Tout être, en quelque sorte, est la semence de l'être qui doit sortir de lui. Mais toi tu ne comprends sous le seul nom de semences, que celles qu'on jette en terre ou dans une matrice : c'est trop être ignorant.
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même. XXXVI
الكلام Art calame ܐܠܦܒܝܬ Καλαμος فن כתיבה Ars τέχνη écriture قـلـم poesia writing רטוריקה
lundi 31 décembre 2012
dimanche 30 décembre 2012
vendredi 28 décembre 2012
Moby-Dick, ce soir sur France 3
Ce soir, à ne pas rater sur France 3 : Moby-Dick de Melville (oeuvre au programme de littérature comparée à La Manouba, niveau Licence). Il s'agit d'un téléfilm allemand de Mike Barker, avec un prestigieux casting (William Hurt dans le rôle du Capitaine Achab...)
Dans le roman Herman Melville ne précise pas de quelle jambe Achab était amputé. En 1956, le réalisateur John Houston dût trancher et il choisit de montrer un Gregory Peck amputé de la jambe gauche. On verra ce soir quel sera le choix de M. Barker. Il ne peut pas ne pas choisir.
Je ne sais non plus comment il rendra la fameuse première phrase du roman, ni même s'il la rendra "Call me Ishmael", phrase ainsi traduite par Lucien Jacques, John Smith et Jean Giono (ce n'est pas ce que Giono a fait de mieux) : "Je m'appelle Ishmaël. Mettons." Pavese avait traduit "Chiamatemi Ismaele" là où Bernardo Draghi traduit "Diciamo che mi chiamo Ismaele" (Disons que je m'appelle Ismaël). Dans sa postface, reprise par Umberto Eco, Draghi explique que l'incipit de Moby-Dick est intraduisible dans son ambiguïté puisqu'il peut signifier :
1) Je ne m'appelle pas Ismaël, mais appelez-moi ainsi. A vous de comprendre pourquoi j'ai emprunté ce nom au fils d'Abraham et de Agar.
2) Peu importe le nom.
3) Appelez-moi par mon nom de baptême, ce qui, en anglais, signifie tutoyez-moi : donc faites-moi confiance, croyez le narrateur que je suis.
NB: à la suite de Melville, nous écrivons Moby-Dick (avec trait d'union) pour le titre de l'oeuvre et sans trait d'union pour désigner le cachalot hyponyme.
jeudi 27 décembre 2012
Epictète.
"Comme au cours d'une traversée, si le navire a fait relâche et si tu vas puiser de l'eau, tu peux en route, accessoirement, ramasser un coquillage ou un oignon. Mais il faut que ta pensée soit toujours tendue vers le navire et que ton visage sans cesse y soit tourné, de peur que par hasard le pilote ne t'appelle. Et, s'il t'appelle, il faut tout laisser là, afin que tu ne sois point attaché et jeté comme un mouton. Il en est de même aussi dans la vie. Si, en effet, au lieu d'un coquillage ou d'un oignon, une femme ou un enfant te sont donnés, rien ne s'y oppose. Mais si le pilote t'appelle, cours au navire, laisse tout et ne te détourne pas. Si toutefois tu es vieux, ne t'écarte pas beaucoup du navire, de peur de risquer de manquer à l'appel."
Epictète Manuel. VII
lundi 24 décembre 2012
En lisant Eupalinos
Eupalinos de Ferdiand Springer. 1947
Dans Eupalinos, Paul Valéry fait dire à Socrate : "Rien ne peut nous séduire, rien nous attirer ; rien ne fait se dresser notre oreille, se fixer notre regard ; rien, par nous, n'est choisi dans la multitude des choses, et ne rend inégale notre âme, qui ne soit, en quelque manière, ou préexistant dans notre être, ou attendu secrètement par notre nature. Tout ce que nous devenons même passagèrement, était préparé. Il y avait en moi un architecte que les circonstances n'ont pas achevé de former."
samedi 22 décembre 2012
رسالة علماء تونس إلى الضال الوهابي Lettre des ulémas de Tunis au wahabite dévoyé
En 1810, Mohamed Ibn Abdelwaheb - fondateur de l'hérésie wahabite- écrivit une lettre arrogante à Hammouda Pacha, bey de Tunis. Le Bey transmit la lettre aux savants de la Zeitouna. Il y eut deux réponses : un ouvrage de Cheikh Temimi, aujourd'hui introuvable à Tunis !!! dont je traduirais le titre ainsi : De la grâce divine dans la réfutation des dévoiements wahabites. Il y eut également une lettre magistrale, celle de Abu Al Fadhel Kacem Mahjoub. La lettre du wahabite et celle du savant tunisien se trouvent dans l'ouvrage du grand historien tunisien Ibn Abi Dhiaf (1804-1874). Le commentaire donné par l'historien est magistral.
Le tout est
sur dailymotion. Prenez le temps d'apprécier le raffinement de nos ulémas.
http://www.dailymotion.com/video/xlvcv5_yyyyy-yyyyy-yyyy-yyy-yyyyy-yyyyyyy_webcam
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vendredi 21 décembre 2012
Oscar Niemeyer, le poète... Giulio-Enrico Pisani
Giulio-Enrico Pisani, Zeitung
vum Lëtzebuerger Vollek - 19 décembre 2012

Oui, le poète
du béton armé! Et poète au sens le plus large
du terme, poète de la vie frémissante, de l’harmonie entre l’homme et de la
nature, de la sensualité, de l’anticonformisme, du militantisme communiste, et
cela par l’expression artistique des sentiments humains les plus généreux. Un de plus. Et l’un des derniers du millénaire. Et l’un des plus grands parmi les grands
poètes du 20ème siècle, qui furent en majorité des communistes,
sinon au sens commun du terme, en tout cas par l’engagement de toute une vie de
solidarité pugnace avec la classe ouvrière. Aussi rejoignit-il ce 5 décembre 2012, sans
avoir jamais publié le moindre vers, la cohorte des immortels, des inoubliables
poètes disparus, dont les «chansons courent encore dans
les rues...» et font vibrer la cité des hommes. On retrouve dans les courbes et les élans de
ses bâtisses tout à la fois l’âme et les idéaux de ceux pour qui poésie, beauté,
justice, humanité et générosité furent synonymes. J’appelle Garcia Lorca, Pablo Neruda,
Nazim Hikmet, Louis Aragon, Paul Eluard, Eugène Guillevic, Octavio
Paz, Nicolas Guillén, Cesare Pavese, Rafaël Alberti, Vítězslav Nezval, Tawfik Ziad et
bien d’autres. C’est leurs espoirs que
Niemeyer a concrétisés et leurs flambeaux qu’il a relevés dans ses magnifiques poèmes
de béton et de verre.
