samedi 30 janvier 2010

la princesse et la poétesse ميسون صقر



Voici un poème de Maysoune Saqr, princesse émaratie et poétesse vivant surtout au Caire.


رجل مجنون لايحبني

أسقط تائهة
أقول: سأمضي
هل سترعي هذه النبتة التي تستيقظ جوارك
هل ستمضي في الحب نحوها
زهرة الحناء أم زهرة الليمون أحب إليك
الروح التي هي منك
أم أنني أخلق في إغماضة الشفتين حين تقول: أحبك
هل قلتها،
أم أنني أسمعها في الوهم؟
أرقص علي شبر من الأرض
يكفيني هذا الشبر إن ملكت هذه الكلمة
التي تخرج من الشفتين إلي القلب
وتنام عصفورة في عشها الأصلي


Je tombe éperdue
Je me dis : je vais passer
Veilleras-tu sur cette plante qui s’éveille près de toi
Prendras-tu les voies de l’amour vers elle
Que préfères-tu la fleur du henné ou celle du citronnier
Une âme qui vient du toi
Ou bien suis-je une création de tes lèvres se fermant pour un je t’aime
L’as-tu prononcé
Ou est-ce une illusion ?
Je danse sur un empan de terre
Un empan me suffit si j’ai ce mot
Qui sort des lèvres et va au cœur
Et qui fait que l’oiseau dort dans son nid originel
(Un homme fou qui ne m’aime pas)

mercredi 27 janvier 2010

Une voix d'Iranمريم حيدري


Maryam Haidari (née en 1984) est une jeune poétesse iranienne qui écrit aussi bien en persan qu'en arabe. Elle chante la femme. Sa voix a des inflexions qui surprennent dans son contexte social. C'est une voix libre qui chante la femme.



كما طفلة

بالغت في الشكاوي الجميلات في آخر الليل
ثم للنوم قد خلدت ببكاء صغير
و في الصبح قد وجدت عبرة ما من الليلة البارحه
تراودني نزوة أن أراجع كلَّ السطور
التي شاركت وحدتي في الغياب الكئيب
و أرجعَ عشر سنين وراءً
فنجلس حتی نمارس شطرنجنا في شجار لطيفٍ
و أقبل كل الشروط بغير رضی
و في هذه الليلة بالذات أشتاق
أن أضع الرأس فوق صدرك
نغدو صغيرين أروع من حزننا
ثم نبكي كلانا قليلاً من الليل حتی أقبّلَ عينيك ثمّ أنام
كما أن بي هوساً بارزاً أن أغيب عن الوعي يومين
أو أن نتجرع كأس الممات معاً
ثمّ أن يرشفوه الذين نكنّ لهم في قرارات أنفسنا الحبَّ
كلُّ الذين يحبّوننا
فنصير علی هيأة الروح
مبتسمينَ، ذوي نعمة و خفيفين
أحبّ التقمّص في من تحبُّ
لآتيك بعد السنين التي انصرفت
ذاتَ يوم
أناديك باللقب العاطفيّ الجميل
أقول لك: «اليومَ أشعر أنّي أحبّك
أشعر أنّ يديّ تروم ملاطفة من يديك
و إنّ بوسعي حبَّك حتی نهاية هذا الأصيل.»
و ثمّ أغيب عن الوعي قبل المساء
و فضلاً عن الوهم
في هذه الليلة بالذات أشتاق أن أتخلّص من أي حلم
و أحنو برأسي علی صدرك الطلقِ
ثمّ أنام
مريم حيدري




Comme une enfant
Comme une enfant ayant abusé de douces plaintes vers la fin de la nuit
Puis, pleurant un peu, et se réfugiant dans le sommeil
Trouve au réveil une larme de la veille
Me revient comme un caprice le désir de revoir toutes les lignes
Qui ont partagé ma solitude dans la triste absence
Et je reviens dix ans en arrière
Et nous voilà assis pour une partie d’échecs avec de gentilles querelles
Et de mauvaise grâce j’accepte toutes les conditions
Cette nuit précisément j’ai envie
De poser ma tête sur ta poitrine
Nous devenons enfants plus splendides que notre tristesse
Chacun de nous pleure un bout de la nuit jusqu’à ce que je t’embrasse sur les mots et que je m’endorme
Comme si l’idée de perdre connaissance deux jours entiers était une obsession saillante
Ou celle de mourir ensemble
Et qu’ensuite ceux que nous aimons boivent à la même coupe
Tous ceux qui nous aiment
Et nous aurons ainsi la forme de l’âme
Souriants, épanouis et légers
J’aime m’incarner en ceux que tu aimes
Pour revenir vers toi après ces années parties
Un beau jour.
Je t’appelle par ton beau surnom affectueux
« Aujourd’hui, je sens que je t’aime » te dis-je
Je sens que mes mains aspirent à une caresse de toi
Et je peux t’aimer jusqu’à la fin de l’après-midi
Et je perdrai connaissance avant le soir
Plus que de cette chimère
J’ai besoin cette nuit précisément de m’affranchir de tout rêve
De pencher la tête sur l’étendue de ta poitrine
Et de m’endormir.


(Traduction Jalel El Gharbi)

lundi 25 janvier 2010

Pour Haïti


Je reçois à l'instant ce texte, un véritable cri du poète Ernest Pépin (Guadeloupe)

POUR HAÏTI
Les voiles de la mort sont venues à nos portes. Les vagues de la terre ont poudré les visages. Le ciel est trop petit pour accueillir les morts et les rues hurlent comme des fantômes blessés sous le masque des vivants.
Haïti !
Haïti !
Au visage de cendre, au ciel couvert de sang, prie d’une voix somnambule la poussière des dieux.
Il y a une nièce, une sœur, un père dont l’absence nous hèle. Ils habitent l’invisible dans un décor de mouches.
Il y a ceux qui dorment debout ou à même les trottoirs. Leurs yeux calcinés refusent de se fermer.
Il y a ceux qui portent sur leur tête le désespoir dans une valise maigre.
Il y a celle qui meurt enceinte sous les pierres du malheur et que l’on tire en vain pour que le soleil pleure.
Haïti !
Haïti s’agenouille auprès des immeubles explosés, des corps tuméfiés et toute la ville marche d’un pas de fossoyeur.
Désastre qu’on emporte dans des draps de fortune.
Désastre d’entrailles quand la vie s’évapore dans un regard d’eau morte.
La mule du malheur court toujours comme une femme folle.
Haïti !
Nous sommes avec vous, hommes de boues sèches et femmes que le silence déchire.
Nous sommes avec vous, enfants de malemort, quand le pays s’en va, de secousses en secousses, dévorer les enfances.
Nous sommes avec vous et nous disons pour vous une parole solidaire.
Parole déshabillée où seule règne une larme.
Vous êtes toutes nos guerres et c’est notre sang qu’un cimetière allume comme un cierge.
Vous êtes l’ombre couchée de nos oublis d’antan. L’éclat dur de nos silences d’antan.
Des siècles ont crié meurtris de tant de cris et les arbres se sont nourris du silence des oiseaux.
Mais la terre demeure !
Mais la vie demeure !
Mais demeurent le sang et la foi des vivants !
Haïti n’est pas mort sous ses paupières de nuit.
Haïti ne mourra pas, trop de poètes l’ont créé !
Nous donnons leur nom au lendemain, au petit jour des mots, à la griffe de l’espoir, au petit peuple faiseur de miracles.
Haïti ! Soleil des carrefours et qui va son chemin de lumière convulsée, d’imprévisible survie parmi les cimetières et la graphie des vents.
Mais la terre demeure !
Mais la vie demeure !
Mais demeurent le sang et la foi des vivants !
Haïti ne mourra pas !
Nous lui tendons les mains pleines d’ancêtres-frères et nous pleurons parce qu’il nous faut pleurer, mais nous écrivons sur tous les murs tombés, au nom de cette enfant ressuscitée au bout de son cauchemar :
HAÏTI NE MOURRA PAS !
HAÏTI NE DOIT PAS MOURIR !
Ernest Pépin
Faugas
Le 16 janvier 2010

