-Château : quand la réécriture d'une histoire individuelle aboutit à la réécriture de l'Histoire mondiale"
11h15 : Malek Garci (Université de Monastir) : « Pierre Benoît, écrivain visionnaire dans Le Puits de Jacob (1925) »
11h45 : Emna Belhaj Yahia (Université de Jendouba) : « L'Histoire des races comme réinvention de soi: le cas d'Arthur de Gobineau ».
12h15 : Discussion et clôture

lundi 27 janvier 2014

l'après constitution, deux mots sur le vif !

Une pensée émue pour celles et ceux qui, par leur sacrifice, ont permis l'avènement de cette constitution, une pensée émue pour nos martyrs de l'armée, de la garde nationale et de la police.
Une pensée pour les enfants des martyrs, pour ceux de Chokri Belaïd et ceux de Mohamed Brahmi.
Une pensée pour les Tunisiennes et en particulier pour Maître Besma Khalfaoui et pour Madame Mabrouka Brahmi.
Une pensée pour les blessés de la révolution.
Une pensée pour tous les démocrates du monde qui nous ont soutenus.
Puisse cette constitution être un prélude vers le progrès, vers le bien-être social, vers cette société du savoir qui a toujours été notre ambition, vers la prospérité et l'amitié avec tous les peuples.

vendredi 10 janvier 2014

De la biologie à la philosophie. Parcours d’un naturaliste Georges Chapouthier



La revue L’Archicube publiée par l’association des anciens élèves et amis de l’Ecole Normale supérieure de Paris 2013, n° 15, vient de faire paraître cet entretien avec notre ami Georges Chapoutier, plus connu dans les milieux poétiques sous le nom de Georges Friedenkraft, à l'occasion de la parution de son livre "Le Chercheur et la souris".


Georges Chapouthier, naturaliste de la promotion 1964 sciences, devenu philosophe, vient de faire paraître, chez CNRS-Editions, sous le titre « Le chercheur et la souris », un livre écrit avec Françoise Tristani-Potteaux. Il a demandé à cette sociologue, spécialiste de la communication scientifique, de porter un regard neuf et distancié sur les grandes étapes de sa carrière. Il y mentionne brièvement son séjour à l’Ecole et parle ensuite des conflits intimes que rencontre un biologiste entre son métier et son amour pour les animaux. L’Archicube l’a interrogé pour en savoir davantage sur son parcours  et sur ses années d’Ecole. 


L’Archicube : Georges Chapouthier, vous êtes entré à l’Ecole en 1964 comme biologiste, « natu »,  comme on disait l’époque. On vous retrouve aujourd’hui directeur de recherche émérite au CNRS et docteur ès-lettres en philosophie. Expliquez nous ce parcours étrange.

GC : Je suis issu d’une famille littéraire très classique. Mon père, Fernand Chapouthier, était professeur de grec ancien à la Sorbonne, archéologue en Crète, où deux rues portent son nom,  et directeur adjoint de l’Ecole. Ma mère, qui avait été sont étudiante, était professeur de lettres dans le secondaire. Tout me prédestinait donc aux études littéraires et je connaissais les noms des dieux de la Grèce avant même de savoir lire. Mais plusieurs évènements m’éloignèrent de ce parcours : la mort brutale de mon père quand j’avais huit ans, une aversion profonde pour le latin (alors que j’adorais le grec) et, par-dessus tout, un amour de toujours pour les animaux. De cet amour des animaux, je passai assez vite, sous l’influence de mon milieu universitaire, à une passion pour les sciences naturelles, qui devait me conduire, après des classes préparatoires au Lycée Saint-Louis, à entrer à l’Ecole dans la section de biologie, illustrée déjà du prestige de Jean-Pierre Changeux, puis finalement au CNRS en neurobiologie, où j’ai fait toute ma carrière. Mais, quelques années après mon entrée au CNRS, mes goûts littéraires se firent sentir, et j’entamai les études littéraires les plus compatibles avec mon activité de chercheur en biologie : des études de philosophie du vivant. Je fis mes débuts sous la direction de Louis Bourgey, un spécialiste d’Aristote, et terminai plus tard ma thèse sous la direction de François Dagognet, le célèbre élève de Canguilhem.

Geoerges Chapoutier 
L’Archicube : Vous avez donc séjourné à l’Ecole durant votre petite enfance, au cours des années cinquante. Quels souvenirs en gardez-vous ?