Certes, sa poésie ne se dit pas, ni se
récite; formée à partir de la poésie
des femmes et des hommes dont elle s’inspire et à qui elle se destine, elle
chante d’elle-même. Loin de l’orgueil
mégalomaniaque des bâtisseurs d’arrogants gratte-ciels et de monuments érigés
en l’honneur de leur propre ego ou de quelque dieu chimérique, Niemeyer
concevait et bâtissait l’humain. Il avait
fort bien compris que la complexité, aussi bien spirituelle que charnelle de l’homme,
ne se contente pas du purement rationnel, de l’angulaire, du linéaire ou du
carré. La ligne droite n’existe pas dans
la nature et, lui que l’on a appelé le poète des courbes, affirmait: «... l'angle droit sépare,
divise; j'ai toujours aimé les courbes, qui sont l'essence même de la nature
environnante (...) Ce n'est
pas l'angle qui m'attire, ni la ligne droite, dure, inflexible. Ce qui
m'attire, c'est la courbe sensuelle que l'on trouve dans le corps de la femme
parfaite»... Façon de parler, bien sûr, tant est-il que la perfection
n’existe pas. Celle-ci n’est chez les
esthètes, les artistes et les poètes comme lui, que ce rêve, but ultime, dont
on soupçonne qu’on ne l’atteindra jamais, sinon en tant qu’accomplissement de
l’incomplétude humaine au sein de la complétude de la nature. Il arriva certes que les impératifs urbains,
les plans d’aménagement ou autres exigences l’obligent à construire droit, mais
jamais lorsqu’il eut carte blanche et assez d’espace pour briser les normes
établies.
Alger, la salle omnisport. Une des créations de Niemeyer
Selon cet
autre grand bâtisseur qu’est Jean Nouvel, Niemeyer était le Matisse de
l’architecture. Pour sa part,
l’architecte déconstructiviste (1) irakobritannique
Zaha Hadid, voyait en lui le «virtuose à
la sensibilité spatiale qui m'a encouragée sur la voie d'une architecture d'une
fluidité totale». Ce visionnaire,
qui bâtit le rêve fou que fut Brasilia, nouvelle capitale au milieu de nulle
part, et ne craignit pas de se salir les mains en travaillant avec les ouvriers
qui la construisaient, a toujours affirmé avec force son engagement politique
pour le parti communiste. Tout comme son refus de collaborer avec la
dictature militaro-bourgeoise brésilienne de 1964-85, son exil en France et sa
collaboration avec le PCF dans plusieurs réalisations architecturales en
témoignent. Citons le siège du Parti communiste français, place du Colonel Fabien à Paris (1965-1980), le siège du
journal L'Humanité à Saint-Denis (1989), ou encore la Bourse du travail à Bobigny (1976-78). En 1995, lors d’une visite
de l’agence de Niemeyer à Rio, Fidel Castro alla jusqu’à affirmer avec humour,
mais de manière non moins sentie: «Il ne
reste plus que deux communistes au monde, Oscar et moi». En 2007, à l’occasion de son centième
anniversaire, il reçoit les félicitations de Fidel Castro pour son engagement politique. Une des dernières oeuvres de
Niemeyer, située sur la place centrale de l’Université des Sciences
informatiques de La Havane ,
est un monument contre le blocus économique imposé à Cuba. La sculpture, aux formes ovales en acier,
orientée vers le ciel, représente un monstre bouche ouverte et face à elle un
Cubain brandissant un drapeau. Une
sorte de David face à Goliath, symbolisant la résistance cubaine. Dans sa lettre de remerciement, Fidel se dit
convaincu que ce projet était «un reflet
des idées, qu’ensemble, ils partageaient et pour lesquelles ils avaient toujours
lutté». (2)
Le 11 avril 2010, la rédaction de Cubadebate reçoit de
l’architecte désormais plus que centenaire un télégramme où il exprime son
engagement envers la cause de la
Révolution cubaine face à la vaste campagne médiatique montée
contre l’île par les États-unis et l’Europe. (3) «Le
monde est de plus en plus conscient, mûr et connecté», écrit-il. «Les mensonges et les agressions, par la
parole ou par l’action, ne nous intimident pas. Bien au contraire, nous y
puisons des forces rénovées (...) En cinquante années de Révolution, vous
avez démontré que la lutte pour la construction d’un monde meilleur rend plus
fort, et ceci est commun à tous les hommes de toutes les nationalités (…) Toute
tentative de déstabilisation trouvera pour réponse la décision, l’éthique, la
bravoure et l’amour avec lesquels Cuba a toujours su transformer les revers en
victoires».
Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares Filho,
communément appelé Oscar Niemeyer, est né le 15 décembre 1907 à Rio de Janeiro,
dans une famille d'origine juive allemande, portugaise et arabe. Il étudie l'architecture et le design aux
Beaux-arts à Rio, mais se libère très tôt de cet enseignement trop classique et
s'intéresse à l'architecture moderne internationale, européenne et
nord-américaine. Ses premiers grands
modèles auront été Walter Gropius, Ludwig Mies van der Rohe, Le Corbusier ou
Frank Lloyd Wright. Il fait un stage
dans l'agence de l'architecte urbaniste Lucio Costa, carioca comme lui-même et
futur auteur du plan pilote de Brasilia. En 1936, il participe au groupe ayant oeuvré à
la conception du nouveau siège du Ministère de l'Éducation et de la Santé à Rio de Janeiro pour
le gouvernement de Getúlio Vargas. En
1952, il travaille avec Le Corbusier sur le projet du siège de l'ONU à New
York. Au cours de ses soixante-dix ans
de carrière il a réalisé ou participé à la réalisation de plus de 600 constructions,
dont le siège de l'ONU à New York, ou le sambodrome à Rio de Janeiro.
Mais c'est le président du Brésil, Juscelino
Kubitschek qui, voulant remédier au surpeuplement et à la misère des zones
côtières par l’ouverture et la viabilisation de leur immense hinterland capable
de nourrir des dizaines de millions de bouches, lui permet de réaliser le rêve
de tout architecte: son grand oeuvre. Et
ce rêve fou, ce fut la construction d’une ville au milieu de nulle part et à
partir de rien: Brasilia, la nouvelle capitale dont il réalisa l’essentiel avec
l'urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Roberto Burle Marx. Inauguré en 1960 à plus de 1000 kilomètres
de São Paulo et de Rio de Janeiro, le chantier principal allait durer trois
ans, mais se poursuivit au-delà de 1964 sous la dictature militaire.(4) En
1988 Niemeyer reçoit le Prix Pritzker (l’équivalent du Nobel, mais pour l’architecture)
et en 2004 le Praemium Imperiale, prix prestigieux attribué par l'Association
japonaise des beaux-arts. En 2007, à
l’occasion de son centième anniversaire, il est fait commandeur de la Légion d’honneur, qu’il
reçoit des mains de l'ambassadeur de France au Brésil. Lors de cette cérémonie, Oscar Niemeyer, qui
se serait exclamé par ailleurs qu’«Être
centenaire, c'est la merde!» a dit de sa nouvelle décoration: «Cette chose de centenaire, je n'y donne pas
beaucoup d'importance (...) L'important c'est que nous puissions créer le système
où on peut aussi aider les autres. C'est
ça le problème, c'est la lutte politique. C'est faire un monde meilleur, plus
fraternel.»
(1) Le déconstructivisme est
un mouvement artistique architectural contemporain qui s'oppose à la
rationalité ordonnée de l'architecture moderne et prône notamment le design non
linéaire (abrégé de Wikipedia)
(2) In www.granma.cu/frances/index.html 13 décembre 2012
(3) In www.granma.cu/frances/2010/abril/lun12/niemeyer.html 12 Avril 2010
(4) À partir de 1964, la Société de construction
d’état Novacap (Nova capital) désormais aux ordres de la junte militaire et en l’absence
de Niemeyer (exilé en France), poussa les travaux dans des conditions épouvantables :
interdiction des syndicats, journées de travail pouvant atteindre 18 heures,
assassinat de manifestants et de syndicalistes. On était loin alors du rêve de Kubitschek, Costa et Niemeyer
mardi 18 décembre 2012
Bernard-Marie Koltès PROLOGUE
En guise de pensée aux étudiants en master.
Cet incipit de Prologue pourrait servir à étayer notre réflexion sur les thèmes développés par Koltès dans La Nuit juste avant les forêts : rencontre (im)probable, hostilité croissante du monde et des choses et solitude irrémédiable.
samedi 15 décembre 2012
Vive le Président !
Pour moi, l'Uruguay n'était pas plus que le pays natal de Lautréamont, de Jules Laforgue et de Jules Supervielle. Désormais, grâce à ce texte de notre ami Boubaker Ben Fraj, il est avant tout le pays du président José Mujika, qui est aussi un grand lecteur.
Le Président le plus pauvre du monde !
Par Boubaker
Ben Fraj
« Je ne vis pas dans la pauvreté, je vis dans
l’austérité, dans le renoncement. J’ai besoin de peu pour vivre, pourquoi en suis-je
arrivé à ces conclusions ? Parce que, j’ai été quatorze ans en prison et
j’en ai passé près de dix, au cours desquels, si j’avais un matelas, j’étais
content ».
Ces paroles de José Mujica, actuel président de la république
de l’Uruguay, rapportées par l’AFP, n’ont pas manqué d’interpeller ma curiosité.
J’ai voulu en savoir plus long, d’abord sur l’homme politique qui a tenu ces
propos hors du commun,mais aussi,pour en connaître plus,du pays qui l’a choisi président
depuis 2010, alors qu'il avait l’âge de 75 ans : petit pays d’Amérique Latine,
discret et lointain, dont on n’entend habituellement parler qu’à travers sa respectable
équipe de football, le temps des championnats du monde,pendant lesquels elle se
mesure sans complex eaux grandes nations.
Et voici ce que j’ai appris :
Bien avant d’accéder à
la magistrature suprême dans son pays, José Mujica, avait été guérillero, au
milieu des années 70 du siècle dernier, au sein des
« Tupamaros » : groupe révolutionnaire qui avait mené à l’époque,
une longue guérilla urbaine contre la dictature qui tenait d’une main de fer ce
petit pays. Arrêté, il s’en était sorti avec six balles dans le corps, et quatorze
années de prison dans les geôles du régime impitoyable, dont une dizaine au cachot dans
un isolement total.