dimanche 24 janvier 2010

Philippe Jones


Philippe Roberts-Jones, né à Bruxelles en 1924, est nouvelliste, historien de l’art, professeur à l’Université Libre de Belgique, conservateur des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, académicien mais il est avant tout poète.
Dans ce poème, il évoque le souvenir de son père Robert Roberts-Jones (1893-1943), avocat et résistant fusillé par les Nazis le 20 octobre 1943 :

Droit
C’était le temps des grandes pluies,
pavés gras et fusils brillaient
et les paroles vénéneuses,
portes et serrures grinçaient.

Sur tout un continent les feuilles
tombaient avec indifférence.
Contre la grille il était grand,
pâle, cheveux gris de silence.

Les yeux sans brume il souriait
les yeux au-delà du voyage,
c’était la veille de sa mort
il souriait les yeux sans âge.

C’était le temps des grandes hontes,
où les prisons étaient le port
d’hommes dressés, d’hommes vivants,

Il marchait droit, il marche encore

(Seul un arbre – 1952)

mercredi 20 janvier 2010

Colloque sur le goût à Tunis et Lamta

Collage Karen Foster
Voici l'appel à communications :

Association de sauvegarde de la Médina de Lamta
BP 12-5099 Lamta
Tél : 98599672
www.asmlamta.org.tn


Appel à communications
Colloque international : LE GOUT
Tunis 13,14 Mai 2010


Il a de nombreuses traductions : sucré, salé, amer, acide..
Il permet de discerner le rare et le délicat, sépare les saveurs des substances…
Il a une histoire : sentir, se nourrir, construire, se vêtir, chanter, jouer, vivre … serait-il l’Histoire ?
Il a une géographie : elle ouvre l’espace, trace le territoire, ravive les images gourmandes de la planète…
« La langue dans les yeux » ou «, les yeux sur la bouche », rien ne transmet la métamorphose avec autant de plaisir que les prémices du velouté au cœur des frivoles. Le goût est-il encore la chose du monde la mieux partagée ?
Les mangeurs de blé , les mangeurs de riz , les mangeurs de signes cherchent l’imaginaire de nouvelles formes , la beauté du léger, le goût d’une belle baguette ou galette, celui ,indicible, d’un miel authentique, d’un poisson sauvage,…le goût du beau et du chaud, de l’amer et du doux…le goût d’un refrain éternel , d’une image audible, d’une couleur nomade, d’un geste entier, l’envie d’une voix lumineuse et bien d’autres mets à la fois…
Le goût semble s’inscrire dans l’ambivalence ; il hésite entre individuel et collectif, entre sensoriel et esthétique, entre choix délibéré et conditionnement. La question du goût recouvre celle du sujet.
Quelle est la principale raison qui nous pousse à donner langue au goût, à retrouver le désir des petits riens du Tout, à poser la question de l’individu, à relire les recettes du monde ?
C’est la fête, la convivialité, l’équilibre des palettes dans un monde où tout semble amer…Aux dépositaires de toutes les traditions et de toutes les modernités qui sentent la vie, nous proposons aux lecteurs de la table des tables de rejoindre les équipes de recherches les 13,14,15 et 16 Mai 2010 ,à Tunis et à Lamta pour interroger les litanies d’un futur à l’avenir incertain, le toucher d’on-ne-sait-quoi…Tout se perd peut –être sauf la bonne humeur et la bonne odeur.. Vous êtes invités au dialogue des cultures, des ardeurs et des saveurs...
Nous vous proposons d’étudier le goût dans son interaction avec l’individu, l’art, la culture. Comment au XXIème siècle aborder la question du goût ? Pourquoi ? Comment prémunir le goût de la tendance universelle à l’uniformisation ? Comment passer des différences de goût au goût de la différence ?

Les communicants désireux de participer à cette rencontre internationale sont priés d’envoyer leurs propositions ( titre et résumé en français ou en arabe) avant le 30 mars 2010, par courrier électronique à l’adresse suivante : habib.salha[@]yahoo.fr

mardi 19 janvier 2010

Libro del frio. Antonio Gamoneda. Le livre du froid


Libro del frio Antonio Gamoneda. Livre du froid
Pour Evelyne.
Dès les premiers vers du recueil, le poète se montre sur la cime comme le faisait les romantiques depuis Goethe jusqu’à Benjamin Constant en passant par Lamartine. La cime subjugue et son vertige vient de ce qu’elle convertit l’altitude en profondeur. Notons qu’en l’occurrence profondeur se dit abîme. Il y a dans l’univers de Gamoneda une réversibilité générale qui préside à tout et dont résulte une affligeante proximité entre la chose et sa négation. Dès lors tout devient avant-goût de la négation des négations, i.e de la mort. Avant-goût dis-je, c’est-à-dire une prescience, une incursion dans l’inconnu, dans ce « lieu sans nom », ce lieu où l’on va pour être dépossédé de tout : « ce lieu n’est pas le mien, mais je suis arrivé ». Et il y a si peu d’amertume dans cet avant-goût. A la réflexion, l’univers de Gamoneda se rattache surtout à l’arrière-goût des choses. Ce sont les images éteintes d’une enfance perdue et qui pourtant perdure ; ce sont des amours qui n’ont pas expiré. Le poète se délecte de ce passé, de ses réminiscences et de sa rémanence. Le monde est à appréhender sous le mode du détachement qui n’est pas renoncement « mange le miel sans espoir ». Sans espoir parce que « No vale nada la vida / La vida no vale nada » comme le chante le mexicain José Alfredo Jiménez cité dans le recueil. Le détachement se lit dans ces vers : « Je n’ai ni peur ni espoir. D’un hôtel hors du destin, je vois une plage noire et, au loin, les grandes paupières d’une cité dont la douleur ne me concerne pas.
Je viens du méthylène et de l’amour ; j’ai eu froid sous les tuyaux de la mort.
Maintenant, je contemple la mer. Je n’ai ni peur ni espoir. »
Ici, tout est allégorie du passage. Un passage empreint par l’ignorance tant est infime la part du savoir pas seulement parce que le poète écrit « Il est une herbe dont on ignore le nom, telle est ma vie » mais surtout parce qu’il arrive souvent que la mort prenne les traits de l’amour. Il arrive souvent que le froid, que l’ombre soient pris pour ce qu’ils ne sont pas : « Est venue ta langue ; elle est dans ma bouche / comme un fruit dans la mélancolie. // Aie pitié dans ma bouche, butine, lèche,/ mon amour, l’ombre. »
Antonio Gamoneda. Livre du froid Libro del frio. Traduction M. Joulia & J.Y Bériou. Précédé de « La Place Jaune » par Pierre Peuchmaurd. Editions Antoine Soriano. Barcelone 2005.