GC : Des souvenirs un peu idéalisés, bien sûr. Un appartement gigantesque comme on n’en trouve plus guère à Paris aujourd’hui. D’innombrables jeux dans la cour aux Ernests ou dans les terrains vagues qui ont été remplacés depuis par  l’aile de la « cantine », avec ma petite soeur et en compagnie de la fille du sous-directeur de l’époque, Prigent, ou des enfants de l’infirmier, Leblond. Les bals de l’Ecole où le vieil immeuble s’habillait d’une décoration colorée et où tout s’animait jusque tard dans la nuit. Les bals étaient destinés aux jeunes adultes, mais l’intendant de l’époque (le « pôt »), Letellier, soucieux des quelques enfants du personnel, dont j’étais, nous proposait une « pêche à la ligne » consistant à attraper, à l’aide d’un bâton muni d’un crochet, des cadeaux attachés par une ficelle et étalés sur la pelouse. Une revue de fin d’année, dont le thème tournait autour d’une célèbre lingère de l’époque, « La môme blanc de blanc », et où celui qui serait, des années plus tard, le président de mon jury de thèse de philo, Bernard Bourgeois, faisait le clown en mimant Prigent, déguisé en costume breton. Un séjour avec mon père à la bibliothèque, où j’avais été émerveillé par les petits escaliers qui montaient vers les étages de livres aux planchers translucides et qui existent toujours. Enfin, plus tragiquement, la cérémonie d’enterrement de mon père dans la salle Dussane, où quatre de ses élèves se tenaient debout autour de son cercueil, comme des flambeaux vivants…


Geoerges Chapoutier enfant, avec son père
L’Archicube : Une dizaine d’années plus tard, vous revenez comme élève.  Les  choses  avaient- elles changé ?

GC : L’Ecole avait beaucoup changé, mais surtout, moi-même, j’avais beaucoup changé ! J’ai eu du mal à retrouver l’ambiance de mon enfance et les souvenirs de l’élève ont vite chassé ceux du bambin. Mon mode de vie était tout autre. J’étais maintenant un adulte indépendant de ma famille. Je logeais à l’Ecole, à deux en première année (mon cothurne était le futur biologiste de l’Institut Pasteur, François Rougeon), seul  à partir de la seconde année. Je recevais un salaire tout à fait honorable tout en étant pris en charge pour le logement et les repas. Une vie idéale. A cette époque, la Rue d'Ulm était une Ecole exclusivement masculine. Mais les rapports étaient étroits avec l'Ecole de filles, située boulevard Jourdan, et pas seulement sur le plan professionnel ! L’école était aussi le lieu de manifestations culturelles ininterrompues et d’une richesse que ne j’ai jamais retrouvée depuis : conférences de visiteurs éminents, spectacles de concerts, de cinéma ou de théâtre (un groupe théâtral remarquable, « L’aquarium », du nom du hall d’entrée de l’Ecole, était impulsé par Jacques Nichet), activités politiques ou syndicales (beaucoup d’entre nous étaient influencés par Althusser et se préparaient déjà les évènements de Mai 68)… Le bal de l’Ecole, organisé par les élèves, était aussi un évènement important. Je fus du comité d’organisation en 1965 et 1966 et participai donc aux travaux de décoration des salles de danse et à l’organisation générale. En 1965, le bal fut bénéficiaire et les organisateurs s’offrirent un repas à la « La tour d’argent » : étudiant trop studieux, je n’y participai pas, car j’avais, ce jour-là, une séance de travaux pratiques ! Comme je regrette aujourd’hui d’avoir privilégié une telle séance à cet évènement irremplaçable ! Tous les ans avait lieu un voyage d’été. En 1965, ce fut la Chine, avec qui la France venait juste de renouer sur le plan diplomatique. Un voyage inoubliable et la découverte, à vingt ans, d’une autre culture. En ce qui me concerne, et sur un plan plus privé, je fus aussi très sensible au charme des femmes asiatiques et ceci explique peut-être mon mariage, quelques années plus tard, avec une Chinoise de Malaisie, avec qui j’ai partagé le reste de ma vie !

L'Archicube: Vous êtes entré comme "naturaliste" à l'Ecole. Pouvez-vous nous parler de ce statut particulier parmi les scientifiques ? 

GC : Nous suivions les enseignements à l'Université comme tous les autres élèves. A l'époque ce qui devait devenir "Jussieu" s'appelait encore la "Halle aux vins".  Existaient seulement les deux bâtiments du quai Saint-Bernard et on voyait encore des tonneaux de vin à proximité des amphis. Les "natus" avaient ceci de particulier qu'ils vivaient davantage en groupe. Nous disposions d'ailleurs d’une petite salle dans les labos de la Rue Lhomond, où nous nous réunissions souvent. Les fenêtres de cette salle donnaient sur la maison-mère des Pères du Saint-Esprit et c'était un jeu cruel de leur passer, au milieu de la nuit, "minuit chrétien", en pleine puissance des haut-parleurs, et de voir leurs fenêtres s'éclairer les unes après les autres. Une autre activité propre aux  "natus" était le "pôt de la nature", une réception organisée tous les ans, avec l'aide des laboratoires de sciences naturelles, pour rassembler  les "natus" de toutes les promotions. C'était une réunion très conviviale et agréable, où anciens et jeunes faisaient connaissance. Il y avait aussi les promenades botaniques ou géologiques : en fin d'année, après les examens, les labos nous envoyaient plusieurs jours, en compagnie de nos "caïmans", à la découverte de la flore ou des roches d'une région. Pour moi, ce fut la région pyrénéenne. Une autre particularité des "natus" et des physiciens de l'époque, c'était  l'"anti-agrégation". Après avoir demandé l'autorisation à la direction de l'Ecole, nous obtenions, en dérogation à notre statut, la permission de ne pas passer l'agreg. C'est ainsi que, pour ma part, je partis passer mes deux dernières années d'Ecole à faire de la recherche à Strasbourg, pour préparer ce qui s'appelait à l'époque un doctorat de troisième cycle, au lieu de préparer l'agrégation de sciences naturelles. Il est vrai qu'à cette époque, on entrait relativement aisément au CNRS, ce qui permettait une telle attitude.