Une fois en liberté,
et sans réclamer ni recevoir un quelconque dédommagement en contrepartie de ses
lourds sacrifices, José Mujicase consacre à la construction de la démocratie
dans son pays, et arrive au terme d’un long parcours de militant à la tête
d’une coalition de gauche qu'il a fondée, à gagner le respect et la confiance
de ses concitoyens. Une confiance qui le hisse à la magistrature suprême, sans
rien changer de son naturel ni de ses choix existentiels inébranlables :
ceux de demeurer l’homme humble, égal à lui-même,complètement sourd aux sirènes
de la fortune, du luxe et du faste,auxquels il est rare de voir des gens du pouvoir
longtemps résister.
À la différence de notre pays, le président de la république dispose
en Uruguay, de très larges pouvoirs ; c’est lui qui dirige l’Etat et le
gouvernement,soumet les lois, commande aux armées et décide de la politique
intérieure et extérieure. Qu'à cela ne tienne ! L’irréductible José Mujica
continue à loger dans une maisonnette presque «délabrée », à l’intérieur de
la modeste ferme de sa femme, héritage familial. Au terme de chaque journée
de travail, le président, plus que septuagénaire, tourne le dos au palais de
Montevideo, reprend place dans son ancienne Chevrolet Corsa, et parcourt un
chemin de terre, avant de rejoindre son domicile et retrouver tout en tendresse les
soins de la femme qui a partagé avec lui les moments les plus durs de sa vie, les
caresses de son chien, le confort de son divan déteint….. et le plaisir infini
de ses livres.
Le président de
l’Uraguay a droit à un traitement mensuel équivalent à 18000 de nos dinars, il
n’en laisse pour lui-même que 1400 ; le reste, soit plus des neuf
dixièmes, il l’alloue au profit de programmes de logements sociaux pour les plus
pauvres de ses concitoyens.
José Mujika n’accepte pas d’être qualifié d’original, il se
déclare un président « normal » tout court ; il n’admet pas non
plus d’être catalogué président le plus pauvre,car d’après lui «les
vrais pauvres ne sont pas les gens qui ont peu, mais ceux qui veulent toujours
posséder plus ».
Après avoir appris ce
que j’ai appris sur ce président,je l’ai senti -en dépit de l’énorme écart
géographique qui sépare son pays du mien, en dépit de nos différences de
culture, de langue, de religion et de conditions de vie -humainement très
proche, extrêmement proche même. Je l’ai même senti moralement beaucoup plus
proche des valeurs de la révolution que vit mon pays, que beaucoup de nos
politiciens qui semblent plus enclins à en profiter sans scrupules,en s’octroyant
des rémunérations et d’autres avantages invraisemblablement « révolutionnaires ».
Nos politiciens, qui sont censés dans cette période de vaches maigres, donner
l’exemple, en partageant solidairement,un tant soit peu, les conditions
économiques difficiles de leur pays,et du peuple qui leur a accordé sa confiance.
jeudi 13 décembre 2012
Lao-Tseu
Mais c’est
le vide médian
Qui fait
marcher le char.
On façonne
l’argile pour en faire des vases,
mais c’est
du vide interne
que dépend
leur usage.
Une maison
est percée de portes et de fenêtres,
C’est encore
le vide qui permet l’habitat.
L’être donne
des possibilités,
C’est par le
non être qu’on les utilise.
Lao- tseu Tao-Tö king
mercredi 5 décembre 2012
Il y a 60 ans, mourait Hached
Mausolée Farhat Hached à Tunis
Il y a 60 ans, les services secrets de la France coloniale assassinait le leader Farhat Hached.
Il y a 60 ans, les services secrets de la France coloniale assassinait le leader Farhat Hached.
lundi 3 décembre 2012
Des passantes et des passants...
En dépit de tout, rien ne vaut le bonheur de tenir ces Passantes...
200 pages, Hardcover, 155 x230 mm ISBN 978-2-87967-182-6Commander en effectuant un virement de 32 EUR (pas de frais d'exp. en UE pour ce montant) au compte de l'éditeur auprès des Comptes chèques postaux Luxembourg sur le n° IBAN CCPL LULL LU08 1111 1118 7433 0000, avec mention du titre
200 pages, Hardcover, 155 x
mardi 27 novembre 2012
jeudi 22 novembre 2012
Un almanach pour l'hiver
Almanach pour l’hiver
L’hiver avec ses pluies et ses échéances agricoles révèle l’insuffisance de nos calendriers. Aussi les gens recourent-ils à un calendrier agricole qui remonte très loin dans le temps. En Tunisie, subsiste ce calendrier agricole dont les services météorologiques reconnaissent l’efficience et que les almanachs ne manquent pas d’utiliser. Chercher des règles régissant les phénomènes météorologiques est un souci universel. Le canon qui régit cette recherche est simple, il s’agit de passer de l’observation séculaire à la formule. En France, l’hiver est la saison où le recours à la sagesse des proverbes se fait le plus fréquent. Ici se trouve condensée toute l’expérience et tout le savoir ancestral : « A la Saint Luce (13 décembre), les jours croissent du saut d’une puce » ou « A la chandeleur, l’hiver se passe ou prend vigueur » ou encore « Noël au balcon, Pâques au tison ». En Tunisie, on ressort le calendrier agraire. C’est un calendrier qui date de plusieurs siècles. Le géographe et historien Al Massoudi le décrit dans son ouvrage Les Prairies d’or. Ce calendrier, qui est solaire et non pas lunaire, s’avère d’une grande fiabilité. En plus, il offre l’avantage d’être foncièrement poétique.
L’hiver (du 29 novembre au 27 février) est ainsi subdivisé :
- 25 décembre : début des blanches nuits
- 13 janvier : fin des blanches nuits
- 14 janvier : début des noires nuits
- 2 février : (fourar, dit le pleureur) fin des noires nuits
- 3 février : début des « nubiles » (‘Azara) (10 jours)
- 13 février : fin des « nubiles »
- 14 février : Froidure de la chèvre (guerrat al anz)
- 20 février : chute de la braise de l’air
- 27 février : chute de la braise de l’eau
- 6 mars : chute de la braise de la terre
- 10 mars : les « suivis » (8 jours) (Hassoum)
- 17 mars : Fin des « suivis »
C’est au cours de ces « noires nuits » qu’il convient le mieux de planter des arbres. Un proverbe le dit « au cours des nuits noires, germe toute branche ». Ce sont ces nuits qu’on attend pour planter jasmins et citronniers.