dimanche 17 janvier 2010

Le livre du soufi. Liliane Wouters



Liliane Wouters vient de publier un recueil remarquable intitulé Le Livre du soufi, éditions Le Taillis Pré. Décembre 2009. A lire.

Ici, le soufisme est à entendre comme l’épreuve de la distance, cette expérience par quoi on éprouve le vertigineux écart entre la conscience et l’être dans l’effeuillement qui rapproche du néant.
Le recueil aime à répéter cette phrase « Mais elle est en Irak et moi au Khorasan ». Tout porte à croire qu’on n’écrit, qu’on n’aime que pour abolir la distance sans quoi nous n’écririons pas, sans quoi nous n’aimerions pas.
La distance est un autre nom de la fixité, de l’implacable irréductibilité du réel à quoi on ne peut opposer que la propension aérienne de l’esprit. Résumons : tout corps est pesanteur ; tout esprit est ailé. Et tout se passe comme si l’humanité de l’homme l’empêchait d’être plus humain (ou même d’être). C’est sans doute pourquoi la poésie mise tout sur l’amour. Et l’amour est d’abord un regard, la fulgurance d’un éclair :
« Il suffit d’un regard, dit-il,
Comme autrefois sur l’Arno
Quand Béatrice croisa Dante Alighieri. »
L’amour est tout autant cheminement du corps et de l’esprit. Il est surtout ce qui donne un corps à l’esprit (allégorie) et ce qui donne un esprit au corps (image). La spiritualité engage le corps et l’esprit : le premier dans sa finitude et le second dans cet infini qui est aussi synonyme d’extinction. Et le soufisme est avant tout une poétique. Nous le savons depuis les premiers maîtres.
Dans cette relecture de la spiritualité, les grands noms du soufisme musulman (Roumi, Al Halladj, Ibn Arabi) s’allient aux grandes figures bibliques (Job, Jésus). L’errance du soufi ou de l’amoureux ou mieux encore du soufi amoureux le porte de contrée en contrée, de texte en texte dans une quête qui fait du multiple un biais pour trouver l’un. Aucune illusion n’est permise en l’occurrence : on sait que la quête est vouée à l’échec. Le poème est dès lors le moyen d’accoster la fin :
« Même si tout s’arrêtait là,
Au dernier souffle, à la fosse, à la cendre,
Même s’il me fallait descendre
Ces escaliers qui ne conduisent nulle part,
Cela valait la peine d’être né,
D’avoir connu des joies et des douleurs intenses,
D’avoir aimé, d’avoir lutté, d’avoir pleuré. »
Pourquoi toute évocation de la sphère soufie prend-elle les allures d’une incursion dans les sites du silence alors que le propre du soufisme –je pense surtout à Roumi- est de s’apparenter à la vie, aux images du monde et au monde des images.