L'Archicube: Dans le livre « Le chercheur et la souris », vous parlez beaucoup à votre  interlocutrice Françoise Tristani-Potteaux,  des désarrois du chercheur qui n’arrive pas à concilier son goût pour la recherche en biologie et sa sympathie pour les  animaux. Ces désarrois étaient-ils déjà présents lors de vos années d’Ecole ?

GC : Oui et non. Ils n’étaient pas clairement  présents, sinon j’aurais peut-être tout de suite entamé mes études de philosophie. Mais le pressentiment était déjà là en filigrane. Nous avions récupéré, devant l’Ecole, un chat qui avait été empoisonné et l’avions conduit chez un vétérinaire. La décision collective, prise avec le vétérinaire, et pour laquelle je votai, fut finalement de le sacrifier. Après coup, je regrettai beaucoup ce vote et me demande toujours au nom de quoi j’ai condamné ce chat qui ne demandait qu’à vivre. L’ambigüité de ma position  ne  m’apparaissait cependant pas clairement et je me réfugiais dans un alibi classique : il était plus important de s’occuper des espèces et des populations animales que des individus isolés. Ainsi, écolo avant l’heure,  j’animai, au sein de l’Ecole, un « Groupe vert » de protection de la nature, qui d’ailleurs cadrait bien avec mes études de biologie. Mon ancien professeur d’histoire au lycée Louis-Le-Grand, Roger Joxe, qui dirigeait alors le Bulletin de la Société des Amis de l'Ecole Normale Supérieure (c’est-à-dire l’ancêtre de L’Archicube !), me permit même de présenter ce groupe dans ses colonnes et ce fut une de mes premières publications, modeste certes, mais dont  je fus, à l’époque, très fier ! Quant au conflit central de ma vie, qui est le thème du livre, entre les impératifs de la recherche scientifique et l’amour des animaux, il ne devait se révéler que plus tard, quand j’eus l’occasion de pratiquer concrètement la recherche scientifique. D’ailleurs le dialogue avec ma co-auteure m’a permis de mieux mettre en relief ces profondes ambigüités existentielles : le fait de travailler à deux m'a fait mieux comprendre les ressorts de certains épisodes de ma vie.


L'Archicube: Quelles ont été les conséquences de votre passage par l’Ecole sur votre vie ultérieure ?

GC : Elles sont importantes et innombrables.  Ce passage a conditionné toute ma carrière au CNRS, donc toute ma vie scientifique de neurobiologiste. D’une certaine manière aussi, parce que l’Ecole est à la fois littéraire et scientifique, par les contacts avec mes camarades philosophes comme Claude Debru, j’ai développé un intérêt pour la philosophie, qui a été mon second métier. Et puis le grand intérêt d’une Ecole est nouer des relations dans son  domaine professionnel : de nombreux camarades de cette époque ont accompagné mon parcours et ont même collaboré ultérieurement à des travaux scientifiques avec moi : Michel Hamon,  André Langaney, Jean-Marc Jallon, Patrick Blandin, Antoine Danchin...  et je ne peux tous les citer.

L'Archicube: Finalement quel est votre meilleur souvenir de l’Ecole ?

GC : A cette époque, c’était l’habitude de se promener sur les toits. Je crois que cette activité, d’ailleurs très dangereuse, n’est plus possible aujourd’hui. Mais je dois dire que le passage à proximité des frondaisons des acacias en fleurs au printemps reste, sur le plan olfactif et hédonique, un de mes meilleurs souvenirs.


jeudi 2 janvier 2014

Tarek Al Karmy Poète palestinien, traduction du poète Tahar Bekri

Tarek AL KARMY  ( Palestine)


Poème rimé de l’esseulé de l’année

Murmure restera Dieu sur la lèvre d’un enfant et
Dans les yeux de l’aveugle il y a un tonnerre qui se boit une lumière qui tombe…
Comme ce monde est étroit comme la fourmilière est vaste
Je marcherai contre les arbres jusqu’à notre origine dans les cieux
Cette nuit je dirai à ma femme : ôte-toi je resterai mon orphelin