Quant aux Hassoum, ils sont attestés dans le Coran. Le mot est traduit ici par « consécutifs » or « suivis » nous a semblé plus adéquat : « Et quant aux Aad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux que [Dieu] déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs ; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées. En vois-tu le moindre vestige ? Pharaon et ceux qui vécurent avant lui ainsi que les Villes renversées commirent des fautes. Ils désobéirent au Messager de leur Seigneur. Celui-ci donc, les saisit d'une façon irrésistible. » (Al Haqqa, 6-10)
La légende populaire raconte l’histoire d’une femme hérétique qui aurait tenu tête à un prophète antérieur à Mohamed et que Dieu aurait métamorphosée en chèvre. La nuit la plus froide de l’hiver est un châtiment qui lui est destiné. Dans le calendrier antéislamique, on relève la présence de cette « vieille » qui est également attestée dans un poème antéislamique. Mais l’histoire n’en dit pas plus sur elle.
Selon ce calendrier antique, le printemps se signale par le réchauffement des éléments : air, eau et la terre. Fourar (février), le pleureur, terminé, le réchauffement va grandissant et les pluies se font rares et précieuses. Loin de Tunis, où l’on préfère ne pas se mouiller, les gens espèrent avec ferveur qu’il pleut en mars. La qualité des récoltes est tributaire des capricieuses pluies de mars : « pluie de mars est or pur » stipule un dicton.
L’hiver avec ses pluies et ses échéances agricoles révèle l’insuffisance de nos calendriers. Aussi les gens recourent-ils à un calendrier agricole qui remonte très loin dans le temps. En Tunisie, subsiste ce calendrier agricole dont les services météorologiques reconnaissent l’efficience et que les almanachs ne manquent pas d’utiliser. Chercher des règles régissant les phénomènes météorologiques est un souci universel. Le canon qui régit cette recherche est simple, il s’agit de passer de l’observation séculaire à la formule. En France, l’hiver est la saison où le recours à la sagesse des proverbes se fait le plus fréquent. Ici se trouve condensée toute l’expérience et tout le savoir ancestral : « A la Saint Luce (13 décembre), les jours croissent du saut d’une puce » ou « A la chandeleur, l’hiver se passe ou prend vigueur » ou encore « Noël au balcon, Pâques au tison ». En Tunisie, on ressort le calendrier agraire. C’est un calendrier qui date de plusieurs siècles. Le géographe et historien Al Massoudi le décrit dans son ouvrage Les Prairies d’or. Ce calendrier, qui est solaire et non pas lunaire, s’avère d’une grande fiabilité. En plus, il offre l’avantage d’être foncièrement poétique.
L’hiver (du 29 novembre au 27 février) est ainsi subdivisé :
- 25 décembre : début des blanches nuits
- 13 janvier : fin des blanches nuits
- 14 janvier : début des noires nuits
- 2 février : (fourar, dit le pleureur) fin des noires nuits
- 3 février : début des « nubiles » (‘Azara) (10 jours)
- 13 février : fin des « nubiles »
- 14 février : Froidure de la chèvre (guerrat al anz)
- 20 février : chute de la braise de l’air
- 27 février : chute de la braise de l’eau
- 6 mars : chute de la braise de la terre
- 10 mars : les « suivis » (8 jours) (Hassoum)
- 17 mars : Fin des « suivis »
C’est au cours de ces « noires nuits » qu’il convient le mieux de planter des arbres. Un proverbe le dit « au cours des nuits noires, germe toute branche ». Ce sont ces nuits qu’on attend pour planter jasmins et citronniers.
Quant aux Hassoum, ils sont attestés dans le Coran. Le mot est traduit ici par « consécutifs » or « suivis » nous a semblé plus adéquat : « Et quant aux Aad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux que [Dieu] déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs ; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées. En vois-tu le moindre vestige ? Pharaon et ceux qui vécurent avant lui ainsi que les Villes renversées commirent des fautes. Ils désobéirent au Messager de leur Seigneur. Celui-ci donc, les saisit d'une façon irrésistible. » (Al Haqqa, 6-10)
La légende populaire raconte l’histoire d’une femme hérétique qui aurait tenu tête à un prophète antérieur à Mohamed et que Dieu aurait métamorphosée en chèvre. La nuit la plus froide de l’hiver est un châtiment qui lui est destiné. Dans le calendrier antéislamique, on relève la présence de cette « vieille » qui est également attestée dans un poème antéislamique. Mais l’histoire n’en dit pas plus sur elle.
Selon ce calendrier antique, le printemps se signale par le réchauffement des éléments : air, eau et la terre. Fourar (février), le pleureur, terminé, le réchauffement va grandissant et les pluies se font rares et précieuses. Loin de Tunis, où l’on préfère ne pas se mouiller, les gens espèrent avec ferveur qu’il pleut en mars. La qualité des récoltes est tributaire des capricieuses pluies de mars : « pluie de mars est or pur » stipule un dicton.
samedi 17 novembre 2012
Si j'étais muphti
Il y a deux versets coraniques que le mufti de Tunis devrait rappeler à ceux qui croient que la grève de la faim est permise par la religion musulmane. "Ne vous jetez pas de vous-même dans le péril" II, 195 ولا تلقوا بأيديكم إلى التهلكة et "Ne vous donnez pas la mort : Dieu sera miséricordieux avec vous" IV-29 وَلا تَقْتُلُوا أَنْفُسَكُمْ إِنَّ اللَّهَ كَانَ بِكُمْ رَحِيماً.