vendredi 15 janvier 2010

Anabase de Perse relu par Laurent FelsGiulio-Enrico Pisani


Énièmes quêtes de Laurent Fels dans
Anabase de Saint-John Perse
Le dernier-né de Laurent Fels, ce jeune père d’une famille déjà nombreuse de recueils de poèmes, ainsi que de conférences, d’études et essais poétologiques,(1) s’appelle «Quête ésotérique et création poétique dans Anabase de Saint-John Perse» (2). Il est vrai qu’on a déjà fait plus court comme titre; mais au moins a-t-il le mérite d’être parlant et ne présume d’ailleurs nullement des dimensions de l’ouvrage. Celui-ci est en fait très compact et offre en 145 petites pages – une analyse incroyablement dense et détaillée de ce grand poème qu’est Anabase, mais aussi de la personnalité de son auteur, Saint-John Perse, voire du poète et de la création poétique en général.
L’éditeur nous donne un bon synopsis du travail felsien, aperçu que je citerai à peine abrégé(3): «Cet ouvrage essaie de retracer les différentes étapes du poème Anabase (1924), per se une profonde réflexion sur la création poétique de Saint-John Perse. Autour de l’exploration (...) d'un continent que l'on ne saurait localiser avec précision (...), d'un inconscient où germent les vers d'une épopée née de l'ambiguïté, se dégage un véritable rituel poétique que vient enrichir le goût pour (...) la psychanalyse. Le poème, qui tire son originalité de ses richesses ésotériques, philosophiques, psychanalytiques et scientifiques, devient un (...) lieu de rencontre d'inspirations et de savoirs divers. Cette étude (...) se donne un double objectif: analyser le parcours ésotérique du poète, c'est-à-dire partir de l'«anabase extérieure» (chevauchée à travers un continent, puis destruction des terres par la violence et finalement création d'une nouvelle Ville) pour aboutir à cette «anabase intérieure» qui mène au Moi profond du poète: le «point sensible» du front «où le poème s'établit». Quelle importance faut-il accorder à la dimension psychanalytique lorsque nous lisons Saint-John Perse? Le poème (...) miroir de l'inconscient? Voilà quelques-unes des interrogations qui ont guidé l'auteur (...) dans sa lecture (...) de cette oeuvre extrêmement riche.»
Et ces interrogations ont, me semble-t-il, trouvé des réponses, sinon incontestables et définitives, en tout cas parfaitement à même de jeter un éclairage à la fois large, précis et pertinent sur «Anabase», cette oeuvre majeure de Saint-John Perse.(4) Dans son introduction, Laurent Fels commence par demander: «Une poésie impénétrable?» En attendant que vous puissiez lire sa réponse, je vous (r)assure que non. Mais elle est hermétique, ça oui. Mais tout code peut être déchiffré. Et le mérite majeur de notre brillant essayiste consiste justement à nous présenter une épopée surréaliste aussi complexe qu’Anabase de manière assez claire pour nous la rendre accessible. C’est magistral dans tous les sens du mot.
Pas à pas, sans nous soumettre à une avalanche de mots savants ou de concepts abstraits, Fels nous introduit dans le monde de Saint-John Perse. Première étape: comprendre sa cosmogonie (science de la formation du cosmos, du monde, ici, du monde persien). Et Fels de nous présenter ce qui me rappelle le principe nietzschéen de la destruction préalable à toute (re)fondation, cher à Gide, mais en bien plus violent.(5) Ensuite il nous mène de la nuit cosmique (chaos?) à la fondation de la Ville dans ce désert que Perse a intériorisé (ésotérisme) à partir des (exotérisme) vastités de Chine. Fels nous introduit dès lors à ces 4 éléments – très concrets à priori – sur lesquels le poète bâtit sa Ville, métaphore de la création poétique. Il s’agit...
1° du feu ou de la catharsis (purification) préliminaire,
2° de la terre ou du soubassement de la Ville-poème,
3° de l’eau ou du retour à la mer. Fels y établit: «le poème est un produit de l’âme qui a d’abord été projeté sur la mer, puis retiré de l’eau» et cite Perse: «Mon âme est pleine de mensonge,(6) comme la mer agile et forte sous la vocation de l’éloquence (...) Et le doute s’élève sur la réalité des choses.»
4° de l’air ou de l’invitation au voyage.
Il précise enfin que: «chacun des quatre éléments appartient aussi bien au domaine du concret qu’à celui de l’abstrait (...) joue ainsi le rôle d’embrayeur entre le monde matériel et l’univers mental et renforce (...) l’analogie entre la fondation de la ville et l’oeuvre poétique».
Ainsi nous approchons petit à petit la fin de cette première partie consacrée à la cosmogonie persienne. Fels la peaufine en présentant l’«Anabase» comme apologie du mouvement et le cheval – de Mongolie, poulain puis adulte – comme symbole essentiel dans cette chevauchée poétique. Il la conclut au chapitre 5, où il écrit que c’est au tour de la terre d’être livrée aux explications et d’accepter le symbole comme métaphore du réel, afin de comprendre la genèse d’Anabase. «Composée entre 1916 et 1921, l’oeuvre se situe entre deux courants littéraires, le symbolisme et le surréalisme». Or, tout le monde ayant quelque idée de ce qu’est le surréalisme et celui-ci faisant d’ailleurs plus qu’à son tour appel à la symbolique, c’est à l’analyse détaillée du terme symbole, que Fels consacrera avec une remarquable limpidité ce dernier chapitre de la 1ère partie de l’ouvrage.
Mais c’est surtout dans la deuxième partie, plus profonde et, somme toute, plus prenante, l’«Anabase ésotérique», que Laurent Fels donne toute la mesure de sa science poétologique, philosophique et littéraire, ainsi que de sa compétence didactique. Rarement des idées aussi complexes ont été décomposées et exposées de manière aussi explicite. Le lecteur lambda comprend, puis croit comprendre, fait fausse route, proteste, se trompe, intrigué, revient sur ses pas, comprend mieux, réfléchit, discute, note en marge, développe ses propres vues... C’est passionnant.
Exemple: j’ai pensé un moment que par goût pour l’ésotérisme, Fels y ramenait plus de Saint-John Perse qu’il n’y convenait. Et j’étais bien décidé à le proclamer. Mm... prudence... Lis donc jusqu’au bout avant de juger, me suis-je dit. Aussi fis-je l’effort de poursuivre ma lecture et bien m’en prit. Tout devint clair grâce à un éclairage par les antagonismes (mais aussi couples/harmonies) comme matière–esprit, exotérique–ésotérique, extérieur–intérieur, conscient–subconscient, état–mouvement, ouvert–occulte, narrateur–étranger(7), ordre–chaos, clair-obscur.... C’est que dans cette dernière partie, entre
le premier chapitre (et 1ère opposition): «Du monde extérieur au repli sur soi»,
le second chapitre (opposition/symbiose): «La figure de l’Étranger ou l’alter ego du narrateur» et
le troisième chapitre, tout entier consacré à «L’éclat des contraires» (bruit–silence, plein–vide, féminin–masculin, repos–mouvement, vie–mort), le chemin est rocailleux et à rien ne sert de trop hâtivement conclure.
Mais c’est Laurent Fels lui-même qui vous expliquera tout cela en détail dans son livre, et je ne serais guère étonné que bon nombre d’entre vous, amis lecteurs, ne se laissent amener par lui à aimer, sinon Anabase ou Saint-John Perse, en tout cas la poésie au sens large du mot.
En effet – et c’est le clou de l’ouvrage – le 4e chapitre de la 2e partie (et dernier du livre), «Le poème comme création subliminale», va bien au-delà d’une analyse d’Anabase ou même de la poésie persienne, mais explique (et m’a permis pour la première fois de vraiment comprendre) ce qu’est et comment fonctionne la poésie. Chapitre d’une richesse extrême, il mériterait de se voir consacrer une présentation à lui tout seul. Aussi ne puis-je pas l’approfondir ici, mais soutiens que, même ceux n’aimeraient ni Saint-John Perse, ni Anabase, ni la poésie en général, devraient lire et relire ce petit chef-d’œuvre: cerise sur un gâteau à savourer sans modération.

1) autres articles sur L. Fels dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek: 25.4.06 «Comme un sourire», 19.6.07 Intermittences, 13.12.07 Sous l’égide du bleu - essai sur l’oeuvre d’Élisa Huttin, 21.12.07 La dernière tombe restera ouverte», 2.4.09 Regards sur la poésie du XXe siècle -Tome I et 7.11.09 Arcendrile suivi de Nielles (ces deux derniers peuvent être lus sur http://www.zlv.lu/ > Archiv > Laurent Fels
2) Éditions scientifiques internationales P.I.E. PETER LANG S.A., Bruxelles, http://www.peterlang.com/ info@peterlang.com
3) Introduction complète sub www.peterlang.com/PDF/Buecher/Intro/21578_Intro.pdf
4) Saint-John Perse, pseudonyme d’Alexis Léger, né en 1887 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), rentré en métropole en 1904, étudie droit à Bordeaux, mais aussi médecine et Lettres. En 1909, il publie Images à Crusoé, variation poétique sur le mythe de l’exilé et en 1911 le recueil de poèmes Éloges. Diplomate dès 1914, il est affecté de 1916 à 1921 en Chine, matrice intellectuelle d’Anabase, publiée en 1924 sous le pseudonyme de Saint-John Perse dont il use désormais. Bras droit d’Aristide Briand de 1925 à 1932, puis secrétaire général des Affaires étrangères, il s’exile en 1940 aux Etats-Unis. Déchu de la nationalité française par Vichy, il la retrouve à la Libération, reçoit en 1960 le Prix Nobel de Littérature et meurt en 1975. (bio détaillée sub http://www.fr.wikipedia.org/wiki/Saint-John_Perse)
5) dans sa note 12, p.40, Fels cite Perse critiquant Nietzsche: «… sa haine du métaphysique n’engendre même pas une fuite en avant: une simple fuite arrière qui, loin de l’affranchir, lui jouera (...) ce mauvais tour, de le ramener (...) à cette autre servitude, d’une aussi piètre hantise: celle du perpétuel retour.
6) Déjà au chapitre du « feu » Fels explique que «Le mensonge n’a ici rien de négatif. Bien au contraire, il constitue l’essence même de l’art et (...) de l’oeuvre poétique. Son absence entraînerait presque la non-existence de l’oeuvre poétique...». Reste que Saint-John Perse semble avoir été sa vie durant un grand affabulateur prenant un malin plaisir à fourvoyer/mystifier son entourage et ses lecteurs autant qu’à se mentir à lui-même (ou à se chercher, ce qui est souvent pareil).
7) le binôme narrateur/étranger reflète l’auteur comme partie prenante du poème