Qui a poignardé le taureau volant (mon dieu) tenant une lance fatale afin de planter ses cornes dans ma chair et sur mon cœur il a circoncis un baiser de sabot
Qui a mûri mon cœur afin de le cueillir de la branche du tonnerre et qui a nommé la pomme dans l’assiette tranquille peur
Cette nuit j’entre comme les enfants de Dieu dans la nouvelle année
Ma peau sont mes haillons et
Ma bouche une blessure nucléaire et
Mon chant hémorragie
Cette nuit il y aura celui qui retiendra les souffles comme une tempête
Il y a celui qui jette la vie pour la plier comme un livre de poussière sur
L’étagère



© Traduction Tahar Bekri

mercredi 1 janvier 2014

La liberté de la presse au péril de la vie.

Jamais la presse n’a été aussi libre et les journalistes aussi enchaînés. Ce paradoxe vient de ce que, en ces temps tumultueux, la chose et sa négation coexistent. Libres, les journalistes tunisiens le sont. La sphère de l’interdit a rétréci comme une peau de chagrin. Les tabous politiques sont tombés. Sur chaque plateau de TV dans ces talk-shows, qui font le succès des chaînes de TV et même des chaînes de radio comme Mosaïque FM, les politiques sont fustigés tant la critique est implacable. Il semble même qu’il n’y ait aucune limite politique. Quand il est question de religion ou de mœurs, il vaut mieux être prudent....
La suite de mon texte, sur babelmed  : 
http://www.babelmed.net/cultura-e-societa/113-tunisia/13489-la-liberte-de-la-presse-au-peril-de-la-vie.html

mardi 17 décembre 2013

Nouvelle publication de Marie Ketline Adodo


Marie Ketline Adodo : PÈLERINS DU BONHEUR

Préface de Jalel El Gharbi; collection Accent tonique-Poésie. 


"Voici une somme de poèmes-pérégrinations qui font de la poétesse et de son lecteur des Pélerins du Bonheur. Dans cette contrée entre ciel et terre, on peut surprendre à chaque page comme une main tendue vers tous les surgissements, vers tous les murmures, vers toutes les épiphanies de l'être... Il semble que les pérégrinations aient une nette prédilection pour les escales : celles où l'on découvre les succulences africaines que sont les fruits et les mots créoles, la passion pour Carthage et l'appel de Rome." Extrait de la préface de Jalel El Gharbi

ISBN : 978-2-343-02342-7 • décembre 2013 • 122 pages

Cet ouvrage peut être commandé sur le site de l'éditeur :
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=42093