Si l'on prétexte du djihad, qu'il soit rappelé que le djihad a des conditions très précises : avoir été persécuté pour sa foi et avoir été expulsé de chez soi : "Dieu vous interdit d'avoir pour alliés ceux qui vous persécutent pour votre foi et qui vous expulsent de chez vous LX-9 إِنَّمَا يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَنِ الَّذِينَ قَاتَلُوكُمْ
فِي الدِّينِ وَأَخْرَجُوكُم مِّن دِيَارِكُمْ. Si j'étais muphti, j'aurais estimé de mon devoir de rappeler ces vérités à ces jeunes salafistes manipulés par des forces occultes et dont deux viennent de mourir suite à une grève de la faim.
jeudi 8 novembre 2012
Des passantes et des passants : nouvelle publication
Les éditions Op der Lay (Luxembourg) viennent de publier Des passantes et des passants : désirer, être désiré(e) de Jalel El Gharbi et Giulio-Enrico Pisani. Illustrations de Carole Melmoux
Pour toute commande, merci de s'adresser aux éditions Op der Lay, Madame Doris Bintner,
doris.bintner[@]reka.lu, (après suppression des crochets)
200 pages,
Hardcover, 155 x 230 mm
ISBN
978-2-87967-182-6
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Portrait d'un djihadiste tunisien. Par Boubaker Ben Fraj
Marwan, un aller simple vers Istambul
Boubaker Ben Fraj
« Je suis contente pour mon fils,… je suis fière
de lui…. si j’avais un autre fils, je l’enverrais aussi… c’est une fierté pour
toute la Tunisie !»
C’est par ces phrases courtes et tranchantes, que la mère du jeune jihadiste Tunisien Marwan Achouri, tué
au quartier Al-Mayadin à Damas au cours du mois de Juillet dernier, a répondu à
l’envoyé de la chaine « France 24 », venu recueillir à chaud ses
sentiments, suite à la terrible nouvelle qu’elle venait d’apprendre via la télévision syrienne.
Face à la caméra, le visage endurci par la douleur du deuil de son unique fils, la mère de Marwan ne
laissait trahir ni faiblesse, ni tristesse, ni regret. Elle ne cherchait pas de
consolation et ne voulait susciter ni compassion, ni pitié.
Dans son attitude stoïque
et inébranlable, qui nous rappelle celle bien lointaine d’Asmaa bint Abû-Bakr face à
la mort de son fils Abdullah Ibn -Zûbeir aux premiers temps de l’Islam, la mère
affligée se disait « fière » du courage de son fils, et même «
heureuse » de son martyr pour la noble cause
de l’Islam.
Plus, elle se montrait confiante dans le
paradis promis à Marwan par « l’oracle » d’un cheikh obscur qu’il avait croisé sur son chemin en Libye ; sûrement l’un de ces cheikhs missionnés
pour pousser Marwan et d’autres comme lui, à se jeter , sans se poser de questions, dans le brasier infernal de la guerre civile qui se
déroule en Syrie.
En effet, Marwan- que Dieu l’entoure de sa miséricorde -
maintenant inscrit sous le N°21305 dans le long registre des victimes de cette guerre, n’est pas le seul jeune Tunisien qui ait perdu
la vie en Syrie, plusieurs l’ont fait avant lui, et d’autres sont déjà prêts à
faire de même. Qui sont-ils ? Des noms et des visages bien de chez-nous : Abdelhadi
Gdiri, Walid Helal, Khemaies Mares,
Bassem Jarrai, Boulbaba Boukelch…. et la liste s’allonge de jour en jour.
D’autres, gravement blessés sont entre
la vie et la mort, tandis que plusieurs dizaines de nos jeunes concitoyens subissent
derrière les murs opaque et silencieux des prisons syriennes des sévisses «
gracieusement » servis par les geôliers de triste réputation du régime de
Bachar-al -Assad. Tout ceci se passe, en l’absence unilatéralement et
imprudemment décidée par notre gouvernement, d’une ambassade ou d’une
quelconque représentation tunisienne, qui puisse leur fournir la moindre
assistance ou protection.
La Tunisie serait-elle
devenue si généreuse de la vie ses enfants, si indifférente de leur sort, au point de les
fournir sans compter, comme chair
à canon, dans une guerre fratricide et
lointaine, qui se serait en vérité, bien dispensée de leur concours et de leur engagement ?
Revenons sur les pas de Marwan pour
imaginer, à partir des données que nous avons sur lui, l’itinéraire qui l’a amené jusqu’à son sort
tragique. Nous le faisons, parce que le bref parcours de Marouan
ressemble à celui de la plupart des jeunes qui ont suivi la même voie du
Jihadisme, que celle qu’il a choisie.
Né il y a vingt cinq
ans dans une famille de condition modeste dans le
quartier populeux et insalubre de Sijoumi , l’une des banlieue les plus
déshéritées de la capitale, Marwan fréquente comme les jeunes de sa génération et
de son quartier l’école , le lycée …et
les cafés. Adolescent, il découvre la mosquée, fait la connaissance des groupes qui s’y activent, et finit
par être non seulement un assidu de ses
cercles et un fervent pratiquant; mais aussi un militant actif au service d’une conception rigoriste de l’islam, qu’il doit défendre et
propager par le Jihad, partout et
au-delà de nos frontières.
Et c’est vers la Syrie
en pleine guerre civile, terrain devenu propice au Jihad que
Marwan se décide à partir.
Le restant du parcours
n’est que détails: Une traversée discrète des frontières vers la Libye, où sont établis les cheikhs recruteurs à la solde,
un séjour dans un camp d’entrainement et
au final, un billet
d’avion en aller simple à destination d’Istanbul.
Débarqué dans cette métropole qu’il voit pour la
première fois, il jette un regard furtif et détaché sur les belles
silhouettes des minarets de
l’Aya-sofia et de la mosquée
bleue, avant de rejoindre hâtivement la planque discrète dans laquelle il passe la nuit, avant d’être
dirigé clandestinement par les chemins de traverse, vers la frontière.