Giulio-Enrico Pisani
Luxembourg, janvier 2009

mercredi 13 janvier 2010

ابن زريق البغدادي Un poète andalou



لا تعذلـيـه فــإن الـعـذل يولـعـه
قـد قلـت حقـاً ولكـن ليـس يسمعـه
جاوزت فـي لومـه حـداً أضـر بـه
مـن حيـث قـدرت أن اللـوم ينفعـه
فاستعملـي الرفـق فـي تأنيبـه بـدلا
ًمن عذله فهو مضنـى القلـب موجعـه
قد كـان مضطلعـاً بالخطـب يحملـه
فضيقـت بخطـوب الدهـر أضلـعـه
يكفيـه مـن لوعـة التشتيـت أن لـه
مـن النـوى كـل يـوم مـا يروّعـه
مـا آب مـن سـفـر إلا وأزعـجـه
رأي إلـى سـفـر بالـعـزم يُزمـعـه
كأنمـا هـو فـي حــل ومرتـحـل
مـوكـل بـفـضـاء الله يـذرعــه
إنِ الزمـان أراه فـي الرحيـل غنـى
ولو إلى السـد أضحـى وهـو يزمعـه
ومـا مجـاهـدة الإنـسـان توصـلـه
رزقـاً ولا دعـة الإنـسـان تقطـعـه
قـد وزع الله بيـن الخـلـق رزقـهـمُ
لـم يخلـقِ الله مـن خلـق يضيـعـه
لكنهـم كلفـوا حرصـاً فلسـت تـرى
مسترزقـاً وسـوى الغايـات تُقنـعـه
والحرص في الرزق_والأرزاق قد قسمت
بغـي ألا إن بغـي المـرء يصـرعـه
والدهر يعطي الفتى مـن حيـث يمنعه
ارثـاً ويمنعـه مـن حيـث يطمـعـه
أستـودع الله فـي بغـداد لـي قـمـرا
ًبالكـرخ مـن فلـك الأزرار مطلـعـه
ودعـتـه وبــودي لــو يودعـنـي
صفـو الحـيـاة وأنــي لا أودعــه
وكم تشبث بـي يـوم الرحيـل ضحـىً
وأدمـعـي مسـتـهـلاتٌ وأدمـعــه
وكـم تشفـع لــي كـيـلا أفـارقـه
وللـضـرورات حــال لا تُشـفـعـه
لا أكذب الله, ثـوب الصبـر منخـرق
عـنـي بفرقـتـه لـكـن أرقّـعُــه
إنـي أوسـع عـذري فــي جنايـتـه
بالبيـن عنـه وجـرمـي لا يوسـعـه
رزقـت ملكـاً فلـم أحسـن سياسـتـه
وكـل مـن لا يسـوس المُلـكَ يُخلعـه
ومن غـدا لابسـاً ثـوب النعيـم بـلا
شـكـر علـيـه فــإن الله ينـزعـه
اعتضت من وجـه خلّـي بعـد فرقتـه
كأسـاً أجـرّع منهـا مــا أجـرعـه
كم قائل لـيَ ذقـت البيـن قلـت لـه
الذنـب والله ذنبـي لـسـت أدفـعـه
ألا أقمـت فكـان الـرشـد أجمـعـه
لـو أننـي يـوم بـان الرشـد اتبعـه
إنــي لأقـطـع أيـامـي وأنفـدهـا
بحسـرة منـه فـي قلـبـي تقطـعـه
بمـن إذا هجـع النـوام بــتُّ لــه
بلوعـة منـه ليلـي لسـت أهجـعـه
لا يطمئـن لجنبـي مضـجـع وكــذا
لا يطمئـن لـه مـذ بنـتُ مضجـعـه
ما كنـت أحسـب أن الدهـر يفجعني
بـه ولا أن بــي الأيــام تفجـعـه
فـي ذمـة الله مـن أصبحـت منزلـه
وجـاد غيـث علـى مغنـاك يُمرعـه
مـن عنـده لـي عـهـد لا يضيـعـه
كمـا لـه عهـد صـدق لا أضيـعه
ومـن يـصـدع قلـبـي ذكــره وإذا
جـرى علـى قلبـه ذكـري يصدعـه
لأصـبـرن لـدهــر لا يمتـعـني
بـه ولا بـي فــي حــال يمتـعـه
علماً بـأن اصطبـاري معقـبٌ فرجا
ـفأضيـق الأمـر إن فكـرتَ أوسـعـه
عسى الليالـي التـي أضنـت بفرقتنـاجسمي
يستجمعنـي يومـاً وتجمـعـه
وإن تـغُـل أحــداً مـنـا منـيـتـه
فمـا الـذي بقـضـاء الله يصنـعـه
Abou Al Hassen Ibn Zoureiq Al Kateb Al Baghdadi vivait pauvrement à Baghdad, il décide d’émigrer en Andalousie, contre l’avis de sa fiancée. En 1029 (420 de l’Hégire), il meurt dans le plus grand dénuement. On retrouve sur lui ce poème dit « poème orphelin ». On sait très peu de choses de ce poète ; on ne lui connaît que ce poème.
Au début du poème, il s’adresse à lui-même. (Selon une autre lecture, le poète s’adresserait à sa femme.).
Voici une traduction de ce poème que j’aurai certainement à reprendre, notamment à cause des multiples variations qu'on peut relever d'une version à une autre du texte. En somme, un premier jet
:

lundi 11 janvier 2010

Les Arabes et la mer

Astorlabe arabe
Les Arabes et la mer
Les Arabes n’étaient pas un peuple tourné vers la mer. Pour eux, la mer valait surtout comme comparant métaphorique. La poésie pré-islamique abonde en exemples de cette perception métaphorique associant désert/mer; dunes/vagues. L’exemple le plus connu de cette métaphore filée dans laquelle vivaient les Arabes serait l’assimilation du chameau à une barque. L’on comprend que dans ces étendues désertiques, la mer prend vite le sens d’étendue d’eau. Les Arabes ont vite distingué deux types de mer : la mer douce et la mer salée. Cette distinction explique le sens de l’expression coranique « les deux mers ». Contrairement à ce qu’a pu écrire Predrag Matvejevich, le Coran ne parle pas de deux grandes mers mais de ces deux types. La mer: une étendue d’eau. C’est ainsi que le Nil dont on a toujours su que c’était qu’un fleuve est appelé Mer du Nil, jusqu’à aujourd’hui. Certains lacs sont appelés Mers. Et il est vrai que certaines mers ressemblent à des lacs. Peut-être que le lien entre les deux types de mers est leur caractère poissonneux. Mer signifierait donc, étendue poissonneuse. Chez les Arabes, la mer par excellence c’est la mer rouge. Sur la trentaine de fois où revient l’occurrence mer dans le Coran aucune ne réfère à la Méditerranée, dite mer blanche. Pourquoi cette couleur? D’où vient-elle? Héritiers de la cartographie grecque, traducteurs du Grand Traité, aujourd’hui plus connu sous son le nom d’Almageste (forme arabisée de Megistos [biblos], le Grand [Livre] de Ptolémée), ouvrage dont la Bibliothèque Nationale de Tunis détient un somptueux exemplaire. Les Arabes ont adopté la représentation alexandrine du monde. Les cartes comportaient différentes couleurs représentant chacune un point cardinal. L’Est est rouge; le Nord est noir, l’Ouest est blanc. De toutes ces mers, c’est la mer Rouge qui est la plus importante pour un musulman. Pas seulement pour des raisons relatives à la foi: c’est elle que Moise traverse, c’est la mer la plus citée dans le Coran mais également pour des raisons géographiques : c’est la mer Rouge qui fait de l’Arabie, une péninsule (al Jazeera, l’île), c’est elle qui fait l’insularité de l’Arabie, qu’elle délimite et protège. La mer Rouge a donc une importance identitaire pour ce sanctuaire qu’est Al Jazeera renfermant la Mecque et Médine, les villes saintes avec Jérusalem (Al Qods: mot formé sur la racine QDS: sacré). Cette prédilection musulmane pour les îles gagnerait à être étudiée: l’Islam ne traversera la Méditerranée que pour aller dans les îles : l’Andalousie (une autre péninsule, Jazeera, île), Malte, Sicile, Sardaigne…Sur le plan littéraire, cette prédilection pour l’insularité se trouve chez Ibn Touffayal et elle atteint son expression la plus colorée dans les Mille et Une Nuits.L’insularité de l’imaginaire musulman s’explique par l’importance qu’ont les oasis, îles métaphoriques, dans la vie en Arabie. Cette primauté de l’oasis, de l’île trouve un autre écho: dans l’architecture urbaine musulmane, la mosquée est l’oasis de l’oasis. Elle en reproduit, par ses arcs et ses arceaux, les arbres, par la place qu’y occupe l’eau elle fait penser à l’oasis, au paradis. On pourrait avancer, sans grand risque d’erreur que l’île a quelque côté paradisiaque.La mer Rouge est également un lien avec la Palestine, c’est-à-dire un lien historique et religieux avec le christianisme et le judaïsme. Un des motifs majeurs de l’islam est de s’inscrire dans la continuité de ces deux religions. La mer Rouge est le pont assurant cette continuité. La Méditerranée, la mer blanche, celle de l’Ouest, est aussi dite la mer des Roums (byzantins). C’est la mer de l’autre. Espace chrétien, espace de passage du christianisme (du sud vers le nord) bien que l’Afrique du Nord rejoint très vite l’islam et le monde arabe. Car contrairement à ce que l’on pense, être arabe n’est pas une appartenance ethnique mais linguistique. Un hadith du prophète soutient que «quiconque parle arabe est Arabe».Tout se passe comme si le Maghreb n'était intégré dans l’imaginaire musulman que par son insularité. Il est délimité par la Méditerranée au Nord, l’Océan à l’Ouest et une mer métaphorique au sud : le Sahara.

mardi 5 janvier 2010

علاء الأسواني و الحائط الفولاذيAlla Al Aswani et le mur d'acier


جملة إعتراضية
جريدة الشروق 29 ديسمبر 2009

هل تدفع غزة ثمن التوريث؟!

بعد أن نشرت الخبر جريدة «هاآرتس» الإسرائيلية وأكدته الإدارة الأمريكية، اعترفت الحكومة المصرية ــ أخيرا ــ بأنها تبنى جدارا فولاذيا تحت الأرض على طول الحدود مع غزة من أجل إغلاق الأنفاق التي يستعملها الفلسطينيون لتهريب الطعام والأدوية.. في ظل حصار خانق قامت به إسرائيل منذ أكثر من عامين واشتركت فيه مصر بإغلاق معبر رفح أمام الفلسطينيين.. ولنا هنا بعض الملاحظات: :

أولا: الهدف من حصار غزة ــ كما أعلنت إسرائيل ــ هو القضاء على المقاومة الفلسطينية وتجويع أهل غزة حتى يركعوا أمام إسرائيل ويقبلوا بشروطها للتسوية النهائية التي سوف تضيع حقوق الفلسطينيين إلى الأبد.. لكن الصمود الأسطوري للفلسطينيين دفع إسرائيل إلى ارتكاب مذبحة وحشية، استعملت فيها الأسلحة المحرمة دوليا وراح ضحيتها أكثر من ألف وأربعمائة إنسان نصفهم على الأقل من النساء والأطفال.. وبرغم المذبحة والحصار لم يستسلم الفلسطينيون وظلوا يقاومون بشجاعة مما دفع إسرائيل إلى التفكير في طريقة لخنقهم نهائيا.. والثابت أن الجدار الفولاذي تحت الأرض فكرة إسرائيلية أساسا ترددت الحكومة المصرية في تنفيذها ثم وافقت مؤخرا وشرعت في إقامة الجدار الذي تم تصنيعه بتمويل وإشراف الأمريكيين.. والغرض من هذا الجدار هو قتل الفلسطينيين بمعنى الكلمة، لأنه يقضى على آخر فرصة لهم في الحصول على الطعام.