vendredi 6 décembre 2013

Charles Marx et la révolution tunisienne... par Giulio-Enrico Pisani

Giulio-Enrico Pisani
Lux. 6 décembre 2013
Zeitung vum Lëtzbuerger Vollek
Charles Marx et la révolution tunisienne
ou,
si peuple veut, peuple peut.
Charles Marx ? Attention, amis lecteurs, surtout, ne confondez pas avec Karl Marx, le concepteur du matérialisme historique, cette conception matérialiste et socio-économique de l'Histoire.  Je parle du Luxembourgeois Charles Marx, né en 1903 et décédé, selon la version officielle,[1] lors d’un accident de voiture en 1946.  Il est bien plus proche de nous dans le temps, mais aussi des mouvements révolutionnaires appelés «Le printemps des peuples arabes»[2].  Des peuples?  Mais comment les peuples peuvent-ils réussir à se faire entendre, à faire valoir leurs droits, à porter à terme une révolution sans qu’elle dégénère en anarchie, massacres, conflits interethniques ou religieux, ou qu’elle finisse en queue de poisson?  Que peut la société civile?  La solution globale du problème appartient certes au peuple, aux citoyens.  Mais la réponse, la clef de la solution, a été déjà formulée par Charles Marx, adolescent révolutionnaire, chef des Jeunesses socialistes puis communistes, futur médecin, fondateur et directeur d’hôpitaux, grand résistant (1942-45) et ministre de la santé du Luxembourg (1945-46).  
Mais il est temps de récompenser votre patience en vous révélant cette formule, qui pourrait être l’un des legs les plus importants de Charles Marx à l’humanité.  Je cite: «Les faits (historiques) et les hommes sont révolutionnaires, mais les chefs ne le sont pas (a priori). Pour cela, les chefs doivent descendre parmi les masses et se faire élever par leur caractère révolutionnaire à elles».[3]  Notez que, contrairement à son éminent homonyme allemand, Charles Marx n’avait rien d’un philosophe ni d’un théoricien.[4]  C’était un pur homme d’action, et ses sept premiers mots – Les faits et les hommes sont révolutionnaires – le confirment.  Mais il ne faut pas en rester là, car c’est l’ensemble des deux phrases qui forme une règle incontournable d’une grande force idéologique et révolutionnaire.  Le fait de ne pas avoir pris en compte ce principe fondamental, a sans doute causé l’échec d’un grand nombre de révolutions.
De la révolution tunisienne il faut pourtant convenir, en cette fin 2013, qu’elle est la seule du «printemps arabe» à ne pas encore avoir complètement échoué...  Et cela, simplement parce que, après avoir été la première, elle est encore en pleine gésine et qu’elle a peut-être encore une chance d’accoucher d’autre chose que d’un monstre ou d’un mort-né.  Que reste-t-il en effet de l’immense vague d’espoir soulevée en 2011 par le Printemps arabe?  La révolution égyptienne est revenue à la case départ militaire après la parenthèse des Frères musulmans, en Libye c’est la catastrophe et en Syrie cent fois pire.[5]  Quant aux contestations et manifestations populaires au Yémen, au Bahreïn, au Maroc et en Algérie, quand elles n’ont pas été écrasées, elles ont abouti à des réformettes sans grand intérêt.  En Tunisie, par contre, on peut encore affirmer que tout n’est pas encore perdu.
En quoi le principe (car c’en est bien un) de Charles Marx s’appliquerait-il aujourd’hui à la Tunisie et pourrait-il contribuer à résoudre la profonde crise politique et sociale dans laquelle elle se débat?  Eh bien, cela coule de source.  La révolution tunisienne est partie d’un soulèvement populaire spontané qui a fait tache d’huile.  Au suicide du jeune Mohamed Bouazizi et à la révolte qui s’en suivit à Sidi Bouzid succède Thala et sa violente manifestation d’étudiants, puis une grève massive des avocats.  Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre à Thala, Kasserine et Regueb sont meurtriers et seront suivis d’autres suicides, manifestations, affrontements et victimes.  À Tunis, les étudiants manifestent en force et la police anti-émeute assiège l'Université El Manar dans laquelle ils se sont retranchés par centaines.  À Ettadhamen-Mnihla, dans la banlieue de Tunis, des violents heurts éclatent entre les forces de l'ordre et les manifestants.  Et tout cela vient d’en bas, du peuple, sans mot d’ordre préalable, sans parti politique, sans autre parti pris que le «dégage!» lancé à Ben Ali et, surtout, sans moteur extérieur, sans coordinateur, sans chef.[6] 
Mais cette absence allait être vite comblée.  Ils ne tardèrent pas à se manifester, les «chefs».  Dès la chute de Ben Ali ils accoururent, en masse, de tous le partis admis ou clandestins, nouvellement créés ou repentis; ils sortaient des prisons ouvertes sans trop de discernement, ou revenaient d’un exil forcé ou volontaire.  Ce fut une véritable foule qui prit le train révolutionnaire en marche, voulut profiter de l’aubaine pour revenir aux affaires, se faire une place au soleil... parmi eux, tout de même quelques personnes bien intentionnées.  Mais de tous ces prétendus chefs, dont des milliers allaient bientôt se présenter aux premières élections libres pour une centaine de partis politiques en lice, sans compter les indépendants, très peu savaient ce qu’est une révolution.  Mis à part les dirigeants du parti islamiste, leur forte organisation souterraine et leur rêve de califat religieux, quasiment aucun n’était révolutionnaire.  Pratiquement aucun d’entre eux n’était porteur d’un projet politique, sociétal et économique global viable.  La plupart ne songeaient qu’à ramasser les cerises tombées de l’arbre que le peuple avait secoué.  Trois ans plus tard, ils se les disputent toujours et encore, les cerises, désormais en train de pourrir au ras des pâquerettes... comme eux, les soi-disant chefs, en voie de perdre toute crédibilité, tant soit peu qu’ils ne l’aient jamais eue.
Et autant pour la première partie de la formule marxienne: «Les faits et les hommes sont révolutionnaires, mais les chefs ne le sont pas...», qui correspond exactement à la situation en Tunisie après la révolution de 2010-2011.  Simple constat.  Quant à la solution, elle apparaît dans la seconde partie: «... Pour cela, les chefs doivent descendre parmi les masses et se faire élever par leur caractère révolutionnaire à elles.»  Je pense que le terme «... se faire élever...» ne doit pas être compris dans le sens de regagner en hauteur (celle dont ils seraient descendus), mais surtout dans l’acception de se faire ressourcer, éduquer, renforcer, galvaniser par le peuple.  Avant de pouvoir prétendre à jouer un rôle de chef, les personnes qui se destinent à organiser, entraîner et diriger les masses sans en être immédiatement issues, doivent replonger parmi elles afin de prendre toute la mesure de leurs frustrations, souffrances et exigences.  Le don et les qualités du commandement ne suffisent pas; il faut en avoir la capacité, c'est-à-dire qu’il faut connaître à fond ceux que l’on ambitionne de diriger, en ayant vécu près d’eux et intégré l’ensemble de leurs problèmes.  Ce n’est qu’à ce prix qu’ils peuvent acquérir la crédibilité et la force de mener à bien leur tâche et de mériter le nom de chefs. 
Mais que faire si, comme la plupart des chefs de l’opposition démocratique tunisienne, ils ne veulent ou ne songent même pas à descendre parmi les masses, s’ils n’acceptent pas de se soumettre à ce must?  Eh bien, même dans ce cas de figure, la formule de Charles Marx est valable, sauf qu’il faut la retourner à la manière de Jean d’Alembert écrivant à Voltaire «Puisque la montagne ne veut pas venir à Mahomet, il faudra (...) que Mahomet aille trouver la montagne.[7]»  Ça revient à dire que, si les chefs ne veulent pas aller parmi les masses, il faut que les masses aillent trouver leurs chefs et les ramènent nolens volens à elles.  Le soulèvement et la révolte contre un régime injuste, ainsi que le renversement de la tyrannie, ne sont que la première étape d’une révolution.  La mener à bien exige une cohérence et des compétences que les masses n’ont pas, mais dont elles peuvent exiger qu’elles s’appliquent dans la direction qu’elles ont impulsé en se soulevant. 