Arrivé en Syrie, Marwan
est enrôlé dans une Katiba de moujahidines étrangers, envoyé aux
avant-postes les plus risqués, et c’est
là qu’il succombe avant de mener son premier
combat.
Le cas de Marwan et
des centaines d’autres jeunes Tunisiens engagés dans le Jihad en dehors de nos
frontières : en Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Somalie, au
Sahara et dans d’autres lieux nous
oblige à nous poser les deux questions suivantes :
D’abord : pourquoi et comment la
Tunisie est-elle devenue au cours de ces
dernières années l’un des plus grands terreaux
pourvoyeurs de moudjahidines de par le
monde ?
Ensuite : que
sera l’avenir de ces jeunes moujahidines
après leur retour en Tunisie, ou du moins ceux qui auront
la chance d’y retourner sains et saufs ?
Pourront-ils vraiment se réinsérer dans une vie normale, et accepter sans difficultés les règles du jeu
d’une société, qui ne croit pas comme eux, que le Jihad représente
de nos jours un idéal et une finalité ?
Deux questions auxquelles il n’est peut-être pas facile de trouver aujourd’hui des réponses, en attendant, le spectacle insoutenable
des mères désemparées, tenant chacune la photo-portrait d’un fils mort, blessé,
emprisonné ou disparu dans des guerres étrangères, continuera à nous
interpeller et à nous indisposer.
mercredi 7 novembre 2012
Sergio Moscona
Giulio-Enrico Pisani
Luxembourg 6 Novembre
2012
Sergio Moscona lève le rideau chez Schortgen sur
« Le théâtre de la vie »
Théâtre
de la vie, comédie humaine ou humanité en dispute permanente, subconsciente ou
apparente, politique ou larvée, tragicomique ou tragique tout court, voilà le
spectacle aussi impressionnant que peu confortable présenté à la Galerie Schortgen
[1] par
le dessinateur, graveur et peintre argentin Sergio Moscona. Voici un artiste qui, à l’instar de Goya,
Picasso ou autres grands novateurs, ne peut en aucun cas être cerné par un bref
coup d’oeil à travers la fenêtre ou même en un tour rapide de la galerie. Car c’est un véritable dialogue que Moscona
désire établir, non pas avec le visiteur nonchalant ou pressé, mais avec le
spectateur-interlocuteur de ses personnages, ces gens très communs, qui peuplent
les scènes de ses histoires courtes.
C’est
qu’ils sont incroyablement riches, ces visages et ces groupes, évoluant parfois
dans le cadre d’authentiques récits, de ses peintures, techniques mixtes ou
dessins. Ils ne sont pas sans rappeler
le puissant expressionnisme des compositions de peintres comme Giovanni
Maranghi, Stylianos Schicho ou Marlis Albrecht, dont ils possèdent une charge
de critique, voire de causticité comparable.
Mais ces artistes inscrivent leur vision dans l’instant, leurs tableaux
étant, comme on dit en photographie, des flashes, des instantanées, des images
illustrant une situation donnée à un moment donné, saisi lors du déroulement de
la bobine «cinématographique» du temps. Par contre, les créations mosconiennes apportent
une dynamique nouvelle, un facteur essentiel en rupture avec cette
sempiternelle servitude du dessinateur, du peintre, du sculpteur ou du
photographe, qu’est l’instant qui se fige.
Mais Sergio Moscona y intègre, comme je le préciserai plus loin, aussi
bien le mouvement que l’écoulement du temps, devenant ainsi son propre cinéaste
et le metteur en scène de ses tableaux.
Ce n’est
donc qu’après une approche attentive, acribique même, à peine aidé en cela par
le titre de l’oeuvre, que le spectateur peut pénétrer la scène qui se présente
à lui. C’est comme s’il entrait dans un
bistro, un marché, une place publique, un moyen de transport, donc un lieu
quelconque, où il rencontrerait toutes sortes de gens et où se dérouleraient
les faits représentés… en plusieurs
temps, bien sûr. Aussi, les acteurs, que
l’artiste projette sur un substrat de pages de livre riches de leur propre
histoire [2]
et/ou sur toile ou autres supports, n’étant pas censés rester immobiles dans
l’action, le spectateur pourrait les voir simultanément de face et de profil,
regardant par ci et par là, cogitant, riant, protestant, s’injuriant, etc. Des personnages qui ont tourné la tête ou
changé d’expression durant une scène, sans se déplacer, peuvent sembler avoir
plusieurs yeux, nés, ou bouches, ces organes pouvant également être déformés, donner
naissance à des espèces de monstres. C’est
ce que nous confirme avec justesse le philosophe Manuel Mauer en écrivant: «Moscona dépeint les monstres que nous
sommes: noeuds opaques d’instincts, pulsions, représentations et organes,
pensées perverses et affects misérables...»[3].
Attention! Rien à voir avec le cubisme, dont Moscona
reconnaît toutefois volontiers en avoir subi l’influence, ainsi que tout
artiste contemporain doit un enrichissement de son savoir à toutes les grandes écoles
classiques et modernes. Rien à voir, en
effet. Certes, Picasso dépeint le même
sujet sous divers angles en dessin ou peinture; il projette, contrairement au
sculpteur, diverses faces sur un substrat bidimensionnel, auxquelles il intègre
par un artifice graphique, la troisième dimension. Mais ses personnages n’évoluent pas; il reste
lié au moment choisi (l’instantanée en photo).