ثانيا: إن إغلاق الحكومة المصرية لمعبر رفح ومنع قوافل الإغاثة العربية والدولية من دخول غزة ثم إقامة الجدار الفولاذي لتجويع الفلسطينيين.. كل هذه جرائم مشينة من المحزن حقا أن يرتكبها النظام المصري ضد إخوتنا في العروبة والإنسانية. إن التضامن العربي والواجب المصري نحو المسلمين والمسيحيين في فلسطين، كل هذه اعتبارات لم تعد تعنى شيئا للمسئولين المصريين وهم يسخرون منها على الملأ. لكن النظام المصري ، في خضم حماسه لإرضاء إسرائيل، لم يلتفت إلى أنه يشوه صورته أمام العالم أجمع.. إن مذبحة غزة الأخيرة قضت على ما تبقى من سمعة إسرائيل أمام العالم. لقد تزايدت أصوات الإدانة لإسرائيل فى الدول الغربية بطريقة غير مسبوقة. في شهر أكتوبر الماضي ذهب رئيس وزراء الإسرائيلي السابق إيهود أولمرت لإلقاء كلمة في جامعة شيكاجو، فوجد نفسه محاصرا بهتافات عدائية من الطلبة الذين أخذوا يصيحون في وجهه «يا سفاح غزة.. يا قاتل الأطفال»، ولقد صدرت عدة أوامر قضائية غربية بملاحقة قادة إسرائيل بتهمة ارتكاب جرائم حرب فى غزة ولبنان. حدث ذلك فى بلجيكا والنرويج وأسبانيا وأخيرا فى بريطانيا حيث كادت الشرطة البريطانية أن تقبض على تسيبى ليفنى وزيرة الخارجية الإسرائيلية السابقة لولا هروبها في اللحظة الأخيرة. صحيح أن معظم هذه الملاحقات القانونية تم إلغاؤها بفعل الضغوط الصهيونية الجبارة على الحكومات الغربية.. لكنها تدل بوضوح على حالة عالمية من إدانة إسرائيل لم تكن موجودة قط من قبل.. إن النظام المصرى ببنائه لهذا الجدار لا يغامر فقط بشعبيته المصرية والعربية (التي هي في الحضيض) لكنه يلطخ سمعته الدولية تماما.

ثالثا: كل الحجج التي يسوقها النظام لتبرير بناء الجدار لا يمكن أن تقنع طفلا صغيرا.. يقولون إن مصر حرة فى إقامة الجدار مادام داخل حدودها ويتجاهلون أن حرية أية دولة وفقا للعرف والمنطق والقانون الدولي ليست مطلقة لكنها مقيدة بحقوق الآخرين.. فلا يمكن أن تتسبب مصر في تجويع مليون ونصف مليون إنسان




Voici l’article publié par Alaa Al Aswani sur le mur d’acier que l’Egypte est en train d’ériger sur sa frontière avec la bande de Gaza. Il est à regretter que Al Aswani ne développe pas le titre de son article qui insinue que cette construction est le prix que Moubarak doit payer pour pouvoir assurer la succession à son fils Jamel.
Phrase intercalée
Gaza paiera-t-elle le prix de la succession ?
Alaa Al Aswani

Après que le journal israélien Haaretz a publié l’information et que l’administration américaine l’a reconnue, le gouvernement égyptien vient de confirmer qu’il est en train de construire un mur en acier le long de la frontière avec Gaza afin de condamner les tunnels utilisés par les Palestiniens dans la contrebande des produits alimentaires et des médicaments. Et ce dans le contexte du blocus asphyxiant imposé par Israël depuis deux ans, blocus auquel l’Egypte a participé en fermant le passage de Rafah devant les Palestiniens. Nous aurions ici quelques remarques à formuler :
1) L’objectif du blocus de Gaza, tel que défini par Israël, est de venir à bout de la résistance palestinienne et d’affamer les habitants de Gaza afin de les mettre à genoux et de leur faire accepter les conditions israéliennes d’un règlement final qui leur ferait perdre à jamais leurs droits. Mais la résistance mythique des Palestiniens a poussé Israël à commettre des massacres sauvages dans lesquels il a employé des armes interdites par la législation internationale, armes dont furent victimes plus de mille quatre cents Palestiniens composés, au moins pour la moitié, de femmes et d’enfants. Malgré les massacres et le blocus, les Palestiniens ne se sont pas rendus, ils ont continué à lutter courageusement ce qui a poussé Israël à imaginer le moyen de les étrangler définitivement. Il est certain que le mur d’acier souterrain est essentiellement une idée israélienne. Le gouvernement égyptien a hésité à la mettre en œuvre puis il a consenti dernièrement et a commencé à le mettre en place ce mur fabriqué et financé par les Américains. L’objectif de ce mur est littéralement de tuer les Palestiniens parce qu’il anéantit l’ultime moyen qu’ils ont pour obtenir des produits alimentaires.
2) La fermeture par le gouvernement égyptien du passage de Rafah et l’interdiction des convois humanitaires arabes et internationaux d’entrer dans Gaza puis la construction du mur d’acier visant à affamer les Palestiniens sont autant de crimes odieux qu’il est vraiment triste de les voir commettre par le gouvernement à l’égard d’Arabes et d’êtres humains comme nous.
La solidarité arabe, les obligations égyptiennes à l’égard des musulmans et des chrétiens de Palestine, tout cela ne signifie plus rien pour les responsables égyptiens qui s’en moquent publiquement. Mais dans sa ferveur pour satisfaire Israël, ne prend pas en considération qu’il est en train de défigurer son image face au monde entier. Les derniers massacres de Gaza sont venus à bout de ce qui restait de la réputation d’Israël dans le monde. Les voix condamnant Israël se sont multipliées de manière inouïe dans les pays occidentaux. En octobre dernier, l’ancien premier ministre israélien Yehud Olmert étant allé prononcer une allocution à l’Université de Chicago se fit huer par les étudiants qui lui scandaient au visage « meurtrier de Gaza… tueur d’enfants ». De nombreux mandats d’inculpation occidentaux ont été lancés à l’encontre de dirigeants israéliens accusés de crimes de guerre à Gaza et au Liban. Cela s’est produit en Belgique, au Norvège, en Espagne et dernièrement en Grande Bretagne où Tzipi Livni, ancienne ministre des Affaires Etrangères, aurait été arrêtée si elle n’avait fui à la dernière minute. Il est vrai que la plupart de ces poursuites judiciaires ont été annulées sous les énormes pressions sionistes sur les gouvernements occidentaux mais elles signifient clairement une condamnation d’Israël qui n’existait pas auparavant.
En construisant ce mur d’acier, le gouvernement égyptien ne met pas seulement en péril sa popularité en Egypte et dans le monde arabe – elle est déjà au plus bas – mais il souille sa réputation à l’échelle internationale même.
3) Tous les arguments invoqués par le régime pour justifier la construction du mur ne peuvent même pas convaincre un enfant. On soutient que l’Egypte est libre d’ériger ce mur tant qu’il se trouve sur son territoire et on fait semblant d’oublier que la liberté d’un Etat selon les normes, la logique et la législation internationale n’est pas absolue mais qu’elle dépend des droits de l’autre… L’Egypte ne peut pas affamer un million et demi d’êtres humains.