[1] 1. Comme détaillé dans l'ouvrage susmentionné, l'assassinat politique n'est pas à exclure. Lire sa bio abrégée sub www.herpet.net/spip.php?page=imprimer&id_article=19 et détaillée dans mon livre «Charles Marx, Un Héros Luxembourgeois, Vie et action d'un médecin, patriote, résistant et ministre à Ettelbruck, Luxembourg, Quillan (Aude) & ailleurs», 250 p, Éditions Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, 2007
[2]  Notamment dans mes articles «Tunisie : Dis-moi, l’intellectuel ! C’est quoi, une révolution?» du 26.1.2011 (mis en ligne sub www.zlv.lu/spip/spip.php?article4296) et «2011: Le Printemps des Peuples… arabes, Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent» du 1.2.2011 (www.zlv.lu/spip/spip.php?article4332).
[3]  L’attribution de cette phrase à Charles Marx tiendrait toutefois davantage du probable que du certain. Mais elle est à 100% conforme à ce que nous savons de l’homme, et, même si elle était apocryphe, ne perdrait rien de sa signification et de sa portée.
[4]  Le seul ouvrage qu’il ait publié, sa thèse, traite du traitement post-opératoire de l’estomac (disponible à la Bibliothèque Nationale de Luxembourg).
[5]  Grâce notamment à l’art des occidentaux, appris de la CIA (dès l’Afghanistan des années soixante-dix et quatre-vingt), de transformer des contestations socio-économiques locales en mouvements internationaux de terrorisme djihadiste.
[7]  La phrase complète est : «Puisque la montagne ne veut pas venir à Mahomet, il faudra donc, mon cher et illustre confrère, que Mahomet aille trouver la montagne». Lettre de Jean d'Alembert à Voltaire, 28 juillet 1756. Paul Féval en a transposé le sens dans son roman "Le bossu", où Lagardère lance au prince de Gonzague : "Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi". 

jeudi 7 novembre 2013

2eme symposium de la recherche à La Manouba. Hommage à Salah Garmadi

Université de Manouba                      2e Symposium de la recherche
Unité de recherche « Recherches en littérature médiévale, moderne et contemporaine et didactique du français »
Mercredi 20 novembre 2013 à la salle 340 (Département de français), Faculté des lettres, arts et humanités (9h00- 13h00)
Matinée scientifique : Hommage à Salah Garmadi sous le titre : "En arpentant les territoires de Salah Garmadi : littératures arabes / littératures francophones ; littérature / linguistique / traduction ; enseignement /recherche / engagement citoyen » (en collaboration avec le Département de français)

Programme :
 9h00 : Ouverture 
9h15 : Heikel Ben Mustapha : « Sur la trace de Salah Garmadi : les conséquences sociolinguistiques de la politique linguistique en Tunisie »
9h45 : Jalel  El Gharbi : « Autour du verbe « être » dans la poésie de Garmadi »
10h15 : Mabrouk Manaï : «  Salah Garmadi poète et sujet de poésie »
10h45 : Pause
11h10 : Afifa Marzouki : « Le vieux roi est mort vive le roi » : poésie et politique dans Nos Ancêtres les bédouins
11h30 : Samir Marzouki : Poétique de la subversion dans la poésie arabophone de Salah Garmadi : Allahma al-hayya
12h00 : Farah Zaïem : « Ecrire en tunisien : Le Frigidaire de Salah Garmadi et Le Harem en péril de Rafik Ben Salah »
12h30 : Discussion