Moscona, lui, n’en demande d’un côté pas tant et va cependant bien
au-delà. Il accepte, en bon graphiste,
la servitude des deux dimensions, fait donc fi de la troisième, mais intègre
dans ses tableaux la quatrième dimension: l’espace-temps. Certes, le défi est de taille, mais notre artiste
n’a jamais vu son art comme une paisible mare à canards où somnolent les lotus,
mais plutôt comme une quebrada de tous les dangers où s’engouffre le pampero. Héritier de la pugnacité des poètes Lorca,
Gelman et Neruda, des sculpteurs Rodin, Iché [4]
et Zerneri ainsi que, justement, des peintres
Goya et Picasso, il doit penser comme ce dernier que «La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements; c'est un
instrument de guerre...»
Dès
lors, quoi de plus normal, que par son art socialement et politiquement engagé,
le fils mystique en vienne, sans doute inconsciemment, à vouloir «tuer» le père
à l’œuvre sempervirente, malgré que celui-ci fût déjà mort six ans avant sa
naissance. Guernica! Soixante-dix ans après la destruction de
cette ville au nom résonnant comme un cri de guerre, symbole des peuples
martyrs des dictatures assassines, Moscona s’élance sur les traces de l’esprit
des Patrick Ascione, René-Louis Baron, Alain Resnais, René Iché, Paul Eluard, et, bien sûr, Pablo
Picasso. «J’ai travaillé dessus pendant deux ans, de 2005 à 2007, et réalisé plus
de 150 tableaux à partir du Guernica de Picasso», confie-t-il récemment au
philosophe Mathias Leboeuf. C’est que le jeune Sergio se sentira tôt pris
en entre l’enclume des tyrannies du passé et le marteau des dictatures nouvelles:
au Brésil de 1964 à 85, au Chili de 1973 à 90, en Uruguay de 1973 à 85 et, dans son pays, l’Argentine, la plus brève
(1976-1983) mais combien meurtrière dictature des
Colonels.
Né en
1979 à Buenos Aires, en Argentine, donc trois ans après le putsch des Colonels,
Sergio Moscona n’est qu’un enfant lorsque leur sinistre dictature prendra
fin. Aussi, n’en a-t-il pas connu
directement l’horreur, mais la réalisera durant son adolescence par ses
conséquences, par la souffrance du peuple argentin et ses revendications de
justice. Ses yeux largement ouverts sur
le monde ne lui permettront pas d’ignorer les tempêtes mortifères qui le
dévastent tous azimuts. Son dessin,
pratiqué dès ses douze ans avec divers artistes dans sa ville natale, où il vit
et travaille encore aujourd’hui, ne tardera pas à refléter cette vision qui,
pour n’en pas être apocalyptique, n’en constitue pas moins une représentation assez
pessimiste de l’homme, qui ne semble pas lui inspirer grande confiance.
Et c’est
ici que je situerai une allégorie récurrente dans certains de ses tableaux et
dessins: «Hay Gato Encerrado», expression espagnole correspondant à notre «il y a
anguille sous roche», auquel il a d’ailleurs consacré une série
particulièrement significative de sa défiance envers les machinations humaines. Le Gato
encerrado (chat enfermé) exprime
la méfiance de l’observateur qui ne s’en laisse conter ni par la comédie des
hommes, ni par leurs manigances. Comment
ne pas songer dans ce contexte au gato
garduño (chat dissimulé, rusé), que Federico Garcia Lorca identifie dans
son poème Romance Sonambulo,[5] à
la sombre montagne, qui observe et guette de haut, ne se fiant pas aux
apparences, les choses et les évènements sous (éclairés par la lumière trompeuse
de) la lune gitane (bajo la luna gitana)?
Après
avoir fréquenté les Beaux-arts à Buenos-Aires, où il a également appris la
peinture et la gravure, Sergio Moscona a rapidement connu le succès. Outre de fréquentes expositions à Buenos
Aires, il a notamment exposé à Paris, Vichy, Montigny-lès-Metz, Tokyo,
Hambourg, Milan et Rome. De plus, on
retrouve ses oeuvres dans des musées et des collections privées de nombreux
pays: en Argentine, bien sûr, mais également en Équateur, au Brésil, au
Paraguay, au Mexique, aux États-Unis, en France, en Angleterre, etc. C’est au tour du petit Luxembourg, à présent,
et à vous, amis lecteurs, d’aller assister à la galerie Schortgen aux
brillantes – je n’ai pas dit faciles – représentations sociétales d’El teatro della vida !
[1]
Galerie Schortgen Artworks, 24, rue Beaumont (tel.5464.8744), Luxembourg
centre. Exposition Robbert Fortgens, mardi à samedi de 10,30 à 12,30 h. et de
13,30 à 18 h. jusqu’au 24 novembre.
[2] Ces textes
livresques désormais entièrement ou en partie recouverts par de nouvelles
histoires, où les beaux-arts remplacent lettres, constituent d’authentiques
palimpsestes au sens noble du terme.
C'est-à-dire que, contrairement à ceux du Moyen-âge qui entraînaient une
destruction du texte préexistant, souvent unique, ceux-ci ne cachent qu’un
exemplaire parmi des centaines, voire des millions d’autres et, de plus,
constituent avec le nouvel apport, une oeuvre d’art originale.
[3] L’artiste dépeint donc l’être, plus que le
paraître et s’inscrit en quelque sorte dans la vision tout à la fois réaliste
et pessimiste d’Oscar Wilde dans Le
Miroir de Dorian Grey.
[4] V.
m. article sur René Iché dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek 19.9.2009 > www.zlv.lu/spip/spip.php?article1298.
mardi 6 novembre 2012
Beihdja RAHAL - Koum tara.
Lève-toi, tu verras
Les bourgeons des amandiers
Affluant de partout.
La brise les a éparpillés
Dans l’enclos
Et la rosée les a couverts.
Ils fécondent la feuille du noyer,
C’est un signe de bon augure.
Les champs ont des couleurs plaisantes
Dans le charme de la saison des promenades.
Ô toi commensal,
Viens au jardin,
Profitons un moment de la vie.
Traduction Jalel El Gharbi
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