lundi 4 janvier 2010

En relisant Toussaint Médine Schangô

Vue de Médine.
Odyssée immobile de Toussaint Médine Shangô

Voici un ouvrage qui ne défrayera pas la chronique : il est trop poétique pour la prose ambiante. Même dans le champ poétique, les mièvreries l’emportent sur la profondeur. C’est une œuvre d’une grande teneur poétique, l’égal de Valéry. Il s’agit d’une trilogie du poète Toussaint Médine Shangô intitulée D’Abraham[1]. C’est « l’odyssée immobile » du poète, l’épopée d’un cheminement spirituel qui retrace aussi le parcours d’une vie qui a commencé près de l’Atlas dans le souffle océan du Maroc. Poète au nom œcuménique, Toussaint Médine Shangô[2] revendique trois traditions. Mais profondément musulman depuis 1973, Toussaint Médine a une connaissance parfaite de l’islam. Grand lecteur du Coran, des mystiques musulmans, surtout de Ibn Arabi.Le premier volet de la trilogie est consacré au judaïsme (celui de Meknès et non pas de la Palestine spoliée). Le deuxième au christianisme et le troisième à l’islam. « Je ne savais qui je serai, si doucement m’a pris l’islam/ Comme une terre fissurée de sécheresse/Ignore que déjà l’abreuve en profondeur/Une grâce invisible ».La grâce est ici synonyme de connaissance, de communion avec l’Etre unique pour l’amour duquel tout s’annihile. Il y a ce rêve de s’abîmer d’amour, de devenir néant pour tout (comme on dit pour rien). L’éloge du prophète, comme chez Al Boussiri, prend des dimensions cosmiques. Le chant célébrant le prophète Muhammad s’accompagne également d’une célébration du Coran. Ainsi, le poème se fait prière. A Médine où repose le prophète, le poète connaît un état d’extase mystique qui est peut-être l’essence même de sa démarche poétique. Ce qu’il y vit tient de l’épiphanie du divin mais aussi de la résurrection des images d’antan. La conscience de finitude que les lieux saints aiguisent s’accompagne d’un retour sur les sites de l’enfance. « J’ai souvenir de moi » se fait anaphore du poème dans une sorte de litanie qui égrène les souvenirs, dit la nostalgie et l’aspiration à un autre mode d’être qui serait la synthèse de la nostalgie, de l’amour et de la piété :« J’ai de moi souvenir : immobile et vivant/Dans la chambre des Livres/De moi j’ai souvenirHomme de grand chemin…/ Je regarde ma vie/Où tant d’ombre s’embrume…/J’ai souvenir de jours qui se fourvoient parmi/ La suborneuse profondeur, l’intermittence des enseignes/Homme de long périple, en moi-même épiant/Les replis de l’Enigme… »Allant vers Médine, le poète se rend dans la ville sainte mais aussi vers lui-même, vers Médine enfant dans les rues de Meknès où il a vécu jusqu’à l’âge de 30 ans. Mais à Médine, la ville où repose le prophète, le poète se trouve dans une contrée où source et embouchure se confondent, un pays où le mot seuil devient tout à la fois entrée et sortie. Là, le poète mesure la distance qui le sépare de lui-même et de Dieu. A Médine, le monde intelligible se fait sensible dans une entreprise qui fait penser à « une marche inconnue à franchir, vers un seuil invisible au plus haut de l’âme »L’univers de Toussaint Médine est celui de la jonction entre cognitif et ontologique. Il s’agit de faire du poème l’espace où le savoir est bien plus qu’une des dimensions de l’être. Il s’agit de ce savoir qui donne vue sur les limites, les siennes d’abord mais aussi celle de l’être. Il y a face au néant général qui se profile un tout, qui est d’abord l’Un. Un savoir singulier, celui que le Livre (celui qu’on se doit de majusculer) révèle : le Coran.« Le respir » (ce mot frappé d’apocope) du poème est dans ce souffle divin, celui du poème célébrant le Livre, la voie vers soi-même qui passe par la transcendance :« Je me vois sous l’or vert/De hauts micocouliers enivrés d’un Murmure:/Quel oiseau de désir aux paupières scellées/Gémit vers les faîtes graciles/Fléchis par une brise où l’âme du jasmin/Se livre à l’âme qui se grise/D’un léger et profond plaisir ?/Nulle fièvre, nulle mesure,/Nulle faille ici, nul miroir/Où se reflète un œil duplice ;/L’infini qui me tait son nom, de son odeur/Illumine ma transparence. »C’est à la faveur d’une quête du transcendant que le moi se révèle et qu’un « hortus deliciuarom » sacré, un Eden est possible.

[1] La trilogie D’Abraham comprend :

1) Menorah de l’Exil, préface de Pierre Poublan Barabacane 1995

2) Où se trouve le corps, les vautours se rassemblent, préface de Jean-Pierre Jossua. La Barbacane, 2004.

3) Au chevet de l’apôtre, préface de Abelaziz Kacem. La Barbacane, 2004.[2] Shangô est le dieu de la foudre au Bénin et dans le Vaudou haïtien.

dimanche 3 janvier 2010

Si, comme aux vents désignés par la rose...


John William Waterhouse : Windflowers

Si, comme aux vents désignés par la rose...
Si, comme aux vents désignés par la rose
Il est un sens à l’espace et au temps,
S’ils en ont un ils en ont mille et plus
Et tout autant s’ils n'en possèdent pas.

Or qui de nous n’imagine ou pressent,
Ombres vaguant hors des géométries,
Des univers échappant à nos sens ?

Au carrefour de routes en obliques
Nous écoutons s’éteindre un son de cor,
Toujours renaissant, toujours identique.

Cette vision du ciel et de la rose
Elle s’absorbe et se dissout dans l’air
Comme les sons dont frémit notre chair
Ou les lueurs sous nos paupières closes.

Nous nous heurtons à d’autres univers
Sans les sentir, les voir ou les entendre
Au creux été, aux cimes de l’hiver,
D’autres saisons sur nous tombent en cendre.

Tandis qu’aux vents désignés par la rose
Claque la porte et claquent les drapeaux,
Gonfle la voile et sans visible cause
Une présence absurde à nous s’impose
Matérielle, indifférente et sans repos.
Robert Desnos 1943

vendredi 1 janvier 2010

+ Mes voeux

Camille Claudel : La Valse

عاطِ أخلاّءك المداما// واستسقِ للأيْكة الغماما
وراقصِ الغصن وهو رطب// يقطر أو صارحِ الحماما
و قد تهادى بها نسيمٌ// حيث سُليْمى بها سلاما
فتلك أفنانها نشاوى// تشرب أكوابها قياما
ابن خفاجة 1058-1137


Partage avec tes amis le vin
Et demande au nuage l’eau pour le jardin
Fais danser la branche tendre qui suinte
Ou confie-toi à la colombe
Vacillante dans la brise
Où Suleima est en paix
Ses rameaux sont en extase
Ses coupes se boivent debout

Ibn Khafaja 1058-1137 Traduction de Tahar Bekri