Mercredi 20 novembre  2013 à 14h30 à la salle 340 (Département de français), Faculté des lettres, arts et humanités (14h30-17h00)

 « Terriroires de la littérature, territoires de la recherche littéraire »

Programme :
14h30 : Samir Marzouki : " Les territoires de la recherche en langue et littérature françaises »
15h00 : Sarra Khaled : « Territoire d'origine et territoire d'accueil dans la chanson beure »
15h30 : Malek Garci : « Territoires atlantes : littérature, mythe ou réalité ? »
16h00 : Discussion

 Entrée libre.

jeudi 24 octobre 2013

Ce matin à La Manouba

Au lendemain de l'assassinat de six agents de la Garde Nationale et d'un autre de la Police Nationale, il était difficile de disserter sur les figures de style et de faire comme si de rien n'était. Pourtant, nous avons travaillé jusqu'à 10h30 heure à laquelle les étudiants, qui étaient en AG présidée par l'UGET, ont essuyé des jets de pierres puis des coups de chaînes et de matraques de la part des partisans du parti Nahdha venus de partout soutenir les leurs aux cris salafistes de Takbir Takbir suivis de Allaho Akbar !!!
Un spectacle affligeant ! L'incarnation même du sous-développement érigé en foi.
Ils ne s'agit pas d'incidents isolés. On savait dès 8H du matin, à l'affluence record des étudiants pro-nahdha , certaines en niqab.
Les enseignants sont intervenus auprès des étudiants pour les exhorter à ne pas répondre à la violence par la violence.
Vers 11h30 des étudiants d'autres institutions sont venus au secours de leurs camarades. Et les islamistes ont dû quitter la faculté. Le premier étudiant islamiste à avoir quitté la faculté n'est autre que le fils de Ali Larayed, Premier ministre qui aime à se faire appeler Président du gouvernement. Hichem Larayedh n'a pas manqué avant de quitter la Faculté de manquer de respect à un collègue.
Rien à faire....
Nous nous sommes ensuite retirés pour nous rendre au siège régional de l'UGTT d'où nous sommes allés exprimer tout notre soutien à La Garde et à la Police Nationales.
PS  : pourquoi les partisans de Nahdha nous ont-ils pris en photos ? J'imagine que ce n'est pas parce qu'ils nous trouvaient photogéniques.

samedi 19 octobre 2013

Lampedusa, l'irrésistible chant des sirènes par Boubaker Ben Fraj


Lampedusa, caillou émergé des flots, en plein milieu de la grande bleue : la mer Méditerranée ; île si petite qu’elle est presque invisible sur les cartes; si isolée et introvertie, au point d’être jusqu’à une date pas lointaine, totalement épargnée par l’histoire.
Rocher d’à peine vingt kilomètres carrés, érodé et aplani par les vents marins soufflant de toutes directions, îlot inhospitalier, inhabité jusqu’au milieu du XIXème siècle, rocailleux et aride, Lampedusa n’arrête pas ces temps-ci de susciter dans mon imaginaire, les images fictives que je me suis faites d’une île tragique dans la mythologie des anciens grecs : celle au bord de laquelle, venaient se fracasser l’une après l’autre, les embarcations des malheureux navigateurs, envoutés par le chant irrésistible des belles sirènes, qui les attiraient implacablement vers leur funeste destin.

Jadis introvertie et oubliée, Lampedusa se trouve soudainement aujourd’hui - malgré elle - sous les yeux surpris du monde entier, l’épicentre d’une tragique et scandaleuse actualité.
Une actualité, qui ne cesse, à travers son défilé incessant d’images plus affligeantes les unes que les autres, de torturer les regards ; le nôtre tout d’abord, en tant que Tunisiens, lorsque nous voyons troublés et impuissants, ces vagues successives de nos jeunes compatriotes, fuyant le pays, dans l’état désastreux où ils se retrouvent au contact de cette île-gué, posée en plein milieu du détroit de Sicile.
Une île érigée en sentinelle avancée d’une Europe, de plus en plus verrouillée, tourmentée par la phobie maladive, d’être assaillie par les « hordes invasives» venant du côté Sud de la Méditerranée.
Images répétitives au point de nous devenir familières : celles de ces embarcations à la dérive, parties clandestinement de nos côtes, chargées à craquer de jeunes au faciès bien typé de chez nous , accroupis dans une posture quasi-humiliante au coude-à-coude, grillés par le soleil sur le pont craquant d’un chalutier de fortune, ou entassés tels des bestiaux à l’ombre de ses cales sordides.
Autres images, montrant de jeunes rescapés d’un naufrage, regards éteints et visages sans expression, qui suivent docilement en file indienne, silencieux et à bout de forces, une escorte d’humanitaires à l’apparence bienveillante, vers un hangar de rétention, trop surchargé pour pouvoir les abriter sous son toit .
 Pis encore : images effroyables de cadavres inidentifiables de compatriotes, éjectés par les vagues, sur le sable humide des criques abandonnées de l’île.
 Et pour clore le sinistre tableau, images de ces cérémonies rituelles funèbres, où des centaines de cercueils bien astiqués, sont alignés en rangées parallèles pour la pose photo. Clichés qui seront largement diffusés, pour prouver au monde que l’Europe, qui verse plus dans l’humanitaire que dans l’humanisme depuis qu’elle s’est unifiée, sait traiter les clandestins qui périssent à ses frontières, plus sereinement, et plus dignement que ceux qui ont la chance -ou la malchance- de les franchir vivants.
Ulysse et les sirènes. Musée du Bardo. Tunis

Qui doit-on accabler en premier ? Et qui doit assumer la responsabilité d’une situation aussi dramatique, qui a transformé la Méditerranée en muraille bloquant la circulation des hommes entre ses rives, alors qu’elle a de tout temps constitué une passerelle, un carrefour, en temps de paix et de conflits, en périodes de prospérité et de crises ?
Est-ce l’Europe qui est la seule responsable de cette situation, en refusant, contre toute raison, d’accueillir chez elle ces jeunes compatriotes en fugue?
Ou bien, assumons-nous, nous-mêmes la part essentielle de cette responsabilité, par notre échec à retenir ces jeunes chez eux, en leur offrant des chances et des perspectives réelles de réaliser leurs espérances en une vie meilleure dans leur propre logis ?
Certes, la réponse n’est pas facile, et les solutions le sont beaucoup moins ; mais rappelons pour mémoire que la Tunisie n’a jamais été de toute son histoire, un pays de départ des hommes.
Bien au contraire, elle a toujours accueilli à bras ouverts des vagues successives de gens venus de toutes parts : les phéniciens du Liban, les Romains d’Italie, les Vandales de l’Europe du Nord, les Arabes venus d’Orient, les Andalous chassés d’Espagne, les Turcs et les Balkaniques, les juifs de Livourne, les milliers d’humbles Italiens chassés par la pauvreté de Sicile, de la Calabre et de la Sardaigne, des Maltais, des Français, des Tripolitains, sans parler des Africains du sud du Grand Sahara.
 Paradoxalement, à travers son histoire multimillénaire, la Tunisie a toujours eu besoin d’apports exogènes d’hommes et de femmes, et elle a toujours su les accueillir et les intégrer, tout naturellement.
 Comment comprendre alors cette Tunisie d’aujourd’hui, qui laisse ses propres enfants fuir ses rivages en clandestins, au péril de leurs vies sur des boat-people, vers les rivages ingrats de Lampedusa ? Est-ce une entorse à sa propre histoire ? Est un moment passager de déperdition de son équilibre, de sa raison et de sa dignité ? Espérons-le en tout cas !
Quant à l’Europe qui se raidit en se refermant sur elle-même, saurait elle jamais que la mort des jeunes gens sur la frontière qu’elle vient de dresser en Méditerranée, est annonciatrice pour elle, d’une régression inéluctable ? Ou au mieux, le saurait-elle à temps ?

 Boubaker ben fraj

vendredi 18 octobre 2013

Pour saluer la Garde Nationale

Dans l'inculture qu'ils prennent pour mode de penser, il n'y a pas de place pour la fête. C'est pour cela qu'ils ont lâchement assassiné deux agents de la Garde Nationale.
La fête les indispose. Il faut qu'ils la transforment en deuil.
Il leur faut du sang pour hisser leur drapeau couleur de suie.
Ils se nourrissent de haine, d'ignorance, de xénophobie.
Aujourd'hui, la Garde nationale fait face à la barbarie.

dimanche 13 octobre 2013

Tahar Bekri : Lampedusa

babelmed (www.babelmed.net) vient de mettre en ligne ce texte que je reprends sur conseil de Giulio-Enrico Pisani :
Lampedusa
      Tahar Bekri
   
     Si ta main se ferme comme la pierre
      Si ton olivier fait peur aux oiseaux
      Si ta porte est un rideau de fer
      Si ta cloche est sourde aux cris de la mer
      Si l'horizon remplit ton coeur d'épouvantails
      Si ta carabine tire sur les radeaux de fortune


      Comment peux-tu honorer la terre ?


      Si ton cactus ne sait donner que des épines
      Si ton muret est une frontière pour les rapaces
      Si ta vigne ne partage pas ses raisins
      Si ton rivage vomit les corps anonymes
      Si ton cimetière ne vaut pas une prière
      Si ton rêve est une mouette empaillée


      Comment peux-tu aimer la liberté ?
OEuvre de Marco Nereo Rotelli 


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       *Ce poème a été exposé au Musée d'Archéologie à Lampedusa- Italie,
Août-octobre 2011, sur invitation de l'artiste Marco Nereo Rotelli.